‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 25 sur 45 · LA HAUTE · texte numérisé non relu

LA HAUTE

d'engrais. On évalue que le labour , Fensemen-» cernent et les autres détails de la culture , ainsi que la récolte , le rouir , la broie , le seran , etc» forment 1 emploi de douze demi-journées, qui, à raison de 46 kreutzers , constituent le coût de sept livres de lin , et d'autant d'étoupe , en sorte que ce seul débours , abstraction faite de llntérêt.du fonds , de là graine et de Tengrais , excède déjà à lui seul la valeur réelle du produit. Cependant cette culture , celle des céréales , et en général tout ce qui se rattache à Téconomie rurale 5 peut offrir des avantages réels , en supposant que les travaux en soient effectués par la famille même du propriétaire , et sans le concours d'ouvriers salariés. En admettant que les occupations rurales d'un campagnard ne lui rapportent journellement que quatre batzen pour sa personne , deux ou trois pour sa femme et pour chacun de ses enfans , il est certain que sa posi-tion sera toujours plus favorable , plus indépendante et moins précaire que celle de tout ouvrier, occupé, par exemple, dans une filature. Si cet argument milite en faveur de l'économie rurale , il acquiert encore plus de poids , si Ton considère que la prospérité d'un pays , fondée sur les produits du sol , est toujours plus stable que lorsqu'elle prend sa source dans les produits de la fabrication. Il importe d'ailleurs, ainsi que

ENGÀOINE. ^49

nous l'avons déjà observé plus haut,* de procurer aux pauvres des fonds de terre à exploiter , ce moyen étant sans contredit le plus efficace • soit pour remédier à la mendicité , soit pour prévenir les vices qui découlent de l'indigence. Dans TEngadine , il résulte des fréquentes émigrations des hommes , que les fonds sont en partie administrés par les femmes, ou affermés» Dans ce dernier cas , les propriétés ne rapportent guère au delà de deux à deux et demi pour cent. Quant aux fonds exploités par les propriétaires mêmes , ils le sont avec négligence , le métier de voiturier , qu ils allient d*ordinaîre à leurs occupations rurales , ne leur permettant pas d'y apporter toute l'application nécessaire. Le transit , qui nuit singulièrement à l'économie rurale ,** a été favorisé jusqu'ici par la situation de l'Enga-

* Voyez page i5i de cet ouvrage*

** Un économe expérimenté de TEngadine^ M. Gaudence de Salis, nous a fourni les calculs suivans^ concernant le rapport qui résulte de l'exploitation des prairies par le moyen du bétail.

Les veaux mâles, dont on fournit les marchés d'Italie^ reçoivent, pendant les huit premières semaines , huit mesures de lait gras , et les huit sen^ines suivantes également huit mesures de lait écrémé , par jour.

On évalue le produit de ce lait à quarante-dcux livres

a5o LA liAUTE

dîne; ce pays offrait, par le passage de la Maloya, le trajet le plus court pour se rendre , par Finstermunz , à Mîlan , à Inspruck et à Vienne. Main-

dc beorre, à 24 krcntzers; soit 16 *• 48 *"

et â 1 1 1 livres de fromage maigre, à 9 kr. . . 16 89

Pour le premier hiver, 40 rations de foin , et 240 pour le suivant : en tout, 240^ rations a 18 krentzers, forment un total de 72 »

CoÀt du veau en consommation io5 37

Or, comme le prix d'un sujet d'un an n'excède pas huit à neuf louis, à 1 1 florins 3o kreutzers, il suit que la somme qu'on en retire équivaut tout au plus à la nourriture; en sorte que le campagnard ne saurait se tirer d'affaire à moins de concentrer dans sa propre famille les soins et lestravaux que réclame son économie.

