‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HOUTE DE COIHE A DAVOS. EXCURSION AUX ALPES

DU HAUT PRETTIGAU.

Coire. — • Vallée de la Plessur. — Avantages des forêts de m^ lèze. «^ Malix. «^ Ghnrwalden. — * Vall^ de Parpanlieide. — Economie mrale. •- Felisor. «- Végétation. «- Comparaison avec les Alpes bernoises. — • Loi salutaire dn gonvernement de Berne, concernant les forêts. — Mojen préservatif contre les avalanches. — • Vallée de Sertig* — Abri salntaire des fo* rets. «■ Pâturages de Kloster. «■ Constitution de Kloster.

Introduits , par les honorables bourgmestres IfM. d'Albertini et de Tschaner , dans la sociëtë de personnes d*un mërîte transcendant, les courts instans que nous passâmes à Coire furent pour nous une source d'agrément et d'instruction. Nous apprîmes entre autres qu'on venait de fonder un séminaire , dans le but de former des régens habiles pour les écoles normales; institution dont le besoin se faisait sentir depuis long-temps , et qui maintenant ne laisse plus rien à désirer sous ce rapport. En parcourant les digues élevées sur le Rhin , nous remarquâmes, sur les rives fangeuses du fleuve, des bouleaux d'une dimension peu commune, et dont

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plusieurs n'avaient pas moins de trois pieds de diamètre ; la digue même nous offrit aussi un phénomène de végétation qui nous parut digne d'être consigné ; nous découvrîmes des troncs d'aunes , faisant partie de cette digue , et disposés à la base , qui avaient pris racine , et qui étaient couverts de rejetons. Une parcelle de terrain maigre, que nous trouvâmes au milieu d'un pâturage, et qu'occupait du trèfle assez bien venu , est l'unique essai , en fait de prairies artificielles, que nous ayons jamais rencontré dans les Alpes que nous avons parcourues.

Nous côtoyâmes les bords de la Plessur , qui se décharge dans le Rhin , près de Coire. Dans l'espace que ce torrent impétueux parcourt à travers la plaine , on l'a renfermé dans un lit au moyen de balustres composés de troncs d'arbres, et disposés les uns sur les autres j cette digue ressemble assez aux conduits qu'on pratique dans les mines pour faire écouler les eaux. Près de la ville , on traverse la Plessur sur un beau pont de mélèze , bois qui a servi aussi à la construction de la digue. ConMne le mélèze de mon<tagne, considéré comme bois de construction, dure quatre fois plus que le pin qui aurait crû dans un même degré d'élévation , l'importance d'un avantage aussi évident devrait engager les montagnards à substituer peu à peu aux forêts

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de pini$ des plantations de mélèze; il en résulte^ rait , du moins pour les besoins de la bâtisse , une: grande économie de terrain , qu'on pourrait utilise^ comme pâturage ou autrement. Ce simple exemple montre combien le bon choix des espèces est important lorsqu'il s'agît de planter des boîs.

Quoique montueuse , la route qui conduit de Coire au Septime et à TÂlbula, est praticable pour les voitures jusqu'à Malix. A partir de ce village , la difficulté de la montée est compensée par Taspect des ruines pittoresques du châ-^ teau de Strasberg , et par le village de Maladre , qu'on voit en perspective conune suspendu sur les bords escarpés de la Plessur. A Churwalden , ou nous passâmes la nuit dans une habitation de pauvre apparence, mais cependant pourvue de fort bons lits , on voit avec étonnement les ruines d'un vaste monastère , dont la destruction date probablement des proscriptions auxquelles furent en butte les catholiques pendant la guerre qui désola la Valteline. Nous dûmes nous contenter de cette simple conjecture , vu l'ignorance complète des hâbitans. Une semblable ignorance sur un événement qui se rattache si intimement à leur position , prouve que l'histoire nationale est tout aussi peu cultivée dans ces contrées que dans les Alpes occidenta-

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les. I)oinicilié actuellement dans une partie encore habitable de ces ruines, le pasteur réformé n'eût pu choisir un local* plus propre à faire naître de salutaires réflexions sur l'instabilité des choses humaines»

