BOISEMENTS DANS LES LANDES
Semis — forêts*
n.biUrunt Dit qaoqne lylfM l
Le pin maritime est l'arbre en faveur dans la contrée d'Arcachon ; on le rencontre constamment en grandes et petites forêts. C'est le seul arbre qui ait toujours eu quelque valeur, à cause de son produit en résine , la denrée la plus marchande du pays.
Quant à ce qu'on appelle encore aujourd'hui assez improprement les semis de pins, car ce sont de belles forêts qui s'interposent entre la mer et le bourg de la Teste, la direction Bonneval et les eaux de Cazau , ils datent de Bremontier; c'est à ce philanthrope éclairé que le pays en doit le bienfait.
Jusque-là, toute cette partie du littoral était envahie par les sables mouvants dont j'ai parlé et qui sont aujourd'hui recouverts de pins maritimes de la plus belle venue. Sous lombre de ces pins croissent les fougères, les bruyères, les genêts, les arbousiers et autres arbustes, avec une force de végétation qui me donna, tout d'abord, la mesure des éléments de fécondité de cette région jusqu'ici trop méconnue, et qui me fit envisager les résultats à venir des semis de pins maritimes de la compagnie d'Arcachon.
Cette espèce de couifère y croit à merveille; son produit , sous le rapport de l'exploitation de la résine, a été jusqu'à présent une ressource durable et certaine. Nulle part aussi cet arbre n'est plus fécond en matières résineuses, et nulle part il ne prend un plus prompt accroissement.
Mon attention s'est portée sur les pignadas (18), qui suffiraient seules pour faire la fortune du pays, si on étendait leur culture, et si ces forets, doublement productives, remplaçaient un jour toutes ces dunes blanches qui bordent l'Océan.
J'ai remarqué qu'en partant de la Teste pour aller à Bordeaux les pignadas, à produits résineux, se terminaient à la ligne que forment Bergan ton, le pavillon et les confins du domaine remarquable que M. Pelauque a si bien su créer. Dès le commencement de la Grave, les pignadas cessent d'être suffisamment productives en résine et ne fournissent plus que du bois de chauffage à Bordeaux.
Les pins des environs de la Teste sont mieux taillés que l'on ne le fait généralement dans les Landes, pour en obtenir la résine et pour prolonger leur durée, excepté, toutefois, dans le Marensin, où ils sont encore mieux traités sous ce double rapport.
Chargé, par la Société royale et centrale d'agriculture, de divers rapports forestiers, entre autres de celui qui concernait le savant Hartig, mort grand maître des forêts du royaume de Prusse,
j'ai étudié le système de ce célèbre forestier et je l'ai essayé sous le rapport des repeuplements.
Afin de me rendre compte aussi de la prédilection d'Hartig pour l'épicéa, j'ai fait des semis et des plantations en grand de cette essence, et il m'a été facile de comprendre que, dans les localités indiquées par le doyen des forestiers allemands» contrées où le sapin existe de temps immémorial et où il produit beaucoup, attendu son emploi en Allemagne dans une foule d'industries, il y avait indubitablement avantage à former des forets d'épicéa.
Mais j'ai pensé aussi que, dans d'autres localités, dans d'autres terrains et avec d'autres besoins, il y aurait un avantage peut-être égal à former des forêts de bois feuillus.
Dans un pays privilégié sous tant de rapports, sous celui de son gouvernement comme sous celui de sa belle nature, dans un pays où les cultures sont presque toutes des cultures modèles, dans le grand-duché de Bade, enfin, j'ai remarqué que la plaine avait ses riches cultures de chanvre, ses céréales, ses prairies; les collines, leurs vignes, leurs fruits, leurs abeilles; et les mon tagnes escarpées, leurs belles parures d'arbres verts.
