CHAPITRE IX
The country rings aloud wilh dire alarms , And now in fields the rude milltia swarnis,
Cymon and Iphi^cnia.
Blush as thou may'st, my little book, with shame, Kor hope with homcly -prose to purchase famé. The Fiower and Ihe Leaf.
Le pays retentit de cris d'alarme , et les soldats farouches se répandent dans les campagnes.
( C:mok , elc. )
Rougis , mon petit livre, sois confus, et n'espère pas acquérir de la réputation avec de la prose vulgaire,
{La Fleur, etc. )
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Motifs de notre Retour à Rome. — Bénédiction de la Cascade. — Chemin de Rome. — Carrières de Iravertino. — Pont sur l'Anio. — Conclusion.
JLe récit de la captivité du signor Cherubini qui portait tous les caractères de la vérité , nous fut confirmé par plusieurs de ses compagnons d'infortune. Cet homme jouit dans le pays de la réputation d'un bon chirurgien et
d'un honnête homme , et ses malades apprirent son retour avec une véritable satisfaction. Le corps de l'infortuné Marasca fut trouvé à la porte de San-Gregorio , percé de plus de vingt coups de couteau. Les brigands enhardis par le succès , semblaient résolus à bloquer de plus près les villes des montagnes; aucun des principaux habitans ne se hasardait plus hors des murs, les ouvriersmêmeétaientdépouillésde leurs habits et de leurs petites épargnes. D'après l'état où se trouvait ce pays , nous fumes obligés derenoncer avec un vif regret à quelques excursions que nous avions projeté de faire à Subiaco, Cosimato, et autres lieux intéressans dans cette partie des états de l'tiglise, et nous décidâmes de retourner à Rome au commencement de septembre.
Ce ne fut pas sans regret que nous dîmes si promptement adieu aux charmans environs de Tivoli ; la nature y est encore aussi belle qu'au temps où le luxe et les beautés de Tibur inspiraient les muses latines. Les villas splendides et les temples gracieux ont peutêtre plus d'attraits, depuis qu'ils ont ressenti l'influence du temps, et qu'ils ne sont plus entourés que d'un pays à demi-sauvage. Les noms classiques, qui bien ou mal appliqués ont attaché aux rochers et aux bois de Tivoli
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des idées qui ne s'effaceront jamais , récliauffent encore les cœurs qui ne sont pas morts awx plus nobles sentimens , et que font palpiter les charmes réunis de la poésie et de la beauté.
Peu de jours avant notre départ pour Rome, nous fûmes témoins d'une cérémonie qui s'accorde parfaitement avec le lieu où elle se passe, et qui appartient davantage aux temps poétiques qu'à ceux où nous vivons : les bœufs et les chèvres , qui , dans la chaleur rentrent toujours à midi , pour boire à la rivière , venaient de quitter la pointe sablonneuse qui s'avance au-dessus de ia grande cascade ; les cloches des couvens et des églises retentissaient de toutes parts , les fenêtres étaient tendues de soie et de tapisserie. Les prêtres , revêtus de leurs robes de cérémonie , de couleur violette mêlée d'or et d'écarlate, et suivis des confréries, qui portaient des bannières , des images et des crucifix , parurent en procession sur les bords de la rivière et traversèrent le pont. Lorsqu'ils eurent atteint les petites chapelles de la Vierge qui sont placées aux deux côtés de la cascade, ils s'arrêtèrent , et le chef des prêtres bénit les eaux, afin qu'aucun accident no les souillât pendant l'année suivante , et qu'aucune vie
PASSÉS PRÈS DE ROME. 2 l5
humaine ne fût perdue dans les calaractes. Nous voyions celte scène depuis l'auberge de la Sibylle. La chute d'eau se trouvait entre noUs et la procession , derrière étaient les rives boisées de l'Anio ; des deux cotés, s'élevaient les monts CatiUus et Kipoîi , et le l'ond du tableau était terminé par le monte Spaccato , et par une autre colline que couvrent les ruines du temple de Cybèle.