Quoique Churwalden soit élevé de trois mille huit cents pieds environ au-dessus de la mer , le lin , le chanvre , ainsi que Torge , réussissent encore dans cet endroit ; le seigle d'automne y vient aussi 9 sans qu'on puisse pourtant compter sur une constante récolte de ce produit. Les cerises y parviennent à maturité ; mais on n'y trouve point de fruits à pépins. A Parpan , village situé six à sept cents pieds plus haut que Churwalden , on ne cultive plus aucune espèce de céréale; on nous assura pourtant qu'il s'y trouvait naguère un cerisier qui portait des fruits. Diverses espèces d'arbres , tels que trembles d'Italie , frênes , cerisiers à grappes , qui existent à Churwalden , ne végètent plus à Parpan. La seule plante qu'on cultive dans ce dernier endroit, est une espèce dé Rumex alpin , qu'on utilise pendant l'hiver

* Dans Pouvrage intitulé , Ber neue Sommier fur Bûn^ den,\ïj p. 219 y la hauteur de Churwalden est évaluée à 3,964 pieds au-dessus de la mer. Ici, le 19 août, à cinq heures et demie du matin , notre baromètre était à 24** 5' 6^' , et le baromètre correspondant de Berne à a6* 4' 6'' ou environ.

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pour engraisser les cochons , et qu'on prépare à cet effet de la manière suivai^te. On tord le pied de la plante, opération qui en détache le tissu cellulaire , puis on Tentasse avec une faible addition de sel dans des fosses garnies de planches , dont le couvercle se charge de pierres.

L*aspect du village de Parpan a quelque chose de frappant. Et, en effet, comment ne pas être étonné de trouver, à ce degré d'élévation et dans un pays complètement inculte , de très-belles maisons de pierre, dont quelques-unes même sont ornées de balcons superbement dorés? Les décors , tels que les couleurs tranchantes , les dorures, etc., qu'on remarque dans les vallées suisses qui avoisinent l'Italie , sont un faste d'architecture que les habitans ont emprunté sans doute de ce dernier pays, où l'on cherche à compenser, par les jouissances du luxe, bien des genres de privations que n'éprouvent pas les Suisses. ■

Pendant une lieue environ , la route de Parpan à la vallée d'Albula en traverse une qui est toutà-fait déserte , et dont l'aspect monotone n'offre pas la moindre trace de culture. Le sol, qui s'étend sur des pentes peu inclinées , ne pi::ésente que de maigres pâturages , dont l'aspect est d'autant plus fâcheux, qu^^n voit briller au loin la riche verdure des prairies fertiles qui entourent Motta; ce hameau, assis sur la pente de la mon-

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tagne , se montre pourtant plus élevé que le triste désert que nous traversions. Cette vallée de Lenzerheide, qui pourrait contenir plusieurs villages , et être fertilisée par la culture , nous oftrit un des nombreux exemples dont on peut inférer que la manie d'émigrer qu'on remarque chez les Grisons , n*est certainement pas déterminée par le manque de terrain cultivable.

Les communes de Churwalden et de Parpan sont riches en pâturages; mais la valeur numéraire de ces fonds n'équivaut tout au plus qu'au quart où elle est portée dans les vallées des Alpes que favorisent une plus nombreuse population et une meilleure culture. Dans ces deux commu* nés, le droit de pâture, pour une tête de gros bétail, s'acquiert à perpétuité, moyennant la faible somme , une fois payée , de trente livres de Suisse , tandis que , pour cent florins du pays , on peut obtenir , en toute propriété , un fonds de pâturage équivalent. L'indivisibilité des pâturages communaux, le manque d'industrie rurale , le peu d'aisance des habitans , sont sans doute les causes véritables qui ravalent le prix des propriétés , ainsi que l'exclusion des étrangers , qui , comme nous l'avons observé déjà, n'ont droit ni d'admodier , ni d'acquérir. Ce préjugé funeste règne presque partout dans les Alpes , et s'étend même si loin dans quelques contrées de la haute

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rëgion de Berne , que les habitaDS n'y ont pas mâme la facnlf ë de vendre le foin récolte hors da district ou de la parusse , arant de f avoir offert préalablement aux propriétaires de FendrcMt, et notamment aux riches.