C'est ainsi qu'en conseillant de planter le plus possible de bois dans notre France, la Société royale et centrale d'agriculture s'est arrêtée à diverses considérations :
i° Le point de départ des déboisements, qui amè-
nerait à constater que, sous Louis XII (1498), il y avait en France environ 3o millions d'hectares de forêts, tandis qu'on en compte aujourd'hui moins de 7 millions. (a3 millions d'hectares disparus
en 34* ans!....)
a° Les grands défrichements opérés depuis
40 ans.
3° L'emploi des bois dans une foule d'industries nouvelles.
4° L'accroissement progressif de la population qui, depuis 1800, augmente presque régulièrement, chaque année, de deux cent mille âmes.
5° Enfin le vide immense que laissent les dunes, les landes et les terres en friches.
La Société a toujours tenu compte aussi, dans son désir de voir s'étendre les boisements , de la situation des terrains et des essences les plus favorables aux localités.
C'est précisément dans cette sphère d'idées que j'approuve le système des semis de pins maritimes sur les dunes du littoral, depuis l'embouchure de la Gironde jusqu'au golfe de Gascogne.
. Dés considérations générales en faveur des boisements ont été clairement déduites par M. J. B. Thomas, dans son Traité général de statistique, ad* ture et exploitation des bois; elles sont trop importantes pour tous ceux qui possèdent des domaines ruraux, soit seuls , soit en association, pour que je n'en résume pas ici quelques-unes:
« Les terres, dit l'auteur de ce traité, exigent des
bâtiments immenses et des soins infinis. Les manufactures et leurs machines s'usent et périssent avec le temps; les bois, au contraire, ne demandent, quand ils sont bien exploités, qu'à être oubliés; ils poussent jour et nuit, gagnent en superficie , et encore plus comme immeubles, par la dépréciation de l'argent, bien remarquable tous les demi-siecles.
« Les associations qui, dans l'intérêt des établissements qu'elles formaient, ont acheté, dès leur création, des fonds de bois, comme les compagnies des canaux, des forges, des fonderies et autres, se ' trouvent très-bien aujourd'hui de ces acquisitions et leur doivent même leur plus grande prospérité, leurs plus beaux revenus.
<f Dans les moments de crise, quand les autres établissements ne peuvent donner de dividende, ceux qui possèdent des bois sont toujours en état d'en présenter.
« C'est dans ces moments-là surtout qu'on peut apprécier l'immense avantage d'avoir placé des fonds plutôt en bois qu'en toute autre propriété.
« Aucune, et nous en appelons à tous les propriétaires de bois, n'a gagné et ne gagnera autant que celle-là, parce que, à mesure que la population de la France augmentera et qu'elle s'enrichira par son industrie, le besoin de combustibles ira toujours croissant
« La France est placée dans une région tempérée, et cependant ses habitants, selon leur plus ou
moins grand éloignement du midi, sont obligés de faire un feu continuel dans leurs appartements pendant près de neuf mois de Tannée, pour se garantir du froid ou de l'humidité.
k Quelle énorme quantité de combustibles une population de trente-trois millions d'habitants ne doit-elle pas consommer! et si ion ajoute à cette consommation personnelle le bois nécessaire à la préparation des aliments, celui employé annuellement pour l'agriculture, pour les constructions civiles et maritimes, les manufactures et les arts, on pourra se faire une idée de son importance. Aussi ne faut41 pas perdre de vue que l'étranger, d'après les registres des douanes, nous en fournit, tous les ans, pour plus de trente millions en merrains, matures, bois de construction, madriers et planches de pin et de sapin. L'État, avec toutes ses forets, n'en produit annuellement que pour vingt à vingtsix millions, et toute la France pour cent trente millions au plus. Devenons forestiers, et nous nous suffirons à nous-mêmes.
