HISTOIRE. — GÉOGRAPHIE DU MEXIQUE
L'histoire de la conquête du Mexique est un drame qui vit dans toutes les mémoires, Comment Cortez aborda le 21 avril 1519 sur la péninsule de Yucatan ; ce qu'il lui fallut d'efforts opiniâtres pour arriver le 8 novembre suivant dans Ja capitale du Mexique; par quels moyens atroces il y entra et S'y maintint; le meurtre de Montezuma, ce roi d'un âge d'or, qui ne voyait dans la venue des conquérants étrangers que l'accomplissement d'une prophétie; le massacre de la noblesse mexicaine ordonné par Alvarado: la résistance héroïque de Guatimozin et son supplice affreux ; la conquête définitive de cet empire, au milieu d'une immense dévastation; les villes détruites, les populations égorgées ; l'Évangile, cette charte de paix, prèché avec le fer et le feu ; personne n'ignore ceite lamentable histoire, cette invasion brutale et sanglante d'intrépides aventuriers, ce récit d'héroisme éclatant et d'atrocités révoltantes, cette prise de possession dans laquelle tout l'or de l'Amérique ne put pas la défendre contre le fer de l'Europe.
. &e fut sur des ruines que Cortez fonda au Mexique le pouvoir espagnol. Le système d'oppression et de pillage ne mourut point avec lui. Malgré tous les efforts de Charles-Quint pour améliorer le sort de ses nouveaux et loin ‘ins sujets, on perpétua au Mexique la politique de dépopulation, en traitant le. adigènes comme des bêtes de somme. Les vice-rois que l'Espagne envoyait au Nouveau-Monde n'avaient souci que de leur fortune et de leur pouvoir; ils s'inquié- {aient peu des misères chaque jour accrues des peuples qu'ils gouvernaient. Autour d'eux, la vénalité avait formé commé un cercle impénétrable au contrôle superieur. Si loin de la métropole et avec tant d'or sous la main, les vice-rois du Mexique étaient de vrais despotes, ne relevant presque que de leurs caprices,
Par toutes sortes de moyens, ils cherchaient à ÿ étouffer l'élan des progrès qui éveillent toujours chez les peuples le sentiment de leur dignité et de leur indépendance. Le monopole pesant à la fois sur l'industrie et sur l'agriculture, les droits énormes tant à l'entrée qu'à la sortie des produits, la mise à l'index d'une éducation libérale , tout était combiné de façon à perpétuer l'ignorance , et, avec l'ignorance l'esclavage des regnicoles.
Sans les événements de 1808, longtemps peut-être ce système eût régné sur le Nouveau-Monde. Ces événements, qui ébranlèrent l'existence politique de la métropole, ne furent pas sans doute le motif de la révolution coloniale; mais ils en devinrent l’occasion et le prétexte. Napoléon venait d'envahir la Péninsule hispanique ; il en faisait une annexe de l'empire français et posait sur la tête de son frère la couronne de Ferdinand. A cette nouvelle, un mouvement éclata au Mexique; mouvement qui prit d’abord le caractère d'une protestation en faveur du souverain légitime, mais qui, plus tard, devint une déclaration d'indépendance. Le vice-roi qui gouvernait alors, José Iturigarray, voyant que les colonies espagnoles restaient désormais sans lien avec la métropole, isolées et livrées à elles-mêmes, voulut organiser une junte, dans laquelle devaient entrer en proportions égales des créoles et des Européens. Cette assimilation indisposa ces derniers; ils conspirèrent contre le vice-roi, s'emparèrent de sa personne et l'embarquèrent pour Cadix alors au pourvoir de la junte insurrectionnelle. Bientôt cette junte envoya son homme de confiance, Venegas, qui devint la tête et le bras du parti européen, marchant désormais vers l'oppression du parti créole. De là naquit cette révolution qui, conçue d'abord dans une pensée de fidélité au souverain légitime, devait aboutir à l'indépendance coloniale et à une ère d'émancipation. Les Américains ne purent souffrir sans impatience et sans haine l'autorité du nouveau gouverneur. Ils complotèrent à leur tour. Il s’organisa dans tout le royaume une ligue, à la tête de laquelle se mirent des dignitaires civils et religieux. Trahis et dénoncés aux vengeances du vice-roi, les conjurés levèrent l'étendard de la révolte. Le moine Hidalgo, recteur de la ville de Dolores, désigné comme la première victime de Venegas, fut aussi le premier insurgé. Le 10 septembre 1810, au moment où les soldats du vice-roi venaient le saisir, il fit sonner le tocsin et appela les populations aux armes. Deux mois après, il eut 30,000 hommes sous ses ordres, mal armés, mal disciplinés, il est vrai, mais hardis, exaspérés et entreprenants.
