‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 15 sur 45 · ROUTE DE SCHWYTZ · texte numérisé non relu

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s'arrête dévotement devant chaque pierre. Nul doute que les réformés ne soient pleinement persuadés que Tamour de la patrie et d'une liberté légitime , s accorde parfaitement avec Fesprit de rÉ vangile et les principes de la plus pure morale ; et cependant les catholiques ont fait ce dont les réformés ne se sont jamais avisés , ils ont consacré à Troun une chapelle à Guillaume Tell.

Pour éviter la traversée monotone du lac , nous nous dirigeâmes sur Wallenstadt, par la montagne de Kirenzenberg , située au delà de Mollis , et dont la montée , quoiqu'assez rapide , est d un aspect agréable , et permet de jouir de la perspective gracieuse qu'offrent de beaux pâturàges< On trouve à. quelque distance de Mollis les restes d*un mur, qui date de la bataille de Naefels , et qui fut construit pour fermer l'entrée de la vallée; .mais cet ouvrage, qui s'étendait dans toute la largeur du passage , devint inutile , ^Hans de Werdenberg ayant réussi à le tourner, pour prendre les Glarnais à dos. Quelques noyers, entremêlés d'érables et d'aliziers , occupent encore le sommet de la montagne , et indiquent la transition graduelle à un climat plus âpre. L'agriculture et toute espèce d'industrie rurale , sont bannies de cette contrée; mais on remarque, en revanche, beaucoup d'activité en fait de fabrication, les femmes et les filles du village étant

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presque toutes occupées à tisser des toiles de di-» verses espèces. La stagnation survenue dans la filature de coton , qui a été si préjudiciable à une grande partie de la population suisse , n'a point paralysé chez les Glarnaîs ni l'industrie , ni Tactivité <jui les caractérisent; et, malgré le vil prix des tissus de coton , les toiles sont restées un ol> jet de fabrication , dont ils s'occupent avec succès* Un peuple industrieux , élevé dans l'amour du travail , trouve toujours de nouvelles ressources dans son génie et son activité , lors même que des circonstances fortuites ne lui • permettent plus de se livrer au genre d'industrie habituel sur lequel se fondaient ses moyens d'existence. Il est fâcheux pourtant que les Glarnaîs ne fassent pas tourner au profit de l'agriculture , et à l'amélioration de leur sol ^ une pdrtie de l'activité qu'ils consacrent si exclusivement à là fabrication. Mais telle est leur apathie à l'égatd de l'économie rurale , que le lin même qu'ils ouvrent se tire en grande partie de l'étranger , quoique la nature du terroir soit favorable à cette culture^

Considérée du sommet du Kirenzenberg , la profondé vallée du lac de Wallenstadt est d'un aspect plus lugubre qu'agréable. Les crêtes déchirées des rochers de Toggenbourg , les rives nUes et escarpées du lac , dont le profond bassin reçoit les eaux écumeuses des ruisseaux de See*»

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ren j de Beyer et d'Ammon , qui s*y précipitent du sommet de falaises à pic ; enfin , les villages ëlevës d'Ammon et de Sainte- Anne , comme suspend us sur Tabîme avec les prairies qui les entourent, et qui, sans autres communications avec les villages voisins que celles qu'entretiennent des scntijers étroits et escarpés , paraissent avoir été colonisés par des malheureux échappés aux fureurs de la guerre ou des inondations : * tels sont les principaux objets qui composent Fensemble d'une perspective dontTaspect dispose l'âme à la mélancolie. Cependant, à partir de Kirenzen , en descendant, la végétation qui se présente sur la rive sud du lac , devient de plus en plus riche : de superbes châtaigniers , entremêlés de noyers non moins beaux^ décorent les environs du village de Mullihorn , tandis que , sur la rive opposée , la vue est égayée à l'aspect de vignobles qui fourniront probablement d'excellens provins à la vallée supérieure, qu'on pourrait désigner sous le nom de Petit-Vallais. A Mullihorn, la récolte en châtaignes est quelquefois

* Après la bataille de Nsefels, les citoyens de Wésen, redoutant avec raison les actes d'une juste vengeance , auxquels leur trahison les avait exposés , se réfugièrent dans le village d'Ammon , d'où ils furent témoins de l'incendie de leurs habitations , que détruisirent les confédé* Té% vainqueurs.

