‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 27 sur 56 · VOTA.GE DANS LES PRAIRIES · texte numérisé non relu

VOTA.GE DANS LES PRAIRIES

vait bon nombre de jeunes gens sans expérience, et qui ne pouvaient modérer leur ardeur en se voyant au milieu d'une contrée si abondante en gibier. Il était impossible de les empêcher de quitter tem* rang ; et lorsque y dans les ravins et les claidères , les daims partaient à droite et à gauche, les balles sifflaient après eux, et' ces jeunes Nembrod s'élançaient à leur poursuite. Une fois ils firent un grand mouv^nent à roecasion de ce qu'ils prenaient pour une bande d'ours; mais ils revinrent bien vite, ayant reconnu que c'étaient des loups hoirs qui chassaient de compagnie.

Après upe marche de douze milles, nous campâmes , un peu après midi , au bord d'une petite rivière qui coulait lentement à travers un profond ravin. Dans le cours de l'après-midi, le vieux Ryan , le Nestor du camp , reparut avec sa bande. On l'accueillit par dé" joyeuses acclama* tions qui prouvaient l'estime que ses confrères les hommes des prairies avaient pour lui. Cette petite troupe revenait chargée de venaison , et le vétéran fit hommage au capitaine d'un beau quartier de la meilleure bête.

Nos hommes, Beatte et Tony, sortirent de bonne heure pour aller chasser; et, vers le soir.

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le premier rapporta un daim mâle superbe. Il le jeta à terre en silence^ suivant sa coutume, et s'occupa de mettre son cheval en liberté. Tony rentra sans butin y mais tout glorieux des coups extraordinaires qu'il avait faits, bien que les daims blessés lui eussent malheureusement échappé.

L'abondance régnait au camp. Outre le gibier de mmndi^e importance , on avait tué trois élans. Les vétérans prévoyans an^angeàient les viandes superflues de manière à les conserver pour les cas de disette; les jeunes gens, moins expérimentés , jouissaient du présent et laissaient à l'avenir le soin de se' pourvoir lui-même.

Le lendemain matin (19 octobre) je réussis à échanger mon poulain et une somme d'argent raisonnable, contre un cheval vigoureux et agile. Ce fut pour moi une grande satisfaction de me retrouver passablement monté. Cependant je m'aperçus qu'il n'était pas difficile de faire un choix parmi les coursiers de la tix)upe , car nos cavaliei^ avaient tous le penchant au. trafic par échange, ou, comme ils l'appellent, au commerce j si général dans l'Ouest. Pendant l'expérdition, il n'y eut peut-être pas un cheval, un fusil, une poire à poudre, une selle ou une cou^

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verliu'e, qui n'eût cLaugc de maitre plusîem's fois; et un lin ti'afîquniit se vantait d'avoir, au tno^en de marchés réitérés , cliangé un mauvais . cheval contre un bon , et mis cent dollars dans aa poche.

Le temps était couvert et étouflànt ; «n brait de tonnerre éloif^né se faisait entendre. Ce changement de l'atmoèphère eut son effet sur l'esprit de la troupe. Le camp était d'un calme , d'un silence extraordinaires. Point de ces mélodies de basses - cours , de ces chants de coq , de ces caquets de poule ; point de ces farces bruyantes qui se mêlaient communément aujc mouvemens de départ. De temps en temps, un court fragment de chanson , un rire bas , un sifflet solitaire, étaient entendus ; mais en général , chacun vaquait à ses devoirs silencieusement et tristement.

Au moment de monter, on vint dire au capitaine qu'il manquait cinq chevaux , que l'oii avait en vain cherchés à une assez grande distance dans les environs du canip. Plusieurs hommes lurent dépêchés à leur recherche , et cependant le tonnerre continuait de gronder, et nous eûmes une petite averse. Les chevaux , de même que leurs cavaliers , étaient affectés par le chan-

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t là , les

geraent de temps. lisse tenaient ç scellés et bridés, les autres libres , mais toiis découragés , abattus , la tète basse , une des jambes de derrière en partie repliée , afin de se reposer sur l'extremilé de la corne , et leur peau se ridant à tous momens sous les gouttes de pluie , et renvoyant des nuages de vapeur. Les hommes attendaient aussi en groupes , insoucians et mornes , le retour de leurs camarades, tournant fréquemment un œil inquiet sui- les nuages qui s'avançaient a^ec rapidité. Un temps sombre éveille de sombres pensées. Ils exprimaient la crainte que nous ne fussions épiés par quelque parti indien , qui avait peut-être volé les chevaux pendani la nuit. Toutefois les conjectures les plus générales étaient rpi'ils étaient retournés sur leurs pas à notre dernier campement , ou bien qu'ils s'étaient dirigés en droite ligne sur ïe fort Gibson. A cet égard, l'instinct des chevaux est , dit-on , semblable à celui des pigeons. Ils retrouvent leur logis en prenant la route la plusdb-ecte, et en passant par des solitudes qu'ils n'ont jamais traversées.

Après avoir attendu jusqu'à une heure assez avancée de la matinée , on laissa une garde pom' attendre les cavaliers traiiiema, et nous novis

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mimes en marche , considcmblement diminués en nombre. Cela paraissait déplaire fortement à Tony, dont la prudence égalait la valeur, et il donnait à entendre que nous serions beaucoup trop faibles en cas de rencontre avec les Pawnies.

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