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J'allai, pendant la matinée, rendre visite à M. ac Witt Clinton, gouverneur de l'état de New-York : je o fus aussi élonné que satisfait de la douceur de ses : manières, et de l'intérêt qu'exprimaient les questions + qu'il m'adressait sur mon voyage. Les personnes qui F m'avaient parlé de son caractère étaient ses adversaires politiques, et je ne savais pas encore ce qu’un à mérite et des talens aussi distingués que ceux de M. … fo Clinton pourraient faire naître de calomnies. Il m’offrit 4 des lettres de recommandation pour différentes pro- ! Jo: vinces, et me promit son assistance dans tout ce qui E cr pourrait ijavoriser mes recherches. Il me tint pro- D ou messe, el ne cessa de me servir et de me protéger OÙ fr: qu'au moment de sa mort, qui arriva un an après. NW mm
L'estime que M. Clinton m'a inspirée me porte à ne pa pas suivre ici la règle générale que je me suis pro- m: posée de suivre, en ne cilant aucun nom propre, et mc en traçant à grands traits l’image de la nation, non te: celle des individus qui la composent. Je sais que plu- ca: sieurs de mes amis d'Amérique se sont élevés contre au
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mon système : ils m'ont répété fréquemment que leur patrie n'avait rien à craindre de l'analyse la plus sévère.
Combien de fois ne m'ont-ils pas invité à donner franchement mon opinion sur tout ce que je voyais chez eux? J'avais continuellement a répondre à cette question : « Que pensez-vous de nous, en masse? » Je suis fâché d'ajouter que s’il m’arrivait de répondre à cette boutade inattendue, et tant soit peu bizarre, autrement que par des louanges, mes paroles étaient accueillies avec humeur. Les nations et les hommes ont leurs faiblesses d’amour-propre ; j'en suis fâché : ce travers m'empêche d'écrire avec cette entière franchise qui devrait guider ma plume. Je ne connais aucune autre nation qui attache un si grand prix à l'opinion des Anglais, et qui la redoute autant. Quant à l'opinion des autres peuples, les Américains en font bon marché.
Que mes amis d'Amérique veuillent s’en souvenir : lorsque je leur fis part de mon incertitude et de mes craintes , lorsque je leur dis que j’hésitais à parler ouvertement, ils m'excitèrent à persister dans ma franchise pendant toute la durée de mon voyage, m'assurant que, malgré l'esprit national de leurs compatrioles, une atlaque naïve et forte, un coup de massue porté à tous leurs préjugés, leur déplairaient moins que ces éloges flatteurs, ces insidieuses politesses mêlées au désir secret de saisir la première occasion pour dénigrer ce qu’on a vanté. Je les ai pris au mot, et, pendant toute la durée de mon voyage,
je n'ai déguisé d'aucune façon les jugemens que j'avais à porter. Je dois le dire, les Américains ont toujours écouté mes remarques , quoiqu'il fût aisé de lire sur leurs figures qu'elles étaient loin de leur plaire.
Je n'ai aucun motif pour présenter l'Amérique sous un jour défavorable; j'en ai moins encore, pour exciter contre moi la mauvaise humeur des familles qui m'ont accueilli avec bonté et hospitalité. A moi restera tout le regret de n'avoir pu conserver à ce pays les sentimens dont j'étais pénétré quand je m'y présentai. Mon attente a été trompée : mes espérances se sont évanouies. Je n'entreprends de retracer le résultat de mes observations qu'avec la plus grande répugnance, et dans la conviction que je viens remplir un devoir envers l'Angleterre. La suite de mon livre fera voir quelle est l'importance de ce devoir : et si actuellement il ne m'est pas possible de trouver de la sympathie chez les Américains , le temps viendra peut-être où la conviction et l'expérience les rendront plus bienveillans envers moi.
Quoi qu’il en soit, nous fümes très-flattés de l’accueil que l’on nous fit à New-York. Je n'avais qu'un seul regret, celui d'être contraint, par mes habitudes de sobriété, à refuser souvent les excellens soupers qui m'étaient offerts. Je ne faisais pas honneur à toutes ces magnificences : jambon , salades , soupe aux huîtres, homards, glaces, gelées délicieuses, sans parler du vin de Champagne, du vieux vin de Madère, des fruits, des confitures, et de mille autres
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En flanant à travers les rues de New-York, je ne pus m'empêcher d'admirer la singularité bizarre des
enseignes. Store (amas), est ordinairement employé pour magazine (magasin). J’eus de la peine à comprendre le sens de finding store (l'amas des trouvailles). Finding est un mot tout américain, qui signifie rubans, gances, boucles, et autres ornemens des souliers.
Le 20 ma:, je fus réveillé en sursaut, à deux heures du matin, par des cris terribles : Au feu! au feu! aussitôt je me jette hors de mon lit, pensant encore être sur mer ; je crois que l'incendie s'est emparé de notre paquebot. Mais les pompes roulent sourdement ; les pompiers poussent de longs cris ; tout s’éveille et concourl à méveiller ; je reconnais l'avertissement des gardes de nuit qui frappent aux croisées et aux portes des citoyens endormis. J’avais entendu parler de l'habileté, de l’activité, du courage des pompiers de New-York; cette circonstance pouvait m'en rendre témoin. Je m'habille à la hâte et cours du côté du danger ; j'avais à peine atteint la porte extérieure que déjà le secours des pompiers avait cessé d’être nécessaire. Chacun grommelait tout bas, exprimant son mécontentement et regagnant lentement son gite. Moimême je ne pouvais déguiser ma mauvaise humeur : on m'avait ravi un spectacle curieux.
À peine étais-je rentré, que de nouveaux cris d’alarme se firent entendre. Ce tumulte était plus violent que
la ;remière fois ; toutes les cloches étaient en branle, mille voix terrifiées s’élevaient avec force. Dés que je fus dans la rue, j'aperçus, du côté de l’est, une coionne gigantesque de fumée noire, qui se dessinait comme un immense serpent à travers le pâle crépuscule du matin, et s'élevait jusqu'au disque de la lune paisible , achevant alors son dernier quartier. Au sommet du beau monument de l’Hôtel-de-Ville, on apercevait un fallot qui projetait sa lumière dans la direction de l'incendie. C'est un signal convenu qui indique aux pompiers la route qu'ils doivent prendre. Invention très-naturelle et très-utile, mais qui offre à l'œil et à la pensée quelque chose d'extraordinaire. H me semblait voir un géant, placé au centre de la ville, et sa main de feu avertissant les citoyens du danger qui les menace.
En me précipilant du côté du danger, je rencontrai une pompe, qui me parut plutôt emportée que trainée par l’ardeur de vingt-six hommes robustes et une foule de jeunes garçons. À peine m'était-il possible de suivre la rapidité de leur course. Cependant la foule grossissait en hurlant , et de toute part on voyait arriver les pompes.
Quatre maisons en bois étaient le théâtre de l'incendie. La flamme, se developpant tout à coup , sembla défier tous les efforts humains.
Malgré le désordre apparent de la scène , les pompes se trouvèrent rangées dans un ordre parfait ; elles étaient placées sur une même ligne , laissant entr’elles un intervalle de deux cents pieds. Elles s’éten-
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