‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 46 sur 56 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Un camarade perdu. •— Recherche du camp. — Le commissaire , le cheval sauvage et le buffle. — Sérénade de loups.

Notre sollicitude fut alors éveillée au sujet du jeune comte: avec sa vivacité ordinaire, il ayait persisté à pousser sa monture épuisée à la poursuite du troupeau, ne voulant pas rentrer au camp sans avoir tué un buffle. Il avait donc con*tinué à courir sur leurs traces , tirant par intervalles un coup infructueux; enfin le cavalio* et le gibier pourchassé devinrent impossibles à distinguer dans Téloignement , et des plis du terrain, et des lignes d'arbres et des broussailles les dérobèrent entièrement à notre vue.

Au moment où l'amateur de tout me rejoignit , le jeune comte était depuis long-temps hors de vue. Nous nous consultâmes sur ce qu'il y avait à faire : le jour baissait. Si nous cherchions à le suivre, il serait nuit avant que nous l'eussions rattrapé, en supposant même que nous ne

votAge dans les pjiAiiUES, etc. aSi '

perdissions point ses traces. Nous aurions aloi^s beaucoup de peine à retrouver le chemin du camp; il n'était pas même très facile de le reconnaître de la place où nous étions. Nous nous décidâmes donc à tâcher d'arriver au campement , aussi vite que possible ^ et à envoyer nos métis et quelques uns de nos chasseurs vétérans en croisière sur la prairie ^ à la recherche de notne compagnon.

Nous avançâmes donc dans la direction que ifous supposions conduire au camp. Nos chevaux, épuisés de fatigue, avaient peine à marcher seulement au pas. Le crépuscule avait déjà remplacé le jour , le paysage allait s'eflaçant par degrés , et nous ne pouvions plus distinguer les points divers que nous avions remarqués le i!aatin pour nous reconnaître. Lea traits des Prairies ont entre eux une similitude qui défie l'observation de tout autre qu'un Indien ou un chasseur accoutumé à ces contrées. Enfin la nuit devint complète. Nous espérions apercevoir de loin la lueur des feux : nous prêtions l'oreille pour saisir le son des clochettes des chevaux.' Une ou deux fois nous crûmes les entendre : c'était une méprise. Rien ne troublait le silence hors le monotone concert des insectes , et de temps à autre

Page 1