« Tout concourt, on le voit, à faire en quelque sorte préférer les propriétés de bois à toutes les autres, parce que l'usage en augmente chaque jour ^t qu'il n'y en a pas de plus faciles à administrer. »
L'utilité des domaines forestiers nous étant bien démontrée, je m'occuperai maintenant, d'une manière spéciale, de l'essence forestière, que j'appelleraisociale dans les Landes que je viens de parcou-
rir; car, si le premier forestier de l'Allemagne, le célèbre Hartig, a préconisé Y épicéa , qu'il avait reconnu comme l'arbre le plus utile à son pays, il çst du devoir de l'observateur de recueillir tout ce qui milite en faveur de l'essence la plus répandue, la plus usuelle dans une localité, a6n de s'expliquer à lui-même, avant de le dire au public, pourquoi elle est affectionnée.
ke pin maritime, je l'ai dit page 64, est l'arbre en faveur dans la contrée d'Arcachon.
M. de la Mare , à qui la Société royale et centrale d'agriculture doit son beau domaine d'Harcourt (département de l'Eure), s'est exprimé ainsi en parlant de cette essence : « On peut évidemment <* dire qu'en pins maritimes le créateur de bois est a plus que rentré dans ses avances ; qu'il est même « entré *n bénéfice dès douze ans après ses pre- « mières avances. »
M. Deschamps, inspecteur générai des ponts et cbaussées, qui, pendant 20 années, a étudié les Landes, a dit : « Des divers produits des Landes, « le plus important est le pin maritime ; il croît < spontanément dans ce pays. .
* Outre la variété de matières résineuses qu'il « fournit, son bois, considéré simplement comme a combustible, est aux Landes ce qu'est la bouille « pour d'autres contrées; le prix en est plus que « doublé à Bordeaux depuis l'introduction des ba~ « leaux à vapeur, n
Nous trouvons ce passage de M. Billaudel, ingénieur des ponts et chaussées et membre de la chambre des députés, dans son écrit intitulé les Landes en 1826. « La valeur de ces bois (du pin « maritime) varie suivant la position plus ou moins « rapprochée des pays cultivés. Cependant et d'àa près des calculs qui n'ont rien d'hypothétique, « il n'est, même dans l'état actuel des choses, au- « cune spéculation en agriculture plus sûre et plus « profitable que celle-là. »
Baudrillart avait dit, il y a fort longtemps : « Le a pin maritime s'est mis en possession d'une grande a quantité de terrains qui se refusent à toute espèce « de végétation. »
Et M. de Larminat > inspecteur général des forêts de la couronne , répète que « l'opération de « peupler en pins tous les sables des dunes et des « landes est certaine, simple et peu coûteuse, si elle « est confiée à des mains exercées à ce genre de cul- « ture. »
Un homme d'esprit, M. le vicomte d*Yzarn de Freissinet, dans son ouvrage intitulé Coup d* œil sur les landes de Gascogne, a présenté un calcul sur l'extension des forêts de pins dans les Landes , que je rapporte ici.
« En ne calculant que sur l'extension des forêts de pins et sur le transport rendu possible, le dessèchement des marais et l'ensemencement des dunes créeraient dans lesLandes un capital énorme; on éva-
lue, dans cette contrée , à 900,000 fr. le produit de 600,000 hectares incultes et livrés au parcours; sur cette somme, le revenu des troupeaux entre pour 600,000 fr. et celui des abeilles pour 3oo,ooo fr. La même superficie de terrain donne, dans le département du Nord, 5 7 millions 5oo,ooo fr. ; dans celui du Calvados, 33 raillions 5oo,ooo fr. Supposons ces 600,000 hectares plantés en pins, chaque hectare de pins rapporte 3o fr. au propriétaire et 3o fr, au gemmier pour l'exploitation des matières résineuses; ce qui donnerait un revenu de 36 millions (sans compter la valeur des bois) qu'on peut retirer de ce pays , à présent si misérable.
