DISTRICT DES MINES
et aussi :n moins de deux siècles ouvrirent-ils plus de cinq cents exploitations.
La méthode d'exploitation des mines, telle qu’elle était pratiquée d'abord, et que l’on ne modifia que très-lentement, est dispendieuse, lente et défectueuse, Les galeries et les puits sont en général trop grands et trop coûteux, et ils ont l'inconvénient de ne pas communiquer entre eux. L'entrée de quelques mines, et surtout de celles de Val: nciana, étonne par la facilité qu'elle offre; mais à ces avantages extérieurs semblaient autrefois se borner les soins des ingénieurs chargés de la distribution du travail. Un Européen, habitué à jouir de tant d'ingénieux moyens de transport, aurait peine à croire que tout le minerai arraché au filon était autrefois transporté à dos d'hommes hors des galeries souterraines. Les ouvriers employés à cette tâche se nommaient des tenateros. Les tenateros, espèce de bôtes de somme, restaient chargés pendant six heures de leur journée d'un poids de deux cent vingt-cinq à trois cent cinquante livres. Ils montaient et descendaient ainsi plusieurs milliers de gradins par des puits inclinés de plus de 30°. Le minerai, mis dans des sacs (costales) tissus avec du fil de pite, était chargé sur leurs épaules, portant sur une couverture de laine qui empèchait les travailleurs de se blesser le dos. On rencontrait dans les mines des files de cinquante à soixante de ces portefaix , parmi lesquels on voyait des enfants de dix à douze ans et des vieillards sexagénaires. En montant les escaliers , ils jetaient le corps en avant et s'appuyaient sur un bâton. On conçoit toute la force et toute la vigueur qu'il fallait pour supporter longtemps un tel fardeau. Dans l'intérieur de la mine, on se sert de mulets pour les travaux pénibles.
Maintenant le métièr de mineur est un métier libre dans tout le Mexique : aucun étis, aucun Indien ne peut être contraint à cette exploitation. De tous les mineurs, le mineur mexicain est le plus libre , et aussi le mieux rétribué, Il gagne de vingt-cinq à trente francs par semaine ; mais, à côté de ce bénéfice licite , il en est d'autres qui le sont moins, Le mineur mexicain est aussi porté au vol que le diamantaire brésilien, et l'on est obligé d'exercer à son égard une surveillance non moins grande. Disons quelques mots sur le procédé d'amalgamation.
Depuis longtemps, on connaissait au Mexique la propriété qu'a le mercure de se combiner avec l'or. Les anciens ne l'ignoraient pas. Ils se servaient de l'amalgamation pour dorer le cuivre et pour recueillir l'or contenu dans des vêtements usés, Avant la découverte de l'Amérique, des mineurs allemands semblent aussi avoir employé le mercure soit dans le lavage des terres aurifères , soit pour retirer l'or des filons, soit à l'état natif, soit mélé aux pyrites de fer. Toutefois ce procédé appliqué d'une manière fort restreinte n'avait que de lointaines analogies avec le procédé d'amalgation des minerais d'argent, découverte précieuse à laquelle on doit les promptes exploitations réalisées dans nos âges modernes. Cette découverte eut lieu au Mexique en 1557 ; on la doit à un mineur de Pachuca, nommé Bartolomeo de Medina. A peine l’eut-ilemployée, que les mineurs renoncèrent presque tous à la fonte. En 1562, cinq années après, on comptait déjà trente-cinq usines dans lesquelles le minerai était traité par le mercure. -
A l'époque où nous visitimes Guanaxuato , les mines n'avaient plus cette actie vité merveilleuse qui avait signalé la fin du siècle passé et les premières annces de celui-ci, On y voyait encore, quoiqu'en pelite quantité, les resca/adores où « 30queros (amalgamateurs) travaillant pour leur compte, et qui, estimant à vue d'œil un amas de farines métalliques, l’achetaient sur cette simple évaluation. En 1826 ct 1827, les achats de ce genre ne se montaient guère plus qu'à dix mille francs par semaine, Les calculs statistiques les plus récents portent à 838,857 marcs d'argent la production des mines du Mexique de 182% à 1830, c’est-à-dire au tiers environ pour sept années de ce qu'elles produisaient autrefois pour une seule année. Il est vrai qu'avant de pouvoir s'installer dans cette exploitation , la compagnie anglo-mexicaine, qui s’en est rendue adjudicataire depuis 182%, avait besoin de réparer les dommages causés par un long abandon.
L'un des plus grands ouvrages de la Compagnie anglo-mexicaine fut l'épuisement de la mine de Valenciana, Les divers puits de la mine et toutes ses galeries étaient inondés ; les communications souterraines étaient détruites, et des fragments de roches calcaires détachés des parois encombraient les passages. Il fallut procéder à l'épuisement par le procédé si lent des malacates, et y employer huit de ces machines qui travaillèrent jour et nuit sans désemparer pendant plusieurs années, au bout desquelles l'exploitation put recommencer.
Telles sont en résumé les mines de Guanaxuato. Les procédés d'exploitation v étant à peu près les mêmes que dans les autres districts, il suffit maintenant, pour compléter ce tableau des mines du Mexique, de citer les généralités des autres districts, savoir : Zacatecas, San Luis Potosi, Sombrerete , Catorce, Durango au nord du Mexique, Real del Monte, Tasco, Tlalpuxahua, Temalscatepec ct d'autres moins importants au midi.
L'un des principaux avantages de Zacatecas, comme district de mines, c’est la supériorité de son hôtel des monnaies sur ceux des districts voisins, En vingtquatre heures la monnaie de Zacatecas peut battre 60,000 piastres, Les bénéfices de cet établissement sont de 20 à 30,000 piastres par an.
Parmi les fortunes merveilleuses que l'exploitation des mines à produites, il faut citer celle du capitaine Zuniga, à San Geronimo et à Santa Ana. Cette fortune, qui date de 1787 et 1789, était si considérable , que le capitaine put appliquer, sans s'appauvrir, quatre millions de piastres à des institutions de bienfaisance. Zuniga, était un simple muletier qui transportait dans ces montagnes de la viande et d'autres denrées dont on lui donnait le poids en argent. Encouragé par l'exemple des fortunes soudaines qui se faisaient sous ses yeux, il vendit ses mules, et avec le produit (2,000 piastres environ) il acheta les deux mines qui devaient lui valoir dans la suite de si grandes richesses. C'était alors simplement des gites indiqués ; mais, dès les premières fouilles, le minerai se montra si abondant et si riche que ce fut bientôt une fortune complète, A l'aide de ses Millions, Zuniga obtint le grade de capitaine. Sa magnificence était telle que le vice-roi lui-même ne put se soustraire à son influence, Aux jours des grands baise«
mains, Zuniga paraissait à la cour avec un mouchoir rempli de bijoux d'or; mais il ne faisait que traverser la salle d'audience où le vice-roi recevait ses dignitaires. « Je ne viens pas voir Votre Excellence, disait-il, je suis un barbare ; je ne comprends rien à l'étiquette des cours; je viens voir ma petite enfant. » Sa petite enfant était la jeune fille du vice-roi, à qui les bijoux d’or étaient destinés.
Un séjour d'une semaine à Guanaxuato et aux environs me suffit pour me donner une idée assez complète des districts des mines et de leur exploitation renaissante. Quand cette exploration fut terminée, je repris le chemin de Mexico, où je ne demeurai cette fois que le temps nécessaire pour rencontrer une occasion agréable et sûre pour Vera Cruz, où je devais m'embarquer pour les États- Unis d'Amérique,