‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 17 sur 45 · BOUTE DU PASSAGE DE LA FLUELA A TAHASP · texte numérisé non relu

BOUTE DU PASSAGE DE LA FLUELA A TAHASP

Vallée de la Flvela. — Sas. — Economie mrale. — Valeur nn« m^raire des fonds de terre. — Fermages. — Prix des fermages , compara k cens de Berne. — • LaTÎn. -«• Biaisons delà- ])fées. *- Emiijritîoa. — Population et indnstrie de la basse Engadine. — ÀTalanches. — Garda. *- Schnls. *- Trait ca« ractéristiqne. — Ancienne fiHteresae de Tarasp. — Charme des anciens Rbériffns.

Étroite , parallMe aux vallées latérales de Seiv tig et de Desma, et s'élevant de celle de Davos du côté de la chaîne de la Scaletta et de la Sal* vretta , telle est la vallée qui forme le passée de la Flaela, et conduit dans la basse Engadine. Pourvus de montures que nous nous procurâmes à Hofnungsau , nous partîmes de grand matin de cet endroit , afin d'arriver le même jour à Garda. La vallée de la Fluela , aussi âpre qn:e celle de Sertig , n est pas moins élevée ; et les flancs des monts qui la dominent , offrent à peu près le même aspect. La région basse est garnie de bois , la moyenne de broussailles jusqu'aux glaciers : on n'aperçoit que rarement des rochers

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félës OU tailles à pic, et les pentes, doucement inclinées , ne présentent que peu de décombres et de masses détachées des monts. Ici , comme ailleurs , le côté oriental de la montagne est moins âpre que Toccidentol, dont les vallées transversales , plus profondes , sont bordées aussi de rampes infiniment plus escarpées.

Après une marche aussi monotone que pé* nible , nous atteignimes Thospice spacieux de Tschugen , et fûmes agréablement surpris d*y trouver , à uncélévation de 5,900 pieds * environ , toutes sortes de rafraîchissemens et des logemens assez commodes. Ces lieux incultes et sau^ vages ne possèdent que des pâturages; la seule plante qu'on y élève est Tespèce de Rumex alpin , qiii sert à engraisser les porcs.** Trois cents pieds environ au-dessus de Thôtellerie , on aper-* çoit encore des cimbres et des mélèzes de belle apparence : les fruits des premiers y parviennent même à maturité , et se récoltent au commencement d'octobre.

^ Le 29 août, à huit heures moins un quart, avant midi 9 le baromètre indiquait 22° 4' 3", le thermomètre 8° R.; et à Berne y dans le même temps, le premier a6°3'9'% le second 14'.

** Voyez page i45 de cet ouvrage.

A rextrëmitë supérieure du passage , est un petit bâtiment en pierre , propre à abriter les voyageurs. Ici , à une élévation de 7,4oo pieds* au-dessus de la mer , nous n'aperçâmes pas la moindre trace de neige. Sablonneux , couvert de décombres de hornblende schisteuse, de gneis, et dune apparence tout-à-fait stérile , le sol offrait pourtant en abondance la Poa alpina^ ornée de ses jolis panicules. Souvent nous avons rencontré , dans nos excursions , des plantes de cette espèce portant à la fois de la semence et des excroissances bulbeuses;** mais nous n'en aperçûmes point de pareilles dans cette contrée. La végétation forestière avait cessé. Ce ne fut qu'un peu plus bas , sur la pente sud , qui regarde la vallée de Tlnn , que se présentèrent les premiers pins , mêlés de genévriers , les uns et les autres de l'espèce qui est particulière aux Alpes, tandis que , sur la pente nord , on ne voit que des azalées , dont les feuilles couleur de rouille dénotent râpreté du climat ; un peu plus bas encore , du côté du sud , et à une plus grande élévation que

'^ Le 29 août, à dix heures du matin, le baromètre indiquait i\* 1' 8" , le thermomètre 9**; et à Berne, dans le même temps, le premier était à 26° 4' o'S I^ second à l4^

* * Poa vivipara.

