HAITI. — PORT-AU-PRINCE, — LES CAYES
En quittant la Havane, et après deux jours de navigation côtitre, la goëlette donna dans la baie du Port-au-Prince, capitale de la nouvelle république haïlienne, A mesure que nous gagnions du chemin , on pouvait reconnaitre toute celte côte depuis Arcahaï jusqu'à la capitale. C'est un pays bien accidenté que terminent de magnifiques chaînes de montagnes. Du reste pas un bateau pêcheur sur la baie, et pas une âme sur la grève. Tout semblait morne et désert. Les rares habitations qui se montraient de temps à autre avaient un air d'abandon et de délabrement.
Ce fut sous cette impression que nous aperçûmes le Port-au-Prince. Vue à distance, cette ville charmait le regard; mais de près, elle avait une moins belle apparence. Coupé à angles droits, et pourtant irrégulier dans sa régularité, mal bâti, dépourvu de monuments, le Port-au-Prince ressemble en somme à un camp de Tatars. Le territoire environnant a surtout un aspect de végétation sauvage. On dirait une de ces terres vierges que la main de l'homme n’a pas fécondées, une île de la mer du Sud avec son pêle-mèle d'arbres élancés et d'arbustes rabougris. Seulement, et comme contraste, le long des coteaux penchés vers la ville, blanchissent quelques maisons élégantes, demeures des plus riches négociants du Port-au-Prince.
Le Port-au-Prince semble assez bien fortifié du côté de la mer. Les forts Belair et Alexandre, des batteries établies sur une petite île, défendent les abords de la côte et commandent toute la rade.
Le lendemain, un bateau de louage me porta vers le môle, dont quelques
douaniers gardaient les abords; puis, après la visite subie, je m'ouvris un chemin au milieu de cette foule nègre qui encombrait la place. Haïti n'est pas, comme Cuba, un pays où la population blanche balance en nombre la population de couleur, Haïti est un État noir et mulâtre; les Européens qu'on y rencontre sont une exception et une rareté. Quelques négociants, venus d'Europe, des équipages de navires anglais, français, américains , hollandais ou espagnols, voilà ce que l'on trouve çà et là dans les ports ; mais, à l’intérieur, tout est noir ou mulâtre,
J'avais une lettre pour une maison de commerce, MM. Lallemand frères ; je me fis conduire chez eux. Sur la route on me montra tour à tour le cénotaphe de Pétion et une plate-forme en bois, sorte de tribune d'où le président haranguc quelquefois les troupes. Ombragée par un magnifique palmier royal, cette estrade se nomme encore l'autel de la patrie, Plus loin paraissait le palais du président, ancienne résidence du gouverneur colonial, vaste édifice garni d'un perron qui aboutit aux salles d'audiences. Je le visitai mieux le lendemain. Les salles du palais me parurent en général fort bien décorées; des meubles d'Europe, des bronzes , des glaces de prix, en ornaient les pièces principales. Dans l'une d'elles figuraient les portraits des chefs de la révolution haïtienne, Pétion, Christophe, Toussaint, Biassou, Jean-François, tous noirs ou mulâtres. De ces portraits, méchamment peints, maisrichement encadrés, un seul me frappa, celui de Toussaint-Louverture. Cette figure noire, d’un style si africain, portait dans ses yeux vifs etsanguinolents une expression profonde et caractéristique. C'était donc là ce Toussaint, ce Spartacus nègre, qui, de simple esclave, était dcyenu général d'armée ; Toussaint dont la vie comptait de si belles pages, ce noir révolté à qui Napoléon n'avait pas dédaigné d'écrire, ennemi assez dangereux pour qu’on l'ait laissé périr dans un cachot du fort de Joux!
Les maisons du Port-au-Prince, presque toutes en bois, et hautes de deux étages au plus, ont une pauvre apparence. Ce mode de construction avait, du reste, été adopté par les Français comme une garantie contre les tremblements de terre. Parmi les édifices publics, le palais seul est à citer. L’arsenal, qui a brûlé en 1827, les prisons, la Monnaie, l'hôpital militaire, le lycée, sont des constructions fort insignifiantes. Capitale de la nouvelle république d'Haïti, le Port-au-Prince sert de résidence habituelle aux principales autorités.
