ENGRAIS SALÉS
La plaine de Cazau , vers sou milieu , forme une arête à plusieurs versants qui écoulent les eaux vers le nord dans le bassin d'Ârcachon et au midi vers le lac. Ces deux immenses réservoirs sont admirablement situés pour faciliter le dessèchement des terres de la compagnie.
Ce lac de Cazau, ainsi que celui de Parentis, qui est en communication et de niveau avec lui, offrent ensemble une superficie de 9,000 hectares.
Leurs eaux, suspendues à 20 mètres au-dessus du bassin d'Arcachon, indépendamment des grandes prairies qu'elles doivent arroser, permettront d'établir, aussitôt que les écluses du canal seront terminées, de magnifiques chutes d'eau pour le service de nombreuses usines destinées principalement à mettre en œuvre les matières premières fournies par l'agriculture.
Dans l'exposé lu à l'assemblée extraordinaire des actionnaires de la compagnie d'Arcachon, on remarque ce passage :
« L'ordonnance royale du 5 juillet i838 a ac- « cordé V autorisation de disposer des eaux de l'étang m de Cazau pour le service des usines de la com-
IRWGATIONS
5ivio cTArraichon
pré* la Tcsle-de-Buth.( Gironde/) .
t <> sic .
« pagnie d'Arcachon et pour l'irrigation des terres « qu'elle possède en contre-bas de cet étang.
« D'après les dispositions de cette concession, la « compagnie peut jouir, au moment de l'étiage , « de 4 mètres cubes d'eau par seconde; dans l'hiver, « elle en aurait jusqu'à 7 mètres cubes.
« Avec une telle quantité d'eau , la compagnie peut irriguer au delà de 3,ooo hectares, et, par « conséquent , obtenir une pareille étendue de « prairies. '
« En attribuant 1 mètre cube d'eau par seconde u à l'arrosement de 1 ,000 hectares, et en supposnt « qu'on arrose tous les dix jours, on pourra distraie buer chaque fois, sur toute la surface, une épatsh seur de près de 1 décimètre d'eau, volume plus « que suffisant que l'on pourra diminuer lorsque tt plus tard on étendra les irrigations sur un millier « d'autres hectares actuellement en bois , et situés « sur la commune dn Teich.
« Une partie des eaux accordées à la compagnie « serviraient à faire mouvoir des usines, par suite a de la différence de niveau qui existe entre le ' « centre et l'extrémité de la propriété.
#r La chute est de 9 mètres; de sorte que, distrac- « tiou faite des eaux nécessaires aux irrigations , « on aura des forces motrices considérables, en « admettant que, dans le principe, on se réduise à « ne disposer, en moyenne, que de i5o chevaux h effectifs. A l'aide de ces moteurs, on pourra éta- « blir des moulins à eau : actuellement la contrée
<( n'en possède que deux qui sont alimentés seule- « menl< l'hiver, par les eaux de pluie; Pété, on est « réduit à quelques moulins à vent.
« Les scieries à planches sont aussi des usines « fort appropriées aux landes. »
Je ne saurais trop faire comprendre l'importance de la localité adoptée.
Dans les landes noyées ou brûlantes, l'absence presque complète de population est un ohstacle à tout travail entrepris sur une grande échelle : ici les villages des bords du bassin d'Arcachon se suivent presque sans interruption , et environ trente mille habitants agglomérés dans cette contrée en font le centre le plus populeux des Landes. .
Partout ailleurs , les voies de communication manquent ou sont presque impraticables; ici, elles ont aussi longtemps manqué et laissé le pays dans un complet isolement; mais les travaux en cours d'exécution vont les rendre nombreuses, économiques et très-commodes.
Une route départementale et un chemin de fer qui longent la plaine de l'ouest à l'est ; un canal qui la traverse sur toute sa longueur du nord au sud ; un port de mer, et le voisinage de Bordeaux, assurent à toute espèce de denrées des débouchés faciles et sûrs.
La compagnie d'Arcachon a un avantage inappréciable qui doit être d'un immense secours dans son avenir : c'est de pouvoir prendre les engrais salés
sur les prés salés, les boues de glaises et des crassats. — Ces engrais sont de deux espèces : l'un, le coup, qui est la pelure des prés salés, est composé de terre argileuse et d'herbes grasses formant la couche supérieure de ces prés ; l'autre, la boue des crassats, est composé d'argile saline, de débris de coquillages et de détritus d'herbes marines*
Indépendamment de quelques landes humides entrecoupées de lagunes, il y a dans les Landes trois sortes de marais ou étangs.
Ceux qui existent dans l'intérieur des terres, ceux qui bordent les rivières et ceux qui longent les rives de l'Océan.
Dans les parties de l'intérieur où les pentes manquent pour écouler les eaux, il y a des localités où l'eau séjourne presque constamment ; là l'air ambiant est toujours vicié, les miasmes qui s'exhalent de ces lieux étant le produit de substances végétales et animales en décomposition.
Les marais qui bordent les rivières sont moins malsains, parce que les courants les assainissent de temps à autre.
Quant aux marais qui longent le littoral , depuis l'embouchure de la Gironde jusqu'à l'Adour, ils rendraient ces localités inhabitables , si cet état de choses notait heureusement modifié, en partie, par le voisinage de l'Océan. La force et la fréquence des vents de mer chassent ou éloignent cet air vicié ; les forets de pins viennent aussi neutraliser tous ces miasmes.
Les grands végétaux absorbent les gaz impropres
à la vi» et ton exhalent d'utiles à l'économie animale.
Lorsque les marais sont éloignés de ces grands ventilateurs, leurs émanations délétères résistent aux moyens sanitaires employés par la nature et par les hommes. Aussi les dessèchements opérés jusqu'à ce jour ont-ils été favorables, soit sous le rapport de l'assainissement, soit sous celui de l'agriculture; mais de riches compagnies ont seules la puissance de les exécuter en grand avec promptitude et par les voies d'art qui garantissent la bonne exécution des travaux.
Il est bon de se rappeler, à propos des marais des landes de Gascogne , que la France possède encore 600,000 hectares de marais, ne donnant que des joncs et exhalant des miasmes putrides.
Sully, par un édit du 8 avril 1699, Mazarin , après lui, l'Assemblée nationale et Napoléon, par des ordonnances, des lois ou des décrets, ont en vain cherché à les détruire.
Si donc à ces 600,000 hectares de marais on ajoutait les landes et tous les autres terrains incultes que possède encore le royaume , on serait étonné que ces 7 ou 8 millions d'hectares environ, équivalant à de grandes provinces, pussent, à l'aide de quelques dispositions législatives ou de mesures de gouvernement, être conquis à l'agriculture sans qu'il en coule aucun sacrifice au pays (12).
La Hollande va dessécher son grand lac de Harleftj; la Suisse va conquérir a5,ooo hectares de ter-
res labourables sur les lacs de Neuchâtel, de Brienne et de Morat : ne penserons-nous donc pas que notre population, qui s'accroît de deux cent mille âmes, environ, par année, demande une prompte augmentation de production (i3)?