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celai qui est tourne au nord , on aperçoit déjà des cimbres et des mélèzes d'une belle venue ; mais on remarque en même temps avec peine que, même sur ces monts inhospitaliers, où Tabri des forêts est si désirable , on les sacrifie sans scrupule pour gagner quelques poignées d'herbe : des troncs à moitié brûlés attestaient ces tristes dévastations. Les pâtres n'ont pas songé qu'en rompant la violence du vent du nord , ces bois procuraient un abri salutaire à leurs prairies , et les rendaient plus productives. Que de siècles la nature n'a-t-elle pas mis à la croissance de ces beaux arbres dont la destruction a été opérée en si peu d'instans !

Du sommet de la Fluela , plus élevé que le Grimsel , non moins haut que la limite aqueuse du St.-Gothard, et touchant à la région des glaciers , la vue n'est nulle part frappée par des objets qui soient de nature à éveiller de la terreur , et les formes des monts sont infiniment plus gracieuses que celles qu'on découvre du haut des montagnes du canton de Berne , du Valais et du canton d'Uri. Du point où nous nous trouvions , près du refuge consacré aux voyageurs , s'élèvent à très-peu de distance , dans la direction du sud-ouest , des pics entourés de glaces et de neiges éternelles , dont l'élévation peut être évaluée à onze mille pieds , mais dont nous ne pur-

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mes apprendre les Doms ;* à nos pieds deux petits lacs , le plus élevé limpide , et llnfériear trouble , réfléchissaient dans leurs eaux tranquilles les pics et les sonunets des uHHitagnes d*alentour ; derrière nous s'étendait la chaîne des montagnes de Davos , ombragées par de sombres fcH^ts; d'énormes, d'immuables glaciers étaient amoncelés au-dessus de nos têtes , sans qu'aucune avalanche interrompit le calme profond de cette solitude : enfin, sur le devant, se présentaient les pâturages verdojans de Sus , couronnés de hautes montagnes , qui s'élèvent graduellement et en pente douce ; et, plus loin, du côté du sud , les sonmiets radieux des monts qui séparent les Grisons de l'Italie.

Quoique la pente des Alpes , du côté sud , soit communément plus roide que dans la direction opposée , cette distinction convient si peu à la Fluela , qu'à la descente de cette montagne nous n'eûmes pas besoin de mettre une seule fois pied à terre , en sorte que nous arrivâmes commodément à Sus. L'aspect de ce bourg, semblable à celui de presque tous les bourgs et villages de l'Engadine, a de quoi surprendre l'habitant

* Serait-ce le Schwarzborn ou bien la Scalella ? Les pics des Alpes rhéliennes sont bien peu connus encore, sous le rapport de leur hauteur et de leur situalion.

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de la Suisse septentrionale. Des murs d'une blancheur éclatante , des contrevents de couleurs tranchantes , des balcons dores , de vastes portails surmontes de casques , et décorant Tentrëe d*appartemens , d'étables , de granges : tel est l'extérieur des maisons. Le costume des habitans ne parait pas moins étrange , celui des femmes surtout, qui se compose d'un corps de jupe noir, de bas rouges et d'une profusion de rubans verts. Cette bigarrure dans la bâtisse et dans le cos-« tome porte le caractère de la parade espagnole ,* qu'on ne s'attend guère à rencontrer dans cette haute vallée , et dont le voyageur intrigué cherche en vain à démêler l'origine. On est étonné surtout de voir l'orgueil héraldique se manifester sous l'influence des glaciers et des avalanches , conti*aste qui paraît encore plus bizarre si l'on considère que la constitution du pays' est fondée sur une égalité politique , et si l'on songe combien étaient simples les mœurs qui caractérisaient les anciens Suisses. Les plus entichés de cette manie sont des confiseurs , des fabricans de liqueurs , qui , revenus de l'étranger après y avoir fait fortune , croient rehausser leur valeur intrinsèque , aux yeux de leurs proches et de

* A. Chiavenna, on qualifie assez communément les notables de Tendroit de la particule espagnole don.

leurs voisins , en affichant beaucoup de luxe dans leurs habitations , et en les décorant d'armoiries. Quil est profondément enraciné dans le cœur de rhomme le penchant à se distinguer de ses semblables par un clinquant extérieur ! Avouons cependant que , dans la vallée de Sus , ce penchant se manifeste d'une manière bien innocente.