Dans cette ville endormie au soleil, les quais et les marchés offraient seuls quelque mouvement et quelque bruit. Encaissé dans le centre d’une baie profonde et ceint de plaines marécageuses, le Por:-au-Prince n’est pas une résidence salubre. Le principal agent d'assainissement pour ces contrées, la brise de mer, n'y à pas un jeu libre et régulier, arrêtée qu’elle est par l'île de Gonave, terre avancée qui abrite le port. La résidence est donc malsaine, dangereuse, mortelle souvent aux Européens. La fièvre y décime tous les équipages de relâche; ct sur dix personnes qui s’établissent dans le pays, il est rare qu’elle en laisse vivre cinq.
La population du Port-au-Prince se compose d'un petit nombre de négociants étrangers, et de citoyens de la république haïtienne, nés sur les lieux ou naturalisés, Ces citoyens se divisent en trois classes, les blancs en fort petit nombre, les mulâtres dans toutes leurs nuances, et les nègres. Les droits civiques ne sont pas égaux toutefois entre les trois catégories; les mulâtres et les noirs se sont réserve quelques priviléges à l'exclusion des blancs. Par l’article 3% de la Constitution, tout Indien, Africain, tout homme de sang nègre ou de sang mêlé, est citoyen d'Haïti, après un séjour de donze mois, avec la facilité d'y devenir maître, pro priétaire, député, ministre, membre du gouvernement. Le blanc, au contraire, n'obtient jamais qu'avec peine des lettres de naturalisation; et quand il les à obtenues, il se trouve en face d'un article 38 de la Constitution qui dit : « Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne pourra mettre le pied sur ce territoire à titre de maître ou de propriétaire. »
Du reste, si la loi constitutionnelle a stipulé une exclusion, les habitudes sociales en restent complétement affranchies. Nulle part ne règne une égalité plus caractérisée et plus complète. Le président est à la tête de l'État, et après lui, viennent les ofliciers militaires et civils; mais en dehors de cette hiérarchie de pouvoirs, aucune distinction n'existe parmi les citoyens ; il n'y à ni haute classe, ni classe moyenne, ni classe inférieure. Les emplois et l'argent, l'argent surtout, voilà ce qui peut constituer une façon d'aristocratie.
Le Port-au-Prince n'est pas un séjour ennuyeux. On s'y visite, on s’y fait des politesses. Les dîners, les déjeuners y sont à la fois une distraction et un lien, Le luxe des vins et des mets y est poussé jusqu'à des raffinements incroyables, surtout dans la société des négociants étrangers. Chaque jour invité, obligé chaque jour de prendre part à de copieux repas, je serais mort à la peine, si mon séjour se füt prolongé. Mes hôtes me promenèrent aussi de bal en bal, de concert en concert. On me présenta aux soirées des consuls français, anglais et américain ; on me produisit dans les salons des négociants les plus riches et les plus répandus, Rien ne m'y frappa. C'était à peu près comme en Europe, moins bien seulement. Les bals des indigènes avaient seuls un autre caractère.
J'en vis un, entre autres, que donnait un riche Haïtien, noir indigène, à l'occasion du mariage de sa fille. L'assemblée se composait principalement de nègres et de mulâtres, hommes et femmes. Les hommes étaient plus ou moins »izarrement vêtus, tels en veste, tels en habit; quant aux femmes, elles étalaient un luxe remarquable de robes de soie, de parures de corail et de perles, et de dentelles du meilleur goût,
La danse se composait de quadrilles, entremélés d’une espèce de cotillon qu’on nommait /a carabinière. C'était la ronde du pays, importation française sans doute et restée dans les mœurs des indigènes, ainsi qu’une foule d'autres coutumes. Les femmes en général dansaient en mesure et presque toujours avee grâce; les hommes, quoique plus empruntés et plus gauches, se tiraicnt aussi passablement d'affaire,
Fels sont les bals de ville, déjà raffinés, et se rattachant, de loin, aux vicilles traditions créoles; mais les bals champêtres sont tout primitifs et tout africains. On y danse la congo et la chega des esclaves. Ces bals ont lieu dans des cabanes dont les branches d’un arbre forment le toit, Le musicien, habillé d’une façon fantastique, s'accroupit dans un coin devant un tambour énorme. Il le frappe d'abord lentement, puis avec une vitesse toujours croissante. Les couples danseurs suivent cette progression dans leurs pas et dans leurs figures.