Dans la vallée transversale de Lenzerheide , le pinastre se montre encore quinze cents pieds au-dessus du fond , sur les pentes qui font face k Fouest , tandis que , du côté opposé , la végéta:tion des arbres de haute futaie disparait, pour faire place aux arbustes alpestres* On a remarqué que les flancs des monts exposés au soleil levant sont , pour la plupart , moins favorables à la végétation fcnrestière que ceux qui se trouvent sous Finfluence du couchant , attendu que, dans le premier cas , Faction des frimas et des gelées est toujours plus nuisible au principe vital des arbres. H est possible cependant qu*i l'égard de la situation locale dont il est question , le dénuement de bols provienne de négligence , ou soit la conséquence d*un système de destruction, pour augmenter, au détriment des forêts, l'étendue des pâturages.

Nous traversâmes rapidement les belles prairies de Lenz , de Brienz , d'Alvenen , et atteignîmes Filisur , ou nous trouvâmes à la fois et bon gîte et bon traitement. Le temps étant favorable , nous nous remîmes en route de grand ma-

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tîn , dans rintention de gravir la montagne qui se présente du c6té sud du bourg. Après une marche, que rendait très -pénible la roideur de la pente, couverte de pîns^ de cîmbres* et de mélèzes^ nous atteignîmes un sommet appelé Baerenboden. Quoique le sol ne soit composé que de pierres calcaires , et que la situation soit en plein nord , nous trouvâmes néanmoins , k une élévation d'environ six mille deux cent vingtcinq pieds ,*• des mélèzes de belle venue , et de Fépsusseur d'un pied et demi de diamètre sur soixante pieds de- hauteur; la végétation des cimbres , des sapins , n'est pas moins satisfaisante. Nous découvrîmes même encore , six cents pieds plus haut, quelques-uns de ces arbres sur la cime d'un rocher, et placés sans doute au plus haut degré d'élévation qui soit compatible à leur nature. Nous n'aperçûmes , du reste , ni le pin des Alpes , ni le sureau aquatique ou aune des Alpes , mais seulement quelques

* Pùitts cùnBra.

** Le ao août^ à six heuFes du matin , le Baromètre était ^ à Filisur, à ^S° i' &\ le thermomètre à 6*^,, ce qui êqalTautà S^aoo pieds au-dessus de la mer. A midi, sur le sommet du BsBrenboden, le premier indiquait ni" 4' i"> le second ii^ Le même jour, à huit heures du matin et à midi, le Juiromètre eorrespondani de Berne était a »6- 6' 4".

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néfliers saunages {^ckfomtmespilms.) Tckis les arbres dé^gnés , hormis quelques mélèzes , n'étaient nullement dégénérés, tandis que, dans les montagnes bernoises, les arbres de hante futaie se rabougrissent et dépérissent graduellement , à mesure qu'on s'éieve.

DuscMnmetdu Bserenboden, la rue, qui s'étend sur les pâturage situés entre FAlbula et le torrent de Davos , nous permit d'observer la différence qui existe entre les pâturage de la haute ré^on de Berne et du canton des Grisons, sous le rapport de leur élévation respective : différence qui explique en partie la raison pour laquelle les premiers ont une plus haute valeur , et sont plus productifs. Les pâturages i vaches, que nous découvrions en face , sont situés à une hauteur égale à celle du Baerenboden, tandis que les hautes prairies des villages de Latsch et de Bergun, qui figurent sur les flancs de FAlbula, se trouvent beaucoup plus élevées que ne le sont la plupart des pâturages à vaches qui existent dans les mont^^es de Berne. Oa peut admettre en général que , dans ces dernières , les pâturages à vaches sont moins élevés que les hautes prairies des Grisons; et, en même temps, que les pentes où les Bernois font pâturer les moutons , sont situées à une moindre élévation que les pâturages où les Grisons sont obligés de conduire