Embellis par l'accueil bienveillant de personnes considérées, et entre autres de M. Moor, l'un des fonctionnaires supérieurs du canton des Grisons et particulièrement distingué par ses lumières, les courts instans que nous passâmes à Sus nous en firent regretter le séjour. . Les habitans les plus recommandables s'y employaient, avec un zèle digne des plus grands éloges , à faire une collecte en faveur des malheureux Grecs. Obligés de nous remettre en route pour atteindre Garda, où nous devions passer la nuit , nous nous y dirigeâmes par Lavin , et y parvînmes d'assez bonne heure , heureux de trouver, dans un endroit élevé de 5,2oo pieds * au-dessus de la mer , avec un excellent

* Nos observations barométriques , qui eurent lieu par un mauvais temps, indiquaient 5,179 pi^^s au-dessus du niveau de la mer. L'ouvrage intitulé Der neue Sammler, n'en accuse que S, 140.

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gtte , tout le loisir nécessaire pour consigner les diverses observations que nous avions faites dans le cours de cette journée.

Du sommet de la Fluela , dans tout l'espace qu'embrasse la vue , llnn parait encaissée dans un lit profond et d*un cours régulier et direct. Les rives inclinées de cette rivière sont garnies de bois, après lesquels s'élèvent graduellement, du côté des montagnes , des terrasses composées de champs d'orge et de seigle qui s'étendent jusqu'à la lisière des forêts , et, au-dessus, les pâturages continuent sans interruption jusqu'à la région des glaciers. L'herbe , d'un vert pâle, dénote le peu de vigueur de la végétation, et, ce qui prouve en même temps que l'exploitation des prairies est peu avantageuse, c'est que le terrain qu'on y a consacré , est proportionnellement beaucoup moins étendu que celui qu'occupent les céréales , dont la culture parait beaucoup plus importante ici que dans aucune autre vallée des Alpes.

A Sus , ainsi que dans beaucoup d'autres communes de la basse Engadine , l'orge et le seigle se succèdent dans le même champ : on n'alterne jamais avec des fourrages artificiels. U existe, dans ce bourg et dans plusieurs autres endroits, une convention relative au mode d'exploitation des champs , qui , bien que contraire aux pro-

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grès de l'agriculture, dénote cependant des mœurs d'une simplicité patriarcale , qu'on cher-' cherait vainement ailleurs. La totalité des champs se divise en deux portions , Tune pour forge, l'autre pour le seigle alternativement; mais comme ces portions même se trouvent divisées de fait en quantité de parcelles appartenantes à divers propriétaires , et enclavées les unes dans les autres , sans haies de clôture et sans chemins de communication, on est convenu, pour éviter toute espèce de contestation, et parer aux inconvéniens qui pourraient résulter quant à l'accès des champs qui occupent le centre , de se réunir le même jour, à, un signal qu'annoncent les cloches , soit pour le lahour , soit pour la semaille et la moisson. On ne saurait disconvenir que cette coutume n'offre quelque avantage tant qu'on ne se départira pas de l'ancien mode de culture , mais il est à craindre que , par sa nature même , elle ne consacre à jamais d'anciens préjugés agricoles, sans permettre les innovations particulières , qui pourraient tendre à l'amélioration de l'économie rurale.

Dans les environs de Sus , un pré d'environ cent cinquante toises carrées , ou de six à sept quintaux de produit, vaut à peu près deux cents livres de Suisse , prix qui égale celui de

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