CHAPITRE III
Paysages écossais. — École militaire de West-Point. — Pine-Orchard, — Katskill. — Albany.
Après un voyage de trente milles sur la rivière Hudson, qui nous offrait des spectacles plus étonnans et plus magiques, à mesure que nous avancions, nous B
arrivâmes à West-Point, lieu qui retrace admirable- Le ment toute la magnificence des lacs d'Écosse, et qui es l'emporte sur leurs paysages par la richesse de la vé- EE “" gétation. Le bateau à vapeur, qui nous faisait longer | sol tantôt une rive, tantôt l'autre, variait dans sa marche É ex l'aspect des sites ; à chaque minute notre admiration D 7 s’accroissait, toujours excitée par de nouveaux sujets us de surprise. en Arrivés à West-Point, nous voulûmes dîner : nous vas
avions faim : mais, en Amérique, tout se fait d'une . manière réglée. On avait diné depuis long-temps ; le ". cuisinier avait été faire un tour de promenade : la ss clef du garde-manger était restée dans sa poche. Nous de au
voilà forcés à jeuner. Pour comble d'infortune , on me
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trouvait de lait nulle part. Je ferai grâce au lecteur de toute la diplomatie que je mis en œuvre pour me procurer quelques gouttes de lait, ou un beefsteak,
I n'ya, dans les États-Unis, qu'une seule école militaire, celle de West-Point. Cette institution , autant qu'il m'a été possible d'en juger , fait l'éloge du patriotisme et du caractère de ses fondateurs. Il s'agit moins d'élever des soldats et des officiers, que de propager l'esprit militaire. Cependant , la première opinion que j'avais conçue d'abord de con utilité, se trouva bien changée , après que j'eus traversé le pays d'un bout à l’autre. Le nombre des élèves est borné à deux cent cinquante : ils sont admis ordinairement à l'âge de seize ans, quoique les réglemens prohibent toute admission après quatorze ans. Après quatre ans d'études ils peuvent obtenir leur brevet ou diplôme. Le président des États-Unis nomme les élèves ; il choisit une certaine quantité de candidats de chaque province. Lés demandes sont nombreuses et vivement sollicitées, quoique l'admission soit le résultat d’un examen très-sévère. Si le candidat ne répond pas d’une manière satisfaisante , il doit renoncer à ses prétenlions ; mais s il est sorli honorablement de la lutte, il entre à l’école. Six mois sont encore consacrés au noviciat, après lequel il est admis.
L'application des élèves est principalement dirigée vers la science des mathématiques. Le génie civil et militaire , l'arpentage , l'astronomie, font aussi partie de leurs études. Il n'y a point encore d’observatoire aux États-Unis. On enseigne aux élèves assez de fran-
çais, pour qu'ils soient à même de traduire les livres de stratégie écrits en cette langue ; la chimie et la minéralogie complètent cette éducation. La sévérité de la discipline produit de bons effets. Un seul coup d’œil jeté sur un registre fait connaître la conduite que l'élève a tenue pendant une année, un mois, même une semaine.
Le er juin, nous allâmes à Katskill, très-jolie petite ville, qui a deux églises, une rue très-large et assez longue, des boutiques , des diligences, des fiacres, tout ce qui annonce la civilisation. Nous fimes ce trajet, qui est de cinquante-neuf milles, en cinq heures, sur un beau bâtiment à vapeur , appelé /’41bany : c'était voyager en raison de dix milles par heure : car nous fimes différentes stations pour prendre ou déposer des passagers.
À notre arrivée à Katskill-Dock, nous trouvâmes une voiture ou stage, comme on la nomme, prête à nous conduire à la ville.
La diligence américaine rappelle assez la forme de la diligence française. Il n'y a point de place à l’extérieur, sauf une ou deux réservées sur le siége du cocher. Des trois bancs de l’intérieur, deux sont disposés comme dans nos voitures anglaises, le troisième touche aux deux portières; souvent ces diligences n'ont qu’un panneau d’entrée. Ces voitures sont assez agréables pour voyager en été; mais dans les hivers ur peu rudes, le vent, qui a libre accès dans l’intérieur, doit les rendre fort incommodes. Ces lourdes diligences sont suspendues sur de fortes bandes de
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cuir : leur construction est assez solide pour résister aux affreux cahots qui tourmentent leur marche dans ces mauvaises routes.
Nous atteignimes le sommet des monts Katskill. A l'endroit nominé Pine-Orchard, une belle vallée s’étendait à nos pieds. Du haut des pics de rochers, si nous tournions nos regards du côté de l'orient, nous apercevions l'Hudson , prolengeant son cours à travers ne plaine fertile , dans une étendue de près de soixante milles.
Pine-Orchard avait été long-temps le rendez-vous favori des habilans de New-York et d'Albany, même quand le bateau à voile était le seul moyen de transport. Mais depuis l'invention de la vapeur , le nombre des visiteurs s'est tellement accru, que la sagacité commerciale des compagnies industrielles a jugé profitable d'élever un hôtel magnifique à l'endroit même où, jusqu'à ce moment, l'on n'avait vu que quelques . chétives cabanes groupées sur les bords de l’abime, et élevées de deux mille cinq cents pieds au-dessus de la rivière.
