CHAPITRE II
ROUTE A TEAVBRS LE BEUiaC; , DE BRIENTZ
A SARNE.
Bloc de granit sur le Ballenberg. •-» Ezeayadoiis. •>■ Village de Schwanden. — • Inondations. -» Wyler. — • G>stiime. —•Existence pr&nmable d*an ancien château. •— Passage dn Brumg. «*- Végétation. -» Vue. — Obwald. — Mœurs caractëristiqnes* «- Vallée de Lungern. «- Economie rurale. » Education populaire. «- De l'ëtablissement d'une route sur le Bmnig. «« Gyswil. — Lac desséche. -» Fête de Nicolas de Fine. «- Légendes et images. » Kern.
Le BaUenberg forme une espèce de promontoire qui sépare ,nles lacs de Thun et de Brientz , le plan de la vallée d*Oberhasli. Du côté de la chaîne du Brunig, ce mont s'élève en pente douce ; sur les bords de l'Aar, au contrdre , les parois sont à pic , dépouillées et formées de rochers calcaires , qui offrent des couches torses , bizarres et singulièrement variées. Quelques* centaines de pieds au-dessus des eaux, c'est-^-^ dire au sommet du Ballenberg , se trouve un im*mense bloc de granit qui repose sur le rocher calcaire ; ce phénomène paraît d'autant plus éton* nant , que le fond de la vallée n'offre que rare-^
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ment des masses de cette espèce d'une aussi forte dimension. Divers indices prouvent que les eaux des deux lacs et de TAar étaient jadis " infiniment plus hautes ; telles sont , par exemple , les traces distinctes de ces eaux qu'on découvre, à une élévation considérable, sur les roches qui bordent le lac de Thun , les cailloux déposés sur les coteaux d'Eppingen , et les débris de coquillages d'eau douce que la coUine de Stretlingen , située près de ce même lac , renferme dans son sein. Des inondations successives ont-elles roulé les masses de granit de la grande vallée dans les plaines du Jura , et la dernière de ces inondations aurait-elle atteint peut-être le sommet du Ballenberg?
Au-dessous du bloc de granit en question, dans la direction du sud , on découvre plusieurs excavations , que les paysans appellent les trous des païens. Conmie on en rencontre fréquemment sur cette montagne , il y a lieu de croire que ces cavernes servaient de refuge aux babitans primitifs et sauvages de ces contrées , avant et après l'envahissement des vallées de l'Helvétie par les conquérans venus du nord et de l'orient.
Du côté du Brunîg , la route traverse les terres des villages de Schwanden et d'Hofstetten , et conduit à Wyler . Dans cet espace , le sol se compose de débris de rochers calcaires , amoncelés
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par les torrens destructeurs sur des prairies et des plantations qui faisaient Tespoir des générations passées. Il est malheureusement à craindre pour ces contrées, qu'elles ne voient se renouveler encorç des désastres de cette nature. Il n'y a même que vingt-cinq ans que Fancien Schwanden fut presque enseVeli de cette manière , ce qui détermina les faabitans à s'établir dans Tem» placement qu'occupe le nouveau village. Les paysans qui furent témoins de cette catastrophe , ne se rappellent qu'avec effroi des horreurs inexprimables de la journée qui l'amena. Le ciel, couvert des plus sombres nuages, vomissait un dé* luge d'eau , tandis qu'au milieu des roulemens épouvantables et non interrompus du tonnerre , les rocs détachés des monts , entraînés par les torrens, remplissaient le village de décombres, et détruisaient les plantations et les prairies des infortunés habitans. Peu d'heures suffirent pour faire disparaître et l'héritage qu'ils tenaient de leurs pères , et les fruits de leur propre industrie. Et cependant, malgré cette funeste expérience, les habitans du nouveau Schwanden n'ont rien gagné en prévoyguice sous ce rapport» Les forêts protectrices ne sont pas plus épargnées qu'autrefois , et l'on n'apporte pas même, dans la structure des maisons , la solidité et les soins que réclame une position aussi dangereuse.
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Mais telle est la nature de l'homme : le danger une fois passé , il le croit éloigné à januds. H en est à peu près des pauvres Schwandais comme des gouvememens et des nations, qui ne profitent presque jamab des leçons que leur ofiire f expérience des siècles.
A Wyler , village situé au pied du Brumg , et dépendant* de la paroisse de Brientz ^ les habitans ont conservé le costume ^e TOberhasli ^ ainsi que le dialecte , qui diffère essentidlement de celui dudit village. Cette persévérance doit paraître extraordinaire si Ton considère que, depuis des^ centaines d'années y les femmes de Wyler , appelées à se repdre tous les dimanches à Brientz pour y participer au service divin , y passent ensuite une grande partie de la journée au cabaret , dans la nombreuse société d'autres villageoises parées d'un costume tout différent. Ce fut ainsi que , dans le district de Seeland , les habitans de Huper et de Guggisberg restèrent long*temps fidèles à l'ancien costume suisse ^ quoique les communes avoisinantes j eussent apporté un changement total. Pour ce qui tient aux mœurs des anciens Suisses , il nous en reste encore d'assez beaux fragmens , et bien dignes sans doute d'être conservés avec encore plus de scrupule et d'énergie qu'en apportent les femmes de W}der pour le maintien de leurs jupons plis-
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ses. Je pense, du reste , que puisque le peuple , en gënëral, est susceptible d'un attachement aussi opiniâtre pour les usages et les principes qu'il a une fois accueillis , on devrait utiliser cette tendance en donnant aux idées de la grande masse la meilleure direction possible.
H n'est pas indifférent , pour ce qui se rattache aux souvenirs historiques de cette contrée, de dire qu'il existe , à l'extrémité du village , une place dont la dénomination locale* fait présumei^la contiguïté de quelque ancien château, sai^s qu'aucune espèce de ruine en atteste l'existence. Ce fut sans doute ici que résidait Jean de Herblingen , seigneur de Wyler , qui , en 1 4 1 6^vendit au monastère d'Interlachen une partie du village , avec les droits féodaux qui s'y trouvaient affectés. On a montré pendant long-temps beaucoup trop d'indifférence pour la conservation des monumens historiques : c'est ainsi qu'unie partie du fort de Rîngenberg a été démolie , pour en construire le château des baiUis d'Interlachen , tandis que les décombres du château d'Unspunnen ont servi de matériaux pour la plupart des plus vieilles caves de Wilderswyl.
De Wyler , le sentier du Brunig se prolonge en partie à travers de spacieuses vallées , où sont
* Place dtt châteaa.