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novo , on ne voit que quelques noyers éparpilles sur les rive* de la Méra , tandis qu à la base de la paroi que forme le rocher qui supporte la tour massive , on trouve , sur un sol compose de granit, des noyers et des châtaigniers d'une superbe venue ; les branches de ces arbres fléchissaient sous le poids des fruits. Déjà près de Bondi, endroit situé à une faible distance de Porta , les jardins sont enrichis de figuiers , et les flancs des monts , où le cytise et le genêt croissent en abondance , montrent dans ces végétaux des espèces qu'on ne trouve point au-dessus de Castelmuro. Nous avons déjà observé , dans la relation d'un voyage antérieur ,* qu*il résulte toujours , du rétrécissement subit des gorges de montagne ou des vallées, une singulière différence dans la température et dans la nature de la végétation de lieux très -rapprochés; nulle part cependant ce phénomène ne nous a paru aussi sensible qu*à Porta. Les forêts , qui croisent les vallées et interceptent les vents, produisent aussi de pa-
romètre correspondant de Berne était , à midi , à a6^ 6' 6^, le thermomètre à i3*. En conséquence , l'élévation de Fembonchure de cette gorge ^ où commence la belle végétation du cbàtalgnier, serait de a^Sio pieds au-dessius du * niveau de la mer.
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reils effets. Joints à d'autres, que nous rapporterons plus tard lorsque nous parlerons de la vallée de S -Jacob , ces faits oiffrent des; données importantes quant au degré de culture dont les hautes régions peuvent être susceptibles. La hauteur absolue des lieux ou la température des sources, sont des indice» peu propres à fixer d'une manière positive les limites de la végétation des céréales et des plaptes domestiques , ou le degré moyen de la température des vallées; nous pensons qu'à cet égard l'essentiel est de savoir si les régions qu'on prend en considération sont favorables à la culture des forêts , et si la nature des lieux permet d'en ménager des plantations de manière qu'elles puissent neutraliser l'action des vents froids.
Du pont de la Méra , qu'on passe près de Bondi , l'aspect de la vallée est des plus attra jans ; la vue est bornée à l'amont de la rivière* par la paroi que forment les roches de Gastelmuro. L'antique et puissante tour qui s'élève solitairement au milieu des ruines , ombre des teintes obscures du passé le lumineux tableau qu'on contemple , tandis que les ondes fugitives de la Méra semblent figurer le passage rapide des nombreuses générations qui se sont succédé devant les masses fixes et immuables que présentent les
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monte gigantesquesu Au delà du pont , on dé* mêle^ entre les voûtes verdoyantes de superbes châtaigniers , un palais d'une architecture élégante. Le sommet de la montagne au pied de laquelle cet édificç est construit , forme le brîllant glacier de Bondasca ; du sein des masses cristal-> Usées^s*échappe un torrent , dont les eaux abondantes et couvertes d'écume , sortant d'une sombre forêt , se précipitent dans la vallée pour y ra-p fraîchir les plantes qu'engendre le midi« Partout la végétation se montre sous les formes les plus luxurieuses^; mais partout aussi les regards rencontrent des montagnes , dont les profondes fêlures et les fragmens détachés attestent la décrépitude, C'est au milieu de pareilles scènes de destruction , et non loin de l'amas effroyable sous lequel gtt l'infortunée ville de Pleurs, que figure magnifiquement le palais dont l'aspect nous avait frappés ^ et que nous nous empressâmes de visi-^ ter. La construction d'un superbe portail , qu'on pourrait assimiler à un arc de triomphe , occupait un assez grand nombre d'ouvriers ; des dorures , des armoiries , sont disposées fastueusement au-dessus de la porte d'entrée du bâtiment. Mais le jardin , complètement négligé , offrait rimage du désordre ; nous y trouvâmes des arbres d'une végétation sauvage et confusément
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entremêles , des ronces et de mauvaises herbes avec des plantes de bonne espèce ; les prairies étaient tout aussi peu soignées. Cette cilla n*est pas habitée par le propriétaire, qui sans doute doit^oupirer bien souvent après sa retraite charmante ; c'est un comte autrichien , qui occupe , k ce qu'on dit , un emploi comme homme d'état. Le palais , avec ses dorures , ses jardins négligés , les glaces qui le dominent, et les débris de rochers qui l'entourent , nous parut former un hiéroglyphe plein de sens , et dont l'explication est facile , si Ton consulte les faits qu'a tracés le burin de l'histoire.