La nouvelle route de Rome passe fort à gauche de la voie antique , que l'on retrouve quelquefois, entr'autres cà la grande arcade dans la villa de Mécène; nous voyions aussi à notre droite la villa d'Esté, où vécut long-temps l'Ariosle , suivant la tradition , chez son ami le cardinal Ippolito ci Este, et où il écrivit son Roland. Quoique tout le monde sache que ceci est une fiction , on se laisse aller volontiers à la suite d'idées qu'elle fait naître lorsqu'on se promène à l'ombre des pins et des cyprès de ce beau jardin. Nous laissâmes à gauche la route de Géricomio (i) , nommée via Carciana, mot dérivé du nom de la villa de Crassus qui ornait autrefois le haut de la colline ati pied de laquelle passe ce chemin. On y a trouvé
fi) L'ancien Hioricoinio ( habilalion des prôlics ). Voyez j'Eschinardi.
plusieurs statues remarquabies , telles que l'Apollon Musngetes, et les muses du Vatican ; c'est près de là que la tradition assigne la place de la villa de Bru tus. A chaque pas l'on voit des ruines antiques qui prouvent que les anciens savaient apprécier les beautés pittoresques de ces lieux favorisés de la nature.
En descendant la colline nous vîmes à notre droite le tombeau de la famille Tosse, longtemps aj^pelé le temple de la Toux [terti'pio delta Tosse.) A gauche sont les arbres , les vignes, et les jardins, renfermant les ruines de la villa d'Adrien , qui ressemblait plus à une ville qu'à une maison de campagne ; cet empereur y avait imité tous les temples , et réuni toutes les divinités qu'on adorait dans l'empire Romain. Les ruines de cette villa des Césars , ont été une mine féconde d'où l'on a tiré , depuis des siècles , des marbres , des statues , des mosaïques , et des vases qui ornent les musées de toutes les capitales de l'Europe , et qui ont servi à la construction , ou à l'embellissement des palais de Rome.
Au-dcîà de ce lieu on traverse l'Anio au Ponte Lucano, près lequel est le tombeau de la famille Plautia ; il ressemble beaucoup à celui de Cecilia Metella , pour les matériaux et la forme. Ils ont servi tous deux de forteresse
dans le moyen âge , et le tombeau dont nous nous occupons a dû être important pour défendre le passage de la rivière. A quelque distance le ruisseau sulfureux de l'Albula , qui s'écoule des lacs de la Solfatara , passe près de la route : ce ruisseau est d'un aspect mélancolique , son odeur est désagréable, et ses rives stériles à cause du dépôt nommé travevtiiie , qui , si l'on peut s'exprimer ainsi , croît sur ses bords. Son lit actuel fut creusé par le cardinal Ippolite d'Esté , appelé plus ordinairement cardinal de Ferrare , qui était gouverneur de Tivoli en iSljQ. L'ancien canal de la Solfatara était bouché , et ses eaux avaient inondé une grande partie de la plaine qui environne les lacs ; elles y séjournèrent et formèrent une croûte qui se peut encore remarquer. Les carrières de marbre travertin sont près de cet endroit. Les anciens et les modernes y ont également puisé , le Coîisée et Saint- Pierre en sont bâtis. A droite sont les bains d'Agrippa ; à moitié ensevelis sous les pierres entassées , ils avaient été élevés près de la Solfatara , pour la commodité de ceux qui prenaient des eaux sulfureuses. Il serait trop long de nommer toutes les ruines antiques qui bordent celte route ; nous remarquâmes particulièrement la masse debâtimcns élevés,
