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Est-ce la rudesse des hommes , ou le manque de bras qui résulte de la forte émigration qui aurait imposé ici d'aussi pénibles soins au sexe le plus faible? C'est ce que nous ne saurions affirmer. Quoi qu*il en soit, nous ne pûmes considérer sans être émus d'une vive compassion , des trou^ pes entières de ces pauvres mères , dont la dér marche vacillante , les yeux baissés , semblaient attester la triste résignation et Tétat de servitude. Dans la direction du Splugen, en remontant, et non loin de Santa-Maria, se présentent les énormes décombres d'écroulemens af&eux* Des blocs de granit de cinquante pieds de hauteur , s'éle<vant en digue sur les bords de Técumante Lira , en rétrécissent le lit^et ont opéré un phénomène singulier dans la végétation. Jusqu'au pied de ces masses , de beaux châtaigniers décorent les rives inclinées de la Lira , tandis que sur le côté opposé ces arbres disparaissent entièrement , et sont remplacés par des frênes et des érables , qui s'y trouvent exposés aux vents du nord , exposition la plus favorable à ces espèces. De même que sur les rives du Tésin , Faune , s'avançant quelquefois au delà des bornes du climat septentrional, qui convient à sa nature , croît ici luxurieusement à côté de la vigne et du châtaignier. Semblables aux sanctuaires du Thabor, les très-belles églises de la Levantine , des vallées de
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S' -Jacob , de Misocco et de Calanca , dëcorent des éminences, et répandent leur doux ëclat sur les vallées. Telle est entre autres, à peu de distance de Santa-Maria , la situation de l'église de Santa- Trinita. Des plantations d'ormeaux , qui entourent souvent ces édifices , en rehaussent encore le lustre , quand on en aperçoit les parties à travers les voûtes que forme l'épais feuillage de ces arbres majestueux. G^mbien en général laeiructure de nos temples est mesquine , comparée à celle des églises qui s*élèvent sous le beau ciel d'Italie ! Quelle stérilité d'impressions à l'aspect d'édifices que l'architecture désavoue , et dont l'intérieur n'offre que parois nues et inanimées ! Chez nous, lorsqu'il est question d'édifier un temple , on s'occupe aussi peu du choix du local que du style de l'architecture , comme s'il était indifférent d'imprimer un caractère de sublimité aux objets que l'homme a sanctifiés. Les plus belles églises devraient être construites dans les lieux ou la nature se montre dans toute sa magnificence ; mais , loin de là , on voit figurer souvent de pareils édifices dans des impasses , des ruelles , à l'ombre des habitations humaines , et souvent le sanctuaire de la prière est profané par des ordures. Que de juges criminels, vieillis daiis la pratique de tristes procédures , n'avonsnous pas entendu louer la barbare coutume qui
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veut que les potences , les échafauds , figurent dans les lieux les plus élèves , pour que cet appareil terrible se présente de loin aux yeux des criminels, et frappe d'épouvante le cœur du brigand et de Tassassin. Hélas ! la triste humanité a plus besoin d'être raffermie et consolée que d'être entourée de terreurs !
Nous cheminâmes quelque temps avec un paysan d'Olmo , village très-élevé qui se montre sur la pente de la montagne. D^s qu'il se fut assuré que nous étions de bons Suisses, il devint communicatif et confiant , et s'empressa de nous ouvrir son cœur; cependant notre attention fut partagée par le dialogue suivant , dont les interlocuteurs cheminaient plus bas , la route , tracée sur une pente rapide , formant ici diverses sir nuosités agréables :
c( È una bellissima strada. — Costa assai al paese. — Come al paese ? — Il povero paese paga tanto. — n vice-rè verra presto. — Forse dimeno. È una fortuna, se viene; speriamo che lèvera la prohibizione del transîto. Siamo poveretti, e se si prendesse gli voti di tutti abitanti délia nostra valle, sarebbero tutji d' un sol voto per unirsi alla cara vecchia patria; ma il governimento ha una vacca che pu6 mugnere tutto 1* anno, per cio non la vuol lasciar andar fuor la stalla. »
F^ox populi^ vox Dei, Telle a été lopînion de
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véritables sages , quoique beaucoup de ceux qui ont prétendu à ce titre , aient interverti le sens profond de cet apophthegme , pour qu'il servît à alimenter le mauvais esprit de masses égarées. Cest la justice, c*est fhumanité, qu^on doit appeler la voix de Dieu, soit quelle sorte de la bouche des princes ou des peuples , et le pauvre paysan d'Olmo saurait peut-être expliquer mieux que beaucoup de savans, tout bouffis de leur érudition , ce qui constitue réellement la volonté de l'Être suprême.