Dans la hante Engadine, les débours qui coneement l'exploitation des prairies, en rapport avec le produit des vaches , offrent le calcul suivant :

La nourriture d'une vache , durant l'hiver, se compose de 400 rations de foin, produit que donne un fonds de prairie de première qualité, de la consistance de 2,000 toises carrées , et qui exige les débours ci-après , Râteler l'engrais au printemps, 2 journées,

à 48 kreutzers; soit i •• SS*^*

Fauchage, 2 journées , à 1 flor. 3o kreutz. . 3 »

Fanage et transport ^ . • 4 •

20 charretées d'engrais, a 36 kreutzers. . . 12 » Charriage dudit 4 48

ENGADIIfE. aSi

tenant le gouvernement lombard fait établir une nouvelle route, pour accourcir encore la conmiunication avec Milan. Cette route , qui s'ë-

Mais comme une vache ne donne que la moitié de l'engrais qu'il faut pour les a,ooo toises , on admet qu'un fonds de cette nature , c'est-à-dire qu'on fume , ne doit fournir que la moitié de la nourriture de la vache y et que l'autre moitié doit être tirée de quelques autres fonds de prairies maigres. Or , voici quelle serait la valeur numéraire de ces fonds divers , dont l'intérêt du capital sera porté en ligne de compte.

Xyooo toises carrées en fonds de prairie gras ou fumé, d'un produit de 5 chars de foin y à 40 kreutzcrs la toise; soit 666 ^ 40 ^'

3,aoo toises en fonds de prairie maigre ou non fiimé , d'un produit de 4 chars de foin, k 18 kreutzers la toise ^60 »

Fonds de prairie sur la montagne, de un char de foin de produit 80 »

Fonds capital I9706 40

£n conséquence , la totalité des frais qui résultent de l'entretien d'une vache, se calcule de cette manière : Intérêts du fonds capital ,1,706 flor. à 4 ^ . 68^16 ^'* Moitié des débours spécifiés ci-dessus. ... 12 42 Fauchage de 3, 200 toises en prairie maigre , ainsi que du fonds situé sur la montagne, 5 journées, à 1 flor. 3o kr 7 3o

Transport du foin 4 »

Bamas et transport d'une charretée de

sSs LA HAUTE

tendra du Vinschgau tyrolien par Umbrail , Borinio , et par la Valteline , doit enlever indubitablement à TEngadine une partie des avantages ,

Report ga^ a8 '*''

litière a 44

Intérêts do prix capital de la vache, y compris les pertes accidentelles et frais accessoires ra »

Pâture d'été i »

Sel^ 20 à 25 livres par an. i 16

Total des frais d'entretien. . . . • . 109 28

Comparativement à ces frais, voici en quoi consiste le produit annuel d'une vache :

On compte 270 jours de rapport , à 14 livres de lait par jour, c'est-à-dire 491^0 livres par an, qui, a 23 livres de lait pour une livre de beurre, en donnent 179 livres et demie , à 24/kreutzers; soit 71^48^

Le fromage maigre, dont 1 7 livres de lait cbeurré produisent une livre , se compose de 238 livres , à 9 kreutzers , ou 35 4^

Le seret, qui n'est compté pour rien, compense le combustible et ce qu'il en coûte pour soigner la béte.

Veau i3 42

L'engrais que donne la vache est

évaluéàiocharret. à36k. (^^ »^'\ ^

} Reste 3 16 dont, à déduire, pour la

litière 2 44

Total du produit 124 28

ENG)a)iN£. a53

ou réels ou imaginaires , qu'elle a retirés jusqu'ici de rancîen transit. C'est ainsi que , par des restrictions toujours croissantes dans son commerce extérieur , la Suisse entière est en quelque sorte forcée de reconnaître que , dans sa position actuelle , les progrès de l'économie rurale , comme le perfectionnement de Téducation populaire , constituent presque l'unique ressource qui lui reste. Quant aux Grisons en particulier, ce n'est pas seulement dans TEngadine , mais dans toute l'étendue du canton , que le transit, le service militaire dans l'étranger, les anciens rapports avec les pays sujets , et enfin la manie d'émigrer, ont fait perdre de vue aux habitans l'industrie qui est naturelle à ce pays, industrie qui devrait consister dans la culture mieux soignée des fertiles vallées , dans TAj^loitation mieux entendue des hauts pâturages et des forêts immenses qu'offrent les montagnes , enfin daijs l'éducation des moutons , à laquelle la na-

