‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 34 sur 52 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des colonies et de leur utilité.

Avant de prendre congé des provinces anglaises de l'Amérique septentrionale, je crois devoir placer ici quelques mots en réponse à deux questions qui m'ont souvent été adressées tant en Amérique que dans ma patrie.

1o « De quelle utilité ces colonies sont-elles pour « l'Angleterre ?

2o « De quelle utilité l'Angleterre peut-elle être à « ces colonies ? »

Une réponse complète à ces deux questions m'en-

traînerail trop loin, et serait peut-être au-dessus de

ma portée. Mais le résumé suivant pourra donner quelque secours à ceux qui auront le temps et le talent de les traiter convenablement.

Pour prouver que les colonies sont d’une grande valeur pour l'Angleterre , sous le point de vue maritime et commercial , il n’est besoin que de mentionner un fait : c'est que , dans l’année 1828, des deux mil-

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lions de tonneaux de fret entrés dans les divers ports des Royaumes-Unis (pour être juste, deux millions quatre-vingt-quatorze mille trois cent cinquante-sept tonneaux , le tonneau anglais équivaut à mille quinze kilogrammes six cent quarante-neuf millièmes); plus de quatre cent mille tonneaux (quatre mille huit cent quarante et un), ou plus d'un cinquième de la totalité, venaient des colonies de l'Amérique du nord, exclusivement anglaise (1).

Nous jouissons du privilége d’approvisionner ces provinces de marchandises anglaises, et l’on croit généralement qu'une quantité toujours croissante de produits de nos fabriques s’introduit de là dans les États-Unis, importations que, ni ce gouvernement, ni le nôtre, ne pourront empêcher tant que les bâtimens anglais auront un libre accès dans les ports de Nova-Scotia, de New-Brunswick et de Canada.

Indépendamment de cet immense débouché pour les marchendises anglaises , les relations entre ces colonies et l'Angleterre n’ont pas mis en activité, dans l’année 1828 , moins de dix-huit mille sept cent quatorze marins.

Dans cette même année , le commerce de l'Angleterre avec les États-Unis s'est élevé à quatre-vingt mille cent cinquante-huit tonneaux , eta employé trois mille six cent quarante-huit matelots. Ainsi notre commerce avec les colonies de l'Amérique septentrionale seule-

(1) Enquête parlementaire, dont l'impression a été ordonnée le 5 mai 1829.

ment, a été quintuple en tonnage et en emploi d'hommes, de celui que nous faisons avec les Etats-Unis.

Une autre considération à faire valoir , et qu’on oublie souvent, c'est que, toute considérable qu'est l'exportation de nos produits aux États-Unis, ves états font tous leurs efforts pour décourager leur transport sur des vaisseaux anglais. À peine ai-je pu découvrir un pavillon anglais, au milieu de cette forèt de mûts que présente le port de New-York.

Par suite de nos relations actuelles avec ces colc. nies, nous nous y procurons, pour nos posses- uns des Indes occidentales, un grand approvisionnement de bois de construction, de poissons et d'autres articles. Si la guerre “tlatait sans que nous fussions en possession des provinces nord-américaines, nous serions obligés de les aller chercher ailleurs, à notre grand désavantage.

On est d'accord assez généralement sur un point : c'est que les provinces en question n’ont que deux alternatives : l’une de rester en rapport avec la mèrepatrie , l’autre de se confondre dans l'Océan de la confédération américaine ; car on n’admet guères la possibilité qu’elles se constituent un jour en nation séparée et indépendante. |

Les ressources maritimes des États-Unis se bornent, quant à présent, aux ports de l'Océan, situés sur la côte Atlantique, au nord et à l’ouest de la Delaware ; et, bien que ces provinces prennent de jour en jour un accroissement plus important , elles sont peu considérables, comparées aux côtes des provinces anglaises.

ploi d'hom- La ligne maritime américaine n’embrasse pas le tiers ts-Unis. de l'espace occupé par la nôtre ; elle n'offre ni port, tqu'on ou- | nibaie, pas même New-York, qui puisse rivaliser , qu'est l'ex. sous le point de vuc naval, avec Halifax et plusieurs

, ces états M autres stations de l'Amérique anglo-septentrionale, riransport À dans lesquels les plus grands vaisseaux de ligne peuvent

découvrir entrer en toute saison.

