VOYAGE DANS LES PBAIHIKS
nous aperçûmes une troupe de daims bondissant et fuyant tout épouvantés ; mais ils n-ë-' talent pas plus tôt à une certaine distance qu'ils s'arrêtaient et regardaient avec la curiosité con^ mune à ces animaux les étrangers qui Tenaient ainsi troubler leur solitude. A l'instant^ des coiifis de fusil furent tirés dans toutes les directians par les jeunes chasseurs. Cependant leur empressement les empêcha de viser juste, et les daims s'enfoncèrent sains et saufs dans la profondeur des forêts.
Dans noire marche^ nous atteignîmes l'Aiv kansas; mais nous nous tix)UTÎons encore audessous de la Fourche Rouge ; et comme la pre-^ mière décrit de profondes courbures , nous quittâmes ses bords, et continuâmes notre route dans les bois jusqu'à près de trois heures. Alors nous campâmes dans un beau bassin , borné par lyi ruisseau limpide y et ombragé par des bou* quets de chênes majestueux. Les chevaux ^rent lâchés pour se repaître en liberté y avec la pré< caution d'attacher leiu*s jambes de devant l'une à l'autre avec des cordes ou des courroies y afin de les empêcher de s'éloigner. Un certain nom-* bre de cavaliers y chasseurs déterminés y se dis* persa de différens côtés à la recherche du gibier.
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On n'entendait plus les joyeuses exclamations , les grandes risées du matin ; tout le monde était occupé y soit à faire du feu , soit à préparer le repas; et les plus fatigués se reposaient dans l'herbe. iBientôt le bruit des armes à fei]^ retentit de toutes parts ^ et ^ quelque temps après y un chasseur retint au camp avec un beau chevreuil placé en travers sur son cheval. Gé cavalier fut suivi d'une couple de chasseurs imberbes à pied , l'un desquels portait un faon sur ses épaules. Il était évidemment fier de sa proie. C'était peutêtre son premier exploit. Cela ne les empêcha point , ses compagnons et lui y d'être impitoyabl^Qient raillés par leurs. camarades. On les traitait de novices y qui s'étaient associés pour al-> 1er à la châsse^ et rapportaient ime pièce entre eux tous. .^.
Un peu avant la nuit y *de grandes acclamations s'élevèrent à l'une des extrémités du camp y et nous vîmes une troupe de jeunes chasseurs marcher en parade autour des feux y portant sur ' leurs épaules un de leurs camarades. Il avait tué un élan pour la preniière fois de sa vie, et c'était le premier animal de cette espèce abattu dans cette expédition. Ce jeune chasseur, nommé Mac Lellau y fut le héros de b soirée , et , de plus y
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l'Ainphj'Irion du souper ; car tles morceaux de son élan rôtissaicti t devant chaque foyer.
Les autres chasseurs revinrent les mains vides. Lexapîtaine avait remarqué les traces d'un buffle qui dev^t avoir passé peu de jours avant; il avait suivi assez loin la voie d'un ours ; mais ses empreintes avaient enfin disparu. 11 avait vu encore un élan qui s'avançait sur un banc de sable de l'Arkansas; par malheur, tandis qu'il se glissait parmi les buissons pour trouver une place d'où il put le tirer, l'élan était i-entré dans le bois.
Notre chasseur Beatte revint à son toui-, silencieux et mome , d'une chasse infructueuse. Jusqu'alors il ne nous avait rien rapporté , et nous avions tiré nos provisions de venaison de la lc»e du capitaine. Beatte semblait véritablement humilié , et devait l'être en effet , d'autant plus qu'il regardaities cavaliers du haut de sa grandeur, comme gens nouveaux sur les prairies , et ' peu versés dans les secrets de la chasse. De leur côté , ceux-ci ne le voyaient pas d'un œil favorable , à cause de son mauvais sang , et ils !e nommaient toujours l'Indien.
D'autre part , notre petit Tony , à force de babil et de ^asconnades , joints à son dialecte
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bigarré, avait ameuté contre lui tous les pla!sans de la troupe , qui s'amusaient à ses dépens d'une façon assez incivile; mais la vanité du petit varlet était inébranlable, et tous les quolibets du monde ne l'auraient pas fait baisser d'une ligne. Quant à moi , je l'avoue , je me sentais un peu honteux de la pauvre figure que faisaient nos suivans parmi ces déterminés de la frontière , et notre étjuipement était aussi, pour eux, un sujet de moqueries ; ils en voulaient surtout aux fusils de chasse à deux coups tpae nous avions pris poiu- le petit gibier. Or lesgarçons de l'ouest ont un Houvei-ain mépris pour les petits coups (c'est ainsi qu'ils appellent les perdrix, les corneilles et même les dindons sauvages), et la longue carabine est à leurs yeux la seule arme digne d'un chassem".
Je fus éveillé le lendemain , avant le jour, par le hurlement lamentable d'un loup qui rôdait autour du camp , attiré par l'odeur de la venaison. A peine la première ligne grisâtre de l'aurore se montra qu'un jeune gaillard sortit d'une des caLutes , se mit à contrefaire le coq en perçant les airs de cadences claires et prolongées qui auraient fait envie à un sultan de basse-cour. On lui répondit sur le même ton , comme si c'eût