Les terrains qui avoisinent le Port-au-Prince ont été distribués à une foule de petits propriétaires. Ils y récoltent des légumes et du fourrage, et y élèvent quelques volailles. On en voit peu dans le nombre qui cherchent à agrandir ou à améliorer leur domaine, Pourvu qu'ils y trouvent de quoi vivre et de quoi se procurer quelques verres de rhum, le reste leur importe peu. La fortune, d'ailleurs, serait trop payée au prix d’une existence active, Quel trésor pourrait valoir le bonheur de ne rien faire ou de faire peu! Les chefs de l'État ont vainement essayé de combattre l'apathie de ces natures indolentes. Des primes affectées au travail, des peines infligées à la paresse ont été impuissantes contre un vice qui est dans le sang,
Livrée à des mains nonchalantes, la campagne d'Haïti à l'aspect sauvage et triste de terres en friche, La canne à sucre, qui constituait la richesse principale de la colonie, à presque disparu de ses plaines ; il n'y reste que le caféier qui donne des quantités abondantes, mais une qualité médiocre. Des plaines jadis cultivées sont aujourd'hui couvertes de forêts de campèches et d'acacias, si vigoureux, si forts, qu'on les prendrait pour des bois séculaires.
Je stjournai peu au Port-au-Prince, où la fièvre ne m'eût point épargné , et j'employai mon temps à parcourir les environs. Partout je rencontrai une touchante hospitalité.
Depuis dix jours environ je poursuivais ces reconnaissances rapides dans la ville et hors de la ville, quand une affaire de commerce nécessita le départ d'un de mes hôtes pour le Cap-Haïtien. Un caboteur devait l'y conduire ; et je profitai de l'occasion pour compléter mes documents sur Haïti. Nous nous embarquâmes le 10 juin, et n'arrivämes au Cap que le 1%. Sur la route, nous avions vu la petite ville de Gonaïve, capitale de l'Artibonite , le cap de Saint-Nicolas du Môle, havre militaire fortifié tour à tour par les Français et par les Anglais. Nous avions vu cncore et longé l'ile de la Tortue, si célèbre dans l'histoire des Antilles, repaire de ces hardis boucaniers qui régnèrent si longtemps sur ces mers.
La ville qui se nomme aujourd'hui le Cap-Haitien a changé de nom bien souvent. Four à tour elle s’est appelée Cavo-Santo , Cap-Français, Cap-Républicain , Cap- {lenri, Aussi la désigne-t-on par le simple mot générique le Cap. Le Cap est bäti au pied d'un morne qui l'abrite contre les vents du nord et du sud. La rade, qui court nord et ouest, est formée par une langue de terre prolongée vers le nord. Au milieu de cette baie se trouve le bourg dit de la Petite-Anse, L'entrée en est difficile ; mais le mouillage y est bou, La ville du Cap est grande, belle , plus ap-
parente que Île Port-au-Prince; elle a des rues spacieuses et bien payées, de vastes places, des marchés commodes et une foule de fontaines, Les fortifications, déja respectables sous la domination française, ont été successivement auginentées par oussaint, Dessalines et Christophe. L'arsenal, bâti sous Louis XIV, garde encore, comme une date histérique , les initiales de ee prince, graiées sur les portes et les croisées. En sonne, ilest facile de voir que la ville du Cap fut, à son apogée, la plus agréable ville de archipel occidental; mais les débris qui attestent cette grandeur el cette opulence passées , sont tristes au coup d'œil, inornes, affigcants. On s'aperçoit que le fer et le feu ont passé sur cette enceinte,
Le Capa été, du reste, une ville matheureuse à toutes les époques, Bivers incondies y éclatèrent avant la révolution haitienne, et deux incendies Font encore rayée depuis. C'est une sorte de fatalité qui ne seinble pas tenir à des causes politiques, puisqu'elle s'est reproduite sous le nouveau régime, La population de lo ville est composée à peu près des mêmes éléments que celle du Port-au-Prince, Seulementies traditions de cordialité, de politesse, semblent plus vivantes au Cap que dans les autres localités haitiennes. On y reconnait encore la viciile metro joie française.