Ce fut alors que commença cette guerre trop longue pour être racontée. Hidalgo, n'ayant d'appui contre des troupes aguerries que dans des moyens révolutionnaires, offrit en perspective à ses soldats le pillage et la dévastation. Il assiégea Guanaxuato, s’en rendit maître ; les richesses métalliques de la contrée tombérent au pouvoir des vainqueurs, et le soldat le moins bien partagé eut une valeur de cinq cents à mille piastres; mais telle était l'ignorance de ces Indiens qu'ils prenaient les doublons pour des médailles dorées, et les £changeaient pour quatre réaux.
Ces triomphes eurent leurs revers. Les excès commis par Hidalgo, les prédications des prêtres qui excommuniérent en masse tous les insurgés, la bravoure farouche du général espagnol Calleja, amenérent une réaction. Hidalgo, fait prisonnier à Chihahua, fut exécuté le 27 juillet 1811, et tous les Indiens que l'on put saisir furent passés par les armes. Jamais boucherie ne fut plus affreuse et plus générale.
Le sang appelait le sang. José Maria Morelo prit la place de Hidalgo. Plus habile et plus prévoyant, il essaya de débaucher la révolution politique, en continuant l'insurrection militaire. Il convoqua une junte à Zultepec, et fit formuler une constitution qui faisait du Mexique une annexe indépendante de l'Espagne, relevant du patronage de Ferdinand. Malheureusement Morelo n'avait pas des forces suffisantes pour fonder son œuvre par les armes. Vaincu comme Hidalgo, il périt comme lui. Alors parut Xavier Mina, le neveu du général de ce nom si célèbre dans la Péninsule. Le jeune Mina combina à Londres le plan d'une insurrection nouvelle, et en 1817, à la tête de #50 hardis aventuriers, il débarqua à Soto la Marina, sur la côte mexicaine. Comme on lui avait promis des renforts, il laissa sur le lieu du débarquement 130 hommes, et, avec les 320 autres, 1l marcha à la conquête du Mexique. Dès le second jour, 1,500 créoles déterminés se r'allièrent à lui. Il marcha sur San Luis de Potosi, battit sur la route un corps de 2,000 royalistes, entra dans la ville, puis se dirigea sur Guanaxuato qui lui ouvrit ses portes avec enthousiasme. Si, à ce moment, Mina eüût sur-le-champ poussé vers la capitale, c'en était fait de Mexico. Le vice-roi Apocada n’eût pas cherché à le défendre; mais Guanaxuato fut une espèce de Capoue pour les vainqueurs; et, pendant qu'ils y faisaient une halte, les royalistes trouvèrent le temps de rassembler leurs forces. Ce n'eût rien été encore si un guet-apens r’eût compromis tout à coup le sort de la révolution. Dans une reconnaissance isolée, le jeune chef, l’âme de cette entreprise, Mina, fut fait prisonnier et fusillé par le général Orantia. C'était une perte immense. L'armée confédérée se dispersa sous divers généraux qui, chacun de leur côté, tinrent la campagne. Cette nouvelle guerre de guérillas sans cesse renaissante eût à la longue usé les forces royalistes, quand mème un événement imprévu n'eût pas tout à coup décidé de l'avenir du Mexique. Le colonel Iturbide, envoyé à Acapulco avec un des régiments les plus dévoués, passa aux rebelles et se posa comme généralissime de l'indépendance mexicaine. En quelques mois, il devint si puissant que les nouveaux vice-rois, Novella et O'donoju, transigèrent avec lui et reconnurent l'indépendance de l'État émancipé.
