‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 40 sur 52 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Northampton. — Le mont Holyoke. — Worcester, — Boston.

Le 3 octobre 1827 nous partimes de Stockbridge et arrivämes à Northampton, un de ces admirables villages de la Nouvelle-Angleterre, qu’il est impossible de trop louer. Le long du chemin que nous parcourûmes , nous rencontrâmes un grand nombre de points de vue pittoresques qui nous dédommagèrent de l'insipide uniformité de notre précédente journée de marche. Les villes de Massachussets sont embellies d'arbres d'agrément, de jardins, de fleurs , tandis que l’ensemble du paysage , se composant de rochers, de montagnes et de chutes d’eau , offre les points de vue variés d’une scène des Alpes.

Nous eûmes à traverser une grande étendue de terres sur lesquelles on proposait sérieusement d'ouvrir un chemin de fer entre les villes de Boston et d'Albany. Il n'est pas un état de l'Union, ni une frac-

tion d'état, qui consente à se laisser surpasser en rien par un autre; et sans doute le succès du grand canal Érié a donné lieu à à cette idée folle. On quêtait souvent auprès de moi un éloge en faveur de ce projet, et je ne manquais pas de dire que la conception en était hardie; mais j'avais soin d'ajouter que je n'appliquais qu’à l’idée l’épithète de hardie, et que si jamais on mettait le plan à exécution, ce serait le mot folie qu’il faudrait employer.

La vue dont on jouit du sommet du mont Holyoke, que nous gravimes le 4 octobre, est réellement magnifique et d'une immense étendue. La cime est élevée de huit cent quatre vingts pieds au-dessus du niveau du fleuve Connecticutt, qui serpente gracieusement sur les terres voisines. Les villages florissans de Northampton, Hadley et Amherst étaient presqu'à nos pieds. Les architectes ou ingénieurs qui ont tracé le plan de ces villages, ainsi que de la plupart de ceux situés dans cette partie des États-Unis, paraissent avoir commencé par ouvrir une rue ou avenue non pavée, large de quatre-vingts à cent toises (73 à 91 mètres), avec une double rangée d’arbres de chaque côté, et une promenade au milieu. Puis les maisons s’élevaient invariablement, détachées l’une de l’autre, à

dix ou douze toises des allées ombragées ; l'espace

intermédiaire se trouvait rempli par des bosquets, des pelouses ou des sentiers sablés. Même les porches, et quelquefois les fenêtres , étaient entourés d’herbes grimpantes ; et la plupart des maisons , bâtiesen bois, peintes en blanc avec des portes vert foncé, et des

co se

ce

Pr en rien and canal Êtait soue projet, eption en e je n'apque si jaait le mot

Holyoke , nt magniest élevée du niveau jeusement s de Norsqu'à nos t tracé le t de ceux >araissent enue non

(73 à 91 le chaque s maisons l'autre, à ; l'espace bosquets , porches, d'herbes

s'en bois, é, et des

contrevents dans le genre vénitien, donnaient à l’ensemble un aspect ravissant.

Nous jouîmes , dans la partie la plus belle du pays, dela vue délicieuse d’un automne américain. Je crois que c’est l’érable qui , dans cette saison , de vert clair qu'il était, devient , de la tête au pied, d’un rouge éclatant ; mais, quel que soit le nom de l'arbre, je ne connais rien de plus beau. D'autres espèces étalaient leurs couleurs variées, si brillantes que les yeux ne pouvaient rester long-temps fixés sur ces arbres, et les modestes ever-greens (arbres toujours verts), qui faisaient le fonds du paysage, jetaient piltoresquement leurs teintes douces au milieu de toutes ces couleurs éblouissantes.

L'automne se nomme fal! dans ce pays (chute); n’estce pas un mot singulièrement expressif?

