ABSOLUTION
<c Tout chrétien qui récitera avec ferveur et génuflexion , autant que faire se pourra , la prière ci-annexée devant l'image de bienheureux frèas Nicolas de Fliie , obtiendra trois cent soixante jours d'absolution , laquelle absolution a été gracieusement conférée , le i4 août i632 , par son^éminence le seigneur Jean-Baptiste de
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Barnis , archevêque d*Ëdesse , et légat du pape à Luceme. »
Un livret d*un plus grand format, orné de gravures , et imprimé à Lucerne en 1 822 , répète à peu près les mêmes faits , quoique le style mieux soigné paraisse appartenir à un écrivain d'une classe plus relevée. La mission du pacificateur à Stanz , y est racontée avec simplicité , sentiment et patriotisme. On y trouve aussi la missive du pieux cénobite , adressée au Schulteis et au Conseil souverain de Berne, en remerciement des dons qull en avait reçus. Cette missive , qui prouve que le saint homme n'était pas du tout insensible aux biens temporels , réfute malheureusement la véracité historique d*an fait consigné dans ce même ouvrage , et d'après lequel Nicolas aurait vécu dix-neuf ans dans son hemriitage de Melchthal, sans avoir touché à aucun aliment substantiel.
Dans le nombre de nos acquisitions , se trouvait une gravure représentant la descente de la croix, avec deux prières dédiées à la reine du firmament; voici le commencement de la première :
a Salut , plusieurs millions de mille fois salut , d toi, mère de Jésus, humble, dolorante et même sanguinolente. Toi , fiancée du St. Esprit ,
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reine des anges , princesse de Jérusalem , margrave de Lorette , etc. »; et plus bas : « O Maiûe ! je suis plongé dans l'abîme de tous péchés , et mon âme misérable est en quelque sorte totalement suffoquée par le soufre et la poix des flammes de Tenfer , etc. »
L'intitulé de limage porte : Prières à adresser à la miraculeuse image de Marie de DeHelbach , en Franconie^ près de Wurzbourg; et au-dessous : « Quiconque la récite une fois par semaine, obtiei^dra cent, je dis cent années d'absolution, indépendamment de plusieurs grâces spéciales pendant sa vie et sa mort. Zug , chez /. M. A,
Blunschi. »
On pourrait mal interprêter nos sentimens , si nous divulguions plus au long le contenu des objets de trafic de Téchoppe de Sachseln. Quant à l'échantillon que nous nous sommes permis d'en offrir, nous assurons en conscience que, loin d'y avoir été portés par un esprit d'intolérance , nous sommes au contraire pénétrés de ces paroles d'un sens profond, et pleines de tendresse, sorties de la bouche de notre divin rédempteur : « Quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant, n'y entrera point. » Nous savons aussi qu'il existe des individus , et même des peuples , dont les premiers passent leur vie entière , et ceux-ci des séries de siècles , dans
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Venfance de la croyance, sans goûter jamais aux fruits de l'arbre de science. Mais ce qui a droit de nous causer un étonnement mêlé de joie, c'est la tendance invincible pour le bien qui existe chez nos bons montagnards d'Unterwald, qui , malgré leur conviction intime en Vefficacitë de l'absolution et de la rémission des péchés , qu'ils peuvent obtenir à si bon compte,* sont pourtant si peu enclins à user des privilèges qui se rattachent à leur croyance , et qui , en dépit de l'influence qui les régit , ont conservé des formes vraiment chrétiennes. Mais, pour que nous applaudissions sans réserve à cet état d'innocence et de simplicité, il faudrait qu'il fât répandu dans toutes les classes , et qu'on n'abusât jamais de la simplicité des enfans, pour favoriser, à leur détriment, des vues égoïstes et purement mondaines.
n est étrange que le cénobite de Melchthal soit précisément le. seul auquel on ait dédié une chapelle , quoique cependant la Suisse puisse se
* On voit à Strausfurt un tableau de la Passion , auquel est attachée le privilège extraordinaire de quarante-deux mille années d'absolution, pour quiconque lui consacre , en présence, le léger tribut de quatre Pater noster et de quatre 'Ape Maria, Cette immense concession lui a été conférée par le pape Pic V. Otearii Syntagm* rer. Thuring. II,p. aaS.
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glorifier d'un grand nombre d'hommes illustres qui n'en sont certainement pas moins dignes.
Il existe sans contredit une espèce de canonisation qui est du ressort de l'histoire , de la compétence de tous les peuples , et qui peut s'étendre sur tous les citoyens qui sont morts pour la cause de la liberté , en s'opposant aux attentats de l'usurpation et du fanatisme. Ces hommes ne sont-ils pas réellement les sauveurs des peuples , ne méritent-ils pas d'en être canonisés? Les Unterwaldais ne pourraient-ik pas élever de nouvelles chapelles à leur Âmdd de Melchthal, à leur Winkelried, sans avoir besoin pour cela de l'autorisation du pape? Pourquoi n'en seraitil pas de même à l'égard de Walter Fiirst du canton d'Uri, de Gundoldingen de Luceme?
