‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 3 sur 45 · ET L*OBERLAND · texte numérisé non relu

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saison , qui dure six mois. Les li:iutes prairies les plus voisines , sont situées sur le Planalp , à une lieue au-dessus du village; les autres, à deux lieues de distance , se trouvent au delà du lac , en partie au-dessus de la chute du Giesbach, dans un vallon écarté , mais riant , qu*arrose le torrent , et en partie sur des espèces de teiTasses que forment TAxalp et les rochers voisins. Or, le propriétaire de quelqu'une de ces prairies lointaines , ne peut se dispenser d*y envoyer journellement , quelque temps qu il fasse , ou sa famille ou ses gens , pour soigner le bétail et traire les vaches. On passe la nuit dans de petits chalets , on emploie une partie de la matinée à transporter le lait à Brientz , et l'on retourne à la montagne. Ce manège , qui entraîne une si grande perte de temps, dure jusqu'à ce que le fourrage de la montagne soit consommé.

La valeur des propriétés est relative, et dépend de leur situation. Ainsi , par exemple , une prairie située sur la montagne, dont le produit peut hiverner une vache, ou donner cinquante quintaux de foin , vaut huit cents livres de Berne (douze cents francs de France), tandis que, dans la proximité de Brientz , un fonds de même espèce , égal en rapport , est d*une valeur double , et même triple. Or, si l'on compte l'intérêt du capital à quatre pour cent, le coût de la nourri-

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tare d'une seule Vache, pendant Fhiver, non compris les contributions , les taxes communales, les frais d'exploitation, etc., serait, dans le premier cas, de quarante-huit livres (soixantedouze francs), et, dans le second, de quatrevingt-seize livres (cent quarante-quatre francs). Qu'en résulte-t-il ?

. i^ La possession , dans la proximité du village, est devenue un objet de luxe ruineux, attendu que le paysan qui acquiert perd en général plus que moitié de l'intérêt du fonds capital.

2° Cette même raison ne permet pas de former à Brientz ni des établissemens agricoles considérables, ni aucune espèce de fabrique ou de manufacture qui demande un vaste emplacement.

3® L'activité d'une grande partie de la population , pendant l'hiver , se concentre , presque exclusivement, sur la réalisation du produit de minces parcelles de terrain ; ensorte que , le paysan propriétaire de prairies lointaines , ne peut , d'après ce que nous avons dit plus haut , se livrer à aucun autre genre d'industrie, d'autant plus que Ces excursions continuelles à la montagne , lui rendent insupportable toute occupation sédentaire , ou qui exige une forte dose d'activité et une attention suivie.

4** Les prairies de la montagne étant couvertes

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de neige pendant six mois de Tannée , cette circonstance ne permet pas alors aux propriëtaires de s'en occuper ; et , comme les soins que Ton donne au bétail ne prennent que peu de temps ^ le reste se passe à ne rien faire , ou bien ces longs loisirs sont consacrés , surtout par la jeunesse , à des passetemps que la morale ne saurait approuver toujours. En général , dans ce genre de vie, le seul ressort intellectuel qu'exerce le paysan , c'est celui de la ruse ; aussi , remarque-t-on dans le caractère de nos montagnards des traits peu louables , et qui prennent leur source dans l'espèce d'oisiveté qui entoure une partie de leur existence.

5^ Si, d'un côté, la consommation pendant rhiver du fourrage de montagne , demande un emploi de temps considérable, de l'autre, le grand éloignement de ces prairies est cause qu'on les abandonne à elles-mêmes et qu'on les néglige entièrement. Dans la belle saison, la culture du fonds communal, les pâturages, les prairies contiguës au village, le service des étrangers qui visitent le pays , occupent toute la po^ pulation ; et , hormis le temps de la fenaison , les hautes prairies sont désertes.

Dans cet état de choses , la position du paysan serait d'autant plus déplorable, qu'aucune industrie accessoire ne vient à son aide pour y re-

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médier ; mais , les pâturages communaux lui offrent une puissante ressource pendant l'été; et, supposé môme que le droit de pâture ne lui appartienne pas, il peut, moyennant la modique redevance de six à dix livres * par tête, pour le gros bétail , en obtenir aisément la concession de ceux qui le possèdent et qui n'ont pas le moyen d'hiverner du bétail , ou qui préfèrent arrenter leurs vaches en été. Du reste, soit que le paysan adopte ce dernier parti, ce qui ne lui rapporte que vingtcinq , trente à trente-cinq livres par tête , en raison du prix du fromage gras , qui ne vaut actuellement que vingt-cinq à trente livres le cent pesant , soit qu'il retire lui-même le produit de ses vaches , qui est d'un quintal et demi de fromage gras par tête , il est certain que , dans l'une ou l'autre hypothèse , le coût du fourrage qui se consomme pendant l'hiver , équivaut à la valeur du produit, ou le dépasse même, à moins que le travail ne soit compté pour rien.

Supposons un paysan possesseur de deux vaches , d'une égale portion de hautes et de basses prairies rapportant chacune cinquante quintaux de foin , et obligé d'entretenir un valet à ses frais pendant cent vingt jours seulement. Voici quelle

* La liyre de Berne vaut trente sous, de France.

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serait sa position réelle , sans compter les dépenses accessoires :

Intérêts du fonds des hautes prairies , constituant le capital de 800 liv. , à 4 1*^"' Le double pour les basses prairies . :

^ En intérêts .

Salaire du valet ( 1 20 jours à 4 batzen).

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