La végétation du châtaignier cesse près de Santa-Maria, à une élévation de 2,750 pieds au^ dessus de la mer.* Au delà , et lorsque la vallée commence à s'élargir, nous rencontrâmes de superbes ormeaux , plus haut des hêtres , enfin à Campodolçino , des érables ; ces arbres forment la principale consistance de la végétation forestière des régions quils occupent. Le village de Campodolcino , situé dans une vallée dont le niveau est presque parfait, porte à juste tit^e le
* Cette élévation est à peu près la méine qa*à Bregaglia y à LWino , ainsi que dans les gorges du Platifer et de Porta. Le 5 septembre , à huit heures du matin , le baromètre indiquait, à Santa-Maria^ aS"* 6' 5", le thermomètre i3°; et, dans le même temps , à Berne, le premier 26** & 4'% le second i3'' également.
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nom qui le désigne : il est difficile de trouver des prairies dune aussi belle verdure, des eaux plus limpides, des rochers d'un pittoresque aussi aimable , des arbres d'une végétation aussi luxurieuse. De Chiavenna jusqu'ici, la vallée de la Lira est toujours rétrécie ; les pentes des monts sont aussi constamment fêlées , et les croix en bois éparses entre les décon^bres de rocs , n*an^ noncent que trop la nature des dangers auxquels le voyageur est exposé sur cette route. Ce n'est qu*à Fo que la vaUée prend quelque élargisse* ment, mais qu'interrompt brusquement une gorge plus étroite encore que forment deux parois de rochers , et qui sépare ce hameau de Campodolcino. Les environs de Fo sont décorés d'une église de structure élégante qui domine sur une petite éminence , et qu'ombragent des ormeaux charmans ; près de l'église , un torrent qui paraît sortir de l'épais feuillage , se précipite tout écumant du haut des rochers dans la Lira, tandis que , sur la pente opposée , le ruisseau abondant du Sarfeggia, baignant les murs d'une ancienne tour , se hâte de gagner le fond qu'il arrose. Là où la vallée se rétrécit de nouveau , les ondes scintillantes de la Lira se fraîent un passage à travers les rochers qui en forment le litj des forêts de pins ombragent la route , et l'on voit s'épancher impétueusement de leur sein obscur,
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un torrent dont les eaux abondantes se composent , à ce qu'il paraît , d'une quantité de sources qui arrosent les prairies du village élevé de Planiasca. Emblèmes de la modération, deux autres villages avec une église , se dessinant au-dessus de la chute du Sarteggia , sur la surface arrondie de la montagne , et fort au-dessus de la lisière du bois, attestent que leurs habitans préfèrent, sur ces hauteurs, une moindre dose de bien-être accompagné de sûreté , aux avantages que leur procurerait le séjour d'une vallée fertile mais exposée ai;ix dangers dont les rocs suspendus et les . ondes capricieuses la menacent constamment.
Toujours superbe , quoique moins solide sans doute , à cause de la nature des lieux , la nouvelle chaussée se prolonge en ligne droite jusqu'à Isola. A un quart de lieue en arrière dé ce village , qui est le plus élevé de la vallée de S - Jacob, elle se détourne de l'ancienne route, qui s'étend au nord à travers le Cardinell , et prend elle-même la direction des pentes escarpées qu'on a à gravir entre le vallon de Scaloggia et des gorges qu'on rencontre après Isola. Désireux de considérer à loisir la belle structure de la chaussée , nous ne profitâmes pas d'un sentier qu'on trouve près de Campodolcino , et qui conduit par Scaloggia au sommet du Splugen , en raccourcissant ce trajet de quelques lieues. A Isola ,
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nous fîmes une longue halte , pour jouir du beau site, et observer la végétation forestière. Notre hôte nous assura que si la nouvelle chaussée avait été conduite à travers le Cardinell , et non par les pentes roides et dangereuses ou l'ont établie les ingénieurs italiens , on eût non-^seulement abrégé le trajet de deux lieues, mais en même temps économisé de fortes sommes. H faut convenir que lorsqu'il s'agit de l'avantage ou du préjudice présumable qu'on a à attendre de nouvelles routes , les données des aubergistes sont loin d'être toujours exactes ; toutefois il paraît que la nature des lieux était mal connue des ingénieurs ; ce qui le prouve , c'est le genre de structure de superbes bâtimens qu'on trouve sur la route, de distance en distance , et qui ont été élevés , dans ces lieux sauvages , pour servir d'abri aux voyageurs , mais dont le but est absolument manqué.