ütideimête | L'idée que les Etats-Unis pourraient obtenir la pos- * session de ces provinces par voie de conquête, contre e cescole. MR le gré des habitans, est tout-à-fait dénuée de fondeposses:iuns 4 ment : ce démembrement pourrait avoir lieu , si les

sionneent colons avaient à se plaindre de la mère-patrie; mais tant |

| K . OP ‘1. 1° "7 CR e esarticles. | du ils seront traités comme ils l'ontété depuis quelques

LA a ‘en posses- années, le Canada restera anglais.

Q . , 0 r e La us serions Si nous supposions J’Union-Américaine augmentée

otre grand de toutes ces colonies, la face des affaires maritimes

de cette république serait totalement changée. J'ignore

L] : . S . se , , ù , ë un point : si les provinces ainsi annexées s’en trouveraient mieux

. . , M > »-detrd:al: ou plus mal ; mais il n'est pas douteux qu'il serait de la dilémée plus grande conséquence pour l'Angleterre de voir les | ° 4 N p Q . , lle lion. ressources navales des Etats-Unis triplées et même

quadruplées d’un seul coup , tandis que les nôtres dé- croîtraient en raison inverse.

Il ne faut pas oublier que la défense à bon marché

des nations ne doit pas se balancer comme les livres

es la possion séparée

ebornent, à Fe u ; La e. 9 ° L 6 ; t sur la côte un RÉGPEIANI , par tant 8 ivres au crédit ou tant de ware : et livres au débit. 11 faut considérer de semblables trany] 9 À : : ; . I ” a s en jour un ARIANE sous Fe point de Mn A élevé, ne pas constlé- tant s'occuper de ce que nous dépensons que de ce que

. . Qui serai à i pour affirmer anglaises. nous conservons. Qui serait assez hardi pour

que si nous renoncions à ces colonies , nous n'affaiblirions pas notre marine , cette muraille de bois qui est la sauve-garde de notre île? Je ne parlerai pas des pécheries de Terre-Neuve et de Labados, prolifiques pépinières de marins que les Français partagent avec nous,

ainsi que les Américains. Toutelois on pourrait se demander si, dans le cas où les colonies nord-américaines seraient réunies aux États-Unis, d’autres nations se verraient encore admises au partage de ces pécheries.

Il reste donc démontré que si l'Angleterre suit un plan judicieux de conduite , ces importantes colonies, qui prennent chaque jour du développement , nous seront non-seulement utiles , parce que nous les possédons, mais encore parce que les Etats-Unis ne les posséderont pas.

Quant à la seconde question : « De quelle utilité « l'Angleterre est-elle pour les colonies ? » je ne ferai valoir à ce sujet qu’un petit nombre de considérations.

En premier lieu , nous devons toujours nous souvenir que, quelques fidèles que puissent être les : abitans de ces colonies, et je crois consciencieusement qu'ils le sont dans ce moment, il serait absurde de croire qu'ils refuseraient de se séparer de nous, sileur prospérité nationale pouvait gagner à cette rupture. Individuellement peut-être on trouverait des hommes, comme en montrent toutes les révolutions , qui, fidèles à la cause qu'ils ont long-temps servie ,s'attacheraient à leur pavillon et se sauveraient ou périraient avec lui. Mais ce ne sont point de tels sentimens qui

n'affaibliois qui est as des péifiques péavec nous, rait se de- -américai- ‘es nations ces pêche-

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décident, et nous devons nous attendre à un grand changement si nous renonçons à la politique sage que nous avons suivie depuis quelque temps à l'égard des colonies ; je le répète, nous ne pouvons les perdre que par notre propre folie. Nous avons de belles cartes en main ; c’est à nous à les bien jouer. Il ne s'agit pour cela que de consulter de bonne foi les intérêts des colonies : quels qu'ils soient ils ne peuvent manquer de devenir un jour les nôtres.

Le mot mère-patrie, me semble mal choisi ; il a survécu à l’époque qui lui avait donné naïssance. Si, pour parler des liens qui doivent unir un pays à sa colonie, on veut emprunter un terme aux relations domesiiques, il en est un qui indique lassociation de deux êtres dont l'un est fort et l'autre faible, et ce terme (le mot tuteur) nous semble d’une application plus heureuse que ceux que lon a employés jusqu'ici.

