‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 51 sur 52 · EE · texte numérisé non relu

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sés coupables où coupables réellement de grands crimes où de petits délits, noirs et blancs, étaient tous réunis pêle-mêle dans une grande cour , sous une espèce de hangar , oisifs et joueurs, sans Cire soumis au moindre contrôle. C'était, comme me le faisait observer mon ami, une école pratique de corruption (1). La nuit, ces hommes se réunissaient dars des chambres par groupes de dix, de tn et de trente; là,

sans doute, on répélail leçons apprises dans la

journée , on en prépa elles pour le lendemain.

L'avocat du système de reclusion solitaire s'approcha de moi dans ce moment, et me demanda, d’un air triomphant, s’il ne vaudrait pas mieux que tous ces individus fussent enfermés dans des cellules séparées.

Je convins qu'il était difficile, à la première vue, de concevoir un spectacle plus hideux.

« Dans tous les cas, ajoutai-je, il est consolant de « ne point voir d’enfans parmi ces vieux pécheurs,.

-« Oh! dit le gardien avec un air de satisfaction <et en frappant sur un trousseau de clefs, nous gar-

(1) Il est à regrelier que, dans ses voyages, le capitaine Basil-Hall n'ait pas visité les prisons de France; il y aurait vu que ce qu'il peint sous des couleurs si noires, comme exception aux États-Unis , est une régle dans notre pays, ce modèle de civilisation. 11 y aurait vu le même mélange infernal de prévenus et de condamnés, d'hommes égarés et de scélérats.

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« dons les jeunes gens dans une autre partie de l’éta- « blissement, et d’une tout autre manière ; ils sont « éloignés des dangers d’une coupable fréquentation.

— « Je serais curieux, répondis-je, de voir com- « ment vous gouvernez ces enfans. »

Le gardien, pour satisfaire mon désir, me fit traverser une infinité de passages noirs, réunis par des escaliers , les uns montant, les autres descendant ; et, après un assez long voyage, nous nous trouvâmes, bien loin du monde, äevant une rangée de cellules, chacune de six pieds sur six; le corridor tout entier était faiblement éclairé par une petite fenêtre située à l'une de ses extrémités, ‘Ces cachots étaient fermés par des portes en fer, avec quelques barreaux pour laisser pénétrer l'air ; chacun d’eux était occupé par uu jeune garçon, réduit jour et nuit à une solitude complète, sans travail, sans livres, sans pouvoir même se faire entendre s'il avait besoin de secours.

Je m'approchai d’une des cellules, et, après que mes yeux se furent accoutumés à l'obscurité, je parvins à distinguer , à travers les barreaux de la porte,

un garçon d'environ treize ans, et d’assez bonne

mine. Je demandai au gardien quel crime ce malheureux avait commis ; el j'appris qu'il s'élait enfui deux fois de la maison du maître chez lequel il servait comme apprenti. C'était en punition de cette seule offense qu'il gémissait dans ce cachot depuis neuf semaines.

« Parlez-lui, » me dit le gardien.

Je lui demandai comment il se trouvait.

— « Je suis bien malheureux, répondit-il , je suis « presque mort.

— « Que faites-vous? à quoi employez-vous voire « temps?

— « Je me promène dans ma chambre, pauvre « misérable !

— « N’avez-vous point de livres!

— « Non, monsieur.

— « Ne medisiez-vous pas tout à l'heure, ajoutai-je

« en me tournant du côté du gardien, qu'il y avait une « bible dans chaque cellule?

— « Oh! oui; mais toutes les bibles des garçons sont « usées depuis long-temps.

— « N'ont-ils donc aucun moyen de s'occuper ? — « Non, » me répondit le gardien.

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