L'élévation d'Isola peut être évaluée à 3,900 pieds au-dessus de la mer.* La récolte des pommes de terre et la moisson de l'orge venaient pré-
'^ Le 5 septembre , à onze heures du matin , le baromètre indiquait, à Isola, 24"* 4' 5'% le thermomètre is*"; et, à Berne, le même jour, à midi, le premier 26'' & 3'% le second i^^»
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cisëment d*avoîr lieu , tandis que , dans l'Oberland bernois , la première ne se fit qu'un mois plus tard , sur une pente qui n'a que 3,4^^ pieds de hauteur , mais qui est tournée du côte du nord. Ce fait prouve combien la situation des lieux, sans égard à leur hauteur absolue, est susceptible de modifier la vigueur de la végétation , et combien les Alpes du sud-est l'emportent sous ce rapport sur les Alpes occidentales. Le seigle d'automne réussit très-bien à Isola ; mais on en sème peu : on lui préfère l'orge , dont la culture paraît plus avantageuse. Nous trouvâmes dans ce village des cerisiers portant encore des fruits miirs; mais bien que les arbres à pépins Y puissent réussir sans doute , on n'en plante point , vu l'incertitude de la récolte ; nous n'en avions même rencontré que fort peu dans la basse région de la vallée de S*-Jacob. Il est indispensable dans les Alpes , là ou les arbres fruitiers peuvent prospérer , que plusieurs propriétaires se concertent pour en faire des plantations dans le même temps; autrement le planteur isolé sera toujours dupe de ses soins : car la rareté d'un . produit, excitant toujours plus vivement lé désir , invite au gaspillage , surtout dans les contrées que traversent des grandes routes. Le lin , ainsi que le chanvre , réussissent aisément à
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Isola ; nous y vîmes figurer , dans de petits en* clos , l'héliotrope* dans toute sa splendeur , et dans les prairies de beaux érables , et des frênes plus beaux encore : ceci nous offrit une nouvelle preuve que l'érable de montagne se plait dans les vallées plus froides que chaudes , tandis que le frêne veut le contraire. La maturité de la semence d'érable était à point dans celte vallée , qui à cet égard avait précédé de plusieurs semaines la vallée bernoise de Lauterbrunnen , quoique cette dernière soit plus basse de i,4oo pieds. Lorsqu'il s'agit d'établir , par comparaison , les différences qui existent entre les vallées , quant à la température et à la faculté de produire , il est certain que la maturité plus ou moins précoce de la semence des arbres alpestres , peut offrir des édaircissemens plus positifs que ceux qu'on cherche ordinairement à obtenir en consultant l'époque de la maturité des céréales. Des circonstances fortuites et dépendantes de la culture , peuvent accélérer ou retarder la maturité des céréales ou d'autres plantes , tandis que les arbres forestiers ne dépendant que de l'influence du climat , doivent être à tous égards plus propres à en déterminer la ncdure , quand on consulte le temps où leur graine parvient à
* Helianthus annuus.
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maturité. Toutefois ce serait à tort quon espère^ rait tirer des conséquences tout-à-fait positives des observations que peut fournir ie temps de la maturité des semences d*arbres , surtout s*il était question d établir des comparaisons de ce genre entre des lieux situés à une forte distance les uns des autres. De pareilles observations doivent être souvent erronées , quand même on aurait choisi pour points de comparaiscm la même espèce d^ar^ bre avec une stricte conformité dans la nature du sol et la situation où les fruits auraient mûri ; car 9 conune il existe , à Fégard des céréales , des arbres fruitiers et d'autres végétaux des jeux de la nature , produits par des causes occultes , qui accélèrent le développement des sujets , et hâtent la maturité de la semence , il est clair que des phénomènes semUables peuvent exister aussi à regard des arbres forestiers.