Les Bernois ne devraient-ils pas consacrer des monumens à ceux de leurs concitoyens qui se sont illustrés par leur héroïsme; aux d'Erlach, aux Hallwyl , aux Bubenberg ? Les lieux ou Greyer sauva sa bannière , où Wendscfaatz expira ; ou Steiger,* ce vieillard débile , mais fort
* Steiger blâmait la forme de la constitution helvétique, et en désirait l'amendement, mais n'en combattît pas moins contre les étrangers qui voulaient ruiner cette constitution. Quelle leçon pour notre siècle! Combattre contre les ennemis extérieurs, pour mainteoif ce qui exbtCy est le premier devoir d'un citoyen; mai» il est en
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de son enthousiasme pour la cause sacrée de la patrie , en combattit les aggresseurs, ne sont-ils pas faits pour être dëcorës de monumens ?
L'extérieur de l'église de Kerns est d'un beau style d'architecture , qui fait honneur à l'artiste ; mais rintérieur , décoré comme la plupart des églises catholiques , est surchargé de dorures et d'accessoires plus propres à oifrir un échantillon des futilités mondaines, qu'à rappeler la présence du souverain arbitre de l'univers.
Cest à St-Antoine, hameau situé au-dessus de Kern , que réside le sculpteur en bois Abhard , artiste distingué dans ce genre. Pour nous rendre chez lui , nous eûmes à traverser de belles prairies et de jolis vergers. Sa maison , construite simplement en bois, était entourée d'une armée d'anges et de saints de sa composition , abrités Sous Tavant-toit pour en opérer la dessication préparatoire , après laquelle peintres et doreurs y mettront sans doute la dernière main , pour entourer ces prédestinés de l'éclat que réclame leur vocation. Cet artiste nous parut un homme grave , simple et sans prétention ; il dut être contrarié de n'avoir à nous montrer d'autres productions de son ciseau habile , que celles que
même temps de la jastice et de la sagesse de s'accorder paûsiblementsnr ce qui concerne les réformes nécessaires.
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nous avions sous les yeux : mais, accablé de commandes de ce genre , il ne peut même y suf-^ fire ; et ce fut d*un air chagrin qu'il s*excusa de ne pouvoir s'occuper de la nôtre. Nous désirions posséder un Winkelried dans son attitude suprême , c'est-à-dire dans le moment oh le héros ^ martyr de son dévouement pour la cause sacrée de la liberté , embrasse les lances autrichiennes , les dirige contre sa poitrine , et fraie aux siens , par le sacrifice volontaire de sa vie , un passage à travers les rangs de l'inaccessible phalange. Un élève d'Abhard nous reconduisit à Kerns. Si . ce jeune homme acquiert jamais le beau talent de son maître , il serait à souhaiter qu'il le consacrât à des sujets plus analogues à la destination des beaux-arts et aux productions du génie*
Le fusain * chétif arbuste en delà du Brunig^ est d'une épaisseur extraordinaire dans cette val-* lée ; nous en remarquâmes plusieurs qui n'avaient pas moins d'un pied de diamètre. Vu la finesse et la dureté du bœs, Abhard préfère le fusain à l'aubier. Le sol n'est pas moins favorable au noisetier , qui acquiert quelquefois l'énorme circîonférence de six pieds.
Près de Sarne, la position élevée du Landenberg , où jadis était assis le château d'un gouver-
* Evonymus Europœus.
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neur autrichien , offre un point de vue admira*^ ble. Le lac de Sarne , brillant d'un doux ëclat, se dessine au milieu des rives pittoresques, et , dans renfoncement , Tœil se repose sur de sombres forêts et sur les hautes montagnes du canton de Berne. La ville, dëcorëe de jolies maisons, occupe le pied de Téminence; dans la direction du nord , la rivière d'Aa roule ses eaux à travers la vallée, pour en porter le tribut au lac de Lucernfe, que Von découvre au delà de la forêt de Kerns , entouré des cimes qui en couronnent les rives montagneuses, et qui rappellent chacune un nom consacré par Vhistoire. C'est sur le Landenberg même , où siégeaient anciennement les farouches dominateurs de ces contrées, que se rassemble maintenant le peuple souverain d'Obwald. Les décombres du château autrichien ont été transformés en bancs de pierre , disposés en amphithéâtre. C'est ici que les assemblées du peuple ont lieu , en plein air. Près de ce local figurent l'arsenal ainsi que le jeu d'arquebuse, dont la salle, ornée de tableaux représentant l'histoire de Melchtal et de Tell, rappelle des souvenirs que les cohortes d'mi Schauenbourg n'ont pu effacer de la mémoire du peuple. Qu'ils égalent en durée la stabilité de nos montagnes , ces souvenirs glorieux, et entretiennent à ja-
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mais, 4âns le cœur d*un peuple libre, la haine contre Toppression !