Âinsiy déduction faîte de tous frais et intérêts, le produit net d'une i^ache serait de i5 florins^ ou de -^ § seu* lement du fonds capital , indispensable pour en assurer l'entretien. Nous devons observer aussi que ce calcul a été fait à une époque où les circonstances étaient beaucoup plus favorables qu'actuellement, que le commerce des Grisons n'est pas moins paralysé que celui dlTTeste de la Suisse.

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ture des lieux est des plus favorables , et qui , si l'espèce ëtait améliorée , procurerait des avantages aussi précieux que solides.

Si , dans TOberland , le prix excessif des basses prairies est une cause permanente de la ruine économique des montagnards bernois, cette même circonstance, existant dans TEngadine, doit y produire aussi les mêmes effets , d'autant plus que la cherté de la main d'oeuvre aggrave encore la position des propriétaires : c'est ce qui explique en partie les motifs qui déterminent les nombreuses émigrations. Comme Téconomie rurale ne peut être profitable qu'au propriétaire qui exploite son fonds avec Taide de sa famille , il n'est pas étonnant que celui qui se sert de journaliers onéreux , et qui , dans sa manière de vivre , veut f 'assimiler aux citadins , soit porté à chercher hors de sa patrie des ressources que lui refuse une économie rurale qui lui impose des travaux pénibles et des privations auxquels il ne saurait se soumettre.

Les comparaisons suivantes des Alpes de l'Engadine avec celles du canton de Berne, peuvent servir à faire connaître les différences , relatives k la qualité et au produit des pâturages et des prairies , qui résultent de la situation plus ou moins élevée des lieux. On peut admettre pour terme mixte que les hauts pâturages bernois

ENCÀDINK. a55

sont occupes dix -huit semaines, et ceux de la haute Engadine douze seulement. Dans celle-ci, rhivernement d'une vache demande le produit d'un fonds de prairie fume de soixante-quinze mille pieds carres , tandis que , dans la haute région de Berne , il n'en faut que cinquante-cinq mille. Or, dans la haute Engadine , le fond des vallées étant de trois mille pieds , et les hauts pâturages de quinze cents à deux mill^ pieds plus élevés que dans les montagnes bernoises , on peut en conclure , d'après la nature du produit respectif que nous venons d'indiquer, qu'une pareille différence , quant à l'élévation des lieux , augmente ou modifie d'un tiers la consistance de la végétation. Ce résultat disproportionné , à l'égard du fond des vallées , plus haut de mille pieds que les pâturages , peut être attribué en partie à ce que, dans la haute Engadine, ces derniers sont presque toujours situés au-dessus de la région des forêts , et à ce qu'en générd , dans les montagnes , et même dans celles où les pâturages sont abrités par des bois , la température est comparativement toujours plus âpre que dans le fond d'une vallée , qui , quoique situé à une égale hauteur , serait favorisé sous le rapport de l'exposition. Enfin, une circonstance accessoire qui contribue à augmenter la fertilité des basses prairies de l'Engadine , au détriment

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des pâturages , c'est Tengrais dont on d^pouilld ceux-ci , pour en fumer les premières. Quant aux comparaisons que nous venons d'établir, nous devons observer que ce n'est que la hauteur absolue des lieux qui a été prise en considération. Si nous comparons entre elles diverses con* trées de la haute région de Berne , il parait qu'un surcroît de hauteur de deux mille pieds seulement , suffit pour réduire d'un tiers les produits de la végétation , quoique du reste la nature du sol soit la même ; * cette remarque coïncide avec l'observation que nous avons faite ailleurs , quant à la culture des céréales, culture qui a encore lieu, dans les vallées rhétiennes, à un degré d'élévation de mille pieds plus haut que dans les bernoises. Cette différence peut s'appliquer aussi à la végétation forestière.