« Et, pour obtenir ce brillant résultat, il ne faut que de la persévérance et de la volonté. Les pins fournissent de la poix grasse , du brai sec , de la térébenthine , du goudron ; celui qu'on appelle goudron de gaze vaut le goudron de Russie et de Suède. Quelques essais heureux pour l'éclairage au gaz par la résine ont considérablement augmenté le prix de cette denrée. Le pin commence à donner cette utile matière à vingt ans; il atteint toute sa vigueur à trente ans; sa vie se prolonge jusqu'à cent cinquante ; mais il donne peu de résine lorsqu'il est vieux. Le mouvement toujours progressif de l'industrie, l'établissement de plusieurs bateaux à vapeur à Bordeaux ont beaucoup augmenté la consommation du bois de pin. La houille ne lui fera jamais une concurrence très-nuisible \ car la mine
de Carmeaux , la seule qui puisse envoyer ses produits à Bordeaux, paye des frais de transport trop * élevés pour qu'elle puisse réduire ses prix, et les expériences qui ont été faites prouvent que, dans un grand nombre d'usages, le bois de pin doit être employé de préférence à la houille : ainsi on a reconnu que la bûche de pain chauffe plus vite les chaudières que le charbon de terre, par la facilité qu'elle a de s'embraser promptement , avantage qui procure une grande économie de temps. La houille, par ses parties sulfureuses, corrode les grilles, attaque les chaudières, et ces dégâts ne sont pas à craindre dans l'usage du bois de pin.
« Il est triste de savoir que de vastes terrains sont couverts de cet arbre si utile , et que le défaut de communication les rend presque improductifs pour les habitants des, Landes. Des pins magnifiques croissent , vieillissent , meurent, jonchent le sol de leurs débris, comme dans les forêts vierges du Brésil , et leur longue existence s'achève sans avoir pu adoucir le sort de la misérable population qui i4t sur ce sol délaissé. On retire seulement quelques profits de la résine , qui , par sa valeur ittfriaSèque , peut supporter les frais d'un transpéri difficile et coûteux. » ... . * H ttrx,
Je tiê^pousserai pas plus loin les citations sur le
< pin maritime des landes de Gascogne ; mais j'ajouterai que les premiers nettoyages d'une forêt de
; pins maritimes payent quelquefois la totalité des avances faites à la terre.
Il est démontré aussi que la déperdition de la résine n'affaiblit pas cet arbre, lorsqu'on l'exploite avec sagesse. Après avoir donné des produits abondants pendant quarante ou cinquante ans, il fournit encore de fort bon nés planches, des chevrons , etc.; de son écorce pilée, un chimiste a fait du tan* Les tronçons, les racines , toutes les parties grasses du pin maritime sont utilisés pour faire du goudron et du charbon.
A tous ces avantages il faut ajouter qu'une des propriétés du pin maritime est de résister aux vents de mer et de pouvoir être planté comme abri à d'autres végétaux plus délicats.
Ses nombreuses .racines , disposées à pivoter, à s'enfoncer profondément dans le sol , ont aussi la propriété de fixer mieux que tout autre arbre les sables des dunes mouvantes.
Pour tenir compte des renseignements fournis par les voyageurs forestiers qui ont acquis une grande réputation , je vais placer ici , sans modifier mes opinions émises sur le pin maritime dans les Landes, l'extrait d'un rapport de M. André Michaux à la Société royale et centrale d'agriculture sur une espèce de pin qu'il propose, à Y administration chargée de la plantation des. dunes dans le département des Landes 3 d'adopter dans ses boisements.
« L'introduction en France de la culture des a arbres résineux dans les terres vagues et. dans les « landes couvertes de bruyères a été suivie de la
« réussite la plus complète , » dit M. Michaux.