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le gros bétail. Ceci provieat de ce que, chez les Grisons, le produit des prairies, eu fourrage sec pour l'hiver , est loin d'équivaloir aux ressources alimentaires que les vastes pâturages offrent au bétail pendant Tété. Cet état de choses fait que les montagnards transforment en fonds de prairies des pâturages d'été , déjà trèsélevés en eux-mêmes, dans le but de se procurer les moyens d'hiverner le plus de bétail possible : en sorte que les locaux à pâture qui restent disponibles , étant situés à une hauteur immense, sont en général peu productifs. D'un autre côté , comme la proximité* de l'Italie , qui rend le commerce des bestiaux très-actif, renchérît le fourrage, ainsi que l'entretien d'une quantité de chevaux que nécessite le transit , il suit que , pour économiser ce fourrage précieux, on ne le distribue pas en quantité suffisante aux vaches , qui ne donnent en conséquence qu'un mince produit de lait pendant la mauvaise saison. L'exploitation des prairies et des pâturages n'est donc que d'un bien faible rapport pour les montagnards grisons. A l'égard des accidens auxquels les vicissitudes de la température exposent le bétail , ils doivent être d'une nature plus grave chez les Grisons que dans la haute région de Berne , ndn-seulement à cause de la plus grande élévation des lieux , mais aussi parce que les pâtura-

iS'j, BOUTS DE coins

ges sont encore moins pourvus d'abris. Au total , les obserrations que nous venons de faire , montrent que Famélioration des basses prairies est encore plus urgente chez les Grisons que dans la Suisse occidentale.

Bien que le Banrenboden soit à trms fortes lieues de Filisur , les habitans de ce bourg n'en ont pas moins pratiqué sur la montagne un chemin à traîneau, qui communique avec les pâturages : plusieurs attelages de bœufs transportaient des terres et du gravier pour réparer ce chemin. La haute région de Berne n*en offre aucun de ce genre qui lui soit comparable. En général , les Grisons l'emportent j sous ce rapport j sur les vallées bernoises.. Dans beaucoup de ces dernières , les habitans n'ont jamais fait le moînr dre effort pour se faciliter l'accès des forêts et des pâturages élevés. Aussi, ces montagnards indolens sont-ib obligés de faire rouler le bois du haut des rampes , au grand préjudice des forêts inférieures. Ce manque de chemins frayés a un autre inconvénient non moins grave , lorsqu'il s'agit de charier à travers les pâturages les objets qu'on a à descendre dans les vallées. Les traîneaux • dont on se sert à cet effet, déchirent

* Dans rOherland bernois, ces traîneaux se composent de jeunes sapins d'environ dix pieds de longueur , qu*on

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le gazon ; les pluies s'en mêlent , et il en résulte enfin de profondes crevasses, et souvent des éboulemens toujours plus ou moins préjudiciables.

Situé dans une profonde vallée d'un aspect sombre et sauvage , le bourg de Filisur , animé d'ailleurs par le fort transit que lui procure le passage de l'Âlbula, tire aussi quelque agrément des ruines du château de Greifenstein qui , dominant les rives du torrent impétueux , offrent divers points de vue pittoresques. Ces rives , cultivées avec soin, donnent du lin, du chanvre et du seigle, produits dont les deux derniers ne réussissent plus à Stulz , situé à mie lieue plus haut. Quant au seigle , il ne vient même à Filisur qu'autant qu'on le sème de très-bonne heure dans un terrain abondamment fumé , et immédiatement après le labour. Comme le droit de pâture , dans les propriétés privées , est en vigueur , le bétail pst introduit dans les champs

lie au moyen de traverses , sans les dépouiller des bran* ches, qui , froissant la terre, opposent une résistance assez forte pour neutraliser l'impulsion de la descente. Un homme, placé devant le traîneau, le dirige avec autant de force que d'adresse, par les pentes les plus rapides. Mais comme cette espèce de voiture ne peut servir que pour un seul voyage, on conçoit que l'opération, sans cesse réitérée I détruit des milliers de jeunes plants.

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de seigle , soit au printemps , soit en automne j sans que cela nuise à la moisson ; c'est du moins ce que nous ont assuré les habitans. La pâture dans les propriétés privées commence au printemps , après la fonte des neiges , et ce sont les membres mêmes de la commune qui décident , à la pluralité des voix , le temps quen doit durer la jouissance. Ce droit , dont les propriétés sont grevées , est rachetable , autant que la commune veuille approuver ce mode d exemption. Cette charge existe dans presque tout le pajs des Grisons 9 et elle est si préjudiciable , quil est à peu près impossible que leconomie rurale puisse prospérer tant qu on ne parviendra pas à Tabolir. Un règlement salutaire de l'ancien gouvernement bernois, relatif au droit de pâture dans les forêts, autorise à interdire l'entrée d*un tiers des propriétés. Cette restriction serait suffisante pour remédier aux dégâts, pourvu toutefois quon soignât convenablement la portion indisponible. Une loi , très^antérieure à ce règlement, loi qui s'étendait sur tous les cantons , mais qui malheureusement na pas été mise à exécution dans la plupart , et qui est tombée dans loubli , voulait que le droit de pâture fût décidément rachetable, d après des formes qui excluaient tout esprit de partialité , et prévenaient l'arbitraire , chacune des parties y étant autorisée à nommer

