‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 19 sur 52 · CHAPITRE VE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VE

Les chutes du Niagara.

Le 29 juin 1827 nous allâmes de Lockport aux chutes du Niagara. Leur aspect surpassa encore l'idée merveilleuse que je m'en étais faite. J'ai cru devoir commencer par celte déclaration, attendu que, soit en Angleterre , soit en Amérique, dès que ce sujet a été mis sur le tapis, on n'a pas manqué de commencer par m'adresser la question : Les chutes d’eau du « Niagara ont-elles répondu à votre attente ? »

La meilleure réponse que j'aie entendu faire à cette question, est celle d’un voyageur qui revenait des chutes , à une société qui y allait. On lui demanda s’il

pensait qu'on risquàât de se trouver désappointé, à l'aspect de cette merveille. « Non, répondit le voya- « geur , à moins que vous ne vous attendiez à voir la « mer tomber de la lure. »

Sur notre route nous eûmes , à travers les arbres, la vue ou plutôt un aperçu du lac Ontario. Cette immense nappe d’eau, longue d:170 milles, n'avait au-

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cune ressemblance avec les lacs sur lesquels nos yeux s'étaient reposés. Je m'attendais bien à voir quelque chose d’à - peu-près semblable à la mer ; mais je fus surpris, quand je vis la parfaite ressemblance de ce lac avec l'Océan. C'était la même teinte bleu foncé, la même apparence d’étendue sans bornes. Les masses épaisses d'une forêt vierge, dont le feuillage groupé sur un terrain plat, semblait de loin un immense tapis aux mille couleurs, se prolongeaient du lieu où nous étions jusqu’à la rive sud-ouest du lac.

Le Niagara, qui coule du lac Érié dans le lac Ontario, ne ressemble à aucune des rivières que je connais. C’est un cours d’eau déjà parvenu, en naissant, à Loute sa croissance , et dont le volurie n'est pas plus considérable à son embouchure qu'a sa source. Sa longueur totale est d'environ 32 milles , dont la moitié se trouve située au-dessus des chutes, et le reste entre ces mêmes chutes et le lac Ontario. Pendant la première moitié de son cours, c'est-à-dire au-delà des chutes , le Niagara coule paisiblement presque au niveau du pays plat qui l'environne ; si elle venait à subir seulement une fois l'accident qui se renouvelle souvent pour les autres fleuves, et dont elle seule est exempte, c'est-à-dire s’il survenait une crue d’eau de huit à dix pieds, la partie adjacente du Hant-Canada, à l’ouest , et l'état de New-York , à l'est, seraient tolalement submergés.

Lorsque le Niagara a dépassé les chutes, il change immédiatement et entièrement de nature ; il s’élance avec furie le long d'une vallée profondément encaissée,

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