älon séjour au Cap n'aurait présenté qu'un assez médiocre intérêt, sans une viile historique aux ruines de Sans-Souci où Millot, dernière résidence de Christophe.
La route qui y conduit est large, plantée de beaux arbres, bordee de champs et de plantations assez négligées, De temps à autre, pourtant, se préseutent quelques habitations plus vastes, plus fertiles, mieux (tenues que Is autres, Celle de la Victoire, entre autres, autrefois Grand-Pré, se distingue par le nombre de ses constructions, et par sa position piltoresque au pied d'un morne et sur fes bords d'une petite rivière,
Dans la matinée mème , nous arrivèmes au village de Millot, qui s'étend au pied de la résidence royale, De ce point, on pouvait saisir l'ensemble du palais, son ordonnance incorrecte et bizarre, son luxe de fenètres, son perrou aux brusques talus, ses appendices et sa double enceinte, Sans-Souci, adossé à une monlas 2e fort haute , semble, vu d'en bas, se découper, avec:ses murs d'un blanc mat, sur une verdure triste et rabougrie, L'aspect général me parut sombre et délabre ; il semblait révéler l'histoire sanglante et lugubre de Fédifice, Là, avail régné Chris- Lophe; là, il avait abdiqué par un suicide. La révolte partielle du district de Sant- Mare, la défection des troupes envoyées pour Fapaiser , enfin le soulèvement de la capitale, étaient venus surprendre le roi, qui souffrait d’une paralysie par liclle, S'il eût pu monter à cheval, peut-être les armes lui auraient-elies été Favorables ; il essaya , il se donna de l'énergie à l’aide de stimulants ; mais ses forces le trahirent, L'élite de son armée, sa dernière ressource, partit sous les ordres du prince Joachim, et, au lieu de se battre, passa à l'ennemi, Alors, se voyant abandonné de tous, Christophe © Henri E) aima mieux se brûler la cervelle que de tomber au pouvoir des révoltes.
Nous vimes la chambre où s'était passée cette catastrophe le 20 décembre 1820, Le commandant du palais, le colonel Belair, nous la raconta dans tous ses détails, en y ajoutant une foule d'épisodes sur la vie du roi suicide.
Christophe était tyran par goût et cruel par nature. S'il n'eût pas été roi, il se serait fait bourreau. Un jour , ayant surpris un de ses domestiques de Sans-Souci dérobant un morceau de petit-salé , il le fit coucher à plat-ventre dans la cuisine et fouetter jusqu'à la mort. On eut beau le supplier, il fut inflexible et prit plaisir à voir expirer ce malheureux.
Quelquefois pourtant, dans des jours de bonne humeur , il se prenait à oublier et à faire grâce. Un jour, il avait mandé devant lui un capitaine américain qui avait enfreint quelque loi commerciale. Quoiqu'il sût très-bien l'anglais, il le fit interroger par un interprète, se donnant ainsi le temps de la réflexion. Ennuyé de se voir interpellé et sermonné ainsi, 1e capitaine américain se prit à grommeler entre ses dents : il ne croyait pas que son juge püt le comprendre, «Oh! si je te tenais à Charleston ! disait-il, — Eh bien ! répliqua Christophe, quel prix tirerais-tu de moi? Combien paierait-on un roi nègre à Charleston ? » A cette apostrophe directe, l'Américain se crut perdu ; mais le roi était dans ua de ses bons jours ; il pardonna ct renvoya le capitaine.
. Ces anecdotes nous étaient racontées par le colonel, qui remplissait à la fois les fonctions d'historiographe et de cicerone officieux, Grâce à lui, nous visitimes Lut avec connaissance de cause ; nous parcourümes le jardin garni d'arbres frui- Ücrs, et animé par des eaux jaillissantes ; nous vimes l'arbre sous lequel , dans les beaux jours, Christophe tenait ses petits levers; nous aperçümes sous la remise les carrosses royaux souillés et ternis. Tout cela, meubles et constructions , se trouvait dans un état pitoyable ; le village lui-même , où la noblesse haïtienne s'était fait bâtir quelques demeures, s'en allait en ruines, Ce délabrement général rappelait une puissance déchue.
