‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 9 sur 45 · ROUTE DE SCHWYTZ AUX BAINS DE PFEFTER · texte numérisé non relu

ROUTE DE SCHWYTZ AUX BAINS DE PFEFTER

Schwytz. — Bêlement de police concernant les étrangers. — • Vue da bonrg. •— Mauvaise politique de Gessier. •— La val- 1^ de Mnotta« — Le pont de la Mort. — Couvent. — » Passage du BrageL — Vallëe de Kloen. — Monument dédie à Gessner. •— Dévastations forestières sur le Glamiscli. -« Laiteries. — Fromage dit Schabcygre. "— Economie forestière. — » Enlèvement de deux enfans. i— Mollis. — La Lînth. -~ L'empereur Alexandre. — Naefels. — Escher. *• Procession des catholiques, — Le Kirenzenl)erg. -« Lac de Wallenstadt. — Châtaigniers. — Sargans. — Le Rhin. — Chaussëe de Schollberg. — Ragatz. — Bains de Pfeffer.

Nous nous disposions à visiter Téglise' de Schwytz 5 dans Tespoir d'y trouver des tableaux de mérite ; mais une ordonnance de police , • affichée à la muraille de l'auberge , nous détourna de ce projet. Cette ordonnance , après avoir signalé la conduite irrévérente des étrangers , porte défense de circuler dans Téglise pendant le service divin , de tourner la tôte de côté et d'autre , de s'asseoir et de rester debout pendant la bénédiction, les processions , etc. Les admi-

'^^ Du 21 juillet i8ai. c . :

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nisirations de police sont, sans contredit, des autorités qui ont droit d'être respectées , quoique parfois il leur arrive aussi de se donner beaucoup de peine à pure perte. Et, en eftet , n'eût-il pas été plus convenable de défendre absolument aux étrangers l'entrée de Téglise pendant la célébration de la messe , que de commettre , pour en surveiller la conduite , des inspecteurs qui , par la nature même de leurs fonctions , se trouvent incriminés dans le cas proscrit par le règlement.

La situation de Schv^y tz est on ne peut plus attrayante. Les formes pittoresques des rochers qui dominent ce bourg , la vaste et fertile vallée , la végétation luxurieuse des arbres et des superbes prairies qui la décorent, les coteaux doucement inclinés qui forment les rives du lac , la belle apparence des maisons dénotant la pro-^ spérité et le bien-être; enfin, les formes gracieuses , l'affabilité des habitans : tout invite le voyageur à prolonger son séjour dans ces lieux» Ici 9 les prairies sont moins morcelées que dans ITJnterwald et au delà du Brunig , ce qu'on doit attribuer sans doute au mode de succession , qui veut que le cadet des enfans mâles se charge ex-^ clusivement de Tadministiration du rural. On voit çà et là , sur les hauteurs , des parcelles de terrain cultivé , où croissent des pommes de terre

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et des plantes filamenteuses : en génëral, Tari entre pour peu de chose dans la culture, et Ton ne découvre nulle part ni prairies , ni irrigations artificielles. Quant à Téconomie forestière , on ne s'en occupe pas plus à Schvrytz que dans les autres contrées de la haute région de la Suisse , et Ion découvre partout les tristes restes de forêts dévastées. Sur la Myrtha, par exemple, on aperçoit les vestiges d'un incendie qui en détruisit la forêt ; il 7 a cent cinquante ans qu'un acci^ dent de même nature fit disparaître aussi le bois qui décorait le mont d'Urmiberg. Cependant rien n'annonce qu'on ait jamais songé àremédieràces désastres par de nouvelles plantations. Schwytz est approvisionné de grains par le canton de Zurich , dont il dépend absolument sous ce rapport. Quoique les inconvéniens résultant de cette espèce de dépendance se soient fait sentir plus d'une fois , et notamment par les prohibitions d'exporter les grains , que firent les Zuricois aux époques des anciennes dissensions qui existèrent entre les deux cantons , les habitans de la fertile vallée de Schwytz n'ont jamais essayé de se procurer , par la culture des céréales , des ressources alimentaires qui leur permissent de se passer de l'industrie agricole de leurs voisins.

Les très-belles maisons qui décorei;it la vallée de Schwytz , annoncent un bien-être qui paraît

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d'autant plus énigmatique , que le commerce et rindustrie n*y sont rien moins que tlorissans. ^lais si Ton demande à qui peut appartenir telle habitation somptueuse qui dëcore un rocher aride , le nom du propriétaire explique cette énigme , et sonne mal pour l'oreille d'un patriote , ces propriétaires étant , pour la plupart , des officiers attachés au service de France ou d'Espagne. S'il est constant que la décadence des grands et des petits états soit une conséquence de la déviation de Fesprit qui présidait à leur fondation , je pense que ni la France , ni l'Espagne , ne sont des théâtres propres à cultiver et à alimenter l'esprit qui animait les Suisses lorsqu'ils conquirent la liberté.

Gessler , ce gouverneur autrichien dont la célébrité se rattache si intimement à notre histoire , irrité à l'aspect de la superbe maison que Stauffach avait fait construire dans le village de Stein, dit à cette occasion, d'un ton méprisant: «Ck>mmLent tolérer le faste qu'étalent ces manans dans leurs bâtisses? j) Il est probable que si l'adroit courtisan Rodolphe de Harras se fût trouvé présent, il n'eût pas manqué d'adresser à Gessler les paroles suivantes, ou quelque chose d'approchant :

«Gardez-vous , Seigneur , d'aigrir par de lellf s expressions ce peuple énergique et fier; que la

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juste colère qu'excite en vous son arrogaoce le cède pour le moment à la politique , qui vous invite à le traiter doucement. Songez aux vastes plans qu'embrasse Albert , notre souverain ; que cette considération vous porte à ménager ces montagnards, dans la crainte qu'une rigueur intempestive ne les déchaîne contre nous , et de sujets qu'ils sont ne les transforme en ennemis implacables avant que notre puissance ne soit solidement établie. Mais , que dis-je , Seigneur ; il existe un moyen de dompter ce peuple , moyen infaillible qui ne coûtera qu'un peu d'or , et pas une goutte de sang. Qu'As bâtissent à leur fantaisie , ces orgueilleux ; loin de la blâmer , encouragez cette manie , qui flatte leur vanité; et tâchez surtout d'alimenter celle-ci de toutes manières; car elle seule snfHra pour apprivoiser leur morgue républicaine. Attirez -les à la cour d'Albert; qu'ils y puisent le goût du luxe, qu'ils s'y plongent dans la mollesse ; qulls s'y livrent à l'intempérance , à la débauche. Distribuez-leur des chaînes d'or , de l'argent ; mais ayez soin surtout de ménager vos dons de manière qu'ils en aient ijtou jours soif, et que ces dons soient insuffisans pour satisfaire les besoins factices que vous aurez su leur créer en les rendant avides des jouissances que leur refusent leurs montagnes. Si vous persévérez dans cette conduite ,

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