Avant de monter en voiture, (car on nous avait prévenus que nous pourrions gravir ainsi jusqu'à la moitié de la montagne), nous nous informämes de la nature de la route et des difficultés qu’elle nous offrait. Je demandai même au sommelier s’il pensait que nous dussions emmener l'enfant avec nous. « Oh! non, répondit-il en riant, vous n’arriverez jamais jusqu’au haut , si vous prenez l'enfant avec vous; la route, je vous assure , est bien raide et bien difficile, »

Les voyageurs sont une race entêtée, el, m'étant aperçu en feuilletant notre Guide qu'il se taisait sur les difficultés qu'offrait l'ascension de l'Holyoke, je pensai que l’honnète sommelier avait voulu faire mousser sa montagne, pour employer un mot populaire, et je

résolus bravement de conduire toute la famille avec moi ; je ne fus pas même arrêté par le sourire malin qui erra sur les lèvres de notre homme quand il ferma la portière.

Pendant un mille et demi nous traversâmes une prairie où une multitude d'hommes et de femmes étaient occupés à faire les foins; puis nous passâmes le Connecticutt, fleuve qui donne son nom à la province ; et bientôt nous nous trouvâmes au pied d’une pente qui nous parut trop rapide pour une route, mais trop douce pour une montagne. Au bout de peu de temps, notre cocher déclara ne pouvoir aller plus loin ; il nous ouvrit la portière, et nous commençâmes à gravir la montagne fort à notre aise, en riant de notre sommelier et de ses prédictions. Peu à peu le sentier tourna, et l’inclinaison commença à ressembler à un escalier, avec cette différence que, au lieu de marches solides et placées à distances égales, nous avions des pierres vacillantes et fort éloignées les unes des autres. Arrivés là nous nous consultâämes, et je finis par placer la jeune demoiselle sur mon dos, ce qui n'était pas le moyen de rendre mon ascension plus facile.

La beauté de la vue qu’on découvre du sommet de cette noble montagne captiva tellement notre attention, que nous ne primes point garde à quelques nuages gros de pluie qui cheminaient lentement sur le paysage comme d'énormes géans , et ajoutaient encore à la beauté de la scène par leur apparence mystérieuse, et les longues écharpes d'ombre qu'ils trainaient après

mille avec ire malin d il ferma

imes une > femmes passâmes à la proied d’une ute, mais e peu de ller plus nençâmes riant de à peu le ssembler u lieu de es, nous s les unes es, et je dos, ce sion plus

pmmet de e attenues nua- Lt sur le t encore térieuse, nt après

eux. Aprèsavoir inondé le village de Northampton, audessous de nous, et mis en déroute les faucheurs de la prairie, les nuages arrivèrent jusqu’à nous et s’étendirent comme un rideau entre nos montagnes et la vue que nous admirions.

Lorsqu'il nous fallut descendre , de nouvelles difficultés survinrent. Ces pierres, à l'aide desquelles nous avions eu tant de peine à gravir la montagne , il fallait les redescendre une à une, tâche d'autant plus délicate que la pluie les avait rendues glissantes , et que le moindre faux-pas nous eût jetés dans un précipice. Enfin nous arrivâmes à notre auberge, et ce fut le pauvre sommelier qui nous ouvrit la portière; lorsqu'il sortit la petite fille de la voiture, et qu'il eut aperçu nos traits fatigués, il sembla prêt à nous reprocher notre obstination , mais il se tut et se contenta de sourire lorsque je lui eus dit qu'il était meilleur prophète que moi,

Le 5 octobre, nous allâmes à Worcester , autre village charmant. Le temps, qui avait été fort beau pendant quelques jours, changea tout à coup, et le vent souffla dans la nuit avec une telle violence que, lorsque je me mis à la fenêtre le lendemain matin, j'apercus des monceaux de feuilles semblables à des flocons de neige , mais de toutes sortes de couleurs : rouges, oranges , jaunes , écarlales et vertes.

