‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 15 sur 56 · Û6 VOYAGE DANS LES PRAIRIES · texte numérisé non relu

Û6 VOYAGE DANS LES PRAIRIES

nous sommes , vous arriverez à une colline dépouillëe sur laquelle est un monceau de pierres.

— J'ai remarqué cette colline en chassant dans ces parages, dit le capitaine.

— Eh bien, ces pierres sont une marque faite par les Osages ; de ce point vous verrez le confluent de la Rivière Rouge.

— En ce cas nous arriverons demain matin à ce confluent , s'écria le capitaine j et puis nous traverserons l' Arkansas un peu au dessus.; nous serons dans le pays des Pawnies^ et dans deux jours nous ferons craquer les os des buffles. »

L'idée d'arriver sur les terres aventureuses des Pawnies et d'être enfin sur les traces des buffles produisit l'eflet d'une étincelle électrique. En ce moment notre conférence fut interrompue. par le bruit d'un fîisil tiré non loin du camp. ^

« C'est le fusil du vieux Ryan ^ s'écria le ca-* pitaine ; il y a un daim ou un chevreuil par terre, j'en réponds. » Il ne se trompait pas : quelques momehs après, le vétéran ^rut, appelant un des plus jeunes cavaliers à retourner avec lui poiur l'aider à rapporter la bête.

Le pays environnant abondait en gibier , et notre camp était amplement approvisionné; de plus 9 personne ne manquait de dessert , car on

A l'ouest des iTATS-U«lS.

avait abattu au moins vingt arbres d'abeilles. C'était unfjestin continuel , et pas un ne songeait a garder quelque chose pour le lendemain. La cciisine était traitée en style de chasseur : les viandes, piquées sur des broches pointues en bois de chien 9 dont les extrémités étaient fichées en terre , étaient placées devant le feu, où elles rôtissaient ou grillaient, si l'on veut, en conservant si bien leur jus qu'elles auraient agréablement chatouillé le palais du plus fin gouimet. Je ne puis faire autant d'éloges du pain : c'était tout simplement de la farine délayée avec un peu d'eau et frite, comme des beignets ou des crêpes^ avec du lard. Quelques uns cependant y faisaient encore moins de façon, ils prenaient de cette pâte au bout d'un bâton, et la faisaient cuire en la tenant devant le feu. Tout ce que je puis dire^ c'est que j'ai trouvé ces deux sortes de pain extré-* mement agréables sur les prairies. On ne peut en effet juger de la bonté d'un mets si l'on n'en a pas mangé avec l'assaisonnement d'un appétit de chasseur.

Avant le coucher du soleil nous fûmes appelés par le petit Tony à nous asseoir autour d'un somptueux repas. Des couvertures étendues à terre près du feu nouS: servaient de sièges. Une

JO VOYAGE DANS LES PRAlRIESr

immense sébile taillée dans une racine d'érable , qu'on avait achetée au village indien y fut placée devant nous^ et l'on y versa le contenu des maiv mites; c'était un dindon sauvage découpé ^ de» tranches de lard et des morceaux de p&te : un autre plat de même espèce était rempli d'une abondance de ces beignets dont j'ai parlé. Après que nous eûmes fait raison de la galimafrée^ un c{uartier de. chevreuil bien gras , enfilé sur deux broches de bois^ et qui^ pendant le premier service y grillait à côté de nous y Ait planté d'un air de triomphe au milieu de notre cercle par le petit Tony. Comme nous n'avions ni assiettes ni fourchettes 9 nous nous servions à la £siçon des chasseurs, en coupant avec nos couteaux de chasse des- tranches de rôti que nous trempions dans le sel et le poivre. Pour rendre justice au cuisinier et à la sauce appétissante de l'air des prairies 9 je déclare que jamais venaison ne me parut aussi délicieuse ; avec tout cela notre seul breuvage était du café, fait à l'ébullition, dans un chaudron de campagne , sucré avec du sucre brun et versé dans des tasses d'étain. Tel fut notre ordinaire tout le'temps de l'expédition^ au moins tant que les provisions furent abondantes et que nous conservâmes delà farine, du caféetdusucre.

A L OUEST DES ETA.TS-ONIS. 7I

Sitôt que la nuit eut remplacé le crépuscule y on plaça les senlinelles y précailtion indispensable dans un pays infesté de sauvages. Le camp pré-^ sentait alors un asf^ct tout-à-fait pittoresque. Des {eux épars brillaient ou se mouraient parmi les arbres ^ et des groupes de Rangers les entoû- . raient^ les uns assis ^ les autres tx)uchés sur l'herbe^ diautres debout ^ recevant les l'ouges reflets des flainihes y ou leur profil se deissinant sur un fond noir.

Autour de quelques uns d€ ces foyers retentissaient les éclats d'une gaîté bruyante^ les rires prolongés^ les rudes exclamations; car cette troupe ne se distinguait point pëir une discipline sévère, étant composée déjeunes gens de la frontièt^, qui ne s'enrôlaient que pour changer de plafce et courir les aventures; quelques uns aussi daiis le but de connaître le pays. Plusieurs étaient les voisins de leurs officiers, et leur parlaient avec la feçtiiliarité de camarades , non avec la subordination du soldat enVers son chef. Pas un d'eux ne se faisait la moindre idée de l'étiquette, de la contrainte d'un camp régulier, et pas un d'eux n'aurait eu l'ambition d'acquérir une bonne renommée par son exactitude à suivre les lois d'une profession qu'ils li'avaient pas l'intention de continuer.

Page 1