Duilot de Moiras, t. If, passim
francs, une malle de Chine garnie de clous dorés ; pour cinq peaux de castor, une couverture de laine; pour une peau de castor, une livre de tabac.
La petite vérole a fait, à plusieurs reprises, d'affreux ravages au milieu des tribus indiennes. Les Mandans occupaient, il y à une cinquantaine d'années, treize villages ; le fléau en a supprimé onze. Un voyageur qui a passé quelque temps au milieu des débris de cette peuplade, jadis puissante, donne sur les Mandans des détails dont nous extrairons ce qui concerne leurs croyances religieuses.
Comme les autres indigènes de l'Amérique, ces Indiens admettent une vie future, On retrouve dans quelques-unes de leurs traditions un certain rapport avec les révélations de la Bible : un déluge, l'arche de Noé et l'histoire de Samson. Le Seigneur de la Vie, Ohmahank-Noumakchi, est le premier et le plus puissant des êtres : il a créé la terre, les hommes et tout ce qui l'environne. Tantôt il se montre sous la figure d’un vicillard, tantôt sous celle d’un jeune homme, mais toujours il porte une longue queue. Après lui vient le premier homme, Noumank-Machana, créé par le Scigneur de ta Vie, mais pourtant aussi de nature divine, Il est comme un être intermédiaire entre le Créateur et le genre humain. Contre eux, Ohmahank Chiké, le vilain de la terre, lutte pour dominer le monde; mais ils sont plus puissants que le mauvais génie. Dans Vénus, étoile du jour, réside un quatrième être protecteur des hommes, sans lequel depuis bien longtemps ils auraient péri, Un autre encore, mais sans pouvoir, parcourt sans cesse la terre sous une forme humaine, sorte de juif errant que l’on appelle le loup menteur des prairies. Il y a aussi un démon des songes, qui apparait à ceux qui vont mourir; un jour il était venu dans les villages des Mandans, puis il à disparu, et on ne l’a revu depuis qu'en rêve.
C'est dans le soleil qu'habite le Seigneur de la Vie. Dans la lune, il y a une vieille qui ne meurt pas; on n’a jamais su qui elle était, mais sa puis‘ance est fort grande, et il faut lui adresser des sacrifices et des offrandes. Son fils ainé est le jour, le second est le soleil, le troisième la nuit. Elle a aussi trois flles, l'étoile de lorient, l'étoile polaire et l'étoile du soir.
Le tonnerre est produit par le vol d'un oiseau gigantesque ; on ne l'entend pas quand il vole doucement; il habite dans les montagnes un nid grand comme un fort, il se nourrit de cerfs et des animaux des bois. L’éclat de ses yeux forme l'éclair qui brille dans la nuit. Les étoiles sont tous les hommes morts dont l’âme erre dans le ciel; l’une d'elles descend sur la terre quand une femme accouche, et anime le corps du nouveau-né. L’arc-en-ciel est le génie qui accompagne le soleil, L’aurore boréale n’est pas un signe divin; il y a vers le nord des tribus de puissants guerriers; quand les premiers d'entre eux se réunissent avec les grands médecins, et font cuire dans de vastes marmites leurs prisonniers, ils répandent sur la terre ces lueurs fugitives de l'horizon,
Avant que la terre existt, le Seigneur de la Vie créa le premier homme. Celui-ci, se promenant sur les eaux, rencontra un canard qui plongeait. L'homme dit
à l'oiseau : « Tu plonges si bien, va au fond et rapporte-moi un peu de terre, » Le canard obéit, l'homme répandit la terre sur la surface de l'eau, en prononçant des paroles magiques, et les eaux c'isparurent. Mais sur la nouvelle terre mise à nu, il ne croissait pas un brin d'herbe, Le premier homme se promenait, se croyant seul, quand il aperçut un tesson de vase en terre : « Je croyais être seul ici, dit-il, mais il faut qu'il y ait eu des hommes avant moi : Lesson, tu es mon grand-père. » Un peu plus loin il rencontre le Seigneur de la Vie : « Oh ! voilà un homme comme moi, » s'écria-t-il; et s'approchant de lui, « comment cela va-t-il, mon fils? » Mais le dieu répondit : « Ce n'est pas moi qui suis ton fils, tu es le mien! » Le premier homme dit: « Je nie tes paroles. » Le Seigneur de la Vie répliqua : «Tu es mon fils, et je te le prouyerai : plantons en terre un bâton de médecine que nous tenons à la main, celui de nous qui se lèvera le premier sera le plus jeune et le fils de l’autre. » Ils s'assirent donc, et se regardèrent longtemps l’un l'autre, jusqu'à ce qu'enfin le Seigneur de la Vie palit, et sa chair quitta ses os; sur quoi le premier homme s'écria : « Maintenant, tu es certainement mort !» Et ils se regardèrent encore pendant dix ans. Comme au bout de ce temps