‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 31 sur 52 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Seconde visite aux chutes du Niagara, — Le batelier, — Tempête. — Le Long-Saut.

Le er août 1827, jallai admirer encore une fois les chutes du Niagara et leur faire mes adieux. Je restai totalement anéanti, si je puis employer cette expression, par la grandeur et la sublimité de ce spec-

tacle. Je me sentais comme étourdi, j'éprouvais une sorte d'impression mystérieuse , il me semblait que

quelque chose d’inattendu et de terrible allait me frapper. Tantôt j'avais honte de moi-même en présence de ce géant à la voix de tonnerre; tantôt je ressentais une sorte d'orgueil en me trouvant initié aux subli-

mes mysières de cette merveille de la nature. Je don-

nai un libre cours à mon imaginalion; je me laissai entraîner à ces milliers de bizarres conceptions, dont l'image iucorrecte ne peut être comparée qu'au vague souvenir que l’on conserve après une nuit que des rêves étranges ont agitée.

Pendant les trois heures que je passai à contempler

ce spectacle , momens que je considère comme les plus

intéressans de ma vie, je redescendais souvent du monde surnaturel où mon imagination m'égarait, pour retomber sur la terre ; mais bientôt mes idées reprenaient leur vol et planaient dans l’immensité de l'espace infini. Plus d'une fois j’oubliai complètement qu'à la distance de quelques toises des millions de millions de tonnes d’eau se précipitaient devant moi. En dépit de cette incohérence de pensées, la sensation que j'éprouvais était délicieuse.

Le 2 août nous quittâmes ces scènes enivrantes, el traversèmes de nouveau le lac Ontario sur un bateau à vapeur chargé outre mesure de passagers et de marchandises ; nous débarquâmes pour la seconde foisà Kingston le 3 août au matin. Il fut heureux pour nous d'arriver de bonne heure : vers le commencement de la nuit un vent furieux souffla du sud-ouest , et notre bateau aurait eu de la peine à naviguer sur le lac. Si je suis destiné à trouver le tombeau d'un marin , que Dieu me permette de périr sur mer , el de descendre majestueusement dans de belles eaux bleues : mais mourir, comme un chat noyé dans un étang !.…

Après avoir visité les chantiers anglais de Kingston, où se trouvaient em construction deux vaisseaux de ligne de premier ordre , et plusieurs frégates prêtes à être lancées , je désirai jeter un coup d'œil sur Sackett's-Harbour (port Sackett), station navale américaine à l'extrémité est du lac Ontario. En conséquence, dans la matinée du 6 août, je traversai le bras nord

A A re nn a ——

d j dé hd m Lé

ne les plus

Juvent du m'égarait, mes idées méensité de 1plètement illions de evant moi.

\ sensation

nivrantes , ur un bagers et de \ seconde reux pour ommenceud-ouest , iguer sur

beau d'un er,el de

les eaux

dans un

Kingston, sseaux de tes prêtes l sur Sacile amériséquence, bras nord

du fleuve Saint-Laurent , dans un gig à quatre rames, jusqu'à Long-Island , qui occupe à peu près le centre de cet immense fleuve. Je pris un chariot , et fus cahoté pendant sept milles avant d'arriver à la partie méridionale de l’île qui fait face à la côte d'Amérique. Le bateau de passage avait été envoyé à la recherche d’un médecin, et je ne connais pas de plus affligeant contre-temps, pour un voyageur dont les ressources et la patience sont complètement épuisées . que de se trouver au passage d'une rivière quand le bac est absent. Il résulta de cet accident que je trouvai la diligence partie lorsque, enfin, je pus être passé de l'autre côté.

