‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 5 sur 19 · DE L'INTÉRIEUR. — DU LITTORAL · texte numérisé non relu

DE L'INTÉRIEUR. — DU LITTORAL

Dans mes diverses excursions, j'ai toujours été frappé des caractères assez marqués qui différenciaient les landes situées le long- du littoral de l'Océan de celles qui occupent le plateau de ce grand delta de sable.

La constitution générale de ce qu'on appelle les landes de Gascogne se compose d'un terrain sablonneux plus ou moins inerte, plus ou moins susceptible de fertilité , suivant les conditions atmosphériques,ou autres,auxqu elles il se trouvesoumis.

La plaine de Cazau, qui fait l'objet des travaux de colonisation dont il est question , est placée dans une situation dont les avantages n'ont pas échappé à l'observation des fondateurs de la compagnie d'Arcachon.

Cette vaste plaine, d'un seul tenant, située dans les communes de la Teste, de Gujan et du Teich, est bornée au nord par le golfe ou bassin d'Arcachon , au midi par le lac de Cazau, à l'ouest, en partie par une forêt de plusieurs lieues d'étendue, composée de différentes essences d'arbres et en partie par des semis de pins qui la séparent de la mer ; à l'est, par îes grandes landes qui se développent à l'infini dans leur affligeante nudité.

Sans m'arréter donc à tout ce qui avait été dit ou écrit sur la stérilité générale de cette contrée , et cherchant à me rendre un compte exact et consciencieux des motifs de la différence de ces landes, j'ai été amené à les séparer en deux zones trèsdistinctes et, je crois , très-faciles à reconnaître.

Dans les landes intérieures se trouvent d'immenses espaces inondés durant une grande partie de l'année, faute de pente pour l'écoulement des eaux, dont on ne pourrait se débarrasser qu'à grands frais par une multitude de larges et profonds fossés.

La pauvreté de végétation de ces localités n'est guère relevée que par le senecio aquaticus, le juncus Vaillantii, la statice armeria, l'iris pseudoacorus, l'hieracium paludosum, le phellandrium aquaticura , et par quelques autres plantes analogues,

Dans quelques terrains, Yalios, qui forme le soussol , n'est recouvert que par quelques pouces d'un sable aride et brûlant pendant l'été, où végètent tristement alors le gourbet (arundo arenaria de Linné), le roseau des sables (carex arenaria) et le gaillet à gros fruit.

On entend par alios , dans le pays, une substance formée de sable, reliée par un léger ciment ferrugineux et complètement imperméable. — L'alios est-il de formation ancienne, ou continue-t-il à se former, chaque jour, par le séjour des eaux légèrement ferrugineuses des laudes?

C'est une question encore incertaine; néanmoinson prétend, dans le pays, que le séjour plus ou moins prolongé des eaux a une grande influence sur la puissance et la dureté de la couche d'alios. 1

Dans d'autres localités, ce sont les fougères , les bruyères et les ajoncs qui se disputent seuls le sol.

On ne voit généralement, dans toutes ces landes, que de rares cultures, quelques bouquets de pins, ou des taillis rabougris du chêne tauzin (quercus tauza) à feuilles étroites et dentelées.

A peine aussi quelques hameaux peuplés de chétifs habitants paraissent-ils de loin en loin.

C'est sans doute à dès landes semblables que M. le vicomte de Métivier applique cette description 2

« Le sous-sol de ces landes est imperméable « et conserve l'eau comme un vase ; la terre de la a surface, la seule qui soit végétale, noyée par les « eaux qui n'ont pu trouver d'issue dans l'intérieur « de la terre , n'a pas le calorique naturel néces- « saire à la bonne végétation. »

« Les chaleurs dé l'été « ou celles quelquefois « prématurées du printemps, ou prolongées de « l'automne, arrivent-elles , cette même surface est « brûlée en peu de temps, ainsi que tout ce qu'elle « produit , l'air ayant de suite absorbé l'humus «qu'elle peut contenir, qui n'est pas renouvelé « par l'humidité de l'intérieur de la terre; car l'bu- « midité ainsi que la chaleur de l'atmosphère

m n'étant pat condensées par celles de l'intérieur de « la terre, puisque la couche de tuf ou d'argile, « placée comme une cloison, en intercepte les «communications, on n'obtiendra de bonnes « récoltes, dans ces landes défrichées pour la cul- « ture des grains, qu'accidentellement et à force « de travaux et d'engrais. »

Sur le littoral , au contraire, on trouve des localités largement boisées, entrecoupées d'étangs et de pâturages; on y remarque aussi d'autres parties bien cultivées et des villages à grandes rues, à maisons convenables, à population vive et alerte.

Dans cette région des landes, le solapartoutune pente douce vers l'Océan, laquelle, sans jamais permettre aux eaux de raviner le terrain ou de l'entraîner dans leur course, est cependant assez forte pour leur donner tout l'écoulement désirable et pour rendre facile et économique l'exécution des travaux de dessèchement.