les os du Seigneur de la Vie étaient complétement blanchis, l'homme se leva, et dit: « Oui, maintenant il est certainement mort!» 11 prit alors le bâton d'Omahank-Noumakchi, et le tira hors de la terre; mais au même instant le Seigneur de la Vie se leva en disant : « Me voici, je suis ton pére et tu es mon fils! » Le premier homme le reconnut pour son père. Puis, comme ils s’en allaient tous deux , le Seigneur de la Vie dit : « Cette terre n'est pas bien faite, il faut que nous la refassions mieux que cela. » Dans ce temps, le bison était déjà sur la terre. Le Scigneur de la Vie l’appela, lui dit de creuser le sol et d'en rapporter l'herbe, puis il l'envoya chercher du bois. Il partagea avec l'homme le bois et chaque brin d'herbe, et lui ordonna de former la rive septentrionale du Missouri, et fit lui-même la rive sud-ouest, qui est si agréablement diversifiée par des collines, de petites vallées et des bois. L'homme , au contraire , fit tout le terrain uni, avec de grandes forêts à peu de distance de la rivière. Quand le Seigneur vit cet ouvrage, il secoua la tête et dit : « Tu n’as pas bien fait cela ; on ne peut se mettre en embuscade dans ta prairie pour prendre des bisons , et les hommes ne pourront y vivre. » Il le conduisit sur l’autre bord de la rivicre et dit: « Vois ici, j'ai des sources et des ruisseaux en grand nombre; j'y ai pratiqué des collines et des vallées où j'ai placé toutes sortes d'animaux et de beaux arbres, Ici l’homme peut vivre de la chasse et se nourrir de la chair des animaux, »
Ensuite ils songèrent à créer le genre humain. Quand les hommes se reproduisirent, le premier homme leur dit qu’il allait les quitter, qu'il s'en allait vers l'ouest mais que s'ils avaient besoin de lui il les secourrait; ainsi fit-il quand des ennemis puissants les attaquèrent dans leur village de Natka-Passahé; iles délivra, puis il disparut, et jamais depuis on ne l'a revu.
Ce fut alors que les blancs, qui ont toujours été les ennemis des Indiens, firent
monter les eaux si haut que toute la terre fut submergée; mais les anciens reçurent du premier homme l'inspiration de construire une tour de bois sur le sommet d'une montagne. Ils bâtirent une arche dans laquelle une partie de la nation trouva un refuge, et repeupla la terre quand les eaux se furent abaissées,
Par une singularité bizarre, on retrouve chez les Mandans l'envoûtement tel qu'il se pratiquait chez nous au moyen âge. Ils façonnent une image de leur ennemi en bois ou en argile, et introduisent au cœur une aiguille ou un piquant de porc-épic, persuadés qu'ils doivent ainsi le faire périr ‘.
Les croyances ne sont pas les mêmes chez les diverses tribus, comme le témoigne une tradition racontée au colonel Morgan par les Indiens iroquois, à l'occasion d'ossements de mammouths trouvés non loin des sources de l'Ohio. « Le Grand-Esprit créa le monde, puis les espèces d'oiseaux et d'animaux qui l'habitent maintenant. Il fit ensuite l’homme, mais l'ayant formé blanc, trèsimparfait et d'un mauvais naturel, il le plaça sur un des côtés de ce monde, où il habite encore, et d'où il a trouvé récemment un passage à travers les grandes eaux, pour venir en Amérique ct opprimer les hommes rouges. Le Grand-Esprit n'étant pas satisfait de son ouvrage, prit un morceau d'argile noire, et fit ce que les blancs appellent un nègre avec une tête laineuse. Cet homme noir valait beaucoup mieux que le blanc; mais il ne répondait pas encore au vœu du Grand- Esprit parce qu'il était imparfait. A la fin, le Grand-Esprit étant parvenu à se procurer un morceau d'argile complétement rouge, en forma l'homme rouge, absolument selon son intention, et il en fut si satisfait qu'il le plaça sur la grande terre, séparé des blancs et des noirs, et lui donna des règles de conduite en lui promettant le bonheur s’il les observait fidèlement, L'homme prospéra et fut heureux pendant plusieurs siècles. Mais la jeunesse imprudente, oubliant à la fin les bons préceptes, devint perverse. Pour l'en punir, le Grand-Esprit créa le grand buffle (c'est le nom que les Iroquois donnent au mammouth} dont on voit encore les os. Il fit la guerre à l'espèce humaine, et la détruisit toute, à l'exception de quelques individus qui se repentirent et promirent au Grand- Esprit de vivre selon ses lois s’il voulait les délivrer de cet ennemi. Aussitôt la foudre détruisit la race des mammouths, à l'exception d'un mâle et d'une femelle qui vivent enfermés dans la montagne prêts à en sortir de nouveau si l'occasion l'exige ?.