Au delà de Bondi , on ne voit que forêts abat-* tues et ruinées.* Sur une pente faisant face au sud, nous remarquâmes des bouleaux et des châtaigniers dont la végétation luxurieuse eut de quoi nous surprendre ; le sol qui les alimente, composé de décombres de pur granit et calciné en quelque sorte par l'ardeur brillante du soleil, paraît à peine susceptible de produire un brin
* Le comte de Salis-Soglio , possesseur de la maison de plaisance mentionnée , a composé sur les forêts des hantes régions, un ouvrage qui est très-estimé, mais dont on n'a pas su profiter encore dans cette vallée ; il est intitulé Riflessi intorna alla conservazione dei Bocchi in un paese di montage, Coira^ 1817.
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d'herbe. Comme il est rare qu'un terrain , de quelque nature qu'il soit, ne puisse donner nais* sance à quelque plante utile , il nous semble que la botanique , en se bornant à indiquer les signes distinctifs des produits du règne végétal, est encore loin de remplir parfaitement le. but d'uti-* lité qu'on peut en attendre ; ce but ne sera véeU lement atteint qu'autant que les savans appelés à exploiter Pinépuisable fonds de cette science , sauront déterminer aussi la nature ainsi que l'exposition des terroirs les plus favorables aux végétaux dont la culture est susceptible d'aug-^ menter les ressources et le bien-être des peuples.
Ainsi que dans le Bregaglia en général, la po^ pulation de Castelsegno a été en décroissant : sur chaque feu on compte xin émigré. Ce village , situé à 2,3oo pieds au-dessus de la mer , paraît être la limite de la végétation du mûrier blanc, ou du moins de la culture des vers à soie , car elle n'a pas lieu plus haut. Nous prolongeâmes le plus long-temps que nous pûmes notre halte dans cet endroit; c'est ici qu'il fallait prendre congé du territoire suisse; nous songions avec tristesse que les lieux que nous allions parcourir avaient été démembrés de la confédération.
Abrités sous l'épais feuillage de superbes châtaigniers, près d'un vaste bâtiment construit
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dans le goût italien, nos regards suivaient le cours de la Méra : ses flots, jusqu*ici rapides et écumeux , nous parurent troubles et stagnans , là oà s'élève Fënorme monticule qui recèle les dépouilles de Pleurs. A Statouni , premier village que nous rencontrâmes sur le territoire lombard, nous fûmes, comme de raison, accostés par les préposés de la douane; notre bagage n'ayant rien de suspect, ils se contentèrent d'examiner nos passeports; bientôt nous en trouvâmes de nouveaux, prodigues de courbettes et tendant la main; nous nous en débarrassâmes moyennant quelque menue monnaie, Rappi»chés des lieux où Pleurs existait jadis, nous considérâmes, d'un point de vue favorable que formé une éminence située au-dessus de Villa, la perspective qu'offre la vallée et les sommets déchirés du Conto. Pleurs était riche et florissante ; le grand village de Gilano , situé sur les rives de la Méra et contigu à la ville , prospérait aussi. La famille des Vertematte occupait de superbes palais; ainsi que les Fugger d'Augsbourg, elle s'était enrichie par d'heureuses spéculations commerciales; fermiers des mines lombardes, ces citoyens opulens répandaient sur leur ville natale , aussi bien que dans Fétranger , les bienfaits qui découlent de l'industrie. A Pleurs, la culture de la soie en produisait
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annuellement vingt mille livres , tandis qu à Cilano, où se fabriquaient, de pierres ollaires, toutes sortes de vases artistement travaillés , la recette se montait chaque année à cinquante mille ducats. Telle était la position prospère de ces deux endroits. Vers la fin d*aoiit et le commencement de septembre de Tannée 1618, les pluies d orage ne discontinuèrent point sur les montagnes , et occasionèrent, comme avant-coureur du désastre , un éboulement de terre qui se répandit sur quelques vignobles et détruisit quelques maisons à Cilano. Cependant le ciel s*éclaircit le 4 septembre. Le soir , les fidèles des deux croyances se rassemblent à Téglise, à Theure de Yai^e Maria, haniuït commence, le calme règne dans la région des airs , la lune répand ses doux rayons sur la vallée. Tout à coup un épouvantable craquement se fait entendre , une partie de la paroi du Conto s*est détachée. . . . Pleurs et Cilano ont disparu pour toujours. Deux mille quatre cent trente habitans furent ensevelis; trois personnes seulement, par une heureuse et fortuite absence , échappèrent à la ruine générale; un seul édifice resta intact; il appartenait aux Vertematte. On en voit encore, sur la rive droite de la Méra , et tout au bord du rocher écroulé , les murs délabrés et solitaires ; des restes de décors, rongés par le temps, attestent la
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richesse et la magnificence des anciens pos^ sesseurs.