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abondante au point qu'on en retire cent louis; cependant , malgré lévidence des avantages qu'offre le châtaignier^ on ne s'applique ni à propager cet arbre sur les pentes des montagnes où végètent des arbustes inutiles , ni à en améliorer l'espèce. Les vallées que favorise un climat tempéré convenant à la nature du châtaignier , on devrait l'y multiplier , et l'on pourrait 7 réussir promptement par le nouveau procédé qu'on doit à des expériences récentes ; ce procédé , qui consiste à en enter les rejetons sur les chênes indigènes , réussit facilement , et donne de bons résxiltats.*

Les monts qui longent le lac depuis Wésen à Wallenstadt, dépouillés jusqu'à une hauteur considérable des forêts qui ornaient leurs pentes, n'offrent maintenant que de chétifs arbustes , composés en grande partie de rejetons de hêtre : il en est de même du côté de Sargans et de Mels. Le mélèze , ou le larîx , ne se présente qu'aunlessus de Ragatz , et sa végétation continue jusqu'à Pfeffer. Le bois de cet arbre , transporté à grands frais du pays des Grisons , a servi à la construction de la barrière qui borde la nouvelle route de Schollberg : car , bien qu'on recon-

* M. Ébel y membre de la Société économique de Berne ^ et auteur de ces expériences , les a communiquées à Tautenr.

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naisse dans le pays les qualités supérieures du mélèze , considéré comme bois de construction ^ on ne songe point à en propager l!existence dans la région basse et inculte des monts* La proximité du Rhin , favorable à l'exportation du bois; la grande consommation qu*en dut exiger la mine de fer de Belfriesberg , dont l'exploitation est actuellement abandonnée faute de combustible , furent sans doute les causes principales qui concoururent jadis à la dévastation de ces forêts. Les maisons de Sargans sont , en grande partie , nouvellement construites en pierre, La prospérité de cette petite ville prend de jour en jour un accroissement progressif, en sorte que Kncendie qui la dévasta pendant les guerres de la révolution , paraît avoir été moins préjudiciable aux habitans , qu'il ne leur est devenu salutaire en leur faisant sentir la nécessité de redoubler d'activité et d'industrie. Avant notre révolution politique,, Sargans était gouverné par les huit anciens cantons , avec quelques privilèges spéciaux en faveur de Glaris. Chaque canton y envoyait à tour de rôle un bailli , qu'on remplaçait tous les deux ans. Une vieille femme , qui nous conduisit au château , abandonné et tombant en ruines , qui constituait autrefois la résidence de ces baillis , regrettait amèrement le régime de ces braves seigneurs ; et , comme nous lui de-

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mandions la cause de ses doléances , elle parut ëtonnëe d*un tel défaut de pénétration. « Mes enfans, nous répondit-elle, portaient souvent des fi:aîses au château; et je puis dire que le bailli les a toujours et bien accueillis , et bien payés. » N'étaient-îls pas heureux , ces baillis , de pouvoir se faire aimer à si peu de frais !

Cet ancien château, quoique encore habitable, n*est point habité. Triste et négligé, il contraste désagréablement avec le reste de la vallée riante , et les souvenirs que sa présence rappelle ne semblent lui convenir nullement. Ce futpoiirtant dans l*enceinte de ses murs que résidaiebt autrefois les hautes et puissantes dames de Sar« gans, entourées du luxe fastueux des grandes villes, tandis que leur noble voisin , le comte de Werdenberg, se distinguait parla simplicité de ses mœurs , vivait de la même manière que les pâtres d'Appenzell , et combattait à leur tête. Du reste , le château de Werdenberg n*est pas plus habité que celui de Sargans, et il paraît que les habitations de l'ancienne noblesse ne sont ni assez commodes , ni assez brillantes , pour que les bourgeois actuels les jugent dignes d'être occupées.

Si l'aspect du château de Sargans est triste et mélancolique , la contrée que domine l'éminence où il est assis est singulièrement attrayante. Ce

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tailla dans le roc , et nous nous dirigeâmes sur Wartau. A peu de distance de cet endroit , un point élevé nous ofGrit le spectacle enchanteur que forment la vallée riante, le cours majestueux du Rhin, les villages, les hourgs qui en décorent }es rives florissantes. Devant nous se présentaient Balzer et Freissen , célèbres par la victoire qu'y remportèrent les Suisses confédérés dans la guerre qu'ils eurent à soutenir contre la Souabe. Dans le lointain^ les pics resplendissans du Montafo nous rappelèrent les deux héros Wolleb et Fontana, les champs de carnage de Frastenz et de Malser. Cest ainsi que les fastes d'un peuple libre se présentaient à notre esprit, tandis que nos regards se portaient alternativement sur les lieux qui furent le théâtre de ses hauts faits.