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des juges arbitres pour fixer le prix du rachat. Si ces deux lois étaient en vigueur dans nos cantons , elles produiraient d'excellens effets , surtout dans les pays qui , tels que les Grisons , ont pour industrie principale l'éducation des bestiaux.

A Wiesen , village à quatre mille quatre cents pieds * au-dessus de la mer, et situé près du torrent de Davos, sur le penchant de la montagne qui regarde le sud , le seigle parvient quelquefois à maturité , pourvu qu on le sème immédiatement après la moisson ; les habitans nous assurèrent même qu'il n'est pas rare d'y voir réussir le chanvre. Près de l'église de Notre-Dame de Davos , nous remarquâmes des granges pourvues d'échafaudages propres à opérer la dessication de l'orge qui n'a pas atteint sa parfaite maturité , et en niéme temps des murs avancés, construits dans le but de préserver les maisons des avalanches. On ajoute à cet effet , au côté ou le bâtiment peut être menacé , un mur pyramidal et triangulaire , de la hauteur du toit, dont Tangle

* D'après une obseryation barométrique qui eut lieu le II août 1812 y Wiesen serait plus élevé. Ledit jour^ à neuf heures et demie du matin , le baromètre y était à i/i* o' y y le thermomètre à 14*» tandis qu'à Berne U baromètre correspondant se trouvait, à midi, à 16* 6' i'\ «t la thermomètre à 17*.

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aiga rompt le choc de faTalanche* On en^pIoK la même prâ^astion dans ht contrée de Fexmdl, ▼allée latérale de ceOe de Sûmnen; mais cr mojen ne psrait pas être comm dans les antres ^ vallées de la haute région de Berne , pas même dans celle de Gadmen , oà les aralanches ont détrait tant d'habitations , et ont coûté bt vie i tant de monde. Parmi les décombres entraînés dans la vall^ par les terrens , ht fnssiL^* se montre en grande quantité* Oxnme fe bétaii ne reut pdnt de cette plante cpiand elle est frakbe, les habitans la lanchent pour les brebis et les che* yres , qui la mangent vob>ntiers comme Coarrag^ sec. Va que les dépôts des torrens , ainsi que les terres éboulées, ne (MXMliiiâent pcont de bonnes {^ntes, on pomrait les utiliser du moins à ht culture de la fussilage.

Retenus assez long-temps dans la mine par une forte pluie, faimable société que nous y trouvâmes nous la fit cependant quitter à regret, pour visiter la vallée latérale de Sertig : elle esfe située au sud de Davos , et s âeve graduellement du cdté des glaciers de la Scaletta. De Téglise de Notre-Dame de Davos , on côtoie pendant deux lieues un torrent d'un aspect sauvage , et Ton ar-

* Fuêsilago AJba,

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tive à FégKse de Sertig , qu entourent un gazon uni avec une douzaine de chaumières. Cet endroit se trouve à une élévation de 565o* pieds environ au-dessus du niveau de la mer. Nous aperçûmes près de Téglise une petite plantation de raves, mais ni pomnies de terre ^ ni céréales. Ce n'est que deux cents pieds environ au-dessous de l'église , qu'on trouve quelques champs abrités par une forêt de sapins. On y cultive des pommes de]^terre et de l'orge , qui parvient fréquemment à pleine maturité. Exposé au vent du nord , le terrain qui se trouve près de l'église ne produit pas même des carottes , qui cependant réussissent dans une plus haute région que celle où finit ordinairement la végétation de l'orge et des pommes de terre ; nous trouvâmes pourtant, dans cette même exposition , un enclos où fleurissait cette espèce 4^ trèfle * * qui sert à assaisonner le schabcygre , et dont les habitans de cette vallée font aussi usage pour relever feimplement le goût du seret , et non dans le but d'en confectionner du schabcygre , à l'imitation des