Aux États-Unis, les places, qui donnent du pouvoir ou de l'influence , sont conférées par le caprice populaire ; il faut que le candidat se soumette à des concessions qui quelquefois répugnent à son caractère et à ses sentimens. Partout où des fonctions élevées dépendent de la mobile volonté d'une populace, elles doivent être fréquemment distribuées sans égard au mérite, et plus fréquemment encore arrachées , sans jue celui qui les remplit soit capable de s’en acquitter.

Dans les provinces britanniques, toutes les places qui procurent de l'honneur ou des bénéfices sont données par la couronne. Il arrive sans doute quelquefois qu'on les accorde à des personnes qui ne les méritent

pas, ou qu'on les obtienne À l’aide de manœuvres condamnables; mais existe-t-il quelque moyen humain pour l’empècher ? Les institutions démocratiques des États-Unis y parviennent-elles davantage? Après tout, il vaut peut-être mieux dépendre d'un monarque que d'un peuple. Si, pour atteindre son but, un homme est forcé de sourire à ceux qui ont le pouvoir, il est évident que sa réputation souffrira moins s'il s'incline devant un seul homme placé au-dessus de lui, que devant mille individus qui lui sont inférieurs.

Dans les colonies, on se contente de l'égalité des droits , sans rêver la folle doctrine d'une égalité universelle entre les personnes et les propriétés. Les habitans, en cherchant à obtenir des places conformes

à leur position et à leurs capacités, ne sont point obligés

de se baisser avant de prendre leur vol. Ils ne s’élèveront peut-être pas bien haut ; mais ceux qui désirerot avec sincérité atteindre la hauteur relative que les emploi: des colonies peuvent offrir, doivent être persuadés qu'une bonne conduite et des talens remarquables ne manqueront pas d'attirer l’attertion du gouvernement , et que, une fois revêlus des fonctions que leurs talens les mettront à même de remplir, ils n’en seront point dépouillés tant qu'ils s'acquitteront activement et consciencieusement des obligations qu'elles leur imposent.

Ainsi, tous les hommes influens des colonies , dont l'ambition est le mobile, ont peu de motifs pour désirer échanger leur constitution actuelle pour lorageuse démocratie de leurs voisins.

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D'un autre côté, par la frachise élective dont jouit la grande masse du peuple , elle conserve entre ses mains une influence politique suffisante. Heureusement aussi lexercice de leurs droits politiques n'intervient point d’une manière dangereuse au milieu de leurs devoirs sociaux, et ne les entraîne pas hors de leur sphère.

La communauté canadienne possède donc autant, sinon plus , de liberté que l'Union voisine; tandis que l'élite des membres qui la composent a des moyens plus sûrs de satisfaire une ambition honorable, que ceux qui sont placés à la disposition de la même classe d'hommes aux États-Unis. Le repos de la société n'est pas incessamment troublé par des compétitions pour An pouvoir temporaire , et les habitans des colonies sont à même de conduire leurs affaires intérieures sur des bases plus uniformes , parce que leur gestion est confiée à des mains habiles et expérimentées. Tout cela , ilest vrai, est contraire à la doctrine de l'égalité universelle; mais rien n’est plus conforme aux vues de la Providence , autant qu’on en peut juger à l’aide des lumières de notre intelligence et de notre expérience.

De pareils avantages seraient perdus pour les colonies si leur union avec l’Angleterre était dissoute. En outre , les revenus que ces provinces tirent üiu commerce étranger sont appliqués, par leur législature , à l'amélioration de leurs districts respectifs ; tandis que , si elles devenaient membres de la confédération américaine, tous ces droits seraient soumis au con-

trôle du congrès de Washington, et les amé!israiious dont on les ferait jouir seraient achetées au prix d’un impôt direct, dont maintenant elles sont exemptes. En résumé, les dépenses peu importantes qu’occasionent quelques officiers civils dans les provinces de l'Amérique septentrionale, jointes aux dépenses plus considérables , mais également nécessaires, que coùtent les forces de terre et de mer qui défendent nos colonies , sont amplement balancées par les avantages que leur union avec nous leur rapporte. Elles augmen:tent notre prospérité commerciale et politique comme pays maritime et manufacturier ; elles limitent la puissance navale d'une autre nation dont les intérêts sont diamétralement opposés aux nôtres. Enfin cette union contribue à la prospérité des colonies elles-mêmes, filles , ou plutôt fidèles et loyales épouses d'un pays à

l'ombre duquel elles fleurissent, et qui, par son union avec elles, les fait jouir d'un degré de bonheur plus

grand , plus sûr, que celui qu’une indépendance nominale pourrait leur procurer.

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