Iturbide, qui s'était proclamé Général en chef de l'Armée impériale, entra à Mexico en triomphateur. La municipalité vint lui offrir en grande pompe les clefs de la ville, Une junte provisoire, installée avec solennité, confirma les titres qu'Iturbide s'était attribués ct nomma une régence à l'empire. Malheureusement, Iturbide ne sut ni reconnaître ni ménager le principe révolutionnaire qui l'avait fait vaincre. Il visa à une dictature. Des actes de cruauté gratuite et de despo-
tisme intempestif ébranlèrent son pouvoir naissant, et le ruinèrent avant qu'il eût acquis quelque force. Santa Anna ayant proclamé la république à Vera Cruz, la désertion se mit parmi les troupes d'Iturbide , qui venait de se faire couronner empereur avec la plus grande magnificence. La dissolution du Congrès et l'arrestation de quelques membres ne purent sauver le dictateur. Vitoria et Vergas à Vera Cruz, Guerrero et Bravo à la Paebla, Jural à San Luis de Potosi, proclamaient à la fois la république. Une dernière rencontre trancha la question, L'empereur fut battu, et ce fut la fin de l'empire. Le Congrès exila Iturbide en Italie, avec une pnsion de 25,000 piastres. I s’embarqua à Antigua le 41 mai 1823; mais, poussé par son humeur inquiète et ne se tenant pas pour déchu, il ne craignit pas de reparaître en 182% sur le territoire mexicain. Cette fois, saisi par le général Felipe de la Garza, il fut fusillé quelques jours après son débarquement,
Cependant le nouvel État se constituait à l'ombre d'un pouvoir exécutif composé des généraux Vitoria, Bravo et Regrete. En janvier 182%, la Charte mexicaine fut promulguée : elle proclamait une république fédérale. Après avoir établi l'indépendance absolue du pays, adopté le culte catholique comme religion de l'État, la constitution divisait la république en dix-neuf districts, attribuait le pou\oir législatif à un Congrès composé de deux chambres, les représentants et le sénat, et metlait le pouvoir exécutif entre les mains d’un président et d'un vice-président élus par les congrès des provinces. Désormais les drapeaux mexicains furent décorés de l'aigle, perchée du pied gauche sur le cactus de la cochenille !, Deux rameaux furent brodés des deux côtés de cet écusson, l’un de laurier, l’autre de chène, en mémoire des premiers défenseurs de l'indépendance. Telle fut la nouvelle Confédération mexicaine, Le général Don Guadalupe Vitoria fut nommé président; le premier congrès mexicain se réunit le {ef janvier 1825.
La nomination du général Vitoria excita parmi ses quatre concurrents une rivalité qui à été l'origine des dissensions politiques, si funestes depuis lors au Mexique. Deux partis se sont formés et subsistent encore : le parti monarchiste et le parti démocratique. Jusqu'en 1837, ce ne sont qu'émeutes et changements de présidents, sans que jamais la paix revienne avec l'un ou avec l’autre.
En 1838, des différends s'élevèrent entre la France et le Mexique. Dans le pillage de Mexico, des magasins français avaient été saccagés; à Puebla, des Français avaient été massacrés; le droit des gens avait été cruellement violé sur d'autres parties du territoire, et les réclamations du gouvernement étaient demeurées sans effet, Le 27 novembre 1838, le contre-amiral Baudin, mouillé dans la rade de Vera-Cruz, se rendait maître du fort considéré comme imprenable de San-Juan de Uloa. Le président Bustamente refusa de ratilier la capitulation, et le Congrès déclara la guerre à la France. Enfin, le 9 mars 1839, un
1. GC: cactus s'élève sur un rocher au milieu d’un lac, et l'aigle tient dans ses serres du pied droit un serpent qu'il dechire avec son bec.
traité nous assurait une indemnité de 600,000 piastres, Lors d'une émeute terrible qui eut lieu en 18%0, Santa-Anna revint encore au pouvoir, et ce fut pendant sa seconde dictature que, sous le prétexte d'un territoire contesté entre le Texas (devenu province américaine) et le Mexique, les États-Unis déclarèrent la guerre à la république présidée par Santa-Anna. Après une lutte qui dura près de deux ans, les Américains, maîtres de Vera-Cruz, de Mexico et d'une partie du territoire mexicain, traitèrent de la paix, qui fut conclue en 1846, et dont les conditions furent la cession de la haute Californie et du Nouveau-Mexique, moyennant une indemnité de quinze millions de piastres.
En résumé, le Mexique est dans la plus déplorable situation. L'anarchie y règne sur tous les points. Ces États rompent tour à tour les liens qui les réunit à un centre commun, et le moment est peut-être arrivé où le gouvernement fédéral n'aura plus même sous sa dépendance la ville où il siége. De tous les côtés l'insurrection et la guerre civile s'étendent au milieu des plus désastreuses complications. La marine du Mexique est, comme son armée, insignifiante et incapable de rendre aucun service réel; elle se compose de quelques pauvres bâtiments hors d'état de tenir la mer; il n’y a dans les ports ancun magasin d’approvisionnement et aucune ressource pour la guerre. Quant à l’armée de terre, elle compte plus de chefs que de soldats.
L'une des plus grandes influences politiques de l'État mexicain, c'es, le clergé. Son pouvoir ne semble pas même avoir été compromis par les révolutions, parce qu’il en fut l'un des agents les plus actifs et les plus opiniâtres,
Depuis la guerre de l'indépendance et l'organisation nouvelle qui en est résultée, le commerce a entièrement changé de mains. Toutes les vieilles maisons espagnoles ont dû quitter un pays qui n’était plus sûr pour elles, et des négociants accourus de tous les coins du monde, Anglais, Américains, Français, Allemands, Suédois, Italiens, sont venus établir la concurrence dans un pays où elle m'avait jamais existé. Ne laissant que des agents à Vera-Cruz, ils ont fondé à Mexico une foule de comptoirs.
