‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 67 sur 112 · CONFÉDÉRATION MEXICAINE. — VERA-CRUZ. — MEXICO · texte numérisé non relu

CONFÉDÉRATION MEXICAINE. — VERA-CRUZ. — MEXICO

Je traversai l'isthme de Panama à l'endroit même où les Américains coustruisent leur chemin de fer; les terrassements étaient achevés; on posait les rails, et bientôt la reine du monde, la locomotive , allait tonner de ses siMlements aigus cette région sauvage et détacher ses nuages grisâtres sur son ciel toujours pur, Je ne fus pas long à gagner Porto-Bello, où je m’embarquai pour le Mexique.

C'était la seconde fois que je sillonnais cette mer des Antilles par loquelle avait

débuté mon voyage : là bas, à ma droite, derrière ce calme horizon, je cherchais à voir si quelque jeu des flots, quelque nuage menteur ne pourrait pas faire illusion à mon imagination complaisante et lui feindre les rivages d'Hispaniola, Ja gracieuse Île d'où j'avais emporté mes meilleures impressions, les premicres et les plus vives. Mois le flot était paisible, pas un nuage n'altérait l'éclatante purett du ciel, et, autour de moi, matelots el passagers se plaignaient de la monotonie de la traversée. Quel charme cependant d'être porté mollement et bercé à peine, sur cette mer lransparente qui reflète une lumineuse atmosphère! Lorsque nous pénétrâämes dans le golfe du Mexique, l'air fut comme embaumé de senteurs enivrantes que les brises prennent sur les montagnes couvertes de fleurs et emmeueut à des distances prodigieuses du rivage.

Un matin nous étions encore dans nos cabines quand un cri retentissant nous

appela tous sur le pont : Oribaza ! avait dit le matelot en vigie sur la poulaine,. En effet, on pouvait entrevoir, quoique nous en fussions encore à cinquante lieues, le pic qui dessinait au milieu des lueurs blafardes de l'aube sa cime gigan- £esque, Pendant toute là journée, le sommet neigeux parut et disparut comme une masse fantastique, tantôt ne laissant voh' qu'un diadème de nuages, tantôt se découronnant et montrant ses grandioses proportions. Ce fut avec la distraction d'un tel spectacle que nous nous approchämes de Vcra-Cruz. Son fanal nous apparut d'abord, puis son château de San Juan de Ulloa, le dernier point que les Espagnols aient occupé sur ce territoire ; {uis encore les nombreuses tours de la ville, ses dômes, ses fortifications, ses rochers, ses vaisseaux à l'ancre sous le canon des ouvrages.

& San Juan de Ulloa, situé sur une ile, et qui, si l'on en croit la tradilion, ne coûta pas moins de deux cents millions de francs, date des premiers jours de la conquête. En 1518, Juan de Grijalva qui la visita lui donna le nom qu'elle à conservé, Ayant trouvé sur ce point les restes de deux victimes humaines , il demanda aux indigènes pourquoi ils sacrifiaient des hommes, et ceux-ci lui répondirent que c'était par l'ordre des rois d'Aco/äua où du Mexique. De là le non d'Ul'oa; de là aussi celui d'élot des Sucrifices, donné à un écueil voisin.

Après avoir passé autour des batteries qui font face à la ville, nous pénétrâmes dans l'intérieur des ouvrages. Le fort nous parut en bon état et bien armé. De là et dans la même embarcation, nous gagnämes la ville qui, du large, offre un charmant coup d'œil, Ce système de fortifications régulières qui venaient se confondre avec les faites irréguliers des maisons bourgeoises, des palais publics, des églises paroissiales, des couvents, des hôpitaux; la longue ligne des terrasses, sorte de damier blanc suspendu sur la ville, ses dûmes blanchâtres, ses aiguilles pittoresques et variées, tout cela plaisait au regard. Malheureusement la mort habite sous cet extérieur riant; la fièvre jaune y moissonne largement les Européens qui s’exposent à son influence, Elle est endémique à Vera-Cruz comme à la Havane et à la Nouvelle-Orléans, et elle y fait même plus de ravages qu’en aucun autre endroit,

Nous débarquâmes à Vera-Cruz sur un petit môle construit en maçonnerie et consolidé à l'aide de saumons en fer; puis, après une courte halte à la douane, nous nous dirigeâmes vers la meilleure posada. Grâce à quelques lettres de recommandation, j'eus bientôt des amis dans ce port mexicain, où je ne devais pas, par prudence, faire un long séjour. Sous le coup de la fièvre jaune qui dévastait alors le pays, mal logé, mal couché, je devais me hâter de voir ce que Vera-Cruz offrait d'important et de curieux. Ma première course me porta vers l'alumeda, promenade obligée que l'on trouve dans toutes les villes coloniales, et rendez-vous du monde élégant qu'elles renferment, L'alameda de Vera-Cruz est fort convenable, Quant à la société qu'on y rencontre, elle varie suivant les heures et les jours, le Nouveau-Monde ayant comme le nôtre son code de fashion et d'étiquette.

A mon retour de la promenade, je vis pour la première fois un corps de troupes mexicaines. Les officiers étaient revèêtus d'uniformes brillants ct chamarrés d'or; mais le costume des troupes répondait mal au luxe des chefs, Les bataillons se composaient d'Indiens assez gauches sous leurs habits, et paraissant presque embarrassés de leurs armes.

Les marchés de Vera-Cruz ont un meilleur aspect que ses promenades. Quand jy passai, leur enceinte était encombrée de naturels et d’Indiens dont les costumes originaux formaient un intéressant spectacle. Le marché à la viande seul provoquait le dégoût. La viande s'y découpe en longues lanières, et, au lieu de la vendre au poids, on la vend à l'aune. Pour la conserver, on l’expose au soleil et on la sèche sans sel.