Dans la descente de Castelsegno à Santa-Groce, les pentes sont couvertes de fragmens de rochers , au milieu desquels la vigne et le châtaignier, exposés aux ardeurs brûlantes du midi^ ne s'alimentent que péniblement. Ces débris, qui paraissent se composer de granit, étaient pour nous un phénomène inexplicable. H est de fait que , dans les Alpes oceîdentales , les montagnes primordiales ne sont nulle part d'une na-' ture aussi destructible; les rocs calcaires ou schisteux n y offrent pas même d'aussi terribles^ crevasses. De Casaccia à Ghiavenna , puis en ré^ fax^gradant par la vallée de S -Jacob jusqu'à la base du Splugen , l'aspect alarmant de rocs déchirés , de décombres entassés , se répète sans cesse. Cependant la mémoire humaine n'a pas conservé le souvenir d'aucun tremblement de terre qui eût pu être dangereux. De quelle nature peut-elle être cette puissance occulte et formidable qui étend ses ravages jusque sur des^ masses auss^i indestructibles que le granit? Quels sont-ils les élémens combinés avec ces rochers et qui en opèrent la destruction? Se confiant au destin , en l'influence protectrice de puissances miséricordieuses , les hommes ne cessent de s'établir 5ur les laves refroidies de volcans ; ici , sur,
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les rivés dé la Mëra et de la Lira , on voit la chau-' mière , le palais , s'élever du milieu de décombres que surplombent des tous menaçans, et rinsouciante enfance s*ébattre sur les bords de tombeaux. L'homme fuit les Nérons, les Philippes; il déserte les contrées où régnent les sup pots de l'intolérance et de la superstition , tandis que les horreurs de la nature, bien moins redoutables à ses yeux , ne présentent à son esprit que l'idée d'un danger vague qu'il ne cherche point à éviter.
Entre Santa-Croce et Presto , le sommet d'mie pente qui s'abaisse vers la Méra , offre un point de vue d'où l'on découvre en plein le fatal théâtre de destruction que forme l'emplacement sur lequel la ville de Pleurs florissait jadis. En face^ le Conto , dont la cime est dentelée de rochers toujours menaçans ^ présente à sa base , qui l'appuie, l'énorme amoncèlement de décombres; ce mausolée effrayant est couvert en partie de broussailles et de plantes. La Méra forme ici un vaste coude. Sur la rive opposée , les ruines de l'édifice qui appartenait aux Vertematte , s'élèvent du milieu de ronces et d'arbustes; près de là , sur la pente de la montagne , on démêle encore, quoique couvertes d'herbes, les traces du chemin qui aboutissait jadis à la ville. Plus loin, à l'amont de la rivière , se montre , au delà de
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réminence que forment les décombres , la croix de la chapelle de Santa-Croce, et, du côté opposé, la majestueuse tour de S*-Abundio , la base entourée de décombres qui se sont détachés postérieurement de la montagne; enfin, au delà de S*-Abundio même, la vue se fixe sur la belle cascade que forme un ruisseau dont les eaux abondantes s'épanchent des parois de la montagne dans la Méra. Quelles émotions profondes, quels sentimens indéfinissables produit ce tableau , lorsque les derniers rayons du couchant se réfléchissent en arc-en-ciel à la base de la paroi rocailleuse du Conto ou colorent les ondes écumeuses de leurs feux , tandis que la cloche de Santa-Croce fait entendre au loin ses vibrations mourantes; c'est alors que cette scène de désolation paraît doublement lugubre, et que rame froissée aspire à s'élancer vers une région supérieure. Quel pinceau pourrait les retracer, les horreurs de cette nuit d'épouvante et de mort qui termina les destins de Pleurs ! Qui pourrait songer sans frémir à la tragique fin des infortunés qui furent anéantis sous les ruines du Conto ! Et cependant le sort qui les atteignit fut moins funeste sans doute que celui de ces victimes déplorables qui , en butte à la fureur des Barbares , ont été enveloppées par milliers dans le saccagement de Scio !