* Le 24 août, à midi, le Laroraètre était, à Sertig, à ^^•7' 3", le thermomètre à ia°; le même jour, à Berne, le baromètre était à a6* V 7" , et le thermomètre à 1 6\

** TrifoUum melilotus cœrulea.

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Glamais. En songeant que cette plante j qnicrcrft spontanément dans la Ly bie j * réussit dans Fâpre cUmat des Alpes, nous crûmes à la possilnfité d*eniichir les montagnes de la Suisse de plantes indigènes des climats chauds, et surtout de celles de la classe des papillionacéts ^ dont se composent en partie les fourrages. Le trèfle tybien végétant au pied des glaciers de la Scaletta; Fabricotier acclimaté dans le Grindenwald , sont des faits bien pro{ves à donner l'éveil à la science , et à £iire naître de flatteuses espérances pour l'avenir. Puisse notre patrie posséder toujours de ces génies profonds et bien£ûsans, qui , tels que les Haller , les Decanddle , sachent pénétrer les secrets de la botanique, et en réaliser les trésors! H est constant que cest aux naturalistes principalement que la société est redevable des principes de prospérité et de âvilisation que développeront les temps à venir.

La forêt de sapins qui protège les champs de Sertig , et £aivorise la culture de forge et des pommes de terre à ime élévation de plus de cinq mille pieds , nous ofire un nouvel exemjde de l'importance qu on doit attacher à la conservation des forêts dans les hautes régions de la Suisse. Combien les vallées exposées au vent du

* D*après Blackwell et Gârlaer.

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nord ne gagneraient-elles pas si elles en étaient abritées , et combien ne devrait-on pas s'appliquer à ménager les bois qui existent , et à les créer là où il n'en existe pas ! Cette dernière hypothèse offre sans doute des obstacles dérivant de l'intérêt personnel ; mais , lorsqu'il s'agit du bien-être de communes entières , de tels obstacles sont toujours faciles à aplanir sans blesser la justice , au moyen de dédommagemens ou de compensations.

Immédiatement au-dessus de Sertig , les pentes est et ouest de la montagne sont couvertes d'azalée , de bruyère , de sureau aquatique. Ce n'est qu'à plus d'un millier de pieds de hauteur , qu'on aperçoit des cimbres* clair-semés, et de très-belle apparence. Pourquoi les habitans ne propagent-ils pas cet arbre dans les vastes déserts qui les entourent , et qui sont le domaine d'arbustes et de broussailles inutiles ? Les propriétés de cette vallée s'exploitent comme pâturages , ou sont utilisées comme prairies. Le fourrage qu'on en "retire , une fois consommé , les pâtres abandonnent le hameau, sans toutefois y être déterminés par la crainte des avalanches , car celles-ci n'y sont nullement dangereuses. Quoique la vallée de Sertig soit plus élevée que

* Pinus eimbra.

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celle de Davos , le froid est souvent bien moins rigoureux dans la première , où rien n*empéche^ rait qu'on y formât des établissemens stables , surtout si l'on considère que la culture des prairies pourrait y être introduite avec succès* Il est certain que les ressources alimentaires des Grisons pourraient être doublées, si les habitans voulaient ou savaient utiliser les dons que la nature a répartis même à ces déserts.

A Sertig , la valeur numéraire d'un morceau de prairie dont le produit peut suffire à hiverner une vache , est de quatre cents , et à Davos de cinq cents florins, monnaie du pays;* le droit de pâture , pour une tête de gros bétail, ne coûte que cinquante florins , une fois payés. L'acquisition de ces droits ne concerne que les propriétaires de la vallée. Autrefois les étrangers acquéreurs étaient assujettis , en faveur des indigènes , à un droit de mutation imprescriptible : ce droit , si préjudiciable à la valeur des propriétés , et qui existait dans une grande partie de la ligue Grise , est maintenant restreint de manière , qull ne se perçoit plus que par les plus proches parens du vendeur, jusqu'au troisième degré , et seulement des étrangers non Suisses.

* liC florin Tant à peu près i franc 75 centimes.

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Malgré cette restriction, ce droit n'a pas cessé d'être nuisible à la prospérité du pays.

