ROUTE DE MALOYÀ AU SPLUGEN
Village de Bfaloya. •— Passage: •— Route de Jidier. «<- De l'éta^ jblissement de grandes routes dans les Alpes. —> De la liberté de commerce. — Casaccîa. — St.- Gaudence. — Végétation. — Vicosoprano. — Économie rurale. — Porta. — Castelmuro. — Rétrécissement de la vallée. — Changement de végétation. — Bondi. -i« Castelsegno. — Pleurs. — > Situation , ancienne splendeur et ruine de cette ville. -« Chiavenna. — Arc de triomphe.
Nous ne trouvâmes à Maloya* ni céréales, ni lin , ni plantes potagères ; un petit enclos attenant à l'auberge ne possédait que des raves.
Quoique marécageux , le sol , qui va en s'élevant jusqu'au sommet du passage , offre cependant des prairies couvertes d'une belle verdure là où les habitans ont pratiqué des fossés pour faciliter l'écoulement des eaux. Ici , les cimbres se
* Cet endroit se trouve à 5^ 780 pieds au-dessus de la mer* Ici^ le 3 septembre, à sept heures du soir, le baromètre était à 22° Y l"i le thermomètre à 12''; et, dans le même temps , à Berne, le premier était à 26^ 5' 8'' , et le second à 14".
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montrent rampana et rabougris ; on n*aperçoît pas de mélèzes ou de pinastres ; mais , en revanche , beaucoup de pins de Tespèce des Alpes , qui paraissent se plaire dans ce terrain humide. Mille pieds plus haut les pins disparaissent, tandis que la belle apparence des cimbres qui croissent sur les pentes exposées au nord , est un indice dont on peut inférer que , dans le passage , l'humidité du sol est la principale cause du dépérissement de ces arbres.
De Sils à Casaccia , le passage du Maloja n*est point praticable pour les chars ; mais il 7 a lieu d'espérer qu'il le deviendra incessamment , attendu que le Gouvernement fait établir une grande route qui , à partir de Sils , communiquera av€c Coire par le Julier et les vallées d'Oberhalbstein et de Parpanheide. H ne resterait donc plus qu'à comprendre le Maloya dans les travaux projetés , pour ouvrir au commerce , par la voie la plus courte , une communicatibn entre la capitale des Grisons , FEngadine et les issues sud dix Splugen et du Bernardin. Comme la pente du Maloya est douce et de peu d'étendue , cette entreprise serait d'une exécution facile. Vu les entraves dont le commerce de la Suisse est entouré , il est à souhaiter que les communications entre les vallées des Alpes et les pays limitrophes , s'étendent de plus en plus. Il est
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vrai que le transit , en procurant divers avantages aux Grisons , a été en même temps préjudiciable aux mœurs , sous certains rapports ; il semblerait aussi , au premier coup d œil , qu*il aurait pu nuire à Findustrie rurale «9 W enlevant une partie de la population , déjà £AÎble en elle- / même ; mais , si Ion examine les choses de près, ' on s'aperçoit aisément que la principale cause de la dépopulation du pays tient plus essentiellement à la négligence invétérée que les habitans ont apportée de tout temps à la culture du sol Quoi qu*il en soit, les routes de communication sont de toute urgence pour la Suisse ; par ce moyen, le commerce pourra se ranimer, et contribuer à lamélioration de l'économie rurale des vaUées isolées ; les habitans des Alpes formeront entre eux des liaisons plus intimes , et sauront mieux s'apprécier; les vues d'une étroite politique et les préjugés locaux disparaîtront peu à peu ; enfin , un contact plus libre , un échange mutuel d'expériences et de secours , donneront naissance à un esprit national , esprit dont l'influence est seule capable de tarir la source des maux que , depuis des siècles, un esprit exclusif n'a cessé d'alimenter dans les cantons. Il existe une vérité aussi ancienne qu elle est incontestable , c'est que la liberté illimitée de commerce est la principale et véritable source de la prospé-
rite respective des nations. En vain les gouvernemens européens , dans leur système d'exclusion , qui ne se fonde que sur de fausses spéculations financières , cherchent-ils à s'élever contre ce |miicipe : ce n'est qu'en l'admettant dans toute sa latitude qu'on peut espérer de voir se cicatriser les plaies profondes qu'a formées la lutte terrible qui a ébranlé le continent. L'homme est-il donc né pour rester constamment fixé sur la motte de terre qui l'a vu naître , et n'en faire que consommer le produit? Si la Providence nous a créé le goût de besoins factices, c'est sans doute pour que nous tendions sans cesse à donner à notre activité, à nos forces, des développemens nouveaux ; c'est pour que tes peuples correspondent, dans l'intérêt d'établir entre eux un juste équilibre de bien-être ; c'est pour que les produits de la terre , variés à l'infini , se répandent de part et d'autre jusqu'aux confins les plus reculés. Or donc , au lieu d'entraver le commerce , il est de l'intérêt commun des nations d'en étendre les limites de tous côtés. Aussi puissant que salutaire , le génie qui préside aux opérations commerciales développe la mesure des moyens et l'esprit d'invention dont l'homme est susceptible ; c'est par lui que la terre s'enrichit de nouveaux produits , et que s'opère le grand œuvre de la civilisation.
