‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 3 sur 19 · EXCURSIONS NÉCESSAIRES · texte numérisé non relu

EXCURSIONS NÉCESSAIRES

. pour jurer sainement les landes.

Pour s'éclairer et pouvoir asseoir son opinion par des observations comparatives sur la nature des terres de la compagnie d'Arcachon et sur leur aptitude à produire, il est indispensable de porter son examen au delà du voisinage de cette localité et de visiter dans un rayon assez étendu le pays circonvoisin.

C'est ce que je fis pendant un assez long séjour dans les landes (3).

Ma première impression avait été favorable à l'entreprise de coloniser non-seulement par l'agriculture, mais encore par les industries qui s'y rattachent; dès le premier aspect, j'avais été surpris et charmé de voir succéder rapidement la vie au néant; mais j'avais aussi intérieurement le souci de mon peu d'infaillibilité, je pensais que le premier coup-d'œil , presque toujours vrai dans l'ensemble, laissait échapper les détails, et que la pensée initiale se modifiait souvent en entrant au fond des choses. Je cherchai alors l'ordre d'idées et l'examen logique qui doivent se présenter à l'observateur, à l'économiste et à l'agronome, alors qu'il doit examiner les questions si importantes d'agriculture, d'industrie et d'écono-

mie politique, qui découlent d'une vaste colonie agricole; car coloniser une contrée nouvelle ne consiste pas à conquérir un pays par tel ou tel moyen, et à l'occuper avec telle ou telle intention.

Coloniser un pays, ce n'est pas seulement former une compagnie et organiser une association financière.

Coloniser, c'est fonder à toujours, eu s'attachant au sol et en y créant des intérêts de famille qui sont les seuls durables. '

Coloniser, c'est employer habilement toutes les forces physiques et morales, tous les goûts, toutes les passions, toutes les ressources à fonder un ordre social où se trouvent réunis tous les éléments de quiétude, d'honneur et de fortune.

Coloniser enfin une nouvelle contrée, c'est se créer une nouvelle patrie.

Je crus devoir commencer mes investigations par l'étude du sol, d'où tant de richesses paraissaient surgir, et le résultat d'un scrupuleux examen me démontra que, contrairement aux anciennes et vagues assertions de stérilité uniforme de cette contrée , il n'est plus douteux aujourd'hui qu'il y a une grande variété dans la qualité du sol des diverses régions des landes , et que celles du littoral surtout sont dans des conditions infiniment plus favorables que ne le sont celles qui s'approchent davantage du centre.

Tous les renseignements pris chez les vieillards de la contrée, quelques vestiges de belles habita-

tions et de magnifiques parcs dont elles étalent entourées , de vieux souvenirs recueillis par des hommes studieux, l'assertion de monseigneur Dupuch, e'vêque d'Alger, qui cite des relations de divers conciles où l'on constate l'absence des évêques de trois diocèses situés entre la Teste et Bayonne, ainsi que celle de l'évêque de la Teste, leur supérieur, enfin les écrits des temps anciens prouvent que la Teste- de-Bucb, les terres qui entourent le bassin d'Àrcachon et celles du littoral étaient fertiles , riches et populeuses, tandis que les landes intérieures l'étaient beaucoup moins (4).

Epoqjie romaine et Moyen âge* •

Sans entrer dans le domaine de l'histoire et relater les faits de l'époque romaine, sans m'étendre sur la puissance des Boïens, qui fondèrent la Teste-de-Buch (Testa Boiùrum) (5) et Allèrent conquérir l'Italie sous la conduite de Bellovèse et de Ségovèse (6) , je dirai que l'existence de l'antique Boios, représentée aujourd'hui par le bourg de la Teste-de-Buch , remonte au moins aux premiers siècles de notre ère, puisqu'à cette époque elle formait , selon Màrca, une des douze cités delà Novempopulanie. Cette cité des Boïates, qui s'étendaient jusqu'à Mimizan, fut le siège d'un évêché pendant la vacance de celui de Lapurdum et il ne cessa de l'être que lorsque cette dernière ville fut délivrée des Barbares qui la désolaient f en l'an 900 de notre ère. .

Si nous passons rapidement au moyen âge, nous retrouvons encore les Testerons, les habitants du littoral et ceux des rives du bassin d'Arcachon, vivant dans l'aisance et formant une population? puissante sous leurs chefs redoutables, les captaux de Buch. Ces populations, dit un vieux chroniqueur^ savaient cultiver leur sol fécond et manier les» armes pour le défendre (7).

Lorsque les hauts barons et les seigneurs furent attirés à la cour, ou ils finirent par se fixer,, leurs domaines se ressentirent de cette fâcheuse émigration: les cultures se négligèrent, les routes disparurent, les canaux se comblèrent, les semis et plantations cessèrent, et l'Océan , cet ennemi plus redoutable que les ennemis dont ils avaient su se défendre, vint, avec ses montagnes de sable, refouler ces populations, envahir les terres qu'elles cultivaient, combler les rues de leurs villes et ens*evelir leurs demeures !...

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