Le Mexique est borné au nord par les États Unis et par son ancienne province du Texas, maintenant indépendante, qui le sépare de la Louisiane; au.sud, par l'Amérique Centrale; à l'ouest, par l'Océan Pacifique; à l'E. par le golfe du Mexique. Le territoire du Mexique est d'environ 110,000 lieues carrées, sur lequel sont disséminés environ sept millions et demi d'habitants, dont deux de blancs et cinq de races indiennes,
L'intérieur du Mexique est un immense plateau qui, baigné par deux mers, s'exhausse en pentes presque insensibles à environ 7,000 pieds au-dessus du niveau de l'Atlantique et du Pacifique. Sur les pentes qui s'élèvent graduellement à partir de la côte, le voyageur, à mesure qu'il s'éloigne de la mer, voit se succéder tous les climats, depuis la température accablante du Sénégal jusqu'au printemps des bords de la Seine, toutes les richesses naturelles, depuis les productions équatoriales, le café, la canne à sucre, la vanille, le cacao, le coton, les
bauaniers et les bois de teinture et d'ébénisterie, jusqu'au blé d'Europe, aux oliviers d'Espagne et d'Italie, aux sapins des Alpes.
Pour exprimer ces différences de température qu'ils ressentaient plutôt qu'ils ne les expliquaient, les Indiens ont jadis divisé le pays en trois natures de climats: la Tierra caliente (terre chaude), dans laquelle ils comprennent tout le littoral et les ravins de l'intérieur, sol sur lequel peuvent croître les productions tropicales ; la T'ierra fria (terre froide), renfermant tous les districts montagneux qui s'élèvent depuis la hauteur moyenne du plateau jusqu'aux sommets chargés de neiges éternelles; enfin la Tierra templada (terre tempérée), la partie du sol qui se trouve entre l’un et l’autre de ces niveaux, et qui participe à la fois de l’une et ‘autre température.
Les Indiens, descendants des peuples trouvés sur les lieux à l'époque de la conquête, semblent être de la race aztèque, qui avait reçu des Toultèques les éléments d'une civilisation assez remarquable, Dans le nombre, il y en eut alors qui se soumirent au joug es nouveaux maitres et le subirent patiemment ; d'autres qui se retirèrent devant la conquête et restèrent ainsi indépendants. Ces Verniers sont ceux que les Espagnols ont désignés sous le nom d’Zadios bravos. Ils occupent aujourd'hui la lisière qui sépare les possessions mexicaines des possessions des États-Unis,
Les indigènes du Mexique reproduisent le type américain que nous avons souvent décrit : couleur basanée, cheveux plats et lisses, peu de barbe, le corps trapu, l'œil allongé et un peu bridé, les pommettes saillantes, les lèvres larges. Parmi ces indigènes, ceux qui se sont résignés au joug espagnol et qui se vouent aux travaux du sol dans les plaines du plateau mexicain, arrivent d'ordinaire à un âge fort avancé. Ils n'ont pas à essuyer les fatigues de la vie errante qui épuise les peuples chasseurs et guerriers du Mississipi et des savanes du rio Gila. Sans l'abus du pulque, ces indigènes parviendraient à une très-grande longévité. I est fort difficile de juger l’âge d’un Indien sur sa physionomie. Une tête qui ne grisonne que fort rarement, l'absence de barbe et une peau peu sujette à se rider, perpétuent même parmi les personnes âgées un certain air de jeunesse. Les couples centenaires, homme et femme, se rencontrent assez fréquemment dans la zone tempérée , située à mi-côte de la Cordillère. Ces vieillesses sont robustes et heureuses. Parmi ces Indiens , peu de louches, de boiteux, de manchots et de bossus. Un fait singulier, c’est que dans les pays où les Européens et les créoles sont affligés de goitre, les Indiens ignorent cette infirmité. La taille de ces aborigènes et des métis qui en proviennent est fort avantageuse, et M. de Humboldt cite un géant métis, Martin Salmeron, haut de sept pieds. :
On ne peut guère, sur ce que sont aujourd'hui les Indiens, apprécier ce qu'ils étaient, sous le rapport des mœurs et des habitudes sociales. L’esclavage, qui altère si profondément les types, agit encore plus profondément sur les coutumes et les mœurs. Ensuite, il faut dire que les femmes de la classe distinguée parmi les anciens Mexicains aimèrent mieux toutes contracter des mariages avec Îes