Après que nous eûmes gravi pendant quelque temps la nouvelle chaussée , nous jouîmes de l'agréable vue que nous offraient Isola , la vallée verdoyante , les régions glacées du Tombo et les eaux abondantes qui , s*épanchant partout des flancs des montagnes , viennent se réunir à l'attrayante Lira , et ont donné à Isola le nom que porte ce joli village. De même que la vallée de Lauterbrunnen , qui va en s'élevant du côté des glaciers de la Jungfrau et du Breitborn , est toute
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brillante des toirens et des ruisseaux qui se précipitent de monts rocailleuiÉ et fêlés , de même là vallée de S*-Jacob , animée par d'innombrables sources et ruisseaux , s*élève pareillement vers les sommets couverts de glace du Tombe et du Splugen. Mais combien la première de ceë val-*lées 9 quoique moins élevée de plus de i ,000 pieds que la dernière , lui est inférieure à Tégard de Ift végétation! H est vrai que la vallée de S*-Jacob est ouverte aux vents du midi , tandis que celle de Lauterbrunnen se trouve exposée aux vents du nord ; néanmoins cette diversité de situation ne saurait expliquer d'une manière satisfaisante rénorme différence qu'on remarque dans la végétation respective de contrées si peu distantes Tune de Fautre. Nous avons obsel^é déjà que la trop grande profondeur des vallées est pernicieuse à la végétation, tandis que les vallées d'une large étendue sont favorisées sôus ce rapport, par la raison que leurs diverses parties jouissent amplement de la lumière solaire. On pourrait objecter à la vérité que les vallées étroites et profondes, quoique plus ombragées que les larges , n'en sont souvent que plus échaufi'ées par la plus forte masse de calorique que contient la basse région de l'air ; mais il existe une infinité de plantes pour lesquelles l'influence immédiate et permanente des rayons solaires est plus
oH
propice sans cloute que la chaleur même. Comme les naturalistes n'ont pas cherché encore à re-^ connaître quelles sont les espèces de végétaux dont la nature demande ^ avec un degré plus ou moins fort de chaleur , plus ou moins de lumière solaire , nous allons indiquer quelques faits qui enofïrentdes nuances partielles. Dans la vallée d'Interlachen , le laurier-cerisier végète en plein air , et supporte les froids les plus rigoureux , tandis qu'à Berne , où à la vérité la température moyenne de l'hiver est de quelques degrés plus basse qu'à Interlachen , ce même atbuste est dé"truit par la gelée ^ si l'on ne l'en garantit pas soigneusement. D'un autre côté , les melons mûris* sent à Berne , même dans les étés peu chauds , et ttès-rarement à Interlachen dans les expositions les plus favorables. U existe dans cette vallée un jaifdin fort bien défendu contre les vents du nord , dans lequel des cyprès italiens hivernent sans danger en plein air ; à Berne , au contraire ^ le froid leur est si fatal , qu'il est indispensable de les abriter dans des orangeries. Enfin ^ il est rare que , dans ce dernier endroit , les raisins ne parviennent à maturité ; mais , à Interlachen , il est tout aussi rare de les voir mûrir, même sur des souches disposées en espaliers. Il suit de ces observations que les melons , ainsi que les raisins, auraient moins besoin de chaleur que de
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lumière solaire , tandis que le cyprès et le laurier-cerisier voudraient le contraire : or , comme de pareilles observations peuvent être applicables à une infinité de végétaux , il paraît qu'à Tégard des céréales en particulier , ces produits agricoles se plaisent mieux dans les larges vallées des monts rfaétiens que dans celles des Alpes bernoises , qui sont et plus étroites et plus ombragées.
A partir d'Isola jusqu'à Thospice du Splugen , on rencontre diverses stations , qui ont été construites pour h sûreté et la commodité des voyageurs. Cette mesure dénote sans doute beaucoup d'humanité ; mais la structure des bâtimens ne convient guère à Tâpre nature du climat. Les plafonds sont si hauts , les murs si minces , qu'il est presque impossible d'échauffer les chambres,, surtout dans une contrée où le bms est rare. Les familles stationnées dans ces maisons , reçoivent du gouvernement lombard une gratification pécuniaire , en récompense des privations et des incommodités qu'elles éprouvent pendant le long hiver qui règne dans ces lieux. En été , le métier d'aubergiste leur offre les moyens de vivre fort à l'aise. Tous ces stationnaires se plaignent de la défectuosité de demeures où , malgré la forte consommation de combustible , l'eau se congèle en hiver. En soumettant ce projet de bâtisse,
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les architectes milanais ou viennois nont certainement songé ni à rinclémence de la température , ni à la conser\'ation des forêts , que la mauvaise disposition de ces bâtimens , d'ailleurs superbes, tend à ruiner complètement a la longue.
