‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 8 sur 19 · BIENS COMMUNAUX · texte numérisé non relu

BIENS COMMUNAUX

Nécessité de les utiliser par des partagea des ventes ou des baux m longs termes.

Les herbages nécessaires à la nourriture de quelques centaines de moutons qui forment la totalité des troupeaux d'un village du pays y occupent plus d'espace qu'il n'en faudrait pour nourrir la population entière de ce village. — Il y a tel hameau, telle petite bourgade, Sanguinet, par exemple, qui possède vingt-cinq mille journaux de communaux (plus de 8,000 hectares), dont le maire, le curé et deux ou trois notables seulement connaissent les limites, et que les bestiaux des habitants ne visitent jamais, comme trop éloignés.

Quand on parcourt ces tristes solitudes , on se rappelle les conseils philanthropiques de cet abbé Vincent y qu'un homme d'esprit et de talent a fait voyager si utilement dans les Landes pour instruire ses concitoyens. On répète ces paroles de M. le baron d'Haussez, ancien préfet des Landes et de la Gironde, aux Landais : « En aliénant vos commu- « naux, leur dit-il, les communes obtiendraient « un revenu qui diminuerait les charges locales « qui pèsent sur les habitants. Au lieu de payer un « octroi sur le vin que vous buvez au cabaret,

« d'acquitter une taxe sur vos bestiaux, decon- « courir, par des prestations en argent ou en tract vail, à la réparation des chemins, vous trouve— « riez, dans ces mêmes revenus, des ressources qui « permettraient d'éviter ces cotisations aujour- « d'hui indispensables; votre desservant ne serait « plus contraint de solliciter de ses paroissiens « un traitement dont il ne peut se passer; le maître * d'école, le garde champêtre ne seraient plus « rétribués à vos dépens; enfin vous n'auriez h plus à acquitter que votre part aux charges gé- « nérales. Calculez ce qu'il vous en coûte main- « tenant, et voyez si votre intérêt personnel n'est « pas d'accord avec l'intérêt général , pour vous « conseiller l'aliénation de quelques portions des « landes. »

L'administration, qui veut enfin rendre la vie à ces déserts incultes, s'occupe, dit-on, défavoriser les ventes ou les demandes de partage que réclament les maires et les habitants éclairés des communes agricoles. — Dans les communes où les travaux de la pêche, l'exploitation des résines et la rareté de la population s'opposent à une exploitation rurale, les maires proposent que des fermiers, bons cultivateurs, disposés à prendre en fermage ces vastes et inutiles communaux , obtiennent des baux emphytéotiques de 90 ans, moyennant un loyer annuel qui serait versé dans la caisse communale, et figurerait

moitié en recette au budget de la commune, et moitié à l'avoir de son bureau de bienfaisance. — Ces voies et moyens ne me semblent pas différer beaucoup de ceux indiqués déjà à la Société royale et centrale d'agriculture, sur cette importante question, par le rapport que je lui ai fait au nom d'une commission ; j'insère donc textuellement ce rapport à l'appendice , afin de faciliter la comparaison (i5).

Servitude MzMrrt,

Q existe, dans quelques parties des Landes, et entre autres dans les environs d'Arès, des servitudes dignes des temps où le droit de propriété était presque nul. Je ne parle pas des droits anciens qu'on attribue aux seigneurs de Blanquefort : Dreit que a et deu aver, en et sobren totas et cascunas las filhas no noblas qui se maridan en la deita senhoria le prunier jorn de las nopsas. — Ce document, cité par un auteur, est si éloigné de nous, qu'il pourrait être apocryphe.

Je parle des temps présents.

On m'a communiqué, dans les Landes, une copie textuelle du dispositif d'un jugement relatif à des droits de chasse qui durent six mois, pour chaque année, sur des landes des environs d'Ares et de Lége :

I^e tribunal ordonne, etc

Que le sieur Lalesque a le droit exclusif d'y chasser aux canards et oiseaux de rivière, d'y creuser des fossés, d'y élever des digues, de brûler, tous les ans, les herbages qui y croissent, de couper an- . nuellement tous les arbres et arbustes, planter des perches, tendre des filets, chasser les bestiaux desdits locaux, d'y faire, en un mot, tout ce qu'il juge utile pour faire fructifier la chasse et d'empêcher tout ce qui peut nuire à son produit.

J'ai copié textuellement, et je me suis demandé ce qui restait au propriétaire du fonds.

Dans les environs d'Arès, sur les communes de Mios, le Temple, Lanton et Lége, il y a treize à quatorze mille hectares de landes qui méritent d'être visitées et étudiées. Quelques portions minimes de ces landes sont soumises à ce droit de chasse aux canards que je trouve si monstrueux; les autres seraient dignes de tomber dans des mains puissantes en capitaux et dirigées par une haute pensée de bien public : une grande association de boisement, par exemple, pourrait convertir ces déserts en forêts productives.

Des négociations avaient été entamées avec les propriétaires, tous gens honorables, par les intermédiaires les plus dignes de confiance et de considération ; quelque malentendu a fait avorter cette négociation, qui, suivant moi, mériterait d'être reprise.

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