AUX BAINS DE PFEFFER
ce peuple détesté deviendra sous peu et obéissant, et servile. » *
Et cependant il est plus que probable qu'à cette époque les artifices d'un Harras eussent été insuffisans pour subjuguer un peuple de cette trempe : c'est ce qu'attestent les journées de Rothenthurm , de Morgarten , de Schindellegi. Mais c'est ce que nous n'oserions avancer, supposé qu'antérieurement les Suisses eussent transformé en soldats mercenaires l'élite de leur jeunesse, et qu'ils l'eussent vouée au service des puissances qu'ils avaient à combattre.
Nous précipitâmes nos pas pour atteindre avant la nuit la vaUée de Muotta ou MuottathaL Arrivés au village, nous fûmes agréablement surpris de trouver, réunie dans l'auberge, la joyeuse et florissante jeunesse de l'institut d'Hofwyl , qu'accompagnait l'homme éclairé et respectable qui dirige cet établissement. A l'entrée de la vallée , le torrent , étroitement encaissé entre deux murs de roc, roule avec une épouvantable furie. Considéré de dessus le pont , qui semble planer sur l'abîme , ce spectacle fait frémir , surtout si l'on songe aux nombreuses victimes de la guerre qui furent précipitées du haut de ce pont, dans l'horrible profondeur qu'il domine,
* Tacit. Agric, ai.
lo8 HOUTE DE SCHWYTZ
Ici fut livré , le i" octobre 1799, un combat sanglant entre les Français et les Russes , à l'époque où Souvarof , cerné par Molitor, qui Tavait tourné au delà du Bragel , fut attaqué par Mortier et Louison. Les Français furent repoussés , ce qui permit à Tarmée russe d'effectuer sa retraite devant Molitor , d'abord par. la vallée de Sernft y puis à travers les neiges des Alpes rhétiennes» Des témoins oculaires rapportent qu'au-dessous du pont, des monceaux de cadavres français encombraient le lit du torrent , dontîes eaux étaient horriblement rougies , tant il y eut de sang répandu. Que n'eurent-ils pas à souffrir, dans ces temps de terreur , les paisibles habitans des vallées de la Muotta, de la Reuss, de la Linth , du Rhin! La guerre est moins funeste sans doute au peuple qui combat pour défendre sa cause , qu'à celui qui , faible de ses dissensions intestines, se trouve réduit à la triste nécessité de souffrir que son pays devienne le théâtre de la lutte d'étrangers , qui le dévastent en se disant amis. Que la bonté divine daigne nous préserver à jamais d'une semblable neutralité!
La vallée de Muotta n'est guère plus élevée que le niveau du lac de Lucerne .* Cette conformité
* Le 12 d'aoïU, à sept heures du soir, le baromètre se trouvait à 26^ 1' 8", le tbcrmomclre à 12", ce qui équi-