Les bords du torrent de Sertîg ne sont cultivés que sur des pentes trop roides pour qu'on puisse les utiliser comme prairies. En général, dans toutes les vallées montagneuses des Grisons , la culture des produits qui alimententrhonime , n'y est pour ainsi dire qu'accidentelle , c'est-à-dire qu'on ne lui consacre que cette partie du sol qu'on ne saurait utiliser pour le bétail. Le peu de cas que ce peuple fait de l'agriculture , prouve qu'il en méconnaît ou qu'il en ignore les précieux avantages ; son unique industrie ne consiste qu'à tirer , à sa manière , le meilleur parti possible des prairies naturelles et des pâturages* Les Grisons pourraient cependant améliorer considérablement leur position , s'ils savaient se ménager les ressources inhérentes à là nature de leur pays , ressources que leur offrent d'un côté l'économie forestière là où la nature des lieux les rend inaccessibles au bétail et impropres à la culture , de l'autre le défrichement des landes cultivables ou propres à être utilisées comme prairies , et que couvrent partout de stériles broussailles.

A Sertig, le bétail ne reçoit point de litière , les jeunes sujets exceptés ; le fumier se répand

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sans mélange sur les prairies , et quelquefois sur la neige. Le peu de litière qu'ils emploient consiste principalement en mousse et en rejetons de sapins , qui , mêlés avec la bouse , donnent un excellent engrais , surtout pour les pommes de terre. On peut utiliser , avec non moins de succès, les épingles du pin et du mélèze, dont les parties résineuses , renfermant une forte dose de carbone , contribuent à augmenter la fertilité du sol. Les forêts à épingles offrent sous ce rapport un avantage précieux aux pays agricoles qui en possèdent.

Une excursion que nous fîmes à Kloster et aux Alpes limitrophes du Tyrol et dé TEngadine, nous permit de nous procurer divers renseignemens sur Tétat de l'économie rurale de la haute région du Prettigau. En voici le résumé:

Les pâturages de la commune de Kloster nourrissent trois cents bêtes à cornes. Chaque feu obtient , pour la culture des céréales et des plantes légumineuses, autant de terrain qu'il en peut faire valoir , mais pour cinq années seulement , et à charge de purger le sol des pierres et des mauvaises herbes : ce terme une fois échu , la commune rentre dans ses droits, et dispose du fonds à volonté. Tout paysan possesseur de droits de pâture , est en même temps autorisé à

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s*approprier une certaine portion des foins que donnent les pentes trop escarpées pour être accessibles au bëtail ; mais , indépendamment de ces pentes, il existe d'autres endroits beaucoup plus élevés , et qui sont vacant , c'est-à-dire que chaque membre de la commune a droit de s'en approprier le produit ; l'usufruit de ces prairies sauvages peut, en conséquence , passer chaque année en de nouvelles mains : voici de quelle manière s'en opère la prise de possession. Le jour de la S'-Jacob , le faucheur qui a une place en vue , s'y transporte avant le lever du soleil , et annonce sa prise de possession par de grands cris; si l'on n'y répond pas, il demeure paisible possesseur du local : dans le cas contraire , il est évincé , et forcé de chercher fortune ailleurs , ou sinon de se contenter de la moindre part du produit de la fenaison , quoiqu'il soit obligé de remplir la moitié des travaux. Dans la crainte d'être prévenus , ces hardis faucheurs occupent souvent les lieux dès la veille du jour désigné, et passent toute la nuit sur les confins de la région des neiges , bravant le froid et l'inclémence de la température. Cette coutume bizarre dénote un peuple endurci à toutes sortes de fatigues , et milite en même temps en faveur de sa bonhomie et de la douceur de ses mœurs , la con-

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currence entre ces faucheurs ne donnant , à ce qu'on assure , que très-rarement naissance à des procès ou à des voies de fait.

Les pâturages communaux situes dans des fonds et sur la pente des montagnes , s'étendent à deux lieues en delà du bourg , le long de la Landquart , en remontant. A partir de Kloster , la vallée se présente sous un aspect de plus en plus sauvage : le sombre pinastre domine sur les hauteurs , et contraste avec la pâle verdure des pâturages , qui n'oflfrent nulle part ce beau vert foncé des prairies fumées , sur lequel l'œil se repose si délicieusement.