Les Gglises sont peu remarquables. Les autels, chargés de bas-reliefs ei de dorurcs de mauvais goût, sont ornés de tableaux médiocres et de statues; cu reste, point de soin ni de propreté dans les temples. Les chandeliers et les trépieds en argent massif étaient si mal entretenus, qu'on les eût crus de plomb.

Les maisons particulières sont plus agréables à voir. Elles sont construites dans le style mauresque, avec deux ou trois étages souvent dominés par un kiosque qui reçoit les brises de la mer. La plus belle place de la ville a l'un de ses côtés formé par le palais du gouvernement, et l’autre côté par la cathédrale, qui est assez remarquable. L'un et l’autre édifice ont des portiques sous lesquels les piétons peuvent circuler. La ville n’a que six églises desservies, quoiqu’on y aperçoive, au premier coup d'œil, plus de douze clochers. Plusieurs de ces édifices portent encore les stigmates des combats acharnés dont Vera-Cruz fut le théâtre. Cette lutte fut si désastreuse qu'au lieu de 16,000 âmes de population, chiffre donné par M, de Humboldt, la ville n’en comptait guère que 8,000 en 1825. On dit que ce chiffre est remonté depuis à 12 ou 13,000. Soit à cause de cette dévaslation, soit par suite de l'insalubrité de la plage, les rues conservent, dans presque tous les quartiers, une physionomie triste et silencieuse. Les environs, dévastés et déserts, se composent d'un terrain sablonneux et peu susceptible de culture Aussi tous les objets de première nécessité, apportés de fort loin, sont-

ils, à Vera-Cruz, d'une cherté excessive, Ce spectacle morne et désolé d'une ville qu'entourent des marécages pestilentiels, cette absence de denrées à un prix raisonnable, cette fièvre jaune, épée de Damoclès sans cesse suspendue sur la tête de l'Européen qui débarque, tout cela contribue à faire de ce port du Mexique un séjour dangereux. Les rapports sociaux n’y sont pas même une Compensation à ces causes d'ennui et de tristesse, On y vit isolément.

Je retrouvai, au milieu des rues, se promenant comme des oiseaux privés, cette espèce de vautours qui semblent chargés du soin de la voirie dans les villes intertropicales. Quand leur tâche de balayeurs est remplie, ils reprennent leur vol vers les toits des églises, où ils gitent par centaines.

L'eau, sous le sol de Vera-Cruz, se trouve à un mètre de profondeur; saumäâtre et malsaine, elle ne sert guère qu'au lavage. Les habitants aisés ont des citernes et boivent de l'eau de pluie; le peuple puise la sienne dans un fossé, Cette disette d'eau à été regardée de tout temps comme le principal obstacle à la prospérité de Vera-Cruz; on s'était occupé dans le dernier siècle de détourner la belle rivière de Xamapa; mais {ous les frais faits jusqu'ici ont été inutiles, quoiqu'ils n'aient pas absorbé moins de trois millions.

Après quarante-huit heures de séjour, je me mis en route dans une voiture lrainée par huit mules, Le hasard m'avait procuré un compagnon de route, un ingénieur anglais. Pendant quelques heures, la voiture sillonna péniblement les sables de la plage, puis elle tourna vers la gauche et se dirigea vers Santa-Fé, qui, comme tous les villages que nous allions rencontrer, était un groupe de huttes, construites en bambou et recouvertes en feuilles de palmiers. Pour aérer ces demeures, on se borne à laisser des jours entre les cannes, afin que la brise pénètre à l’intérieur. Ce logis n'a qu'une porte, qui s'ouvre sur la pièce unique dans laquelle la famille entière, le bétail et la volaille logent pêle-mèle. Telles sont les habitations des naturels, et par conséquent les seules posadas où auberges que nous eussions à espérer sur la route, C'est là qu'il faliait se reposer le soir, au pied des chevaux qui mangeaient leur maïs, à côté des chiens qui faisaient un vacarme effroyable, au milieu de ces hommes et de ces femmes, confondu parmi les poules et les pores, et livré aux cuisantes morsures des moustiques. |

L'aube du jour suivant nous trouva debout et poursuivant notre chemin, tantôt à travers les marécages, tantôt dans une mer de sables, Quelquefois apparaissaient çà et là, comme des oasis, quelques sites verdoyants que décoraient de pittoresques chaumières d'Indiens, cabanes proprement construites, et d'un aspect tout autre que les ranchos {tavernes) de la route. Chemin faisant, nous pümes observer une foule d'animaux et de plantes : des chats sauvages et un couguar, plusieurs espèces d'aigles, des faucons, des coucous, des loriots, des rossignols de Virginie, qui se laissaient approcher jusqu'à portée de pistolet.

Quelques heures avant d'arriver à Puente del Rey ( Pont du Roi), nous atteignimes cette portion de route dont parle M. de Humboldt, et qui, conçuc jadis

sur une grande échelle, au lieu d'être aujourd'hui, comme laugurait le savart voyageur, achevée à la gloire de la persévérance espagnole, reste délaissée et en ruines, après que des millions y ont été engloutis. L'aspect de Puente del Rey est une compensation à ce mécompte, Rien de plus joli que le site dans lequel il s'encadre, rien de plus gracieux que les arches élégantes et blanches sous lesquelles roule la rivière Antigua, après avoir baigné le pied de mamelons rocheux et boisés, Cet emplacement fut, en 4815, le théâtre d'un combat sanglant entre les insurgés mexicains et les troupes espagnoles. Santa-Anna et Vitoria en firent à diverses reprises la clef de leurs opérations, Aussi les rochers qui dominent le chemin ont-ils été changés en redoutes et sont-ils couronnés de canons. Le pont est d'une construction remarquable, Les arches sont en pierre, bien liées entre cles ct dressées avec une certaine élégance : Ja chaussée est large, et le petit village de Puente, qui se projette sur les deux côtés sous un rideau de beaux arbres, ajoute à l'effet de ce délicieux paysage.