Après des détails qui seraient hors de mon sujet, l'auteur reprend :
ce Les espèces les plus nombreuses et les plus « multipliées dans l'Amérique du Nord sont, pour « les États méridionaux et les Florides , le pin à « longues feuilles , pinus australis, désigné par les « botanistes sous le nom de pinus palustris , déno- « mination d'autant plus fausse, qu'il croît , au con- « traire , dans un sol d'une nature tout opposée.
a Le terrain dans lequel croît le pinus australis « offre partout une surface plane \ il est si léger et « si sablonneux, que les pieds des chevaux, qu'on « ne ferre jamais dans cette partie des États-Unis , « sont toujours couverts par le sable, dans lequel « ils enfoncent, pour peu- que les chemins soient « fréquentés.
« Les parties basses et maritimes de la Virginie, « des deux Carolines, de la Géorgie et les deux « Florides , à partir des bords de l'Océan , sont « presque entièrement couvertes de cette espèce « de pin.
« Le pinus australis , qu'il est plus convenable « de désigner en français sous le nom de pin mari- « time de V Amérique du Nord , est un des plus « beaux arbres de ce genre; il s'élève à une grande a hauteur ; ses feuilles ou aiguilles , d'un vert clair « luisant , sont plus longues que celles des autres t pins. Chaque branche est terminée par un gros « bourgeon blanc frisé et soyeux , qui peut
if être considéré comme un caractère spécifique.
« Ce bel arbre doit être apprécié par les bonnes « qualités de son bois. IJ est d'une texture fine , « serrée et suffisamment imprégnée de résine; ce « qui lui donne toute la force nécessaire, sans trop « ajouter à sa pesanteur. Ces qualités bien recourt nues font qu'il est, de toutes les espèces de pins « de l'Amérique du Nord , celle dont le bois est le « plus employé dans les constructions navales , « pour certains usages spéciaux, et pour lesquels * il est exporté des États méridionaux dans ceux « du centre et du nord. Débité en planches, il a « été reconnu être le meilleur dont on puisse se « servir pour en faire le pont des navires, et aussi « parles mêmes motifs, pour les planchers des « appartements.
« Les bois de charpente des constructions ur- « baines sont presque entièrement tirés de cet arec bre. Il est aussi , en Amérique, la seule espèce de « pin dont on extrait le goudron employé dans les « constructions navales , et dont le surplus cons- « titue un article d'exportation.
« M. Soulange Bodin, pour répandre le goût des « plantations utiles et agréables, et dont le magni- « fique établissement a été créé dans ce but à Ris , « près Paris, sera à même, sous peu de temps , de « disposer, à un prix modéré, de plusieurs milliers « de plants de pinus australis ( pin maritime de « l'Amérique du Nord). »
Je ne crains pas de le dire à tous les pères de
famille qui s'occupent de la fortuné à venir de leurs enfants : ils doivent recourir à la puissance de l'association pour leur assurer les grands avantages du boisement sur les dunes ; une compagnie ayant des capitaux considérables peut boiser avec beaucoup de succès et servir des intérêts qui seraient bientôt remboursés parles immenses résultats de ses travaux.
Ces résultats sont infaillibles en achetant à vil prix les dunes, les landes dédaignées des bords de l'Océan, les pâtures communales dont on ne tire aucun parti, avant que leur valeur ne soit appréciée, et les prix en rapport avec les terres de la Grave et celles des alentours de Bordeaux. — Ils ne peuvent être douteux, si Ton entoure de hauts fossés d'écoulement les terrains plats, et si l'on sème, par les nouveaux procédés économiques, ces dunes, ces landes, ces sables en pins maritimes, dans les localités convenables, et en bois feuillus dans les lieux où ces essences sont naturellement indiquées.
Les serais faits, on peut se borner à attendre tout de l'humidité du sol et de la chaleur du ciel de cette douce contrée, et au bout de huit années, en faisant éclaircir cette forêt de pins maritimes, on trouvera, en échalas, fagots, débris, etc., un premier résultat tel, qu'il couvrira la plus grande partie des frais. Plus tard, la térébenthine, les braies, les goudrons, les noirs de fumée, les charbons viendront donner des bénéfices réels. Enfin,
plus tard encore, les planches, les -bois d'oeuvre, etc., seront l'héritage des enfants.
