‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 49 sur 56 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Expédition pour retrouver le comte.

Le jour parut, et une ou deux heures se passèrent sans aucune nouvelle du comte. Nous commencions à être sérieusement inquiets de liii; car n'ayant point de boussole, et aucun point sur lequel il pût se guider, il pouvait être égaré bien loin du camp. On perd souvent ainsi des traineurs pendant plusieurs jours ; mais son cas était plus fâcheux, à cause de sa complète inexpérience. D'ailleurs , il n'avait point de provisions, et pouvait tombék* dans les mains de quelque parti de sauvages.

Aussitôt que nos gens eurent déjeuné , nous organisâmes une levée de volontaires pour faire une croisade sur la prairie , à la recherche du comte. Une douzaine de cavaliers, montés sur les chevaux les meillem^s et les plus frais, et armés de fusils, furent prêts en un moment; et nos métis se joignirent à eux avec zèle, aussi

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bien que notre demi-Français. M. L. et moi y nous nous mimes à la tête de k troupe y afin de la condilire sur le site de notre dernière chasse^ où nous avions été séparés du comte, et tous ensemble nous nous avançâmes sur la prairie.

Une course d'un ou deux milles nous mena où gisaient les corps des buffles que nous avions tués. Une légion de corbeaux se gorgeaient déjà sur ces carcasses. Â notre approche, ils s'éloignèrent à regret , et s'arrétant à la distance d'une centaine de toises , ils regardaient la proie d'un œil avide , attendant notre départ pour recommencer leur festin.

Je conduisis Antoine et Beatte à l'endroit où le jeune comte avait continué seul la pou]:suite. C'était mettre des lévriers sur une piste. Ils distinguèrent sur-le-champ les traces de son cheval au milieu des empreintes profondes des pieds de buffle, et coururent presqu'en droite ligne à plus d'un mille, où le troupeau s'était divisé çà et là , sur une pelouse. Ici les traces du cheval se croisaient, allaient en sens divers. Nos métis étaient comme des chiens en défaut. Tandis que nous étions rassemblés autour d'eux, en attendant qu'ils se fussent reconnus dans ce labyrinthe, Beatte poussa tout à coup un de ses cris ou plu-

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qui distingue les Indiens. Beatte surtout était comparable à un excellent chien de chasse, vieilli dans son métier. Quelquefois il trottait, les yeux fixés sur la terre , un peu en avant de la tête de son cheval , discernant parmi les herbes des empreintes invisibles pour moi , excepté en y regardant de très près et avec une minutieuse attention. D'autres fois, il ralentissait le pas en fixant ses regards sur une place oi\ rien n'était apparent ; alors il descendait , menait son cheval par la bride , et s'avançait doucement , le visage incliné vers la terre, saisissant de loin à loin des indications de la plus vague espèce. En certaines places , où le sol était dur et les herbes sèches , il perdait complètement la piste , et allait et venait en avant, en arrière, à droite et à gauche , jusqu'à ce qu'il eût un nouveau point de départ. S'il ne réussissait pas à en trouver un , il examinait les bords des ruisseaux voisins , ou les fonds de sable des ravins, dans l'espoir de reconnaître l'endroit où le comte les avait traversés. Quand il avait découvert la trace, il remontait à cheval, et recommençait sa course.

Enfin , après avoir passé un ruisseau sur les rives croulantes duquel les fers d'un cheval étaient profondément marqués, nous arrivâmes à une

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prairie élevée et desséchée ^ sur laquelle nos métis furent complètement dépistés. Pas une empreinte de pieds ne pouvait y être distinguée dans aucune direction y et Beatte, s'arrétant tout à coup, hocha la tète d'un air tout^-fait découragé.

En ce moment , une petite troupe de daims se leva d'un ravin adjacent , et vint à nous en bondissant. Beatte sauta en bas de son cheval, mit son fusil en joue > et blessa légèrement un de ces animaux. Le bruit du fiisil fut immédiatement suivi d'un cri éloigné. Nous regardâmes autour de nous, et ne vîmes rien. Un autre cri plus rapproché se fit entendre ; enfin nous discernâmes un homme à cheval qui sortait d'une ligne de forêt. Un seul coup d'œil nous fit reconnaître le jeune comte. Des acclamations , une course générale s'ensuivirent. C'était à qui arriverait le plus tôt pour \h féliciter. La rencontre fut joyeuse de part et d'autre. De notre côté, l'anxiété avait été grande, à cause de sa jeunesse et de son inexpérience; et quant à lui, malgré son amour pour les aventures , il paraissait heureux dé se retrouver avec ses amis.

Comme nous le supposions , il avait fait fausse

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route le soir précédent^ et se trouvant égaré dans l'obscurité y il avait songé àbivouaquer. La nuit était froide; mais il n'osa pas faire de feu^ de crainte d'attirer quelque parti de maraudeurs indiens. Il attacha les jambes de son cheval avec son mouchoir, et le laissant paître sur la prairie y il grimpa dans un arbre , posa solidement sa selle entre les branches , et s'appuyant contre le tronc y il se préparait à passer uAe nuit inquiète y de temps en temps régalé par les hurlemens des loups. Il fut agréablement trompé dans son attente ; car la fatigue de la journée lui procura un sommeil profond ; il fît des rêves délicieux sur son pays natal y et ne s'éveilla qu'au grand jour.

Alors il descendit de son perchoir y monta à cheval 9 et courut le long de la crête d'une colline y d'où il aperçut unç immense solitude y sans chemin tracé, s'étendant autour de lui dans toutes les directions. Cependant y à une distance peu considérable, il vit la grande Canadienne^ qui serpentait entre des ceintures de forêts. La vue de cette rivière lui donna l'idée consolante que s'il ne retrouvait pas le camp, et si aucun de nous ne parvenait à le retrouver lui-même y

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il suivrait ce courant, qui le conduirait à quelque poste de la frontière ou à quelque hameau indien. Ainsi se terminèrent les événemens de notre hasardeuse chasse aux buffles.

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