A Puente, nous püûmes observer ce que l'on nomme l'fndien de là Tierre caliente, homme simple à qui peu suffit et qui se nourrit de fruits venus presque sans culture. Un machete, une selle et un cheval, voilà les objets de plus grand luxe parmi eux, De Vera-Cruz à Puente del Rey, c'est à peine si la centième partie du terrain est en culture, Le reste se compose de landes et de jachères.

Mais au delà de Puente del Rey commencèrent une autre végétation et un autre paysage. Après avoir dépassé le plan del Rio, qui a aussi un beau pont d’une seule arche, on commence à gravir l'Encerro, premier sommet des plateaux mexicains du côté de Vera Cruz, A mesure que l'on gravit cette hauteur, on sent l'air se rarélier, on voit le paysage changer de caractère. Les fruits et les fleurs de la Tierra caliente disparaissent, et bientôt on aperçoit des bouquets de chônes, limites de la fièvre jaune, barrière que la terrible maladie ne franchit jamais. Là rien ne rappelle plus l'aspect désolé des régions littorales. On se croirait dans un parc d'Europe, si la forme et le port des arbres n'avaient un caractère spécial. Pour augmenter l'illusion, au sommet du plateau qui conduit à Xalapa, la route élargie devient une chaussée pavée qui traverse tantôt des cham: s de maïs, tantôt des vergers, tantôt de petits bois de bananiers et d'aloës. Par intervalle, à travers les treillages de bambous, on entrevoyait le faite de charmantes habitations qui semblaient comme enterrées dans des corbeilles de fleurs. De cette hauteur, à #,°00 pieds au-dessus de la mer, on pouvait promener les regards sur tout le système géologique de la contrée, embrasser cette suite de chaînes verdoyantes, dont Perote et Orizaba formaient le dernier plan.

Au milieu de distractions pareilles, nous atteignimes Xalapa, qui depuis longtemps se montrait au loin avec ses églises et ses maisons harmonieusement découpées, quoique irrégulières. Xalapa est l'Éden des négociants qu'a fatigués l'insalubre climat de Vera-Cruz. C’est là qu'ils viennent, hâves et maladifs, reprendre quelques forces contre les endémies du littoral.

Xalapa, va à distance, au pied de la montagne basaltique de Macultepee, à

CONFÉDERATION MEXICAINE. 329

prutôt l'air d'une fortification que d'une ville. Le couvent de Saint-François qui la domine, bâti du temps de Cortez, ressemble de loin à une redoute; et en effet, dans les premiers temps de la conquête, on donnait à ces édifices une forme qui les rendait utiles au besoin contre une insurrection d'indigènes. Ce couvent de Xalapa est situé merveilleusement; il domine toute la contrée, donnant vue jusqu'à l'Océan et embrassant les cimes colossales du Coffre de Perote et du pie d'Orizaba sur la pente des Cordillères.

Xalapa n’est plus aujourd’hui ce qu'elle fut jadis. Les malheurs nés des guerres récentes, les préjugés toujours vivants, n’ont pas permis que vainqueurs et vaincus vécussent encore en parfaite harmonie dans la nouvelle république. L'avenir seul opérera cette fusion. En attendant, une foule d'éléments d'ancienne prospérité ont disparu de ces provinces. La foire de Xalapa est du nombre. Xalapa était le grand entrepôt mexicain des marchandises europcennes. A peine débarquées à Vera-Cruz, on les tr'ansportait à dos de mulet jusqu’à la grande foire de Xalapa, et de tous les coins du Mexique accouraient des marchands qui venaient y faire leurs emplettes annuelles; et la ville, qui en temps ordinaire ne comptait guère que 12,000 habitants, en avait alors près de 50,000. Aujourd'hui cette importance commerciale a cessé, et Xalapa n’est plus que la maison de plaisance de Vera Cruz. Les maisons y sont bâties à l'ancienne manière espagnole, élevées de deux étages : elles entourent une cour carrée, au milieu de laquelle coule une fontaine où s'élance un jet d’eau,

Après une courte halte à Xalapa, nous reprimes notre chemin vers l'intéricur. Sur notre horizon se trouvait toujours le géant de ces montagnes, le pic d'Orizaba , et à ses côtés le Coffre de Perote, ainsi nommé à cause de la forme de son sommet. Au pied de l'Orizaba s'étendent les deux villes d'Orizaba et de Cordova, célèbres l’une et l'autre par le tabac et le café que l'on récolte dans les environs. Un petit nombre de villages indiens est disséminé sur tout le terrain, couvert d'une magnifique verdure. On arrive ainsi, par une succession de sites délicieux , jusqu'au village de San Rafael.

De San Rafael à Perote, la route, fort peu praticable, traverse des steppes animés de loin en loin seulement par quelques fermes ou haciendas. Avant d'arriver à cette ville, nous aperçümes pour la première fois de grandes plantations d'agave américaine ou grand aloès, arbre qui fournit le pulgue, liqueur favorite des Mexicains. L'agave croit à Perote jusque dans les rues de la ville, et elle s’y élève à une hauteur merveilleuse. Quelques feuilles ont dix pieds de long, quinze pouces de large et huit pouces d'épaisseur. Sur des tiges hautes de vingt pieds s'étendent, comme des bras de candélabres, des rameaux couverts de fleurs d'un jaune éclatant, Dans ces plaines croissent aussi les plus beaux nopals que l'on puisse voir, arbres de vingt-quatre pieds de diamètre avec des feuilles rendes et polies.

