‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 12 sur 45 · AUX BAINS DE FFEFFER. III · texte numérisé non relu

AUX BAINS DE FFEFFER. III

regrets amers, que de soupirs douloureux pourrait révéler cette enceinte habitée depuis des siècles par des êtres sensibles , auxquels des vœux imprudens firent abjurer le vœu sacré de la nature ! n fut plus facile sans doute à ces tristes vierges d'étendre leur domination sur la vallée que de maîtriser leurs sentimens secrets. Tel est le cours naturel des idées qu'engendre Taspect de l'édifice claustral, jusqu'à ce que changeant d'objet, la vue cherche à pénétrer dans la profondeur du sombre passage qui aboutit à la vallée ; alors une révolution soudaine s'opère dans l'esprit; l'imagination fantasque , prompte à se créer des visions, vous laisse apercevoir au-dessus du pont de la Mort le démon cruel de la domination, avide de nouvelles victiines humaines; mais il fuit, il se replonge dans l'abhne à l'apparition d'un ange de lumière , armé de la palme de la paix et planant au-dessus du cloître.

L'extrémité supérieure du passage du Bragel , située à 5,ioo pieds * environ , au-dessus du ni-

* Près d'un cliâlet situé plus bsLS, le baromètre indiquait, le i3 d'août, à onze heures du matin, 23° 6' 6", le thermomètre 1 1° au-dessus de zéro. Le temps était nébuleux , et il régnait en même temps des coups de yent assez froids. A Berne, le baromètre étai( à 26^ 5' 9", le thermomètre à i5° : en sorte que la hauteur du point où nous nous trouvions, peut être d'environ 47^0 pieds.

r I a HOUTE DE SCHWYT3S

veau de la mer, est occupëe par des pinastreâf qui croissent dans un sol marécageux en partie J cet arbre se montre encore cinq cents pieds plus haut. Comme le pin ne parait pas susceptible de végéter sur cette montagne, dans une région aussi élevée que dans les Alpes rhétiennes, ce défaut de végétation provient sans doute de la grande profondeur des vallées de la Linth , de Muolta et de Kloen, car on a remarqué que plus les vallées sont profondes , plus est intense le froàd qui règne sur le sommet des monts.*

Après avoir franchi les tristes déserts du Braçel, le voyageur égayé par la vue des beaux pâturages de la vallée de RIoen , {Kloenthat) poursuit a<:;réablement sa route le long des rives du joli lac qû décore cette vallée. Un monument qui « pitfsente au pied du Glarnisch , a été dédié à Gessoer par les admirateurs de cet aimable peinti^ de la nature. On n>ût pu choisir un site nlos aj^reaUe ^ plus romantique ; il n*y manque que lapi^^xic^ de quelques chaumières habitées pard^s bergers aussi simples , aussi heureux que ceux dowt les idylles nous oflrent le tableau charmant* So&taire « abandonné , ce monument dont l<\Jii}et n>s* pw mAne coimu des pâtres qui fré- 7i>^ate^î: ces lieux, rappelle la voix du sage prê-

* X ^^^ iWw** rtwfàssersuberden Bernardin^ § i/|5.

AUX BAINS DE FF£FF£R. i I j

tnaht dans le désert. En effet, Gessner est complètement ignoré dans nos montagnes et peu connu dans nos villes. Quant aux citadins à qui ce poète n'est pas étranger j c est dans de superbes salons , et entourés de tous les rafinémens du luxe, quils jouissent de la lecture de ses productions, où sont retracées avec tant de charmes les mœurs simples qui caractérisaient sans doute l'âge d'or.

Dans la vaste étendue quelle comprend, la vallée de Kloen, entièrement dépourvue de culture , n offre que des pâturages , et pour unique habitation, un fort grand chalet qu'occupent momentanément lés pâtres. De combien d^améliorations ce terroir ne serait-il pas susceptible ! Mais il en est ici comme ailleurs; le propriétaire peu fortuné ne saurait innover faute de moyens, tandis que le riche particulier de Glaris préfère à l'agriculture le commerce , ou toute autre espèce d'industrie^ bien que la première offre certainement des avantages plus solides j quoique moins brillons sans doute. Les monts d'alentour, le Glamisch surtout, sont en partie dégarnis dé forêts qu'on a abattues sans discernement; il en est de même dans la vaUéé dé là, Linth^ jusqu'au delà de Glaris et d'Enneda. Le passage des Russes à travers ces vallées , leur fut moins préjudiciable sans doute que la négligence qu'on y apporté

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