Après déjeuner, nous quittâmes Sans-Souci ct poursuivimes notre route vers La Ferrière, appelée aussi /« Citadelle, Pendant quatre heures environ , il fallut gravir des sentiers pierreux et bordés de précipices, Enfin, sur le point culminant d'une chaine élevée, se révéla La Ferrière, château fort de Christophe, comme Sans-Souci était son palais, Arrivés devant ses bastions , nous insistämes en vain pour pénétrer dans l’intérieur. Non-seulement une consigne rigoureuse en interdisail l'accès, mais encore, à notre vue , un piquet de soldats sortit de la poterne et vint surveiller nos mouvements, IT fallut ÿ renoncer et se contenter d'un examen superficiel, Le château avait trois rangées de canons, des murs fort épais , et des logements intérieurs pour une garnison considérable, Notre guide nous parla d'un fort beau mausolée où reposent les restes du roi Christophe ; mais il nous fut impossible de pénétrer jusque-là.
A La Ferrière , les souvenirs de ce roi étaient encore plus vivants qu'à Sans- Souci, On énuméra devant nous les forces immenses qu'il avait pu Y rassembler ; le parc de quatre cents pièces d'artillerie, toutes trainées à bras d'hommes ; puis
les sommes prodigieuses en or et en argent enfouies dans les casemates ; quatre cents millions suivant les uns, trois cents, deux cents, cent, suivant les autres. A ces faits essentiels se mélaient des anecdotes puériles. Par exemple , on nous fit voir une pièce de canon que Christophe pointa lui-même , au dire des habitants, contre un homme qui se promenait à neuf milles de là, Le conteur ajoutait naivement que l'homme avait été coupé en deux. Ces traditions attestent jusqu'à quel point le roi nègre avait su fasciner son armée ; ses soldats le croyaient doué d'une puissance surnaturelle ; ils n'osaient ni décliner ni discuter ses ordres. La con- «truction de La Ferrière était la meilleure preuve de cette obéissance toute passive, Que de bras dévoués n'avait-il pas fallu pour élever cette citadelle en des lieux où les aigles seuls bâtissaient leurs aires ! Le despotisme seul peut réaliser ces coûteux et inutiles prodiges !
Je n'étais pas venu au Cap seulement pour voir la ville : mon espoir était d'y {ouver une occasion prompte et sûre pour les autres Antilles. Mais aucun navire ue s'était présenté depuis mon arrivée ; je pouvais attendre encore une, deux, {rois semaines, sans être plus heureux. Une seule ressource me restait : c'était d'aller aux Cayes, Fun des ports les plus actifs et les plus florissants d'Hfaiti. Monté de nouveau sur un caboteur , j'y arrivai le 27 mai,
La ville des Cayes n'a presque qu'une seule et longue rangée de maisons alignées sur la grève, Ces maisons sont d'une ordonnance mieux entendue que ceiles du Port-au-Prince et du Cap. Fondée en 1720, la ville des Cayes fut, en 1793, la capitale de l'État du Sud, où quelques noirs dissidents restèrent campés sous les ordres du général Rigaud, jusqu'à ce que le parti de Toussaint eût pris le deseus dans toute l'ile.
Ce que j'avais espéré d'une relâche dans ce port se trouva réalisé presque sur lhieure. Un brick danois devait appareiller le 30 mai pour Saint-Thomas; j'y pris passage, Près de quitter Haïti, je regrettais néanmoins de n'avoir pu parcourir la partie ci-devant espagnole, moins riche et moins belle sans doute , mais marquée à un type distinct, intéressante et curieuse, Les districts de l'E, qui la composent ne sont pas moins féconds en sites pittoresques que ceux de PO, ; quelques villes anciennes et importantes se montrent par intervalles sur les côtes ; ici Santiago, bätie en 150%, et ravagée par Dessaline ; Port-Plate, Allamira, Monte-Christo ; 1 Saint-Domingue, ancienne capitale de toute l'ile, fondée dans les premières aunées de Ta découverte, embellie depuis, par les soins des divers gouverneurs, de palais, d'églises, d'arsenaux et de colléges; mais peu à peu déchue, et réduite aujourd'hui à un rôle subalterne, Du reste, cet état d'infériorité est général dans toute Ta partie d'Haïti qui fut espagnole. Quoique plus étendue en territoire, elle n'a pas cette importance que Factivité française avait donnée aux districts de lO., et qu'ils ont conservée depuis.