Le samedi, 6 octobre 1827 , au moment où le soleil descendait derrière les montagnes que nous avions franchies la veille, nous arrivämes en vue de la bonne ville de Boston, capitale de Massachussets, la grande ri-

vale de New-York. Un dôme , élevé dans le goût ture, qui domine la maison d'État (Statehouse) placée dans un endroit très-haut, fut naturellement le dernier édifice sur lequel les rayons du soleil se reflétèrent, Mais nous nous trouvions encore à temps pour jouir de la vue des nombreux clochers et autres monumens élevés, des rues, des ponts fort longs au nombre de trois ou quatre , qui joiguent plusieurs faubourgs à la péninsule sur laquelle cette ville magnifique est bâtie. Un des districts, nommé Charlestown, attira toule notre attention par sa situation au pied et sur le versant du célèbre Bunker's-Hill.

Comme dans tous les endroits que nous visitions, nous nous empressions de voir le plus tôt possible tout ce qui en méritait la peine , nous nous hâtâmes, le jour suivant, dimanche 7 octobre, d'accompagner un de nos amis à l’une des églises unitaires, où un défenseur célèbre de cette doctrine devait prêcher.

Un changemeat considérable, à ce qu’il paraît, avait eu lieu depuis quelques années dans les principes religieux des habitans de Boston; et l'Unitarianisme, ou, ainsi qu'ils l'appellent, le christianisme libéral, avait fait de grands progrès, dus principalement aux efforts du prédicateur dont il est question.

Le sermon de ce pasteur est un des plus remarquables que j'aie entendus. Il s'empara, avec nn rare talent , de l'esprit de ses auditeurs, ei, les entraînant sur la vaste mer des controverses religieuses, sans qu'ils s'aperçussent qu’ils avaient quitté le port, il établit avec un grande jacilité d'argumentation la différence

goût turc, lacée dans le dernier €flétérent, pour jouir monumens nombre de ourgs à la est bâtie.

tira toule ur le ver-

visitions, jt possible hâtâmes, ompagner es, où un récher.

raît, avait ncipes rerianisme, e libéral, ement aux

emarqua-

nn rare entrainant sans qu'ils il établit ifférence

qui existe entre Ja religion qu'il défendait et les autres croyances ; puis, s’animant par degrés, il nous dépeignit une visite qu'il avait faite à une église de campagne où , dans un diseours qui y avait élé prononcé, on avait enfermé dans des limites infranchissable s l'esprit de liberté mentale dont chaque créature doit a oir sa part. Rien de plus poétique que le contraste qu'il traça entre les doctrines sèches et arides qu'il avait entendu soutenir, et ce qu'il appelait éloquemment les libres beautés de la pensée et de la nature,

La différence qui existe entre l'Amérique et l'Angleterre, quant au gouvernement de l'Église, semble se koh à ceci : chez les Américains, la religion, comme toute autre chose, est abandonnée : elle-même ; nous, d'un autre côté, nous avons préféré rassembler les résultats d’une longue expérience et en faire un corps de doctrine. Par le moyen de l Églis e établie, tout changement violent dans la doctrine en dans la discipline est devenu presque impossible , en tant surtout qu'ilpourrait affecter la masse de la communauté ; tandis que ceux qui ne veulent pas suivre le sentier indiqué peuvent user de leur libre arbitre et se tracer un chemin spécial.

À tous les égards, l'Église d'Angleterre a le bonheur d'être diamétralement opposée, en tout point, aux institutions religieuses de l'Amérique. Les changemens sont difficiles à effectuer chez nous, surtout en

‘ce qui touche à l'Église ; et j'espère, avant la fin de

el ouvrage , qu’il ne nous sera pas difficile de démontrer de quelle manière cette fixité de principes, dans

la branche la plus importante du gouvernement anglais, a contribué à fonder notre caractère national ; et comment, tant que l'Église établie conservera di pouvoir , en évitant soigneusement de porter la moindre atteinte à ses réglemens intérieurs, et s’opposant de toute son énergie à l'intervention du peuple dans sa constitution, nous pouvons prédire la durée permanente de ce que nous avons de plus cher et de plus précieux dans notre patrie. :

ment annational ; "vera son la moin-

opposant ple dans rée per-

de plus

Page 1