‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 7 sur 19 · ÉTAT ARRIÉRÉ · texte numérisé non relu

ÉTAT ARRIÉRÉ

«le» Landes en néral.

Les habitants des Landes, je ne parle ni des villes, ni des grandes agglomérations d'individus, sont d'une nature un peu sauvage; ils dédaignent, en général, l'agriculture, l'industrie agricole, les soins à donner aux abeilles, aux vers à soie, aux plantes potagères , aux arbres fruitiers, enfin à tout ce qui réussirait facilement dans leur pays, en répandant l'aisance et amenant doucement la civilisation. — Les habitants du littoral sont pêcheurs ou résiniers; les uns se civilisent peu dans leurs yoles incommodes, et les autres pas du tout dans les forêts. — Toutes les habitudes des Landais les tiennent naturellement éloignés de la société , telle qu'elle est actuellement constituée; mais ils peuvent arriver à la comprendre et à désirer de s'en rapprocher.

Je sais que l'empreinte originelle d'un peuple ne s'efface pas toujours facilement. Je sais qu'on pourrait montrer l'Armoricain au fond de sa Bretagne, entouré des monuments celtiques, romains, gaulois ou francs, laissant passer la civilisation , tranquillement assis sur le débris d'un temple de Teuz,que fait respecter une croix élevée au Christ, ou sous le cintre d'un portique rô-

main protégé par une statue de la Vierge. — Je sais que , dans beaucoup de localités de la Bretagne, des Landes et du Limousin, on dit encore : ce qu ont fait nos pères est bien fait.— Mais, tout en conservant ce qu'il y a de sage et de bon dans cette vieille maxime, la civilisation doit, à la longue , modifier le caractère et les mœurs des individus. — En agriculture même, la routine la plus rebelle cède, à la fin, aux exemples de ceux qui se procurent l'aisance et le confortable. Les miracles opérés en ce genre à la Nouvelle-Zélande, dans l'arcbipel des Sandwich et en tant d'autres lienx par des Anglais colonisateurs, nous donnent des espérances fondées et doivent encourager les efforts de ceux qui sont tentés de travailler au bien-être des provinces arriérées de la France.

Sous les Romains, sous les captaux de Buch> 1* littoral des Landes était florissant et avait unt civilisation relative ; pourquoi n'obtiendrait-on par les mêmes avantages aujourd'hui?

Les hommes intelligents et amis de la France qui ont su juger le but, deviner l'avenir de la compagnie agricole et industrielle d'Arcachon, et qui, en apportant leurs capitaux aux colonisateurs des terres de cette compagnie, leur ont donné les moyens de changer, parleurs travaux et leurs bons exemples, le triste étatde choses dont je viens de parler, auront rendu un éminent service à la contrée: qu'il me soit permis de leur en adresser ici mes félicitations, et de les exprimer en particulier à leur.

illustre président , à M. le duc de Montmorency, qui, porté, par un jugement sain, une pensée élevée et une bonté naturelle, à encourager toutes les entreprises destinées à développer la prospérité de la France, a été l'un des premiers à s'associer à celle-ci, à laquelle il porte un intérêt très-vif et une affection toute particulière.

On a parlé souvent de la misère des Landes; ce que je viens de dire du peu d'aptitude de leurs habitants aux travaux agronomiques, indique une des principales raisons de cet état arriéré au milieu du royaume le plus civilisé du monde; mais je ne dois pas non plus passer sous silence une autre cause d'infécondité pour le sol et de misère pour * les populations; cette cause, c'est l'immense étendue et l'absence de tout produit des biens communaux.

J'ai vu des milliers d'hectares de bruyère commune dont on ne tirait aucun profit et à laquelle des pâtres vagabonds mettaient le feu par passetemps. — La flamme se communiquait souvent aux bois voisins , et de grands sinistres en résultaient toujours quand des bois entiers n'étaient pas consumés (i4).

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