Dans la haute Ëngadine , on fabrique plus de fromage gras que dans toute autre contrée des Grisons. La coction de ce fromage le rend mou et d'un goût approchant du gruyère ; il est très-

* Ceci n'est pourtant pas sans exception. Sor l'Abends* berg, par exemple, qui se trouve à la vérité dans l'exposition défavorable du nord- ouest, le trèfle ne se fauche que deux fois, tandis qu'on obtient un double résultat dans la vallée même, et seulement i,8oo pieds plus bas, sans qu'il existe de différence dans la nature du terrain.-

ENCABJNE. à $7

i^stimë, et Ton en débitait autrefois beaucoup en Italie, surtout pour les monastères. Il n'existe pas , que nous sachions , de vallée dans les Âlpes oùlToh ait pris des mesures aussi efficaces que dans la haute Eagadiue , pour empêcher la fraude dans la fabrication des fromages qu'on livre au commerce. Une ordonnance , qui date de i563 , défend nôn^seulementde fabriquer sans permip** sion de^ fromages maigres ou mi-gras ; mais , afin d'augmenter encore là confiance des ache^ teurs 9 et de prévenir toute tromperie dans la vente , les fruitiers sont tous assermentés. An-* ciennement, les dépôts de fromage gras se trouvaient principalement dans le voisinage du lac de Como^: on prétendait que les exhalaisons à la fois chaudes et humides qui entourent ce lac , hâtaient la maturation du fromage sans en opé-* rer la trop forte dessication ; maintenant ces dépôts sont moins nombreux , soit qu'on n'accorde plus le même degré de croyance dans l'efficacité des eaux du lac , soit que ce changement dérive de celui qui s'est opéré dans les relations commerciales. On admet que , dans la haute Engadine , la dessication fait perdre au fromage gras un vingtième pendant les dix premières semaines, et au maigre, dans l'espace de deux ans , la moitié du poids primitif : ce déchet est plus fort que dans l'Oberland bernois ; et si ,

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comme il y a lieu de le croire , la plus grande subtilité de Tair qui règne dans les vallées de TEngadine , accélère et favorise la dessication des substances , cette particularité explique l'avantage qu*on trouve à déposer les fromages près du lac de Como.

On juge aisément que le manque général de fourrage sec doit influer sur la nourriture que reçoivent les moutons pendant le long hiver qui règne dans ces contrées , et que cette nourriture ne peut être que mauvaise. Croisée avec les forts béliers des pâtres bergamasques , Tespèce des moutons indigènes est devenue d'une grosseur médiocre ; elle ne donne annuellement que quatre livres de laine , et quelquefois deux seulement. On supplée au foin par des touffes de mirtille et par des rejetons de cimbre , dont les moutons ne se nourrissent sans doute que parce qulls n*ont rien de mieux pour assouvir leur faim. Ici l'aune et le cormier réussiraient, sans contredit; et , si Ton s'occupait aies propager sur les pentes nues et arides des monts , on en obtiendrait au moins des taillis , qui fourniraient une meilleure nourriture d'hiver pour Ips moutons. Autrefois on fabriquait , de la laine des moutons indigènes , des draps grossiers de diverses couleurs , qu'on débitait chez les Grisons italiens, et en retour desquels on recevait du vin , du blé,

<lu riz; maintenant les douanes autrichiennes ont fait tomber aussi cette branche d*industrie. Nous apprîmes avec plaisir que les femmes de TEngadine savent teindre d*un beau bleu les draps qu'elles tissent , en faisant servir à cette opération les baies de la mirtille. Cette espèce de bruyère , dont on fait si peu de cas , réunit cependant diverses propriétés , qui sont d*uife grande utilité pour les pauvres montagnards.

Elle nourrit^leurs moutons , leur sert de combus- . tible 9 leur fournit une substance colorante ^ et , à ce qu'on prétend , de l'eau-de-vie et du tan.