Comme dans ce même espace dlsola à l'hos-* pice,la chaussée coupe divers passages «d'ava-^ lanches , on a élevé des voûtes en pierre * sous lesquelles la route se prolonge sûrement. L'établissement de ces galeries^ comme on les appelle, dont chacune n'a pas. moins de deux cents pas de longueur, exciterait une pleine admiration^ mêlée de bien aise , si malheureusement le mode de structure ne neutralisait en partie ces sensations en éveillant l'idée fâcheuse de casemates.
L'hospice du Splugen ne doit paô être considéré simplement coihme hôtellerie ou entrepôt de marchandises. C'est ici qu'une forte escouade de douaniers a établi son corps de garde et son quartier-gériéral , c'est ici qu'est établie la frontière , que le commerce de la Suisse est taxé , .et chaque voyageur dûment tisité. Les bâtimens , vastes et commodément disposés, sont habités été et hiver par l'inspecteur de la douane , sa famille, et- les commis qui lui sont subordonnés.
* Il en existé une pareille dariy le S^-Gothard , qu'on' appelle le trou d'Urni.
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La hauteur de cet établissement peut être éva-» luée à 585o pieds au-dessus du niveau de \et nier,* c'est-à-dire à une élévation égale à ceUe de l'hôpital du Grimsel , dans TOberland bernois. Cette conformité de situation nous invita à comparer la nature de la végétation respective de ces deux fjpints.** A l'entour de Thospice du S^lugen est une vaste étendue de pâturages d*un vert fortement prononcé , qui s'élève en partie presque insensiblement vers la pente de la montagne.
Les chaumières ou chalets des bergers bergamasques , qu'on découvre dans le lointain , paraissent si propres et si habitables, qu'on en chercherait vainement de pareilles chez les berr gers bernois. Ici , de même qu'à l'extrémité supérieure du passage , se trouvent fréquemment des vestiges d'une foret qui aurait occupé jadis et les pentes et les points les plus élevés de la montagne. C'est ainsi que , près de l'hospice , on découvre souvent en fouillant la terre des raci-
'^ Le 5 septembre y à quatre heures et demie du soir, îe baromètre indiquait ^2? & 4^S ^^ thermomètre 10* en plein air. A Berne y le baromètre était , dans le même temps , à a6 "^ 5^ &' , \e thermomètre à 1 5 ".
** Sur la végétation du Grimsel , voyez Reise des FeifaS' sers iïber den Bernardin, etc. p. 207.
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nés et des branchages , là où il n'existe à présent ni arbres ni même le moindre arbrisseau, et dans des endroits qui se trouvent à une forte distance de la Hsière la plus rapprochée des forêts de pins qui sont encore sur pied. La végétation forestière s'est donc abaissée de beaucoup sur le Splugen , infiniment plus que sur toutes les autres pentes des Alpes rhétiennes , et plus sans doute qu'il paraît présumable , si Ion prend en considération la nature végétative des vallées qui correspondent par leurs côtés latéraux aux points de la congélation. La gorge de la vallée de S'-Jacob, qui va en s'élevant vers le côté du Splugen , ne transmet à ce dernier que des vents doux et tempérés , et quant à la vallée d'Hinterhein, située au nord du passage, elle est tellement élevée que les courans d'air plus froids qui viennent de ce côté , ne doivent se faire sentir que bien au-dessus des vallées profondes qui sont situées à la base des monts. Mais il paraît que les mêmes causes qui ont nui à la végétation forestière du S -Gothard , ont été également préjudiciables au Splugen. Les habitans, établis depuis si long-temps vers l'extrémité supérieure du passage, ont dû contribuer à la ruine des forêts , par la forte consommation de combustible que réclame un climat rigoureux , tandis que d'un autre côté le passage continu des bêtes de