Perote, bâtie en pierre, n'a à proprement parler qu'une rue, bordée de maisons basses et tristes. L'importance de cette ville est dans une forteresse du

méme nom et située au N. Cette forteresse, adossée à une chaine de montagnes qui borde la vaste plaine, est un ouvrage qui, bien qu'assez imposant, est tout à fait inutile à la défense du pays. Perote a aussi donné son nom au sommet nommé Coffre de Perote. C'est une montagne de porphyre basaltique moins remarquable par sa hauteur que par la forme bizarre de son rocher culiinant, qui lui a valu le nom aztèque de Nucampatepetl (montagne en quatre parties). De la cime de ce mont, on découvre la plus magnifique vue; d'un côté s'étend tout le plateau de la Puebla et la pente orientale des Cordillères du Mexique couverte d'épaisses forêts, de fougères arborescentes; de l'autre, FOcéan avec ses côtes dentelées où apparaissent comme d'imperceptibles points, Vera-Cruz et le château d'Uloa,

A Perote, se présente la tête orientale du vaste plateau central. La nature à est morne, triste, désolée comme sur tous les terrains volcaniques; et cette physionomie sombre et aride varie peu jusqu'à la Puebla de los Angeles, où nous entrâmes par le faubourg du Nord. La Pucbla n'était plus une de ces bourgades depeuplées, comme tout ce que nous avions aperçu le long du chemin; c'était une ville bruyante et animée. Pour l'embrasser dans son ensemble, il faut monter jusqu'à la terrasse de l'église de Notre-Dame de Guadalupe, et on la voit se déployant sur le plateau d’Anahuac, au milieu d’un territoire bien cultivé, avec ses maisons régulières et propres et ses églises, qui, pour le luxe intérieur et pour les formes architecturales, ne le cèdent pas même à celles de Mexico. Elle conserve encore, soit dans sa forme, soit dans les habitudes de ses habitants, on n° saurait dire quel parfum des jours de la conquête. Les décorations gothiques. sous ce climat conservateur, sont restées fraiches comme au premier jeur ; les dorures, les statues coloriées, tout a gardé son premier éclat, tout cela semble dater d'hier.

Les rues de F1 ville sont droites, larges, se croisant à angles réguliers, pavées de larges dalies et pourvues de trottoirs ; les maisons assez vastes, de deux à trois étages, ont des Loits plats, dont quelques-uns sont couverts en tuiles vernies , arrangées en mosaique, et formant des peintures qui représentent presque toujours des sujets tirés de l'Écriture-Sainte.

A la Pucbla de los Angeles, on ne compte pas moins de soixante églises et vingt couvents dont le luxe ferait pälir notre luxe europten. La cathédrale est surtout une merveille d'or et d'argent accumulés sans goût, mais avec une profusion incroyable. Le grand autel forme à lui seul une église dans une église. C'est un morceau construit avec les plus beanx marbres, avec les pierres les plus précicuses du Mexique; il attire, il éblouit par l'aspect de ses colonnades , avec ses plinthes d'or brun, et son autel d'argent massif, couvert de vases , aussi d'or ct d'argent, admirablement ciselés. On évalue à deux millions la valeur de ce splendide autel,

La Puebla, seconde ville du Mexique, siége d'un évèché dont la ricnesse balance presque celle de l'évêché de Mexico, est administrée par quatre alcades qui ont au dessous d'eux d'eux seize magistrats subalternes. Malgré tant d'avontages,

CONFÉDÉRATION MEXICAINE. aol

la Puebla ne semble pas avoir une nombreuse population. Ce n'est guère que dans les églises aux jours de grandes fêtes, ou dans les rues quand une procese sion les traverse, qu'on peut voir sa société élégante et riche. A part ces jours privilégiés, tous les quartiers sont presque déserts.

La route de la Puebla à Mexico nous offrait, à l'aide d'un petit détour, l'occasion de visiter la pyramide de Cholula, monument de la première civilisation de es contrées.

C'est entre Mexico et la Pucbla, au pied de la chaine volcanique qui part du pied du Popocatepetl, et près de l'antique ville de Cholula , que sc trouve la pyramide bien conservée sur la face occidentale, Autour du monument, à peine voit-on quelques pieds d'agaves et de dragonnicrs. Le reste est sans verdure ct sans eau.

Pour bien comprendre ce qu'est ce monument, il faut savoir que chacun des peuples qui occupèrent tour à tour le territoire mexicain, les Toltèques, les Cicimèques, les Acolhuès, les Tlascaltèques, et enfin les Aztèques, peuples divisés seulement par les querelles politiques, mais identiques pour l'origine , les mœurs et la langue, tenait à Honneur de bâtir des édifices qu'ils nommaient {eocallis {maisons de leurs dieux). Quoique de dimensions diverses, ces édifices avaienttous la mème forme, celle de pyramides à plusieurs assises, dont les côtés suivaient la direction du méridien et du parallèle du licu. Le teocaili s'élevait au milieu d'une vaste enceinte carrée et entourée d’un mur; et dans cette enceinte étaient des jardins, des fontaines, des habitations pour les prêtres, quelquefois m°me des magasins d'armes. On arrivait par un escalier au sommet de la pyramide tronquée, et l'on trouvait sur la plate-forine deux chapelles votives, partie essentielle du monument, dans laquelle on renfermait les idoles colossales. Ces chapelles ainsi placées étaient vues de toute la foule en adoration éparse dans la yluine, et le sacrificateur se plaçait à l'endroit le plus évident.