Pour^ terminer les détails que nous a fournis l'économie de la haute Engadine , nous observerons qu'en i563 , la journée d'un manœuvre , soit maçon , charpentier ou menuisier , était fixée à neuf kreutzers, et en i644 à vingt, tandis que maintenant le salaire de pareils journaliers ne va pas à moins de vingt-deux batzen. Néannioins , malgré le haut prix de la main d'oeuvre , les indigènes ne se livrent que rarement à l'exercice de quelque métier.

M. S*** 5 riche confiseur , qui a fait fortune à Copenhague , et qui maintenant est établi à Campfer, y possède une maison ornée de do* rures , et contenant divers objets de ce luxe qui entoure les citadins. Nous remarquâmes entre autres les Œuvres de Schiller et d'autres poètes

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allemands, et fûmes ëtonnës d'y trouver rëunis plusieurs perroquets très-communicatifs et non moins étonnés que nous , sans doute , de se voir transplantés dans la région des glaciers. Et , en eflet f ces oiseaux bigarrés des tropiques forment ici un contraste aussi bizarre qu*est monstrueux celui qu'offrent les dorures de la maison au milieu des chaumières qu'occupent les pâtres simples qui habitent ces lieux.

De Campfer , la route nous offrit une promenade délicieuse le long des lacs que forme ITnn , qui, semblable à un ruban argentin , les réunit dans son cours paisible. Quoique entourée d'énormes glaciers, et située à une si grande hauteur , cette vallée , dont l'étendue est de trois lieues de Campfer jusqu'au Maloya , est peutêtre Tunique dans son genre , d'un aspect aussi attrayant. De petits promontoires , et des langues de terre que décorent des mélèzes , bornent la vue de distance en distance ; mais à peine a-t-on franchi ces rives élevées, qu'on découvre un nouveau lac , dont la glace unie se rétrécit ou va en s'élargissant. Ici , les rives opposées semblent prêtes à se réunir , tandis que les vents capricieux sèment çà et là les feuilles et la poussière des fleurs. Là , sur les flancs des monts, se dessine la sombre végétation forestière , qui s'avance jusqu'aux bords des prairies, dont le tapis, d'un

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vert tendre . forme les rives de ces belles eaux. Qumque peu prodigne de ses bienfaits, partout la nature, sans avoir rien d'hostile, se montre sons des formes imposantes. Enfin , à Taspéct de maisons hospitalières , d'habitans qui vivent dans l'aisance , on ne peut que rendre hommage à celte liberté bienfaisante, crëatrice, dont la douce influence a su édaircir dlmpénétraUes forêts , et rendre habitables, pour les hommes, des lieux sauvages que les ours et les aigles s^élaient appropries , mais qui retomberaient bientôt dans leur premier état, si la tyrannie j établissait jamais son domicile.

A Sils, village situé à plus de 5,6oo pieds audessus de la mer,* nous trouvâmes le Kn arraché et répandu dans les prairies ; mais comme les frimas arrivent de bonne heure , la graine n*y parrient point à maturité. On cultive aussi une faible quantité de céréales et quelques plantes potagères. Les belles maisons de ce village sont disposées dans des prairies arides , dont rherbe pâle dénote un fond marécageux ou une culture n^ligée. Campfer, où l'orge mûrit encore , n*est pas mcMns élevé que Sils ; mais ce

' "* Le 3 fepCembrey à deux heures, le haromèlre élaît à sfto 8^ o" , le thermonètre à 10^; et, â Berne, le premier à 26*» 5' S", et le second k ik\

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dernier endroit occupe un plan , tandis que le premier est assis sur une pente douce et tournée du côté du levant; il parait aussi que Sils est plus exposé aux vents du nord-ouest.