vainqueurs que de subir le mépris que ceux-ci témoignaient pour les Indiens, be la ilest résulté que les indigènes actuels sont les descendants de la race la plus pauvre et la plus misérable de l'ancien Mexique, des portefaix, des mendiants, des colporteurs, qui, dès ce temps, pullulaient dans la capitale, Comme traits généraux, on peut seulement dire que l'indigène mexicain est grave, triste et silencieux, Son caractère est résigné, mais ferme; docile, au besoin énergique. Quoique en apparence il ait renoncé à ses anciennes pratiques, au fond du cœur il ne les a point oubliées. Le changement de culte n'est pas, même après trois siécles, un fait accompli pour lui. Dans l'origine, le nouveau rituel catholique se confondit dans leur pensée avec la mythologie mexicaine ; le Saint-Esprit avec l'aigle des Aztèques, Les missionnaires, loin de les détourner de ces croyances, y cntraient au contraire et S'y prêtaient, De cette façon, quoique en gardant toujours un amour vague pour leurs rites anciens, les indigènes en ont à peu près perdu la formule, Le cérémonial catholique à détrôné le cérémonial aztèque; mais en dehors de l'appareil extérieur, des fêtes, des processions, du sacrifice divin, aucune pensée profonde de dogme et de morale n'a pénétré dans ces populations encore incultes. Douces d'une intelligence grave et réfléchie, ces tribus ne sem blent pas pourvues du sens de la poésie et de l'imagination, Point de gaieté, point de laisser-aller, même dans la danse et dans la musique. Les chants sont mélancoliques et lugubres. Quant à la danse, les hommes seuls s’y livrent pendant que les femmes présentent à la ronde des liqueurs fermentées,
Les Mexicains ont conservé un goût particulier pour la peinture et la sculpture sur pierre et sur bois, Rien de plus merveilleux que leurs petits ouvrages exécutés à l'aide d'un mauvais couteau. Is ont encore pour les fleurs le même goût que Cortez observa de son temps; goût que les hommes des hautes classes poussaicnt alors jusqu’à faire venir de loin des plantes exotiques, ainsi que le prouve le fameux arbre à mains (chcirostemon) trouvé à Chapultepec. Au grand marché de Mexico, le détaillant, soit qu'il vende des fruits ou du pulque, a toujours le soin d'orner sa boutique d'un amas de fleurs qu'il renouvelle chaque jour, Caché derrière un rempart de verdure, devant lui s'élève une espèce de charmille formée d'herbes fraiches et surtout de graminées à feuilles délicates, et au centre desquelles s'élèvent des pyramides de fruits.
A côté de ces Indiens soumis aux Espagnols, il en est d’autres peu nombreux qui , ainsi qu'il a été dit, ont reculé devant la conquête. Pêcheurs ou chasseurs, ils occupent aujourd'hui ou la partie la moins accessible des terres centrales, ou les pays frontières dans lesquels les Espagnols n'ont jamais porté leurs armes. Ce sont les Comanches, les Mecos, les Apaches, les Lipans, presque toujours en guerre avec les créoles et infestant les districts de la Nouvelle-Biscaye , de la Sonora et du Nouveau-Mexique. Ces sauvages, qui diffèrent peu des hordes de l'Amérique méridionale , ont plus d'activité, plus d'imagination , plus de force de caractère que les Indiens cultivateurs. Ils espèrent, dit-on, mais sans doute en vain, reconquérir cette importance et cette grandeur de leurs premiers âges,
au'attestent des monuments tels que les ruines de Culhuacan, improprement nommées ruines de Palenque. Ces vestiges d'une grande ville, cachés dans les profondeurs de vastes forêts, étaient restés pendant trois siècles ignorés de nos antiquaires, lorsqu’en 1787 le capitaine Antonio del Rio et D. José Alonzo de Calderon rencontrèrent sur leur chemin ces décombres, les plus curieux et les plus étendus qui soient dans le Nouveau-Monde. Dans toute cette étendue de ruines, on distingue des temples , des fortifications, des tombeaux , des pyramides, des ponts, des aqueducs, des maisons, et on retrouve encore enfouis sous le sable des vases , des idoles, des instruments de musique, des statues colossales, enfin des bas-reliefs d'une assez belle exécution et ornés de caractères qui semblent être de véritables hiéroglyphes. L'aspect des lieux, le fini de quelques-unes des sculptures, la forme générale des monuments, tout accuse une civilisation antique supérieure à ce que l'on rencontre dans le reste du Mexique.