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Telles étaient , tandis que nous descendions le Maloya , les observations que nous suggéraient à la fois et les avantages qu'on peut espérer de la nouvelle route du Julier , et les plaintes amères que nous avions entendues partout f sur la stagnation du commerce.
Chemin faisant , nous rencontrâmes , vers le sommet du passage , des campagnards venant de Chiavenna , et portant de lourdes charges de raisins , de figues , de pêches ; ces produits de la chaude et fertile Italie étaient destinés pour les montagnards qui habitent la base des glaciers de la Bernina. Nous nous empressâmes d'acheter de ces fruits , songeant qu'ils avaient crû dans cet ancien territoire que la Suisse avait acquis jadis au prix du sang de ses héros. A Taccueil bienveillant d*Helvétiens , nous eûmes la satisfaction de voir s'épanouir la physionomie des colporteurs harassés, dont les traits sombres et les regards timides semblaient respirer l'infortune. La nuit nous entourait déjà de sies ombres , que nous n'avions pas encore atteint Casaccia; nous ne pûmes distinguer qu'à peine une haute et très-ancienne tour , qui s'élève solitairement au-dessus du bourg. La route était déserte, et le silence uniquement interrompu par le bruissement des eaux de la Méra et la chute de cascades lointaines. A peu de dis^
tance de Tendroit , notre guide nous fit remarquer les ruines d*un monastère jadis consacré à S*-Gaudence , et dont laspect nous rappela la légende qu'a fournie ce saint miraculeux. Persécuté par les hérétiques ariens , S*-Gaudence se réfugia dana- cette, vallée , y prêcha TÉvangile , et fut bientôt victime de son zèle apostolique. Les autorités païennes le firent saisir et conduire à Vicosoprano , où il fut décapité. Mais le saint , quoique supplicié , ramassa son chef abattu , le transporta à Casaccia , et le déposa à Tendroit où fut construite Téglise qui a constaté ce miracle. Si la destruction de cette église a dissipé dans le Bregaglia l'odeur de sainteté qui entourait S' - Gaudence , elle n*a pu ébranler chez les . ultramontains catholiques la foi implicite en la vertu miraculeuse du martyr. La foi édifie et conserve les temples; mais il paraît que, peutêtre plus souvent encore, ce sont les édifices religieux qui font naître et qui alimentent la foi. Bregaglia est sans doute Tunique commune libre et purement réformée dont l'idiome soit l'italien. A Puschiavo , les habitans sont aussi d'origine italienne , mais divisés de croyance , et attachés à l'un ou à l'autre dogme. Ces deux communes offrent un exemple frappant combien les dogmes religieux , comme les formes constitutionnelles d'un pays , lorsqu'ils sont maintenus
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pendant un long laps de temps, peuvent influer puissamment sur le caractère et la position du peuple. En fait de mœurs ^ de civilisation, de bien-être , les communes de Bregaglîa et de Pos^ chiavo se distinguent avantageusendentdelaVal^ teline et de Chiavenna, quoique les habitans dé ces derniers pays jouissent d'un sol infiniment plus fertile ; il en est de même à l'égard des vallées de Misocco et de Galanka , dont la situation physique est à peu près analogue à celle de Bregaglia et de Puschiavo, et qui , depuis des siècles , possèdent aussi une même constitution , mais où règne le catholicisme. *
Des aunes , formant un petit bois qu'on ren** contre un peu au delà de Casaccia , s'élèvent d'un
