ROUTE DE SCHWYTZ
à la reproduction des bois et à tous les détails de l'économie forestière.
Aussi simples dans la disposition que profitables pour le beurre , les laiteries de la vallée de Kloen, parfaitement adaptées à la fabrication du schabcygre , sont dignes de fixer l'attention des économes. Pour établir une semblable laiterie , on choisit un local près d'une source d'eau vive dont on dirige le cours dans la cabane, en sorte que Teau, qu'on enfle à volonté , baigne jusqu'aux bords les baquets remplis de lait, et disposés par terre sur un fond de gravier ou de roc. Exposé de cette manière à une température salutaire de six degrés R. environ, le lait qu'on y laisse séjourner pendant cinq ou six jours se conserve parfaitement, tandis qu'il s'opère une séparation complète des parties onctueuses qui constituent la crème ou le beurre. Après que le lait a été écrémé, on sépare les parties caseuses, au moyen de lait aigre et non de pressure ; le seret qu'on obtient se comprime fortement dans des sacs qu'on surcharge de pierres ; on le sèche , et Fautomne arrivé , on le réduit en poudre dans des moulins ordinaires; enfin après l'avoir salé, on le mêle avec du trèfle fybien.* II paraît que l'entière
* TrifoUum melUotus cœruîea»
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séparation des parties onctueuses est indispensable pour k fabrication du scbaî^çfgre , et qu*on i'c^ittentau plus, haut dftgrë pavle procédé que iious Tenons d'indiquer.
n est réelleimint étrange que icette espèce de fromage , doiit les ^mens sontsi généralement connus , ne se fabi4que que dans ces contrées. Les montagnes de plusieurs autres Cantons pro-^ dùisent cependant les mêmes plantes ; la fabrication des divers produits qu'on obtient du lait y est portée à uh haut degré de perfection , et cependant les pâtres de Claris sont les seuls qui , au moyen de quelques procédés rânplès et d'ad-^ ditions peu coûteuses , aient su donner au seret* tine Taleur quintuple , industrie qui est devenue pour eux une source de prospérité et de bien-être dont ils jouissent depuis des siècles. H n est pas moins surprenant que parmi tant de niillîers dé {>bntes aromatiques d*espèces différentes qui croissent spontanément sur nos Alpes, le trèfle lybien soit décidément Tunicpie.qui convienne au firomage , et dont on puisse se' servir conuné ingrédient pour en relever la saveur. Si Ton considère qu'en général les comestibles qui se dis-
* Le sèret brut vaut tout au plus trois sons la livre ; ptéparé comme schabcygre , on en obtient donze à quinze sons.
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tingueni: par leur délicatesse , offrent un débit des plus sûrs , j^urquoi ne chercherait-on pas k inventer dans nos montagnes de. nouvelles espèces de fromage, que leur goût exquis fît admettre aux banquets desLucullus modernes? Une seule invention de ce genre doublerait peut-être la valeur de nos pâturages. H est vrai que maigre les avantages que Glaris retire de la fabrication du sehabcygre , la valeur des pâturages ne surpasse pas celle de ces fonds dans le canton de Berne ; mais cette circonstance tient en partie au système de Communauté , et phis encore au défaut de concurrence, attendu qu*à Glaris les pâturages ne s afferment quaux. propriétaires membres de la commune qui les possède , et à l'exclusion des étrangers.