Le district fédéral de Mexico, sa capitale et ses localités les plus importantes ont été parcourus. IT ne reste plus qu'à mentionner Acapulco, autrefois le premier port du Mexique, quand le galion de Manille venait y déposer les richesses de l'Inde. Acapulco n’est plus aujourd'hui qu'une ville déchue , adossée à une falaise abrupte , dont les réverbérations ne contribuent pas peu à y perpétuer une atmosphère insalubre, La population n’y va guère à plus de 4,000 âmes. Dans l'État de la Puebla, on a visité, en passant , le chef-lieu la Puebla de los Angeles et Cholula, la ville des teocallis. Il faut citer encore Tlascala, ville déchue et qui n’a guère d'importance que dans ses souvenirs, Tlascala, quand Cortez arriva au Mexique, était l’une des cités les plus puissantes du plateau de l’Anahuac, garnie d'une population que le conquérant espagnol porta au-dessus de celle de Grenade. Le territoire, fertile et peuplé, renfermait, d'après les statistiques du temps, treize villes, qui composaient autant de seigneuries indépendantes. Les seigneurs de ces villes relevaient de quatre chefs et formaient avec eux un grand conseil qui nommait le généralissime de l’armée. Ces seigneurs contribuaient à la défense du territoire, en mettant sur pied un contingent armé. Les Tlascalteques se déclarèrent, dès les premiers jours de l'invasion, les alliés de Cortez; ils aidèvent les Espagnols à prendre Tenochtitlan et contribuèrent à sa ruine. Après la conquête, Tlascala fut admise à se gouverner encore par ses propres caciquessous la surintendance d’un fonctionnaire espagnol. Jusqu’à la révolution, elle ne paya qu'un tribut à l'Espagne. Depuis lors, elle a été fondue dans l’État de la Pucbla.
Dans l'État de Queretaro, outre la capitale de ce nom déjà visitée, on cite Cadereite, importante par ses mines d'argent, et San Juan del Rio, célèbre par une foire et surtout par le sanctuaire de Notre-Dame , appelé la Madona de San Juan del Rio, que visite chaque année une foule de pèlerins. C'est un temple d'une architecture simple et magnifique, dans le centre duquel s'élève un aute! d'une belle dimension et que couronne un dôme grandiose.
Après les détails donnés sur les districts des mines , il faut ne citer que pour mémoire l'État de Guanaxuato , en donnant quelques lignes à Leon, charmante
petite ville, jadis florissante et centre du commerce du Baxio, plus tard dévastée par les guerres qui ensanglantèrent ce territoire; au fort de Sombreros, boulevard des patriotes ; au fort de los Remedios, célèbre par les cruautés de son commandant , le P. Torrès ; à Hidalgo ou Dolores, qui a pris son nom du célèbre curé Hidalgo, premier chef de la révolution mexicaine ; à Allende, frapuato et Salamanca, localités importantes ; enfin à el Jaral, résidence du marquis del Jaral, qui possède en biens-fonds #0,000 milles carrés, sur lesquels paissent trois millions de têtes de gros et de menu bétail.
L'État de Michoacan ou de Valladolid a aussi des mines, celles de Tlalpuxahun ; mais le reste de la contrée n’a qu’une importance agricole. Situé sur la pente de la Cordillère d'Anahuac, avec ses prairies étendues et arrosées de ruisseaux, l'État de Michoacan jouit du climat le plus doux et de l'atmosphère la plus salubre. C'est dans son sein et à l'E. du pic de Tamitaro que s’est formé, dans la nuit du 9 septembre 1759, le volcan de Jurullo, produit de l’une des révolutions physiques les plus extraordinaires que l'on connaisse. Jusqu’alors on n'avait jamais vu , en effet, à trente-six lieues de distance des côtes et à plus de quarante-deux lieues d’éloignement de tout autre volcan actif, une montagne de scories et de cendres sortir d’un millier de petits cônes enflammés. Cet événement eut lieu sur les terres de San Pedro de Jorullo, l’une des plus grandes et des plus riches haciendas du pays. Au moment où l'éruption eut lieu, on vit, sur une étendue de plusieurs milles, sortir de terre des flammes, et des fragments de roches incandescentes jaillir à des hauteurs prodigieuses, tandis qu'à la lueur du feu volcanique on apercevait le travail de la croûte terrestre se gonflant et se ramollissant à vue d'œil. Aujourd'hui encore, des milliers de petits cônes poussent au dehors leurs fumerolles, et dans plusieurs on entend un bruit souterrain qui semble accuser la présence d’un fluide en ébullition, C’est du milieu de ces fours que se sont élevées à quatre ou cinq cents mètres au-dessus de l’ancien niveau des plaines