Là une terre formée d'un sable fin, ferme et quelquefois très-végétal qui, par la puissance de la capillarité dont j'ai parlé, fait remonter constamment , jusqu'à quelques pouces au-dessous de la superficie, l'eau inférieure qui ne s'évapore presque jamais complètement, la profondeur du sol conservant encore assez de fraîcheur pour nourrir le pièd de la plante.

Là, enfin, une atmosphère qui, dans les plus grandes sécheresses, n'est jamais dépourvue d'humidité , par l'influence de la chaîne de vaste*

étangs qui court, nord et sud, depuis la Gironde jusqu'à l'Adour, et surtout par le voisinage des brunies de l'Océan et de ses vapeurs marines qui, dans les nuits d'été, leur assurent une bienfaisante rosée.

Souvent encore, dans la chaleur du jour, la brise de mer vient avec la marée relever et rafraîchir les plantes courbées sur ce sol.

Cette année même, où l'absence de toute pluie a désolé le Midi , op remarque encore la favorable situation des terres du littoral; les produits de la direction principale, des directions et des sous-directions de la compagnie d'Arcachon, soit sous le rapport des qualités, soit sous celui des quantités, n'ont pas été inférieurs à ceux récoltés dans les bons terrains des environs de Bordeaux.

Plaine dite de Cacau.

C'est donc â une classe particulière de landes qu'appartiennent les terrains qui entourent le bassin (VArcachon, parmi lesquels on dent mettre en première ligne la plaine comprise entre ce bassin et le lac de Cazau (i i).

Cette plaine, par sa position exceptionnelle, a obtenu, parle temps, des améliorations qu'il est essentiel d'apprécier.

La végétation, rendue plus vigoureuse par le voisinage de la mer, du lac et de la forêt qui l'entourent, et par l'humidité de l'atmosphère , y a produit en quantité des plantes parasites qui, pendant le cours des siècles, y ont déposé d'abondants détritus. Ces plantes furent souvent brûlées par les habitants du pays, tant pour dégager le sol de végétaux dont leurs animaux ne pouvaient se nourrir que pour favoriser le développement de quelques graminées; ainsi ce mélange, si fréquemment renouvelé, de sable, de cendres", de détritus et de débris animaux et végétaux, a fini par constituer une couche d'un demi-mètre environ d'épaisseur, où l'humus se trouve dans des proportions favorables à la végétation.

Cette terre, ainsi préparée par la longue action du temps, renferme des principes de fertilité dont les habitants n'avaient pas sans doute jusqu'ici

soupçonné toute l'importance. Cependant des défrichements opérés dans un rayon peu étendu autour de la Teste, et qui se couvraient de belles récoltes de maïs, de céréales, de racines, donnaient Tidée de ce qu'on pouvait attendre, à l'aide de puissants moyens d'action, de cette plaine jusque-là stérile.

Au-dessous de cette couche végétale se trouvent le sable ou des agrégations ferrugineuses qui se présentent à deux états différents ; les plus solides fournissent des pierres d'une bonne qualité qui servent à construire des habitations ou à ferrer les

routes; les autres, sous le nom à'alios, donnent une substance, friable, qui entre comme élément principal dans la composition d'un mortier ou torchis destiné également aux travaux de construction.

Le minerai de fer exploitable s'y rencontre aussi sur un grand nombre de points., dans la partie destinée à être boisée.

Ce sous-sol est imperméable et retient l'eau conséquemment à un mètre environ au-dessous de la superficie , de sorte qu'on n'a qu'à creuser à cette

r former un puits. — A côté de cet avantage se trouvait un grave inconvénient pour d'autres points des terres de la contrée d'Arcachon; c'est que la couche végétale, si on en excepte, dans l'été, une croûte superficielle de quelques pouces, conserve habituellement l'eau en trop grande quantité et ne pourrait être que difficilement mise

profondeur

•en culture si des canaux de navigation et d'irrigation , ainsi que de nombreux fossés d'écoulement n'étaient creusés pour l'assainir en la desséchant.

De là les marécages nombreux qui couvrent les landes en général, leur surface inondée en grande partie durant l'hiver, et leur sable brûlant pendant l'été.

De là aussi la nécessité de donner des engrais plus chauds, plus chargés de parties calcaires ou salines, pour combattre et détruire cette espèce d'acidité que le sol a contractée en beaucoup d'endroits.

Le sol de la plaine de Cazau est donc, par sa situation et par son fond, dans des conditions bien préférables à celles de beaucoup d'autres localités des landes.

Est-ce hasard, est-ce bonheur, ou est-ce le résultat d'un mûr examen et d'une grande sagacité qui ont conduit MM. le comte de B laças, Vissocq et Cazeaux à planter un drapeau de colonisation dans cette belle plaine? Je ne sais, mais il est difficile de passer sous silence l'éloge que méritent ceux qui ont choisi une contrée si éminemment propre à presque toutes les cultures, et qui ont su s'associer, pour la coloniser, des agriculteurs tels que M. le comte de Bonneval, tels aussi que tous les hommes distingués que je nommerai au classement des directions et sous-directions.

Xae* de Cazau et de Parenti».

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