Après quW a franchi les montagnes de Schwytz et d*Untenrald , on descend de la vallée de KIoen dans la grande vallée de la Linth , et le pays offre alors un contraste frappant. Infiniment plus escarpées que celles qu'on laisse derrière soi, les montagnes de Glaris sont d*un aspect sauvage et moins agréable à la vue. Mais les nuances qui caractérisent les habitans sont plus prononcées encore. Le Glarnais attaché aux dogmes dèPéglise réformée est réputé subtil, inventif, entrepre* nant et plus éclairé que Fhabitant de Schwytz et
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d'Untenrakl; celura, qui tient fortement am anciennes foimes, est bigot, superstitiei», peu actif et rien moins qulndostriaDou Cette diver- ^ dans le caractère de peuples voisins et alliés depuis des âèdes, est un phénom^e qui dmt paraître étrange. L*influence du paqpisme j cou-* * tribue sans doute pour beaucoup, influence qu*on remarque dans les Glarnais même qui difi^nt de croyance; mais ooLne saurait pourtant en tirer une conséquence pér^nptoire, surtout si Ton considère que comparé à dar^ , FOberland bernois , où la religion réformée domine , où la nature du climat est lamême, offre cependant une différence remarquable dans le caractère , les mœurs et le degré de culture du peuple , quoique pourtant la nuance en soit moins sensible parmi la classe commune. Cependant les Oberlandais ont vécu sous rinfluence d'un gouvernement à juste titre célèbre par ses établissemens publics , par Tadministration exemplaire des finances , parla douceur de sa domination, par sa bienfaisance, par sa justice, enfin par la sage économie qui n'a jamais cessé de présider à ses dépenses , et qui lui a permis de se créer pour les cas de nécessité un trésor tel qu'aucun autre état de cet ordre n'en a peut-être possédé de pareil. Tous ces avantages auxquels rOberland a participé depuis sa
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irémaioniBerae, sont sans contredit supërieursf à ceux dont ont joui les* Glarnais et les U^itans réfpi:més d*Âppenzel; et cependant on trouve pb^z ces deux derniers peuples infiniment plus de bien-être et de lumières. On cite une foule de Glamais et d'ÂppenzelIois qaî se sont distingués dans les sciences, dans des entreprises industrielles et d*utilité publique , et iUustrés comme hommes d*état, comme guerriers, tandis que flepuis deux siècles TOberland ne peut se giwiiier d'un seul nom digne de figurer avec éclat dans les annales d'une patrie reconnaissante : semblable ail fEÛble ruisseau dont le mince filet se perd dans les eaux profondes d*un fleuye renomme, telle l'histoire du peuple oberlandais se confond tout aussi ignorée parmi les fastes historiques de Berne. Les yaUées de la Simmen, de PAar, de Sane , sont restées jusqulci sans oi&ir aucune espèce d*établissemens industriels , manufacturiers , agricoles , d'une utilité notoire , et rien ne nous parait plus prc^re pour se former une j uste idée de Tétat de TOberland coipparé à celui de Claris , que de prendre pour base de cette comparaison, d'un côté les bourgs de Trogen, de Mollis , de l'autre ceux d'Unterseen , de Meiringen,etc.
Les environs du bourg de Glaris sont riches
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en plantations qu'on ne trouve ni à Sarne , ni à Schwytz , etqu occupent pour la plupart des pommes de terre , du lin » du chanvre et une faible quantité de céréales. L'engrais que demande cette culture s'obtient d'une manière peu ou pas du tout usitée dans les Alpes. Les Glarnais ont transformé en prairies un vaste pacage appelé Brand" alp; le fourrage s en consonmie à Glaris, où le bétail devenu sédentaire donne une forte masse d'engrais , au grand avantage de l'agriculture. Ce mode est très-favorable , non-seulement sous ce rapport, mais encore à cause de l'économie de temps qui en résulte.* Quant aux prairies artificielles, il n'en est pas plus question à Glaris que dans les autres contrées des Alpes , mais il est probable que l'abolition des pâturages communaux en £avorisera l'introduction. Si l'économie forestière était portée au point où elle devrait être, les Glarnais en retireraient de nouveaux avantages pour leur économie rurale; on verra plus tsffd que les bois composés d'arbres de choix sont susceptibles de fournir beaucoup d'engrais. De semblables ressources deviendront plus tard presqu'indispensables à Glaris , attendu que les nouvelles prairies du Brandalp ne peuvent man-
* Voycï pages ï 6 et 17 de ccl ouvrage.
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quev de s'ëpuîser à la longue , à moins que la feux n'en épargne alternativement , d*annëe en année , une partie. *
Le bois des forêts situées dans la région basse des montagnes qui avoisinent Claris , est exclusivenoient consacre à Fusage des bourgeois , qui l'achètent de la commune. La coupe de ces foipêts est régulière , c*est-à-dire qu'on en abat chaque année une portion déterminée. L'entrée du local dépouillé est interdite aux chèvres pour dix années , et Ion abandonne à la nature le soin de reproduire , sans s'en occuper autrement. Cette négligence amènera tôt ou tard l'entier épuise-
* On a observé que le gazon auquel on n'a point touché, est déjà singulièrement bonifié dès la première année. Cette amélioration ne provient pas de Tengrais que fournit l'herbe en se décomposant; son peu de hauteur dans les montagnes fait qu'elle se maintient fraîche pen> dant une année entière. Ce procédé est salutaire en ce qu'il modifie les effets nuisibles des vepts qui rasent la surface du sol. Qu'on laboure un champ de trèfle immédiatement après l'avoir fauché , il en acquerra plus de fertilité que lorsqu'on en ajourne le labour : preuve que la superficie du sol^, exposée long-temps à l'action des vents, en est dépouillée de la vertu yégétative qu'elle tire des exhalaisons atmosphériques* Les haies, les enclos, etc. sont fn conséquence favorables à la végétation, surtout sur les^ hautes montagnes , où la permanence des vents tend sa^^ cesse à exténuer le sol.