La route du Schollberg offrira le double avantage de favoriser, non -seulement le commerce avec l'Italie , mais en même temps les communications avec les pays suisses cîrconvoisins. Il est question aussi d'une route latérale qui commencera à Wildhaus , dans le Toggenbourg , et conduira k celle du Schollberg , par Grabs et Wattwyl ; cette route , qui permettrait d'éviter la traversée dangereuse du lac de Wallenstadt, faciliterait aux habitans de la Suisse du nord-est le trajet de l'Italie , de Pfeffer et des Grisous ,

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et assurerait en même temps à ces contrées divers avantages commerciaux.

A Sargans , on ne sème qu'une faible quantité de lin et de chanvre : voici la manière dont on y alterne d'ordinaire la culture. La première année , le terrain , pourvu d'une forte masse d'engrais, est planté de pommes de terre; dans la seconde, de maïs, sans renouveler l'engrais; enfin , dans la troisième , le même terrain , abondamment fumé, reçoit du froment, de Torge, et, pour seconde récolte, du blé sarrasin. Les fourrages artificiels y sont inconnus.

Adossée à une haute montagne , et ombragée du côté de la vallée par de sombres forêts, la petite ville de Ragatz est d'un aspect mélancolique , qu'augmentent encore les traces dévastatrices du Tamin , les ravins profonds creusés par ce torrent , et à travers lesquels roulent Ses eaux bruyantes et bourbeuses ; enfin , les ruines des châteaux de Frendenberg, de Nydberg et de Wartenstein. Cette description qu'on nous fit de Ragatz , nous engagea à prendre , pour arriver aux b^ns de PfefFer , la route de Valens , qu'ombragent en partie des hêtres et des mélèzes d'une venue superbe , et qui offre divers points de vue intéressans ; on découvre de cette pente les ruines de Flesch , village incendié , et situé sur la rive opposée du Rhin; plus loin, la jolie petite

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d'afFemier cette propriété à des entrepreneurs • Ceux-ci, poussés par Kntérêt personnel, si ce n'est pas l'humanité , procureraient du moins aux malades les soulagemens et les commodités qu'il serait possible de rassembler dans ce triste séjour.

La route de Ragatz , qui longe le Rhin, oftre diverses traces d'inondations dans l'espace qu'on parcourt pour arriver au pont , et dans la proximité duquel la Landquart se décharge dans le fleuve. On remarque quantité de bancs de gravier, sur lesquels des broussaiUes essaient de prendre racine, jusqu'à ce que de nouveaux flots les en arrachent, et mettent fin à leur existence éphémère. Le Tamin , la Landquart , les ruisseaux de Flosch , de Mayenfeld , de Jenin , dont les derniers prennent leur source dans la chaîne élevée de Falknîs , ne cessent de rouler, d'accumider dans le Rhin de fort gravier et des décombres de rochers , en sorte que ce fleuve , par l'élévation graduelle de son lit , rend de jour en jour plus imminent le danger auquel son voisinage expose les vallées et les rives floi-issantes de la Senez , des lacs de Wallenstadt et de Zurich , et de la Limmat.

La triste expectative des inondations futures auxquelles tant de contrées de la Suisse sont constamment exposées , fait encore mieux seu-

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tir la haute importance des ouvrages qui ont été exécutés sur la Linth. Espérons que le noble esprit qui a conçu et réalisé cette grande entreprise servira d'exemple à nos compatriotes, et qu ils ne se borneront pas à Tadmirer. Est-il besoin d'un gouvernement central là où les diflFérens peuples qu'embrasse une confédération, mus par une tendance généreuse , se constituent en mutualité pour coopérer au bien général?

Quel tableau pour nos Suisses que celui que leur offre la Linth ! Que d'entreprises d'utilité publique pourraient être réalisées , si chacun , restreignant les dépenses superflues et de pur luxe, leur consacrait seulement ces épargnes! O patrie! quand verrons-nous se réaliser pour toi l'âge d'or , où une heureuse fraternité étendra sur tous les cantons son influence bénigne , où le riche particulier d'un canton se croira obligé de contribuer au salut , à la prospérité du can« ton voisin; où l'infortuné d'un canton trouvera dans tous les autres hospitalité et secours; où les maux qui pourraient peser sur un canton , éveilleront la sollicitude de chaque Suisse ? C'est sur cet esprit , et non sur des conventions écrites , que doit se fonder notre sûreté commune.

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