Parmi les teocallis, le plus ancien et le plus célèbre est le tcocalli de Cholula, On l'appelle encore {a montagne fuite de main d'homme { monte hecho a mano). Aujourd'hui la forme du monument a été tellement altérée, qu’on le prendrait pour une colline naturelle recouverte de végétation. La grande route de la Puebla à Cholula traverse même la pyramide.

Le teocalli ce Cholula à quatre assises toutes d'une hauteur égale. Autant qu'il est possible de le voir à des arêtes peu distinctes, il & dû être exactement oricnté d'après les quatre points cardinaux. La base de la pyramide est deux fois plus grande que celle des pyramides égyptiennes, mais sa hauteur n'est que de duquante-quatre mètres. Le monument est construit en briques non cuites qui alternent avec des couches d'argile. Les traditions locales veulent qu'il existät jadis dans l'intérieur de la pyramide des cavités destinées à la sépulture des rois ; et, en effet, vers la fin du dernier siècle, les travaux de percement de la route de la Puebla firent d'couvrir dans les flancs de la pyramide une maison carrée construite en pierre et soutenue par des poutres de cyprès chauve {cupressus dis-

ticha), Cette maison renfermait deux cadavres, des idoles en basalte et des vases vernissés, peints avec art, Elle n'avait pas d'issue,

A son sommet était jadis un autel dédié à Quetzalcoatt, le dieu de l'air, littéralement le serpent revélu de plumes vertes. Ce Quetzalcoalt , le Manco-Capac des Mexicains, et, comme le législateur péruvien, blanc et barbu, était grand prêtre à Tulan. Il s'imposait des pénitences cruelles ; il s'était percé les lèvres et les oreilles, et se meurtrissait le corps avec les piquants des feuilles d'agave ou avec les épines du cactus. Sa vie fut un âge d'or pour les peuples d'Anahuac. Jamais, au dire de la tradition, la terre ne fut plus féconde, jamais les races d'oiseaux ne furent plus belles, les espèces plus éclatantes de plumage. Mais il en fut de cette ère comme de celle de Saturne et de Rhée ; elle dura peu, Après avoir demeuré vingt ans parmi les Cholulans, leur avoir enseigné l'art de fondre les métaux, avoir réglé leurs notions chronologiques et astronomiques, Quetzalcoatl se dirigea vers les bouches du Guazacoalco et disparut en disant qu'il reviendrait plus tard pour gouverner de nouveau ces peuplades. Depuis lors on fit un dieu de ce sage, et quand Cortez se présenta sur les rives du Mexique, Montezuma crut que Quetzacoatl revenait ainsi qu'il l'avait dit. « Viens, lui disait-il, viens ; nous savons que tu es notre Dieu, et nos traditions disaient bien que tu étais parti vers le soleil, mais que tu reviendrais un jour. Je vais t’abandonner le trône, dont je n'étais que le dépositaire, » Et les Espagnols répondaient par des massacres à cet accueil; des rois mexicains, l'un fut tué, l'autre périt dans les flammes.

Après avoir exploré ce teocalii, nous arrivämes à Cholula, jadis si célèbre dans toutes les provinces mexicaines comme but de pieux pèlerinages. On sait que, visitée en chemin par Cortez et ses soldats, Cholula déguisa un guet-apens sous les plus amicales apparences, et que, pour y échapper, il fallut au général espagnol toute sa présence d'esprit et tout son courage. Cholula expia cruellement les machinations secrètes de quelques caciques. Cinquante mille habitants périrent sous le fer du vainqueur.

Au delà de Cholula, un chemin qui traverse d'immenses plantations d'agaves nous conduisit à de beaux bois de pins et de chênes, d'où nous découvrîmes la magnifique vallée de Mexico, ses lacs, enfin son rideau sombre et onduleux de montagnes volcaniques, se découpant hardimeut sur l'azur du ciel. Cette perspective étendue et variée saisissait le regard. Quand on se trouve au niveau de la plaine, l'horizon se rétrécit; à la hauteur d'Ayotla, on n’a plus devant soi qu'une route semée de scories, et à sa gauche le lac de Chalco, sur lequel volent des milliers d'oiseaux aquatiques. Enfin, après quelques heures de marche au milieu de la chaussée triste et solitaire qui, autrefois, traversait le grand et célèbre lac de Mexico, on entre dans l’opulente capitale de la Nouvelle-Espagne par des faubourgs boueux et sales, au milieu d’une population déguenillée et misérable.

Le premier mouvement de l'étranger est de chercher la ville sur un lac, liée au continent par des chaussées. C'est ainsi que l'histoire la décrit. Et pourtant le

FEAT j:

$-ù dr

af

ha), Cette rep vof sant deux cadavres, des idoles en hasalte et des vases vornissés, pééé hns att: Été n'avait pas d'isse.

A s0ë 2H ORE Jétée tn antel dédié à Ometzalroatl. le dieu de l'air, liltéraln opel mdibe dE plumes ventes, Ge Curtralcoalt, le Manco-Capac des ani, A some Le législateur pérevion, banc et barbu, était grand

225 # Tilt: Hi 2'imposuit des pénitences ernethons Saut pereé les lèvres et “refles, ete methrissni t le corps avec les piqæunté dus feuilles d'agave ou avec 18 épines: du cactés, Sa vie fut ue ge d'or pou Se-pémpées d'Anahuac. ’e mais; aù dire de lu tradition, la terre ne fut pets, sémpis les rjces iseagx ne furent pins betios, ls espèces plus échratien de phinaige. Mais il en Fi de cette êre are de fie de Auturne et de Rixerlle dura peu. Après avoir omseté Hal ns parmi ke Cholulone, fleur nes ewmseigné l'art de fondre les aux. evolr réglé leurs notions chronologiques et astronomiques, Quetzalcoati dirigea vers les bouches du Guareconlco et éfeparot en disant qui reviendrait plu tard pour gouverner de nouveau ves peunlutes, Depuis lôrs an 45 mn dieu de e sage, et quand Cortez se présenta eur les rives dn Mexique , Monteztma crut 16 Quels por ent ainsi qu'il l'avait dit, « Viens , lui disait-il ; viens ; nous Fons que Lu &s mets burn étre traditions disaient bien que tu étais parti je sul. mais que to redendrai où bone, Je abs l'aandonner le trône, art 4e n'eut que 3e Aépésitire, » Et les Espagnols répoudateut par des mascacres à doi ateieds Pet pale meslaés, Tarn fut né, l'autre périt dans les flammes: :