Quoique situées en grande partie dans le fond , les prairies , dont l'exploitation est facile , n'offrent cependant aucune trace des améliorations qu'on remarque dans les vallées bernoises d'Emmenthal et de Simmen , analogues à celles de Kloster , sous le rapport de la situation. Ici , une partie des prairies se fume d'une manière toute particulière. Comme il n'existe point d'étables dans les, pâturages , les vaches se traient dans des hangars qu'on dispose sur des pentes douces , voisines d'un ruisseau ; lorsque le fumier s'est amplement accumulé , on détourne le ruisseau pour le faire passer à travers la hutte , en sorte que les eaux, chargées de fumier, le déposent sur les prairies inférieures , qu'elles arro«

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sent. Cette irrigation grasse communique une fertilité merveilleuse au terrain ; mais , comme cette fertilité n'est pas moins favorable aux mauvaises herbes qu'aux bonnes , ce procédé , en luimême , est peut-être encore plus nuisible qu'il n'est efficace.

Kloster se distingue avantageusement du bas Pirettigau , sous le rapport de sa constitution municipale; et l'élection des magistrats y est accompagnée d'une solennité digne de remarque. L'élection populaire n'est pas immédiate ; elle se fait de toute ancienneté par l'intermédiaire de chefs d'élection. De deux en deux ans , le peuple 5 constitué en trois sections , se rassemble à cet effet le premier dimanche du mois de mai , immédiatement après le service divin. Le premier juré ouvre la séance par un discours analogue aux circonstances , après lequel chaque juré invite deux membres des plus âgés de chaque section à proposer des chefs d'élection. Les six vieillards 5 formant trois comités séparés, se retirent à l'écart , ou , après avoir délibéré , les délégués de chaque section proposent deux chefs d'élection à leur commune , qui les accepte ou les récuse à la pluralité des voix. Le choix des six chefs d'élection étant fait , ceux-ci se rassemblent àla maisoi) de ville , pour y procéder eux-mêmes à l'élection , pour les deux années suivantes , d'un

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bourgmestre ou laudamuian , et pour délibérer sur les amendemens nécessaires en ee qui con-" cerne les affaires particulières des communes , le culte et les écc4es. Les arrêtés sont soumis au peuple j auquel on propose en même temps trcns candidats à la place de bourgmestre. Ceux-ci , accompagnés dés anciens magistrats, des chefs d'élection , des baillis des communes , des autres fonctionnaires et de tout le peuple , étendards déployés et tambour battant , se rendent en procession à la place de l'église. Ici , les anciens magistrats se rangent siu- une espèce d*estrade; en face , les nouveaux chefs d'élection avec lés porte-étendards : le peuple , placé derrière , forme un vaste demi-cercle, fl règne un silence solen^ nel. L'auditoire , tête nue , prête une oreille attentive au discours du président des chefe d'élection , qui manifeste ses sentimens patriotiques avec effusion et sensibilité , rendant grâce à la Providence du maintien d'une liberté chérie. Il remet ensuite , au bourgmestre sortant , les propositions de lois et d'élection , pour qu'il les soumette à la sanction du peuple. Ce point terminé, l'ancien bourgmestre rend compte de son administration j après quoi on retourne à la maisoi de ville dans le même ordre qu'on en est venu Là, les chefs d'élection, sous la présidence di nouveau bourgmestre , procèdent à la nomina

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tion des huit nouveaux membres de la magistrature , ce qui , terminé , le greffier fait part au peuple du nom des élus et de toutes les conclusions qui ont été approuvées par l'assemblée souveraine du peuple. Le reste de la journée est consacré à toutes sortes de divertissemens populaires , et entre autres à un grand repas , auquel participent les autorités anciennes et nouvelles.

Telle est la constitution d'un peuple libre et simple; mais ce n'est pas à cette constitution qu'il est redevable de ce qu'il est. Rousseau , qui jugeait le monde quelquefois d'après Paris , souvent d'après ses rêveries ; Rousseau a prétendu qu'une pure démocratie ne pouvait exister, à moins que le peuple ne tïït un composé d'anges. Dire jusqu'à quel point les habitans du haut Prettigau se trouvent éloignés ou rapprochés de cet état de perfection , est une question que nous ne saurions résoudre; mais nous croyons pouvoir assurer hardiment qu'en temps de crise , un prixice juste et bon pourrait toujours se reposer en toute confiance sur un peuple de la trempe de celui que constituent les libres pâtres de KJoster.

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