La forêt de Kerns aboutit à des marécages qui s*ëtendent du côté du Rotzloch , et figure dans le petit nombre des bois qui occupent le fond des vallées et non les flancs des Alpes. Presque partout la population croissante, les progrès de la culture , ont confiné la végétation forestière sur la haute région des monts. Mais les marécages incultes qu*on rencontre dans les contrées de Rudenz et d*Alpnach , et le mauvais état de la forêt de Kerns même , donnent lieu de croire que Tétat d*enfance des bons Unterwaldais n*influe pas moins sur leur économie rurale que sur les actes de leur dévotion.
Nous gravîmes les hauteurs qui dominent la chapelle de Saint-Jacob, non-seulement pour embrasser plus complètement la vue du lac de Lucerne et de la florissante vallée de Stanz', mais aussi pour nous former une idée des dispositions militaires de 1798, époque des combats sanglans qui, après une défense héroïque du côté des pâtres de Nidwald et d'Obwald , se terminèrent par la ruine d'une liberté dont ils jouissaient depuis des siècles. Sur les hauteurs de Ried, immédiatement au-dessous du point où nous nous étions placés , les Nidwaldais avaient dressé une batterie de six canons , braqués sur
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la forêt de Kerns , position que tourna Fennemi, du côté des pâturages d'^cherli et de la hauteur deRuti, situes en arrière; en face, le Rotzloch, Standstad et le Burgenberg , furent les principaux points d'où les Français venus de Lucerne dirigèrent leur attaque à dos des montagnards. Mal armés, disséminés, dépourvus de^ chefs, ceux-ci ne comptaient que quinze cents hommes dans leurs rangs , mais ils résistèrent néanmoins, et pendant huit longues heures, contre la force décuple des assaillans. On nous montra, dans Téloignement , la place où fut fusillé un Jeune garçon, pour avoir refusé avec une rare constance de servir de guide à Tennemi; dix-huit jeunes filles retranchées dans la chapelle de Winkelried , y périrent en combattant. Standstad et Stanz offrirent des scènes afïreuses de carnage; des femmes, des vieillards, des enfans, y furent massacrés jusqu'aux pieds des autels.
A Taspect des monticules nombreux élevés sur les tombes où gissent les restes de tant de victimes , et qu'on aperçoit au delà de la chapelle de Saint-Jacob, qui n'éprouverait un profond sentiment de douleur, mêlé d'indignation, en songeant à un peuple qui , pendant plus de six lustres, n'a cessé d'abreuver la terre de sang; qui a détruit tant de bien sans avoir rien su pro-
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duire en faveur de rhumanitë? Est-ce bien là le même peuple qui , ëclairë par l'aurore de la liberté , brisa les fers d'un antique esclavage , s'éleva au-dessus de lui-même , et qui , méconnaissant presque aussitôt la céleste déesse, sacrifia des milliers de victimes au simulacre qu il lui substitua; qui répandit le sang de son roi au nom profané de cette liberté , et qui cependant fit couler dans nos montagnes le sang de ses plus vrais adorateurs; qui abolit toute distinction de rang , et qui se montra bientôt après tellement avide de titres et d'honneurs, qu'il livra, contre des dignités , des rubans , de l'or , la liberté à un conquérant; enfin qui, prompt à immoler ses prêtres à la liberté d'opinion , ne le fut pas moins à combattre ses voisins, pour armer du poignard de la vengeance les ministres de la superstition et de l'intolérance ?
Mais gardons-nous de porter un jugement téméraire ; ne maudissons aucune nation. Les peuples, soit qu'ils renversent l'empire des lois, soit que j semblables à des laves brûlantes , ils portent partout la dévastation sur leur passage; soit que , dans leur obéissance passive à la voix d'un conquérant , ils remplissent le monde de scènes de désolation et de sang , les peuples ne sont jamais que les instrumens aveugles de l'influence supérieure qui les dirige. Celui-là même que
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nous venons de signaler , ce peuple est devenu , pour le monde moral , ce qu'une fermentation utile est aux substances. La masse s'éclaircit , les miasmes vénéneux se transforment en un pur éther, le résidu donne de nouvelles ^de meilleures productions. Telle est la loi de la nature ; ce n*est que par le cboc, le frottement, que jaillissent des étincelles de lumière. Non, Tinertie n'est point le partage de Tespèce humaine ; et , en dépit de toutes les puissances de la terre ; en dépit de toutes les trames qu'on pourrait ourdir pour la dégrader et l'abâtardir , ellç finira tôt ou tard par atteindre l'apogée de perfectibilité dont elle est susceptible.