M PRÉFACE
lé, l'écrit d'une femme modeste, qui parait indiquer une manière neuve et piquante d'envisager ce pays tant décrit et tant célèbre.
Nous ne manquerons jamais de ces voyageurs qui, Lalande ou Dupaty à la main, tomberont en extase devant ces ruines colossales, et nous feront connaître la pose de la Venus de Florence, ou de l'Apollon du Vatican. Nous manquerons encore moins de ces penseurs profonds qui, tels que Lady Morgan , nous apprendront qu'il y avait plus de véritable patriotisme chez les anciens Rotiiains, que chez les sujets jduPape; que les usurpa tionse'trangères sont injustes ; que la Lombardie sera toujours mal gouvernée, parce que l'empereur d'Autriche a la figure longue; et qui , passant habilement de cette haute région de la politique , dans le domaine sans bornes
DU TRADUCTEUR. Vit
de l'imagination et de la sensibilité', soutiendront que si la Laure de Pétrarque est un être imaginaire , Une faut pas le dire , parce qu'on désenchante par-là leû Anglais qui entreprennent des voyages si dispendieux pour visiter V Italie (i).
Nous avons ëtë tellement accables depuis quelques années , de ces descriptions, de ces réflexions, et de la froide expression de cet enthousiasme de commande , que l'on ne saurait ouvrir un livre sur l'Italie sans ressentir un peu d'effroi ; cependant le sujet est loin d'être ëpuisë; le petit ouvrage de M™^ Graham en est une preuve. Au lieu de nous faire parcourir le Campo Vaccino, ou les salles du Vatican, elle nous promène agréablement dans ces lieux champêtres, où Horace fit entendre
(i) L'Italie, par lady Morgan^
Vm PRÉFACE
(le si doux accens, et où les héros de Rome venaient se reposer de leurs glorieuses fatigues ; elle nous fait connaître les paysans italiens , espèce d'hommes qui ne ressemblent point à la population corrompue des villes; elle passe en revue les richesses et les productions de ce sol , qui ne demande que des bras pour le cultiver, et un gouvernement qui sache en tirer parti.
M™^. Graham se renferme dans un cadre très-etroit, et, comme nous l'avons dit, elle indique plutôt qu'elle ne traite son sujet; mais si elle est suivie dans cette route , si d'autres écrivains nous font connaître les mœurs de cette population des campagnes , les habitudes de cette race à demi civilisée, et les ressources de cette contrée si peu connue, nous aurons une suite d'ouvrages sur l'Italie, plus conso-
nu TRADUCTELR. llH
laQS et plus instructifs que ceux qui nous ont etë offerts jusqu'à présent. Il parak bien prouve que ce n'est pas en parlant sans cesse des colonnes brisées des temples païens, ou des galères de la re'publique de Pise, que l'on amènera les Italiens a un état meilleur. Nous croyons que pour atteindre ce but, il ne faut pas se contenter de leur montrer ce qu'ils furent, mais qu'il faut leur dire aussi ce qu^ils peuvent être encore ; et certes un assez beau partage leur est laissé. Leur doux climat, leur sol fertile , une population simple et laborieuse dans les campagnes^ ne sont-ils pas des présens du ciel , dont ils sauront un jour tirer parti ? Et en montrant que de telles données existent, ne peut- on pas espérer de rencontrer un génie bienfaisant, qui s'en emparera, pour résoudre le beau problème de la restau-