Une grande et nouvelle maison , mais dont le goût qui présida à sa construction , ne fait nullement honneur à Farchîtecte , annonce au loin la richesse du propriétaire , à qui elle a, dit-on ^ coûté cent mille florins (cent soixante - quinze mille francs). Cette habitation contient une trentaine de chambres habitables et des étables marquetées en marbre poli : c'est ce qu'on nous a assuré , mais ce que nous ne pûmes vérifier nous-mêmes , car elle se trouvait hermétiquement fermée , et entourée d'un silence profond. Cette masse de pierres n'est environnée d'aucun arbre ; la prairie où elle a été construite est toutà-fait négligée , et les plantes marécageuses empiètent jusque sur le seuil de la porte. Nous noué éloignâmes de ce palais désert , pour gagner l'hdtellerie , où nous en trouvâmes le propriétaire (très-brave homme), étaWi et occupant le peu de logement que contient cette petite auberge. Nous fûmes donc obligés , malgré la pluie , qui tombait sans interruption , de continuer notre route à travers le passage du Maloya , pour nous rendre à Casaccia. Un campagnard , qui nous accompagnait, nous fournit quelques détails

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biographiques concernant le fondatear du monument inutile dont nous venons de parler* Nous offrons au lecteur ces détails , parce qu^ils offrent des traits qui caractérisent les mœurs et rindustrie des habitans de TEngadine.

Dans sa jeunesse , M' Ista était gardeur de chèrres d'un maître brutal et sévère , de la commune de Sils. Un jour Tun des. sujets confiés à ses soins , se montrantrebelle à ses exhortations , il lui lance une pierre, et lui fracture le pied. Rempli de terreur en songeant à la dureté de son maître et aux conséquences immanquables de ce délit , il s'çnfuit , arrive comme il peut dans l'une des principales viUes de TAUemagne , et a le bonheur d'être installé dans la boutique d'un confiseur de TEngadine , qui lui enseigne sa profession, Actif et intelligent, le jeune homme pr(^ta si Hen.des leçons de son maître, qu'il finit par s'étaUir pour son propre compte. Il perfectionna l'art du chocdlatier, et sa bonne étoile voulut que l'épouse du ptince régnant approuvât et louât hautement son savoir- faire. Le goûit des princes, et surtout des belles princesses ,, devient toujours celui des courtisans ; les habitans des capitales se modèlent sur ceux-ci , et les provinces adoptent aveuglément ce qui est réputé bon dans les capitales. Bref, le pauvre gardeur de. chèvres devint bientôt, comme cho-

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colatier breveté de la princesse , un particulier riche et considéré. M' Ista a contracté dans la résidence un mariage heureux, qui Ta rendu père de plusieurs enfans. Mais chaque année , à l'approche de la belle saison , il quitte le théâtre de sa fortune , épouse et enfans , pour se transporter dans une patrie qu'il n*a pas cessé de chérir , et passe Fêté dans la haute région de Sils ; là , heureux de se revoir sous l'influence des glaciers de sa vallée natale , de jouir encore de Faspect du beau lac , de Fcmibre dés cimbres et des mélèzes, il se divertit et passe d'heureux momens avec les anciens compagnons de son jeune âge. Nous Favons rencontré nous-mêmes à Samaden et à Célérina , monté dans un mauvais chariot ouvert , répandant partout la gaité , et offrant le petit coup de vin h tout venant. Cet homme si simple possède cependant un million d'écus. Ni sa grande opulence , ni le séjour corrompu d'une grande ville , où régnent le luxe et la mollesse , n'ont pu lui faire oublier son agreste patrie , ni diminuer son attachement pour les compagnons d'une jeunesse qu'il a passée dans la misère , ni le détacher des mœurs de son pays. Nous ne pouvons songer , sans un attendrissement mêlé de tristesse , à cet homme si bon , et qui répandrait si volontiers le bien-être autour de lui , s'il savait seulement comment s'y pren-

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dre. Que ne fut-il élevé à Técole d*un Felleiiberg ! Nul doute que, pénétré des bons principes qull y aurait puisés , il n'eût préféré au stérile plaisir d'édifier à la vanité un monument somptueux et inutile , la douce et bienfaisante jouissance de créer quelque établissement d'utilité publique; peut-être e&t-il fondé une école à l'instar de celle de Hofwjl , ou établi , à travers le Maloy a , une route de communication avec le lac de Como.

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