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Un arc de triomphe très-élevé et décore de tout ce que Farchitecture peut inventer de pompeux , fut le premier objet dont laspect fit diversion au malaise moral que nous éprouvions^ Ce monument figurait à Feutrée de Chiavemia, et portait , en grosses lettres d or , une inscription latine dont le contenu nous annonça qu*il a été élevé , t>^i^ 1^ peuple reconnaissant du comté de Chiavenna , en rtionneur d'Auguste-François d'Autriche , César. Déjà le souffle du sirocco italien nous parut sensible ; le visage enflammé , le front brûlant , nous nous hâtâmes de passer outre et de gagner Fa'uberge. Après que nous nous y fûmes rafraîchis , nous nous rendîmes dans la place publique. Des festons de fleurs, disposés entre les arbres , lui donnaient un air de fête présageant la prochaine arrivée de Tarcbiduc et vice-roi dltalie. Des joueurs de paume animaient ce lieu; cependant un cortège à cheval que figuraient, sur un mur blanchi, des restes de peinture à fresque, fixa spécialement notre attention. Notre cicérone nous apprit que cette rejirésentation datait de Tépoque très-récente où la Ligue Grise faisait administrer le comté de Chiavenna par des podestats ou commissaires , et figurait rentrée très-solennelle de nouveaux administrateurs, que le peuple n'avait jamais manqué d'accueiUir avec beaucoup d'empressement. Les fi-
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igures ëlaient très-endommagées par dès (ioups de pîerres, cependant les têtes des cavaliers avaient été respectées; et comme nous en faisions la remarque , le cicérone ajouta avec malice : Que ceô têtes formaient l'exacte ressemblance de particuliers qui naguère , à la tête du peuple très-reconnaissant^ s'étaient montrés les plus empressés de rendre hommage aux autorités suisses , et qui n'avaient pas manqué aùàsi de déployer un zèle non moins actif pour qu'on élevât en l'honneur du nouveau régent , l'arc de triomphe que nous avions rencontré.
On trouve fréquemment à la paroi de la montagne qui avoisine Chiavenna , des excavations d'où s'échappe constamment un air frais; elles servent à d'excellens entrepôts pour les vins. Après en avoir visité plusieurs , nous nous éta-^ blîmes dans une de ces grottes ombragée par un énorme érable que la fraîcheur de la température a sans doute fixé dans ce lieu. Là y dans la société de personnes ^dmables , le bon vin d'Italie nous fit oublier tous les arcs de triomphe et tous les monumens du monde.
L^énorme rocher dont la chute a précédé jadis la fondation de Chiavenna, fixa aussi notre attention. On y voit encore les ruines d'anciennes fortifications , au milieu desqueHes figurent des plantations dont la terre végétale a été apportée
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par l'industrieux citoyen qui les fait valoir. A la base du rocher, quatre tours massives et tombant en ruines forment , avec les murailles délabrées qui les joignent, un "vaste quadrilatère constituant lancienne citadelle qu*ont fait élever les Visconti. Entourée de bâtimens modernes , elle tappeUe ce qu'était le mâle caractère de nos énergiques ancêtres, à côté de l'esprit futile des frêles élégans du jour. L'aspect du rocher écroulé, des ruines du fort, des habitations que l'insouciance a construites à la base de monta^ gnes crevassées , à l'ombre de rochers sans cesse menaçans ; ces images jointes à celles qui s'étaient présentées à nous dans la contrée de Pleurs, avaient imprimé à notre âme une teinte sombre, qui s'éclaircit seulement lorsque arrivés dans la haute région du Splugen , les vents frais et restaurans de notre chère patrie eurent ranimé nos sens abattus et communiqué une nouveUe vie à notre être.