D'après notre résolution prise de nous soustraire à toute gêne pendant notre voyage, nous remimes au lendemain notre visite aux chutes de Canterskill, et à la vallée Clove , qui, formant un accident au milieu de ces montagnes , ouvre très-agréablement la perspective des sites environnans. Cette promenade nous coûta cinq heures de fatigue ; nous n'avancions qu'à travers les broussailles qui couronnent ces sommets escarpés, et nous trouvions sur notre route des torrens qu'il
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fallait franchir sur une planche mal assurée. Quand nous entrâmes dans le village , à l'aspect si paisible de Batskill, nous fûmes étonnés d'entendre le son du tambour, et ce jour-là était un jour destiné à la l manœuvre de la milice; mais l'apparence de cette troupe guerrière élait peu martiale, et je suis tenté de croire que son mode d'organisation, dans ce pays,
n’est pas excellent ; telle me parut aussi l'opinion de tous les militaires avec lesquels je m'entretins à ce sujet. , ,
La milice des Etats-Unis s'élevait, en 1827, à 1,050 ,158 hemmes; la populalion totale du pays , en
[ y comprenant un million et demi d'esclaves, s'élevait, ; 2 en 1828 , à 11,548,462 ; ainsi la masse oblipée de faire l'e partie de la milice est représentée par la proportion de un à onze, ou un à dix en n’y comprenant pas les he esclaves. Le pouvernement fournit les fusils, à raison su de huit dollars chacun, et la milice ne reçoit pas de vi solde , excepté toutefois quand son service est elfec- Î d tif; alors elle touche une paie égale à celle des trou- | pes de ligne. à d Dans la matinée du 6 juin, nous arrivâmes à Al- 4 l’, bany, ville capitale ou plutôt siége du gouvernement À à de l'état de New-York. Quoique la capitale réelle, D. quant à la richesse , à la population et à l'importance, lu soit la grande et belle ville située à l'embouchure du F tr fleuve , et qui donne son nom à cette province floris- u tn sante de l’Union , cependant Albany, favorisée par le M grand canal dont l'entrée orientale aboutit presque q
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ment commercial comme lieu de dépôt. Cette ville se trouve aussi le point central d’un commerce très-actif entre New-York et le Canada , et entre l’état d'Ohio à l'ouest , et New-England à l’est. La prospérité d'Albany était assurée, avant que Île génie et la persévérance de Fullon eussent couvert l'Hudson de bâtimens à
vapeur. Cette belle invention a favorisé l'agrandissement d’Albany. Le trajet de New-York à Albany, qui durait autrefois toute une semaine, et dont le voyageur se félicitait comme d'un heureux hasard s'il n'avait duré que trois jours (car souvent on n’en était pas quitte à moins de quinze jours); ce voyage, de cent quarante-cinq milles, se fait aujourd’hui dans l'espace de treize et même de douze heures.
1: ville d'Albany n'est pas la seule à profiter de ce nou: mode de navigation. Les pays environnage, sur ies rives du fleuve , au-dessus et au-dessous de Îa ville, en reçoivent aussi un très-grand accroissement, de prospérité.
Le 6 juin nous entreprimes notre voyage aux état: de Massachussets. Une diligence au grand complet, l’'Accommodation - Stage, s’avança lentement sur une mauvaise route. Elle rendit pour nous ce trajet fort ennuyeux , el nous fit comprendre ce que pouvait être la manière de voyager en Europe il y a cent ans. Notre séjour à Massachussets fut agréable. Nous reprimes la route d'Albany au bout de cinq jours.
Le voyageur qui se déterminerait à retracer tout ce qu'ila vu, n'en finirait pas. C'est une difficulté irèsgrande , au milieu de si abondantes matières, que de
choisir ce qui est le plus propre à intéresser le public. En consultant mes notes, je crois pouvoir affirmer que le trait caractéristique du caractère des Américains, est l'habitude qu’ils ont de parler toujours avantageusement d'eux-mêmes, et de tout ce qui a rapport, directement ou indirectement, à leur pays et à ses instit «ions. Il est vraiment comique de les voir saisir la plus petite occasion, pour accaparer un éloge ou une opinion favorable. En voici un exemple : il m'arriva un jour de dire à une dame que les cochers des diligences conduisaient leurs chevaux plutôt par des | Sec paroles que par le fouet. Elle me répondit : « Certainement, monsieur, et cela mérite d’être observé : remarquez l'intelligence de nos compatriotes el la sagacité de nos bêtes. » Cette dame n'étant pas tout-à-fait contente de ce qu'elle lisait sur ma physionomie , répondit à mon sourire : « Eh bien! monsieur, ne vous
semble-t-il pas que les Américains soïent extraordinai- dé rement doués d'intelligence ? » Quand quelques éloges 1 kb étaient accordés aux Anglais, un malaise et une in- À pr quiétude visibles se manifestaient dans l'auditoire , et ; tr ne s’effaçaient que si l’un de nous présentait de nou- pr velles observations favorables aux Américains. LE | « N qu k mi 3 no à av
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