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que l'on a nommé palais de Zcnobie , qui présentent l'aspect d'une colline , au milieu du triangle formé par le Tibre, l'Anio et la base des montagnes , lieu qui renfermait aussi les villes de Canine , Nomentuni , Crustumerium, Fidene et les villages qui en dépendaient ; plaine vraiment classique , qui fut le théâtre de quinze victoires remportées par les Romains. Nous traversâmes de nouveau l'Anio au Ponter Mamniolo , à qui Mammea , mère d'Alexandre Sévère a, dit-on, donné son nom : iEschinardi contredit cette version , et croit que c'est plutôt Cornélius Mammulus qui vivait dans les premiers temps de la république. Le pont fut détruit par Totila , ainsi que le Ponte Lucano , et rebâti par Narsès , qui releva de même les ponts Nomentana et Salara, au-delà desquels l'Anio se jette dans le Tibre. A l'extrémité du Ponte Mammolo, du côté de Rome, est le camp d'Annibal; et plus près de la ville, le champ de bataille d'où le jeune Marias, après avoir été défait par Sylla, s'enfuit à Preneste, où il périt. Nous atteignîmes enfin la porte San-Lorenzo, qui fut rebâtie ou réparée par l'empereur Honorius, ainsi que l'apprend une inscription : cette porte, où se réunissaient les eaux Marcia , Tepula et Giulia, avait remplacé l'ancienne Porta inter Ag-
fjercs, lorsque rcnceinte de la ville fut augmen- Ice par Aurélieu.Son nom moderne est dérivé de l'église de San-Lorenzo hors des murs , l'une des plus anciennes de Rome , fondée sous Constantin, mais réparée, augmentée et embellie par différons papes. Elle a été bâtie, ainsi que la plupart des églises de Rome, avec les dépouilles des monumens antiques, et l'on croit que les matériaux dont elle est construite ont été pris au portique d'Octavie. La frise sur laquelle des sujets de marine, et peut-être la bataille d'Aclium étaient sculptés , a été transportée au Capitolc. Cette église renferme des peintures antiques fort curieuses, qui représentent le couronnement de Pierre de Courtenay, fils de Louis-le-Gros , comme empereur d'Orient, A. D. 1216, par le pape Honorius m, qui fit faire ce tableau, monument curieux de l'élat de la peinture au commencement du treizième siècle.
La route moderne de Rome à Tivoli suit la route antique jusqu'au Ponte Mammolo; elle s'en écarte alors beaucoup, la rejoint de nouveau dans un endroit nommé le Forno, suit la même direction jusqu'à la petite auberge située àmoiliéchemin,ainsi qu'on le voit par l'antique pavé polygonal, puis la quitte pour ne plus la rejoindre; la route antique passait au nord do
la Solfatara , et des carrières de traverlino ; elle ne traversait l'Anio qu'au Ponle dell' Acquaria (Pons Cœlius), près de Tivoli; de là, elle suivait les rives rapides de la rivière, et passait sous la grande arche de la villa de Mécène.
La partie de la campagne de Rome que l'on traverse entre Rome et Tivoli , est moins fertile que celle qui s'étend au pied des collines d'Albe; la Solfatara et les carrières de travertino suffiraient seules pour donner un air dévasté au pays. Le terrain qui les environne est entièrement dépouillé d'arbres, et les buissons d'épine ou d'oliviers sauvages qui croissent sur ce sol d'une blancheur éblouissante, sont si rabougris etsisombres qu'ils ne font que mieuxressortir la stérilité de la terre. Il estvraiquece triste aspect ne s'étend pas au-delà des deux ponts Lucano et Mammolo,car, de Tivoli au premier, la culture est superbe et non interrompue, et du Ponte Mammolo à Rome, on voit à chaque pas la campagne s'embellir, et le paysage devenir plus riant. En approchant de la ville, nous vîmes les vignes dans toute leur beauté; les paysans qui s'étaientrassemblés dans Rome, et qui se préparaient à la vendange, semblaient vouloir jouir d'avance des plaisirs du mois d'octobre et des fôlcs du Monte Tcstaccio; on
ne voyait pas un étranger dans les rues, les nobles étaient presque tous dans leurs villas, et il n'y avait au milieu des ruines de Rome, que la population ordinaire de la ville; porpulation qui ne sert qu'à montrer l'abandon et la désolation de la reine des cités.
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