Je me suis peut-être un peu étendu sur la question forestière, et me suis peut-être un peu trop rappelé que la dénomination de Gaule, en celtique, ne voulait dire autre chose qu'un pays couvert de bois ; mais je dois avouer que, de toutes les cultures, celle des bois m'a toujours été la plus affectionnée : je dois dire aussi que je considère le boisement des dunes et des landes incultes que j'ai visitées comme la base la plus certaine de la richesse future des départements de la Gironde et des Landes. — L'opération du boisement des dunes sera lucrative pour les planteurs, utile pour l'État et providentielle pour ces départements.
Bien des règlements, hélas! ont été rédigés dans l'intérêt des forêts , de leur repeuplement ou de leur conservation ; on a vu comment ils ont présidé à leurs destinées !
Tout ce qui est utile à cet égard n'était-il pas dans Buffon , Duhamel , et dans les forestiers allemands, et cela a-t-il empêché leur destruction (19)?
M. deCandolle, dans sa notice sur la longévité des arbres, dit : « Je voudrais que, dans chaque disa trict, l'arbre le plus vieux fût reconnu propriété « publique, qu'il fût préservé de tout outrage et a conservé, soit comme monument historique, « soit pour plaire à l'imagination de ceux qui « aiment à se reporter vers l'antiquité. »
M. Berthelot, dans son Coup dœil sur les forêts canariennes 9 pense que les vieux arbres réclament autant d'intérêt que les temples en ruine et les autres débris historiques qui disparaissent pour ne rien laisser après eux.
Rétablissez donc , hommes d'avenir, rétablissez promptement, et puissent vos travaux ne pas être détruits par quelque nouvel orage dévastateur qui viendrait encore frapper une de ces grandes cultures qui sont aussi la richesse et l'espérance du pays (20)!
Que l'aspect des dunes de sable blanc ne f vous arrête pas : voyez la rapide croissance et les beaux tons d emeraude de ces jeunes semis qui couronnent leur front. — Croyez-moi, les parasols gigantesques et dentelés des Osmunda regalis grandiront encore sous l'ombre des chênes du Rio de l'Sire , ou de la forêt de la Teste, et jetteront leurs palettes brodées à a mètres de hauteur. — Les arbousiers du chemin de la Chapelle-d'Arcachon porteront encore, élevés de 3 à 4 mètres, leur feuillage verni et leurs baies purpurines ; les Tamarix gallica, au port étranger, aux grappes fleuries, serviront encore de clôture aux jardins des habitations riveraines du bassin ; que dis-je ? les peuples auront encore fait bien des révolutions avant que ces dunes de sable aient montré leur blanche et stérile nudité aux voyageurs.— Croyezmoi, vous dis-je, les dunes ont devant elles des siècles de jeunesse et de verdeur. — Leurs forêts,
sous l'influence de cette nature primordiale, useront les générations avant de cesser d'être productives (21).
J'ai dit que les chênes venaient fort bien dans la contrée ; je dois ajouter qu'il y en a de très-beaux en vieille écorce, anciens, modernes, et en baliveaux, mais ce n'est que depuis peu qu'ils ont un prix commercial.
Le chemin de fer de Bordeaux à la Teste et le canal de la compagnie des Landes leur ont donné une destination qui diminue leur surabondance et les fait mieux apprécier.
Un fort beau chêne-liége, dernier vestige d'un bois de cette essence, reste encore debout à l'une des entrées de la Teste et prouve que sa culture réussirait fort bien dans ce pays.
Le chêne-liége , qu'on nomme surier dans cette contrée, estpropreà une foule d'emplois industriels ou domestiques; son écorce prend presque toutes les formes et s'applique à presque tous les besoins.