Les vagues du lac Ontario se brisaient dans Sackett's-Harbour d'une manière tout océanienne, et je fus mouillé de la tête aux pieds avant d'arriver au chantier de construction. Il faisait encore assez jour pour que je pusse examiner à loisir le grand vaisseau à trois ponts que renferme ce chantier. On dit que ce navire a été construit en trente-un jours, à partir de celui où le premier arbre avait été abattu ; et je rencontrai sur le lieu même un gentleman américain qui me dit avoir été témoin de cette remarquable opération. Un nombre considérable de constructeurs, tous fort habiles , furent envoyés de New-York et d'autres ports. Ils furent aidés par une multitude innombrable d'ouvriers , de bœufs, de chevaux, de charrettes, etc. En deux semaines, me dit-on, ce navire aurait pu être lancé, et muni de ses canons, de ses mâts et de ses voiles; prêt enfin à livrer combat. Le traité de

Gand mit fin à ces préparatifs, et comme un de ses articles stipulait qu'aucune des parties contractantes ne pourrait avoir de force navale sur les lacs, ces grands vaisseaux , à savoir celui-ci et celui de Kingston , ne servent plus qu’à récréer la vue des milliers de badauds voyageurs qui fuient en automne la Walaria des provinces méridionales, et passent leur temps à parcourir les routes battues des chutes, des lacs et des sources de Saraloga.

La ville de Sackett a un aspect tranquille qui nous porte à croire, qu'ayant dù sa naissance à la guerre, sa décadence date de l'article précité du traité de Gand. En effet, sans cette convention, des flottes rivales auraient été maintenues sur la baie pour se braver l'une l’autre, et perpétuer un état d’hostilité qui n'aurait été profitable, en définitive, qu'aux dignes habitans de Sackett.

Un superbe clair de lune me permit de commencer ma retraite sur Kingston pendant la nuit. Le lendemain matin je me mis en route de bonne heure : mais ce ne fut que vers huit heures que je parvins au bac de Lons-Island. Le fleuve Saint-Laurent a , dans cet endroit , trois milles de largeur; mais, comme le courant est à peine sensible, je calculai que j’arriverais à la maison du commissaire au bout d’une heure , précisément au moment du déjeuner, pour lequel l'air du matin et un voyage de quelques heures m'avaient donné d'excellentes dispositions. Mais je ne trouvai point le bateau; je l'aperçus au milieu du fleuve à quelque distance ; un oisif s'en était emparé et s’amu-

de ses ar- ‘taäntes ne es grands gston , ne ers de ba- [alaria des nps à paracs et des

qui nous la guerre,

traité de flottes riur se braostilité qui aux dignes

ommencer Le lendeure : mais ins au bac , dans cet me le courriverais à re, préciel l'air du m'avaient be trouvai fleuve à et s'amu-

sait à harponner des poissons ; j’eus beau le héler , lui faire des signaux , il n'en tint aucun compte. Je m'informai s'il n'était pas possible de se procurer un autre bateau : « Impossible , » me répondit le batelier qui m'avait accompagné. Enfin, après de vaines supplications, on m’apprit qu'il y avait bien un petit bateau dont on ne se servait jamais, parce quil faisait eau de iout côté, et que ce serait me faire courir un trop grand danger que de me le prêter. Je tranquillisai ce brave homme , et le décidai enfin à lancer ce frêle esquif sur le fleuve ; du reste, il eut raison , car à peine notre navire eut-il quitté le hangar où il était déposé, qu’il se remplit à moitié d’eau ; je demandai une écope, il n’y en avait point, et je ne pus obtenir qu'un moule à pudding pour vider l’eau. A force de bras nous parvinmes à empêcher le bateau de couler , et nous abordâmes le pirate qui s'était rendu maître de notre bateau. Il était debout, le harpon à la main : notre présence ne parut point l'intimider; il nous regardait comme s’il n'avait eu rien à se reprocher. Mais nous exécutâmes sur le champ un acte de justice sommaire : nous le jetâmes de son bateau dans le nôtre ;:et, ayant ainsi changé notre mode de tranport, nous quittâmes l'usurpateur en lui recommandant charitablement de faire usage fréquemment du moule à pudding. Bientôt après mes regards se portèrent sur un groupe d'hommes et de femmes rassemblés sur la grève , qui observaient attentivement une masse de couleur sombre qui gisait sur le rivage ; peu d’instans après je distinguai un peu de drap rouge, et je devinai que ce devait

être le corps d’un jeune soldat qui s'était noyé à notre vue sous les fenêtres du commissaire.