Après avoir exploré cv tearntt, Bone avivamee th Coiain fais srtééire dans toutes les provinces mexicaines comme but dé pieux pèlerinages, Ou sait que, visitée en chémin par Cortez et ses soldats, Chofula dégnis un guet-upens sous Îles plus Mr: apparences, êt que, pour y échapper, il fallut au général éspagnol toute

à présente d'esprit et tout sou courrge. Cholula expia crucllement les machinadone teorèles de quelques eaciques, Cinquante mille héhitants périrent sous le fer dé CARRE,

äa PES Rd LT deb ti esrorse d'immenses plantations d'agaves none ENS à hPa “au de Rose ne eue, d'où none dévensiiiines la magnifique valién de MCE dk, Han réleau sombre st onduleux de montagnes volcaniques, #48 heat our l'azur du ciel, Cette perspective étendue et variée saisissdit eme) dstand on se trouve au niveau de la plaine, l'horizon se rétrécit; à la bare J'kvotla, on n'a plus devant soi qu'une route semée de scories, et à sa gauel # fe de Ghateo, sur lequel.volent des milliers d ‘oiseaux aquatiques, Enfin, aprés-quelques heures de marche au milieu de a chaussée triste et solitaire qui, autrefois, traversait le grand. et célèbre jac de Mexico, on entre dans l'opulente capitale de la Nouvelle-Espagne zu 165 touue | boueux et sales, au milieu d'une population dégnenies 2 ennbhe. Là pheuvier mouvement de Fétransr est de shuseribre 2 de eiute an luc, liée au cet par des chaussées. C'est ainsi que Phisiase de décrit. Et pourtant le

Koss ed

Mexico actuel est éloigné de quatre mille cinq cents mètres du lac de Tezcuco, et du lac de Chalco de plus de neuf mille mètres.

* Mexico, quoique bien diminuée d'étendue, se développe toujours à la mème place, mais le lac de Mexico a peu à peu abandonné la sienne, « La plaine , disait Cortez, contient près de soixante-dix lieues en circonférence, et dans cette plaine se trouvent deux lacs qui remplissent presque toute la vallée, car à plus de cinquante lieues à à l'entour , presque tous les habitants naviguent en canot. Ces lacs, l'un d’eau salée, l’autre d’eau douce, sont séparés par une petite rangée de montagnes. Quatre digues mènent à la ville; elles sont faites de main d'homme. La ville est grande comme Séville ou Cordoue, Les rues sont très-droites et trèslarges, les unes moitié à sec, les autres moitié occupées par des canaux navigables garnis de ponts de bois très-bien faits , et si larges que dix hommes à cheval peuvent y passer de front. Le marché, deux fois grand comme celui de Séville, est entouré d’un portique immense, sous lequel on expose toutes sortes de marchandises, comestibles , ornements en or, en argent, en pierres fines, en os, ei coquilles et en plumes, de la faïence , etc. On y trouve des pierres coupées, des tuiles, des bois de charpente; il y a des ruelles pour le gibier, d’autres pour les légumes; il y a des maisons où les barbiers rasent la tête ; il ÿ en a d’autres qui ressemblent à des boutiques de pharmaciens, dans lesquelles se vendent les médecines déjà faites, les onguents et les emplâtres. Le marché offre un si grand nombre dec hoses que je ne saurais les nommer. Pour éviter la confusion, chaque genre de marchandise se vend dans une ruelle séparée. Au milieu de la grande place est une maison que je nommai l'audiencia, dans laquelle sont constamment assises onze ou douze personnes, lesquelles jugent les disputes qui ont lieu à cause de la vente des marchandises. Il y a d’autres personnes qui se tiennent continuellement dans la foule mème pour voir si l’on vend à juste prix. On leur a vu briser les fausses mesures qu'ils avaient saisies aux marchands.» Voilà comment Cortez décrivait, en 1520, l'aspect extérieur de Tenochtitlan, aujourd'hui Mexico. Quant à sa topographie, on manque de documents exacts. Cortez fit, il est vrai, dresser un plan de Mexico; mais il n'existe plus que des fragments de cette carte.

L'ancienne ville de Mexico communiquait avec le continent par trois digues. La quatrième, mentionnée par Cortez, était sans doute la chaussée qui conduisait à Chapultepec. Tenochtitlan était divisée en quatre grands quartiers, division qui a été conservée jusqu’à nous dans les limites assignées aux quartiers Saint- Paul, Saint-Sébastien , Saint-Jean et Sainte-Marie.

