SAINT-PIERRE ET MIQUELON
habitées. Louisbourg, qui jadis compta 10,000 habitants, n'abrite plus autour de son beau port et dans ses fortifications imposantes et vastes, qu'un cinquantaine de pauvres cabanes de pêcheurs. Au temps de l'occupation française, cette ville était le centre des pêcheries, et la station de nos forces navales. Arichat est aujourd'hui la ville la plus florissante du Cap; elle compte environ 2000 âmes, négociants ou pêcheurs. *
Ship-Harbour, sur le détroit de Canso, qui sépare le Cap-Breton de la Nouvelle- Écosse, est un petit port assez fréquenté des navires, le Canso étant le passage le plus sûr pour pénétrer dans le golfe Saint-Laurent. Toute cette île est importante par ses vastes et excellentes baies, par les pêcheries et le commerce considérable auquel elles donnent lieu, enfin par d'inépuisables mines de houille.
Il n'en est pas de même de nos deux iles; quels tristes et pauvres rochers! Après une navigation de quelques jours, notre navire pénétra dans le détroit que forment une masse haute et isolée de rochers et l'ile de Saint-Pierre. Ce détroit n'est pas sans péril ; la lame écumait sur les brisants ; un pilote de l'endroit parut dans son petit canot au milieu des vagues ; il monta à bord, et nous conduisit à travers plusieurs passes dangereuses en rade de Saint-Pierre.
Nos regards se portèrent sur la ville, dont nous étions à un mille; mais la partie qu’on pouvait voir du pont n'offrait pas un spectacle bien riant. Au pied de montagnes couvertes de rochers s’élevaient une centaine de maisons de bois, sombres, basses et d'un triste aspect. Un petit clocher se distinguait sur l'église, à côté d'une maison d'assez bonne apparence qui, nous dit-on, était le palais du gouverneur, mais pas le moindre mouvement, personne dans la rue, et on ne voyait dans le port que cinq ou six bricks et une corvette toute pavoisée des couleurs nationales, On nous dit qu’elle venait directement de France, amenant à l'ile un nouveau gouverneur. En sorte que, outre la satisfaction de serrer la main à un compatriote nouvellement arrivé, nous allions assister aux fêtes de son installation. Nous descendimes à terre; le pavillon venait d'être hissé à l'hôtel du gouvernement, et la corvette répondait aux coups de canon partis de la ville.
Saint-Pierre est pendant cinq mois de l’année enveloppé de brumes épaisses qui laissent rarement voir le soleil, et pendant cinq autres mois la neige couvre presque constamment la terre; septembre et octobre, quelquefois novembre, sont très-clairs. Dans les beaux jours on voit parfaitement les côtes de Terre- Neuve, qui sont à huit lieues de distance, et la montagne du Chapeau-Rouge, qui en est à seize. Pour toute défense, la ville a cinq gendarmes et trente hommes embarqués sur le Stalionnaire; en outre, il y a une petite pointe de terre, nommée Pointe-aux-Canons, entourée de fagots et de gazon, d'où percent trois canons servant à rendre les saluts aux bâtiments étrangers qui entrent. Les Anglais nous ont défendu, par les traités, d'en avoir davantage. Les maisons, bâties toutes en bois, sont pour la plupart faites à Brest. Celle du gouverneur est de beaucoup la plus belle; elle a un étage et des mansardes; on y arrive par un tapis de gazon entouré d'une palissade à hauteur d'appui, et traversé par une
allée qui conduit au perron; quatre pierriers en défendent l'entrée, Les armes de France sont peintes sur la porte, et entourées de tonneaux, d'ancres, ete, ce qui lui donne assez l'apparence d'une enseigne de bureau de tabac. 1 y à une église et un hôpital, où les malades sont soignés par des sœurs de Saint- Joseph; quelques boutiques, trois billards, et un café où se tiennent ordinairement les officiers de marine.
Le doit être un bien triste séjour pendant l'hiver, Toutes les communications sont alors interceptées avec l'Europe, l'Amérique, Terre-Neuve et même Miquelon et Langlade (petite Miquelon). La chasse est la seule distraction qu'on puisse se procurer pendant toute cette saison, C'est vers la fin d'avril qu'arrivent les bâtiments de pêche; les Basques paraissent généralement les premiers. La division de guerre y vient vers la moitié de mai, commandée par une corvette. On y envoyait anciennement une frégate, mais on y à renoncé, les petits navires étant plus commodes dans ces parages, Le commandant de la division est aussi inspecteur des iles, et il expédie ses navires sur différents points de Terre- Neuve pour protéger au besoin nos pêcheurs contre les Anglais. Il s'y transporte aussi, et retourne en France vers la fin d'octobre, laissant une goëlette qui ne peut en partir qu'après les derniers bâtiments de pêche, vers la fin de novembre, De mai en octobre, Saint-Picrre à assez de mouvement. Un grand nombre de banquiers, bateaux qui font la pêche sur le grand banc, viennent y sécher leurs morues. Ceux de guerre, soit français, soit anglais, y viennent plusieurs fois, et le gouverneur à toujours à sa table des officiers, qui lui font oublier l'ennui de sa solitude. Les bâtiments de la station de la Havane quittent cette ville pendant l'hivernage, et remontent jusqu'à Saint-Pierre, où les morues et l'oseille rétablissent cn peu de temps les équipages qui, presque toujours, y arrivent malades. Cette colonie a sur toutes les autres, telles que le Sénégal, la Guyane et les Antilles, l'avantage d’être parfaitement saine, Quant à la société de la ville, elle se compose de quelques négociants et de quelques employés du gouvernement.
La physionomie générale de l'île a peu changé depuis le temps où Cassini fixait la latitude du bourg de Saint-Pierre, Voici la description qu'en fait l'illustre géographe : « Saint-Pierre est une petite ile, sa plus grande longueur est environ de deux lieues; Miquelon est un peu plus grande. Saint-Pierre cependeat est le chef-lieu de la colonie. La sûreté de son port y attire un grand nombre de bâtiments, et c'est probablement la seule raison qui a décidé le gouverneur français à y fixer sa résidence, car j'ai entendu dire que Miquelon était plus agréable. Je me suis quelquefois promené dans l'intérieur, pour étudier le pays et en observer les productions, Tout ce que j'y trouvai, ce furent des montagnes que l’on ne gravissait pas sans danger. Les petites vallées qui les séparaient n'étaient pas plus praticables; les unes, pleines d’eau, formaient une longue suite d'étangs; les autres étaient encombrées de petits sapins et de quelques chétifs bouleaux, seuls arbres que j'aie vus pousser dans le pays. Aucun d'eux n’a plus de douze pieds de hauteur. Miquelon est mieux partagée pour les bois,