six grandes buttes, dont la plus clevée est le volcan de Jorullo, volcan en activité qui a vomi du côté du nord une immense quantité de laves scorifiées et basaltiques. Les lieux principaux de l'État sont : Valladolid, sa capitale, siège d'un évêque, ville bien bâtie et peuplée de vingt à vingt-cinq mille habitants. On y remarque la cathédrale, le séminaire, l'un des plus fréquentés de la Confédération, et l'aqueduc dont la construction à coûté près de 500,000 francs. Pascurao, sur les bords du lac de ce nom; Zintzunzant , ancienne capitale de l'État des Tarasques , et célèbre dans tout le Mexique pour les ouvrages en plumes qui sortaient de ses fabriques. «I est étonnant, dit M. Beltrami, qu'on puisse si bien combiner des milliers de petites plumes, dont quelques-unes ne sont pas de la largeur d'une tête d'épingle, et en former une draperie, une chevelure et des nuages, le ciel et la terre, un paysage et des fleurs, le tout d'un ouvrage parfait el certes des plus délicats. Ces plumes sont collées, plaquées sur du fer-blanc que leur apportèrent les Espagnols, et qui leur était auparavant inconnu, »
L'État de Xalisco où Guadalaxara, traversé de l'E, à l'O. par le rio de San-
liago, cours d'eau considérable, s'étend en partie sur le plateau et sur la pente occidentale de la Cordillère d'Anahuac, La capitale, Guadalaxara , est une granite et belle ville, siége d'un riche évéché., Elle a des rues spacieuses et tirées au cordeau, des places nombreuses, grandes et symétriques, des fontaines qu'alimente un aquedue de quinze milles de longueur. des couvents et des églises superbes, parmi lesquels on cite la cathédrale, d'une architecture bizarre, mais riche à l'intérieur; l'église de Saint-François, l'église et le couvent des Augustins, La population de la ville peut être évaluée à 30,000 âmes. Dans le même État, on trouve San Blas, à l'embouchure du Santiago, petite ville, mais importante comme forteresse et comme arsenal maritime, dont le climat est tellement malsain que, dans la saison sèche, les employés sont obligés de se retirer à Tepie, résidence agréable et salubre ; Bolanos, réputée pour ses ruines; Barca et Colula, bourgs commerçants, Le dernier cité pour un temple antique ; enfin Chapala, autre bourg sur les rives du lac de ce nom et situé en face de Mescala, célèbre dans les annales de l'indépendance par la résistance qu'y opposa une poignée d'insurgés aux efforts des Espagnols, Aujourd'hui l'île de Mescala est un bagne.
L'État d'Oaxaca est Fan des plus beaux cantons de ce pays déjà si beau, Pureté et salubrité du climat, fertilité du sol, richesse et variété des produits, tout y concourt au bien-être des habitants, Dans toute la province, surtout à mi-côte, dans la région tempérée {Tierra templada), à trois lieues de la capitale, se trouve l'énorme tronc de cupressus disticha qui à trente-six mètres de circonférence. Cet arbre antique est ainsi plus gros que tous les baobabs de l'Afrique, ce qui parait moins étonnant depuis que M. Anza a découvert que c'était la réunion de trois individus distincts. Dans l'État d'Axaca se retrouvent plusieurs vestiges de la civilisation aztèque , et entre autres l'édifice de Mitla ou Higquitlan, qui, en langue mexicaine, signifie lieu sombre. Parmi les villes de cet État, il faut citer la capitale Oaxaca, l'une des plus belles villes du Mexique, l'ancienne Juaxyacue, qui s'élève sur les bords du rio Verde, au milieu de plantations de nopals. La ville, bâtie en pierres vertes, a un air de grâce et de fraicheur, C'est près d'Oaxaca que l'on a trouvé l'une des plus curieuses sculptures de l'ancien Mexique, un bas-relief représentant un guerrier quisort du combat paré des dépouilles de l'ennemi. X<es pieds gisent des esclaves nus et dans diverses attitudes. Toute la vallée d'Oaxaca est semée de charmants villages, bourgades ou villes; ici Falixtaca et Huyapa, les jardins de la capitale, tapis à l'ombre de bois de citronnicrs où d'orangers ; Zachita, rempli d'antiquités non encore étudiées et résidence des rois tzapotéques, où l'on récolta le premier froment apporté par les Espagnols; Azompa, cité pour ses poteries; Chilapa, pour son église gothique; Ocatlan, au pied de la Sierra, d'où le grand Esprit rendait ses oracles; enfin la Misteca , seul point du Mexique où l'on récolte la cochenille, Au delà de ce 1 on remarque Tepozcolula , importante par ses fabriques; Tehuantepec, popuicuse et rie de ses salines, ville dont le nom a retenti en Europe à propos de la canalisation de l'isthine,