* C'est airec regret que nous sommes obligés de déclarer que le jugement trop fairorable, porté antérieurement sur la yallée de Misocco , se fondait sur de fausses don* nées I que nous tenions de l'un des membres de l'autorité* ( Voyez Reise des Veif assers ûher den Gothard und Bernardin y p. 104 6t io5.) A ce que nous avons appris depuis lors 9 il n'eiiste pas de vallée ^ dans le pays des Grisons , où l'esprit de chicane soit aussi fortement prononcé. Quant aux mœurs qui régnent dans la vallée de Bregaglia, tous les rapports que nous en avons obtenus s'accordent à en faire l'éloge* Dès 1028, le peuple de Bregaglia était libre, et, de même que les petits cantons ; relevait uniquement de Teropereur.
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Fond composé de décombres de gtanit. En conséquence 5 cet arbre , dont la isuperbe végétation , dans la haute région dé Berne , est due aux dé-* bris de pierres calcaires qui l'alimentent,* est également susceptible de végéter sur les rochers de montagnes primordiales. Dû côté de Malo ja , c*est-à-dire au-dessous de la ligne dé démarcation que forment les eaux , le pinastre devient Fespèce dominante : on n'y aperçoit que rarement des mélèzes, qui, de même que les cimbres.
Composent au contraire lé fonds principal des forêts de la haute Engadine. Au-dessous des pinastres , végète le cormier ; et , plus bas , du côté de Casaccia , le sureau aquatique ** occupe un assez grand espace sur la pente de la montagne. L*aune , qui , dans les Alpes occidentales , se iiiontre sans cesse près des torrens , se trouve aussi sur les bords de la Méra. Les èéréales ue se cultivent pas encore à Casaccia; nous y trouvâmes une parcelle de terrain avec des pommes de terre qui ne faisaient que fleurir , et qui sem^ blaîent y avoir été plantées comme un simple
'*' Ctl arbre Tient mal dans da sable granitique, à la base da glacier inférieur de Grindenwald , tandis qu'il prospère ^ers le glacier supérieur dont le sol sablonneux est mêlé de décombres d*argile schisteuse.
** Betula alnus viridis*
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essai de cette culture. La hauteur de Casaccîâ peut être évaluée à 4^600 pieds au-dessus de la mer. * Ici , cette élévation semblerait devoir être plus favorable à la culture des céréales, que dans la vallée de l'Inn ; mais il paraît que le sol, trèspierreux, et, ^'ailleurs, souvent encombré de gravier par les inondations que produisent les torrens , ne permet pas aux habitans de se livrer à Vagriculture , ou qu ils lui préfèrent les avantages que leur offre le commerce avec l'Engadine et le Splugen.
Remplie de campagnards de Bregaglia , Tauberge de Casaccia ne retentissait que de sons italiens , auxquels une fausse prévention nous faisait allier des idées fâdhçuses; aussi bien, désespérant de trouver bon gîte dans cet endroit, nous étions-nous résignés d'avance. Mais , loin de là , nous trouvâmes dans ces pâtres des égards affectueux , de la décence , de la gaîté , et une trempe d'hommes qui , par la suavité des formes , se distingue avantageusement des campagnards du Tessin , de Chiavenna et de Misocco. Notre
* Schcuchzer accuse 4,776 pieds. Le 4 septembre /notre baromètre indiqiviit, à quatre heures et demie du matm , a3* 8' i", le thermomètre lo*; et, à Berne, le premier, qu'on avait observé le même jour à huit heures, i 26^ 6' 5" , ou environ.