Le chasse de l'ours, du bison et du castor a de tout temps fait vivre ces Indiens. L’ours est chassé pour sa fourrure, cependant on mange sa chair. Les troupeaux de bisons, détruits sans mesure, diminuent de nombre chaque jour. Mais nul animal n’a disparu plus complétement devant les hommes que le castor; on ne le trouve plus dans aucune région des États-Unis, ni au Canada, ni en Californie. C’est seulement sur quelques rivières de l'Orégon et sur les lacs nom-
1. Voyage dans l'Amérique du Nord, exécuté en 1832, 1833 et 1834, par le prince Maximilien de
Wried-Neuwied, traduit en français : chez Artus Pertrand, 1841, 2. Le colonel G. Morgan cité par Talbot, Voyage dans le Canada, 1818-1895,
breux de la Nouvelle-Bretagne, que les Indiens le chassent encore. Le castor est un amphibie de quatre pieds environ de iongueur sur quinze pouces d'une hanche à l’autre. 11 est indistinctement blanc, fauve ou noir. Son poil est de deux sortes par tout le corps et long partout, si ce n'est aux pattes. Ce poil atteint sur le dos une longueur de deux pouces, mais il diminue du côté de la tête et de la queue. Le plus court est un duvet très-cstimé dans le commerce sous le nom de poil de castor. Le castor vit quinze ou vingt ans. La femelle porte quatre mois et sa portée ordinaire est de quatre petits. Les muscles de cet animal sont forts, ses os durs, ses dents tranchantes. Ses pieds, garnis de membranes, l’aident à nager, et sa queue est celle d’un poisson. Les castors vivent par troupes de trois à quatre cents, et forment des espèces de bourgades près des lacs et des rivières. Leur premier soin, quand ils s’établissent dans un endroit, est d'aller aux environs, couper de très-gros arbres, qu'ils abattent avec leurs dents et traînent ensuite du côté de l’eau, Avec leur queue, ils se forment une sorte de truelle au moyen de laquelle ils maçonnent les pieux en se servant de terre grasse. Leurs cabanes sont élevées sur pilotis au milieu de petits lacs retenus par leurs digues. La figure de ces habitations est ronde ou ovale; elles sont voûtées en cintre, et les parois ont deux pieds d'épaisseur; un tiers de l'édifice est plongé dans l'eau. La place que le castor occupe dans sa cabane est marquée par des branches de pin et du feuillage,
C'est dans le courant de l'été que les castors se livrent à leurs travaux ; ils se nourrissent alors de fruits, d'écorces, de feuilles d'arbres et de quelques poissons, En même temps ils font leurs provisions d'hiver ; c'est du bois tendre qu'ils empilent dans l'eau. Au retour de la belle saison, les castors quittent leurs cabanes, menacées par les inondations , et reprennent leurs courses à travers la plaine. Ils reviennent au logis quand les eaux se sont écoulées. Si la violence de l’inondation ou les dévastations des chasseurs ont endommagé leurs demeures, ils les réparent, C'est pendant l'hiver que se fait la chasse du castor; sa peau est alors plus mince et son poil plus fourni. Les castors, dont les cabanes sont bâties au milieu des lacs, se construisent aussi de petits logements en terre ferme à une centaine de pas, et c'est là qu'on les surprend au passage, et qu’on les tue à coups de fusil. Les trappeurs les prennent quelquefois aussi au piége. En chasse on mange leur chair ; leur queue est aussi estimée par les Indiens et les trappeurs de l'Ouest, que les bosses de bison parmi les chasseurs du Haut-Mississipi,