Le 8 août je m'embarquai sur un bateau qui avait

apporté de Montreuil des munitions pour le compte du gouvernement , et qui y retournait à vide.

. Les officiers du chantier furent assez obligeans pour nous céder une cabine fort commode, appelée Hurricane-House (maison de l'ouragan) , construite en bois léger recouvert de toile. Nous y étendimes notre lit de voyage en guise de sofa, et nous passâmes ainsi toute la série ‘es rapides sur le Saint-Laurent, entre le lac Ontario et la Chine, sur l’île de Montreuil. Rien de plus agréable que la première partie de notre traversée ; nous voguions gaiement le vent en poupe, à travers les Mille-Iles, ainsi qu'on les appelle.

Vers le coucher du soleil le ciel se couvrit d'une nuée d'orage; aussitôt les 7’oyageurs ( c'est le nom qu’on donne à ces bateliers ), tinrent un conseil de guerre , dans une espèce de français corrompu ou suranné , dont je ne compris que peu de mots. Le résultat de la délibération fut qu’on rama vers une petite crique , où un ruisseau , qui vient des bois , se jette dans le Saint-Laurent.

Lorsque je manifestai le désir de savoir le but de cette manœuvre , il me fut répondu que Ja nuit menaçait d’être tempétueuse, et qu'il était prudent de rester où nous étions, attendu que plus loin nous ne pourrions trouver, avant quiuze milles , aucun abri pour notre bateau. Moi je fus d’une opinion contraire, et je le leur dis. Ils secouèrent la tête , eurent l'air de

yé à notre

qui avait compte du

eans pour ée Hurriite en bois s notre lit imes ainsi ent, entre reuil. Rien notre tra- | poupe , à le.

ivrit d'une st le nom conseil de pu ou su- . Le résulune petite s, se jette

le but de uit menaent de resnous ne ucun abri contraire, nt l'air de

trouver plaisantes mes observations, et n’en continuèrent pas moins leurs préparatifs pour passer la nuit dans l'endroit où nous nous trouvions. Comme le bateau avait élé soumis à mes ordres , je jugeai le moment propice pour m’assurer si mon autorité était nominale ou réelle, et j'insistai avec force pour qu'on se remit en route, à moins, ajoutai-je, que ce ne soit vous qui soyez les maîtres, et non pas moi.

Cette allocution fit effet. Ils se disposèrent à continuer le voyage , en faisant observer avec un mouvement d'épaule et un regard vers le firmament, qu'il était tout un pour un Voyageur d’être ici ou là , quand il pleuvait; mais qu’ils pensaient qu'on devait raisonner autrement quand on avait à bord des femmes et ., ‘nfans. « Toutefois, ajoutèrent-ils, puisque vous le désirez, nous allons nous remettre en route. »

Nous n’étions pas à cent cinquante toises de la crique, qu'un coup de tonnerre éclata ; je me vis obligé de faire amende honorable en avouant mon ignorance , et confessant que j'avais eu tort de mépriser les avis deguides aussi expérimentés. Je les priai de retourner le plus vite possible à l'endroit que nous venions de quitter, ce qu’ils firent gaiement , et avec la politesse qui leur est naturelle, sans m'adresser un reproche et sans laissér percer un air de triomphe. Mais avant que nous n'arrivassions au lieu du débarquement, nous fûmes assaillis par une grêle dont les grains étaient gros comme des noix, et quinous lapidèrent detelle sorte que nous nous estimâmes heureux de trouver un abri dans

Page 1