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Qortoir hé se composait à la vérité que de quatre murailles nues ; mais les lits , fort proprés ^ étaient pourvus de bons matelas, et même dé couvertures en soie. Enfin , la modicité de notre écot ne contribua pas moins à nous guérir de nos plréjugés contre la langue italienne.
Plusieurs magnifiques cascades se présentenè tandis qu'on descend du côté dé Vicosopranoi A mesure qu'on s avance , les hautes montagnes qui forment la chaîne du Septime , et surtout celles de la partie méridionale de la Forcula di Mezzo , se montrent toujours plus fêlées; les décombres des rochers sont plus abondans , le sol est pres^ que généralement pierreux. La végétation se compose d* abord de pinastres exclusivement , et plus bas , du côté de Vico , de mélèzes entremêlés de quelques cimbres , qui figurent encore ici comme des arbres exotiques transplantés dans de |>lus doux climats. Vico n'étant plus élevé que de 3,88o pieds au»dessus de la mëi*, toutes les espèces de céréales ordinaires y parviennent à maturité, et la culture des pommes de terre y est généralement introduite; le maïs, qui réussit parfaitement un peu plus bas , du côté deStampa, y mûrit aussi assez fréquemment^ toutefois on ne consacre que peu de terrain aux céréales ,* le produit des pr^ries étant à peine suffisant, soit pour hiverner les bêtes à cornes,
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soit pour nourrir la grande quantité de chevaux qu'on tient à cause du transit. Cest sans doute cet(^ dernière circonstance qui fait que , faute de pouvoir hiverner assez de bétail pour en garnir les hauts pâturages, les habitans de Bregaglia , et surtout de Vico , louent une partie des leurs à des bergers italiens.
A Bregaglia , Téducation des moutons formait une branche d'industrie plus florissante qu'elle ne Test actuellement , à l'époque où cette com« mune possédait le droit de pâture dans la grande plaine de Fuentes* {pîana dEspagna); ce droit figure dans le nombre d'autres prérogatives maintenant perdues pour les Grisons. Quoique le trèfle réussisse parfaitement à Vico , la culture artificielle paraît en être inconnue. Quant à l'irrigation , on ne s'en occupe qu'à Castasegna, endroit limitrophe de Bregaglia ; ailleurs , on voit avec regret , dans cette vallée , des sources abondantes s'épancher stérilement le long de parois rocailleuses , sans qu on songe à les utiliser au profit des prairies.
Non moins portés à s'expatrier que les habitans de l'Engadine , ceux de Bregaglia exercent le même genre d'industrie dans l'étranger , d'où ime irrésistible tendance les pousse aussi à se
'^ Située dans le comlé de Chiavenna.
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reporter dans leur pays natfj. Vu la concurrence qui résulte des acquisitions territoriales que font les ëmigrës enrichis , la valeur dea fonds aurait doublé depuis vingt ans. A Vico , le terrain de première qualité ne coûte pas moins de un florin (un franc soixante -quinze centimes) la toise carrée.
On rencontre , dans la proximité de Stampa , deux blocs de granit , de cinquante pieds de hauteur chacun; ces énormes fragmens , tombés de la montagne , s*appuient Tun contre l'autre , et figurent une voûte , que traverse la route. En passant sous ces masses toujours menaçantes , nous nous rappelâmes avec un sentinçient d'effroi , rhorrible catastrophe qm a fait disparaître la ville de Pleurs, i
A peine est-on parvenu au-dessous de la su* perbe ruine de Porta, qu'on remarque un changement prodigieux dans la nature de la végétation ; on dirait que l'ancienne et haute tour, dont les murs n'ont pas moins de dix pieds d'épaisseur , et qui fermait jadis l'entrée de cette gorge , forme la limite respective des productions du midi et du noi-d. * Plus haut, du côté de Bergo-
* Le 4 septembre, notre baromètre, suspendu à la base du rocher de PorU, indiquait, à dix heures du ma* lin, aS"* 5' 4", le thermomèlre i5% Le même jour, Icba-