CHAPITRE XVII
Tribunal d’Albany. — Élection d’un président.
Le 15 septembre 1827, nous retournâmes à la chambre d'ussemblée , et nous trouvâmes les discours tout aussi fastidieux que la première fois. Les orateurs couraient au hasard d’un sujet à l’autre, sans égard pour le temps qu'ils perdaient et qu'ils faisaient perdre aux autres, et dont ils auraient été plus économes s'ils s'étaient trouvés livrés à leurs occupations ordinaires, c'est-à-dire en faisant travailler leurs mains et non leurs têtes.
De là, nous nous rendimes au sénat, dont nous trouvâmes les membres occupés judiciairement et non législativement. Le sénat est composé de trente-deux membres , non compris le gouverneur de la province qui en est président ex-officio. Les sénateurs sont élus pour quatre années.
La constitution de l’état statue , dans un article , que la cour appelée à juger les accusations et à corriger les erreurs (trial of empeachments and correction of
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Nous eûmes le bonheur d'assister à une cause trèsintéressante ; elle avait trait à un complot supposé (alleged conspiracy ), résultant de ces folles spéculations dont l'Amérique, ainsi que l'Angleterre , fut le théâtre en 1825.
Mais avant de se constituer en cour de justice, le sénat s'était occupé, dans la matinée, de la révision des lois. Je trouvai les mêmes discours que j'avais entendus dans l’autre chambre; même vide dans les idées, même vulgarité dans les sujets traités : enfin , tous ces argumens dont le monde est bercé depuis long-temps, et qui ne peuvent avoir de la nouveauté que pour les Américains.
Pendant notre séjour à Albany , nous vécûmes dans une pension fréquentée principalement par les membres des deux chambres législatives , des avocats, des juges, des officiers, et l'éditeur d'un journal, l'un des hommes les plus pauvres, les plus candides que j'aie jamais connus, et dont l’amitié me fut très-utile.
Je trouvai dans cette société des moyens faciles pour achever de m'éclairer sur différens points. Je découvris souvent que je m'étais formé de fausses idées. Quand cela m'arrivait, j'allais de l’un à l’autre,
je m’enquérais de l’objet qui m'occupait, jusqu’à ce que j’eusse obtenu des renseignemens complets.
Comme je n'avais rien à faire que d'étudier les mœurs et les habitudes des habitans de ce pays , je fus obligé souvent d'importuner cruellement beaucoup de personnes , et je dois leur rendre la justice de dire que, dans toutes les occasions, elles mirent la meilleure grâce à m'être utile. Je désirais franchement connaître le fond des choses ; et quoique , comme tous les voyageurs, j'eusse mes préventions et mes préjugés, j'étais toujours prêl à changer mon opinion aussitôt que je ne la trouvais plus juste.
Pendant le temps que nous passèämes à Albany , nous allâmes fréquemment dans le monde , mais plus particulièrement à des diners ou à des soirées; ce qui me fournissait d'agréables occasions de voir et de juger l’état des relations domestiques. Un des traits les plus remarquables de la vie américaine, est l'habitude qu'on a de méler à tout la politique ou l'esprit de parti; ou, pour mieux dire encore et en créant un mot, l'électionage, qui semble une partie essentielle de tous les discours.
Ce que cet esprit a de plus particulier et de plus contraire aux habitudes anglaises, c'est que les Américains s'occupent plus des moyens que du but ; ainsi, ils chercheront uniquement à faire triompher un candidat , sans s'inquiéter de faire réussir les mesures qu'on le suppose disposé à soutenir : ils y font quelquefois allusion. dans les discours d'élection, mais plutôt comme fleurs de rhétorique , ou comme moyen
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de louer leur protégé, ou de blämer son antagoniste, que dans le désir que telle ou telle mesure triomphe ou échoue. Les intrigues, les voix qu'on cherche à gagner, l'emploi des grands leviers de la presse, l'injure et la louange , les discours et les manœuvres employés dans la législature , au barreau , au coin du feu, sur tous les points du pays, voilà l'occupation principale, dominante; mais les désirs du candidat, ses promesses, ou même sa réputation ou son aptitude à remplir le poste qu'on veut lui confier, peu importe ; on ne s’en occupe en quelque sorte que par-dessus le marché.
L'élection du président affectant toute l'Union , les candidats pour ce haut emploi deviennent le but contre lequel toutes les flèches politiques sont lancées ; bien plus, toutes les autres élections se modèlent sur celle-là. Ainsi, soit qu'il s'agisse de nommer un membre du congrès, un gouverneur , un membre d’une législature spéciale, ou mème un constable, la seule question adressée au candidat était : Tenez-vous pour Adams ou pour Jackson? Il est inutile de dire que ces deux personnes recherchaient concur :mment l’honneur de la présidence.
Il résultait naturellement de cette manière de procéder, que, comme on ne demandait aux candidats pour les magistratures inférieures qu’une influence ou des moyens plus considérables que ceux de leurs compétiteurs, pour amener l'élection du candidat supérieur, c'est-à-dire du président , les individus ainsi choisis n'offraient le plus souvent que des machines à voter
disposées de façon à tourner toujours du même côté. À tous ces égards, l'élection d'un président en Améri. que ressemble à nos parties de chasse , où il s’agit bien moins du gibier qu'on prendra que du plaisir qu'on aura à le poursuivre.
Il existe bien en Angleterre quelque chose qui se rapproche de nos élections populaires ; mais la différence consisle dans la fréquence et dans la durée de ces mêmes élections. Qu'on se figure un moment ce que deviendrait le pays, si la commotion produite à Westminster ou à Covent-Garden par les élections, au lieu de durer quinze jours , se prolongeait toute l’année : on aura une idée de ce qui se passe en Amérique. La rage électorale y règne éternellement, et on lui suppose une grande efficacité ; car on soutient que, sans ce stimulant violent et perpétuel qui agit sur le
peuple , il deviendrait peu-à-peu indifférent à remplir ses devoirs et à exercer ses droits ; alors c'en serait fait pour toujours des libertés américaines.
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