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tiago, cours d'es hs tt us eu 2 ss sur la pente oceldentéledé di Fast Ln L
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CUNFÉDERATION MEXICAIXNE, 307
L'État de Yucatan, formé d'une partie de la Péninsule du Yucatan , fut, dans les premiers temps de la conquête, peuplé d'établissements européens, comme le prouvent des ruines encore existantes, Aujourd'hui c'est une contrée à peu près déserte, qui wa qu'un port de quelque valeur : Campèche. C'est un des pays les plus chauds de l'Amérique équinoxiale. Les Indiens Mayas qui l'habitent ne furent dans aucun temps soumis aux rois aztèques; mais ils eurent leur civilisation propre, comme le prouvent les monuments découverts chez eux par les Espagnols. Dans cet État se trouvent en abondance les arbres qui fournissent le fameux bois de campèche, lequel a pris son nom du lieu où on l’embarque. Cet arbre (hematoxylon campechianum ), tès-abondant dans tout le Yucatan et sur la côte de Honduras, se retrouve épars dans diverses forêts de l'Amérique équinoxiale, La capitale de cet État, Merida, est une vilië peu importante, siége d'un évèché et d'une cour de justice. Dans l'État de Tabasco, on ne trouve que de petites villes, Santiago de Tabasco, le chef-licu, et Nuestra Señora de la Vitoria, célèbre par la descente de Cortez, qui aborda sur ce point et y remporta sa première victoire sur la terre mexicaine.
L'État de Sonora et Cinsaloa est une contrée fort dépeuplée, quoiqu'elle compte deux cent quatre-vingts lieues de littoral, depuis la grande baie de Bayona jusqu'à l'embouchure du Rio Colorado.
L'État de Chihahua, l'une des anciennes provincias internas, est de tous les districts mexicains celui qui nourrit le plus d'/ndios bravos sur ses frontières septentrionales. Leurs tribus les plus nombreuses et les plus pillardes sont les Comanches et les Chichimèques. Semblables aux Bédouins de l'Arabie, ces infatigables maraudeurs n'interrompent leurs guerres et leurs discordes que pour ravager de concert les établissements espagnols. Les Comanches ont appris comme les Patagons à dompter les chevaux sauvages ; ils sont devenus des cavaliers intrépides, et malheur à la caravane qui tombe entre leurs mains! Ils ignorent leur patrie primitive et mènent une vie errante sous de grandes tentes de cuir de buffle, toujours accompagnés de leurs chiens et de leurs chevaux. Nulle horde n'a des habitudes plus sanguinaires : leurs prisonniers sont mis à mort, à l'exception des enfants, qui ne sont épargnés que pour devenir esclaves. Aussi entre ces Indiens et les Espagnols est-ce une guerre d'extermination.
L'État de Nuevo Leon a pour capitale Monterey, siége d'un évêché et d'une cour de justice; c’est la ville la plus importante vers cette frontière des États- Unis. Dans la province de Tamaulipas on remarque, près de la ville d’Altamira, une montagne isolée si gigantesque qu'on n'ose la croire bâtie par les hommes, si parfaitement coupée en pyramide, si régulière, et ayant si peu d’affinité géologique avec le terrain environnant, qu'il est impossible de l'attribuer à la nature, C’est là certainement l’une des plus étonnantes merveilles du monde.
Enfin, puisque, n'ayant pu voyager à travers toutes ces provinces du Mexique, nous sommes réduit à en donner une si aride nomenclature, nous terminerons par quelques mots sur sa vicille Californie , seule partie de cette contrée naguère
obscure, aujourd'hui si attrayante et si peuplée, que conserve le Mexique. La mer Vermeille fut explorée dès 1535 par Cortez, qui s'avança jusqu'à l'embouchure du rio Colorado, La presqu'ile, traversée par une longue chaîne de montagnes volcaniques, passa longtemps pour un pays fortuné, sorte d'Eldorado où l'or abondait, où des villes plus riches que Mexico et Cuzco contenaient d'immenses populations. Cette fable eut longtemps créance; mais quand les voyageurs se hasardérent, sur la foi de ces brillantes promesses, dans la péninsule, ils ne trouvèrent ni la fameuse ville de Cibola, dont on avait raconté tant de merveilles, ni ses trésors ; une terre nue se présenta devant eux : peu de végétation, peu d'eau, quelques naturels sauvages vivant de la chasse du mouflon, sorte de brebis, voilà tout ce qu'ils rencontrèrent. Aussi cette terre ingrate cessa d'être visitée par les aventuriers, et ne vit plus d'habitants européens que quelques courageux mis-
sionnail'es.