Ainsi, quoique située à quelque distance de l’un et l’autre lac, la ville actuelle se trouve sur l'emplacement de la ville ancienne. Ce n’est point elle qui s’est éloignée de l’eau, c’est l'eau qui s'est retirée d'elle, Ce fait est le résultat des déboisements considérables que la vallée a subis : les nouveaux quartiers de la ville exigeant une grande quantité de bois de charpente, on abattit d’abord les arbres qui se trou. vaient le plus à portée, et de proche en proche on arriva ainsi au pied du rideau

de montagnes qui entoure le vallon de Mexico. Alors le manque de végétation exposant le sol à l'action directe des rayons solaires, et le feuillage des arbres n'attirant plus les rosées de la nuit pour les distiller ensuite en gouttes chaque matin, il s'ensuivit que le vaste réservoir ne fut pas alimenté en proportion de ses déperditions, et le desséchement marcha si vite que le lac de Tezcuco, le plus beau des cinq lacs de la vallée , celui que Cortez nommait une mer intérieure, est réduit aujourd’hui à un tiers de son ancien développement,

On pourrait difficilement aujourd’hui reconstruire l'ancien Tenochtitlan par la pensée el sur les vestiges qui en restent, Çà et là on découvre quelques restes d'habitations particulières que les Espagnols eux-mêmes nous ont décrites comme peu élevées; mais rien d'intact nulle part, rien qui soit en bon état de conservation. Dans leur zèle à refaire un nouveau monde sur d'autres bases, les Espagnols ue laissèrent pas pierre sur pierre, quand ils eurent repris Mexico les ärmes à la main. « Les habitants étaient si opiniâtres, dit Cortez, que je ne savais plus comment empêcher la ruine de la capitale, qui était bien la plus belle chose du monde. Is n'avaient d'autre désir que de conibattre. Dans cet état de choses, calculant que quarante à cinquante jours s’élaient écoulés depuis l'investissement de la place, je formai le dessein de démolir d'un côté et de l'autre toutes les maisons à mesure que nous nous rendrions maitres des rues, de sorte que nous n'avancerions pas d'un pied sans avoir tout détruit ct abattu derrière nous, convertissant en terre-ferme tout ce qui était eau, quelle que püt être la lenteur de ce travail et le retard auquel nous nous exposerions. Pour cet effet, je réunis les chefs de nos alliés, et je leur expliquai la résolution que j'avais prise. Je les engageai à faire venir un grand nombre de leurs laboureurs avec leurs coas (espèce de houes), et nos amis et alliés approuvèrent ce projet, car ils espéraient que la ville serait détruite de fond en comble, ce qu'ils désiraient ardemment depuis long temps.»

A cel appel de destruction générale répondirent tous les habitants de la contrée, auxquels le joug de Tenochtitlan était depuis longtemps odieux. Pour venger d'anciennes oppressions ou de vieilles injures des rois aztèques, les chefs de la contrée voisine et des provinces éloignées virent offrir leur concours à l'anéantissement de la capitale. Ce fut ainsi que l'on mit les canaux à sec, de manière à pouvoir y faire agir la cavalerie. Les maisons de Mexico, basses comme les maisons chinoises, étaient bâties partie en bois, partie en tetzonli, pierre spongieuse, légère et facile à briser. « Aidés par 50,000 Indiens, dit Cortez, nous gagnâmes la grande rue de Tacuba, et nous brülâämes la maison de Guatimozin. On ne cessa de brüler et de raser les maisons. » Jamais sac de ville ne fut plus complet; jamais on ne put dire d'une manière littéralement plus vraie, qu'il ne resta pas pierre sur pierre de la cité primitive.

A l'époque de la conquête, Montezuma habitait de magnifiques résidences, et nul monarque au monde n’était entouré de plus de faste et de plus de splendeurs que ce monarque mexicain. I changeait d'habits quatre fois par jour, ne repre-

CONFÉDÉRATION MENXICAINE. 335

Pat jamais celui qu'il avait mis une fois, et en faisait présent aux nobles où aux soldats qui s'étaient bien comportés à la guerre, Un grand nombre d'ouvriers étaient attachés au seul service de la cour. Les armuriers préparaient pour le usée des armes offensives ct défensives; des peintres. des orfévres, des sculpteurs, des ouvriers en mosaïque travaillaient aussi constamment pour le prince et pour les favoris.

Tous les officiers attachés au palais étaient des hommes du premier rang, Outre ceux qui résidaient dans l'enceinte souveraine, six cents seigneurs feudataires venaient chaque matin prendre les ordres du roi, Les dames d'honneur n'étaient pas moins nombreuses, et le roi, après avoir choisi celles qui lui plaisaient le plus, accordait les autres comme récompense à ses seigneurs favoris, Tous les grands feudataires de la couronne étaient tenus de passer une partie de l'année à la cour et d'y laisser, quand ils reteurnaient dans leurs États, leurs fils ou leurs frères en otages, pour servir de garantie de fidélité au roi.

Personne ne pouvait entrer dans le palais, soit pour le service du moaarque, soi! pour conférer avec lui, sans ôter sa chaussure à la porte. I n'était pas peritis non plus de paraître devant le souverain en habits pompeux : ce procédé cût paru un manque de respect pour la majesté du trône. En conséquence, à l'entrée du palais, les seigneurs, à l'exception des seuls proches du roi, revêtaient des habits plus modestes. Avant de s'adresser au souverain , ils faisaient trois salutations, en disant à la première : seigneur ; à la seconde : mon seigneur ; à la troisième : grand seigneur. On parlait bas au roi, et on recevait la réponse de son secrétaire, en conservant une attitude de très-humble attention. En prenant congé, il ne fallait pas tourner le dos au trône.

Li salle d'audience était aussi la salle à manger du roi ; il prenait ses repas sur un large coussin. La nappe et les serviettes étaient en coton très-blanc et d’une extrème finesse. Les ustensiles de cuisine étaient en terre de Cholula, On préparait le chocolat ct les autres boissons de cacao dans des coupes d'or et de coquilles marines précieuses. Le service était somptueux et abondant. Trois ou quatre cents jeunes seigneurs apportaient en cérémonie le dîner et se retiraient ensuite. Alors, avec une baguctte, le roi indiquait les mets dont il désirait manger, puis il faisait distribuer le reste aux nobles qui attendaient dans l'antichambre. Les seuls spectateurs admis au repas étaient quatre favorites du sérail, chargées de présenter l’eau et l'aiguière, l'écuyer tranchant et six des principaux ministres, qui se tenaient à une distance respectueuse, recueillis et silencieux. Pour égayer le repas, souvent on faisait venir des musiciens, ou bien quelques bouffons de là cour, choisis parmi les hommes contrefaits que le roi pensionnait. Après le diner, on apportait une grande pipe de roseau dans laquelle était du tabac mêlé à de l'ambre liquide. Le repas était suivi d’une espèce de sieste, et la sieste de l'audicnce, Quand le roi sortait, ses nobles le portaient sur leurs épaules dans une pelite litière couverte d'un dais magnifique. Toutes les personnes qui se trouvaient sur sou passage devaient s'arrêter et fermer les yeux. Quand il voulait

descendre de sa litière et marcher, on étendait devant lui des tapis pour que son pied ne touchät point la terre.

«Dans un vaste enclos de murailles où Cortez assure qu'une ville de cinq cents feux aurait pu tenir, le temple principal ouvert sur quatre faces élevait ses murs crénelés avec leurs figures de serpents. Chaque année, dit Zumarraga, premier évêque de Mexico, vingt mille victimes humaines étaient sacrifiées. Acosta dit qu’à certains jours de l’année cinq mille personnes étaient immolées en différents lieux de l'empire, et vingt mille un autre jour. Enfin d'autres écrivains avancent que sur la seule montagne Tepejacac, on faisait une hécatombe de vingt mille personnes à la déesse Tonanteiu. Tous ces temples étaient remplis d'idoles. Dans les premières années de l'occupation , les Franciscains en brisèrent plus de vingt mille généralement faites d'argile et de certaines espèces de pierre et de bois, quelquefois aussi d’or et d’autres métaux. Le zèle à détruire ces emblèmes fut si vif et si exagéré, qu’un missionnaire dominicain mit en poussière une petite idole faite d'une précieuse émeraude et dont on lui offrait quinze cents sequins. Ce fanatisme d’iconoclastes devint fatal aux monuments de la vieille capitale. Les plus magnifiques édifices tombèrent renversés sur le sol, et l'on consacra leurs matériaux à divers usages. Les bois, les jardins royaux furent entièrement rasés, et lorsque Cortez bâtit la nouvelle ville, il ne restait de l’ancienne que la base de quelques constructions. < Cependant Mexico offre encore un champ très-vaste aux recherches de l'archéologue. Dans diverses parties de la ville, on retrouve des idoles sculptées, qui ont servi comme simples matériaux à la construction des maisons bourgeoises et des édifices publics. Çà et là se rencontrent quelquefois à demi enterrés, d’autres fois à la surface du sol, tantôt l'idole du grand serpent, monstrueuse déité, représentée d'ordinaire au moment où elle dévore une victime humaine; puis des statues de grandeur naturelle, des autels de granit, des pans entiers de murailles sculptées, de beaux torses ; enfin la grande et célèbre divinité qui , longtemps enfouie sous la galerie de l’Université, a été récemment tirée de la poussière par les soins de Bulloch, Ce monstre colossal figurait, à ne pouvoir en douter, dans le temple principal, où tant de milliers d'hommes étaient chaque année égorgés en son honneur. C'est un bloc de basalte de neuf pieds de haut, dans lequel on a taillé une figure difforme, qui a autant du tigre que de l’homme, autant du singe que du reptile. Deux grands serpents lui tiennent lieu de bras, et sa drae perie se compose de festons de vipères. Ses côtés sont deux ailes de vautour, ses pieds ceux d’un tigre qui ouvre les griffes, et entre ces deux emblèmes parait la tête d’un autre serpent à sonnettes, qui semble glisser le long de l'idole. Quant à ses ornements, ils cadrent avec la forme du monstre : c’est un énorme collier de cœurs humains, de crânes et de mains qui sont soutenus par des entrailles ; collier repoussant et hideux qui couvre entièrement la poitrine de la statue, en laissant voir seulement le haut des seins, Sans doute, au temps où le peuple l’adorait, cette statue devait être peinte de couleurs qui ajoutaient à son effet terrible,

* voir soulemient le‘ laut dès. seins, Sans doué, au temps où le peuple Pasowrait,

VOYAOR EN AMERIQUE,

descendre de sa Fire 0e ego, du étendait devent lui des tapis pour que son pied ne touchât not is me ‘Dans un vas omis de murailles où Cortex femmes qu'une ville de cinq cents feux curé ps sente, + nee principal cet sr quvbre faces élevait sos curé avc s scbpén TL. Clisque émnés dit Zumarraga, preur A Moxico, vingt mlé victimes Haies éoniet snorifiées, Acosta à etat jure de année cinq mille personne éèsot immolées en différenis. Jeux dé l'empire , et vingt mille un ontre jour ue dontyes écrivains avancé Fi ste Ni eonle ne os ct

Sat + de l'orenprtio et Pie Sd plas de Dr parier in ot de corfiis sapèces de pierre et de Kélquefois aussi d'or et d'autres méiaur, Le #4 à détruire ces emblèmes fut vif et si exagéré, qu'un missionnaire démbiiain mit en ponssière une petite, lâdie faite d'une précieuse érperoude 6€ dont on lui offrait quinse-eants equins, "C8 fanatisme d'icomoélastes devint latol aux monuments de vicille capitale. Les plus magnifiques édifices Llombèrent renversés sar le sol, et l'on 2 leurs ronbtiaux L divèrs usares. Les boïs, les jardins voyet Favent

Page 1