DES BRÉSILIENS
Tailla do Fan ado . Sa fondation ; ses rues; ses maisons et leur construction ; sa population ; occupations de ses habitans ; ses alentours. — Chemin de Villa do Fanado à Chapada . — Explication du mot bandeira. — Village de Chapada; sa situation; ses églises; maison de recluses; lavages; population; jardin du curé. — Végétatioh de la route de Chapada à Sucuriü. — Village de Sucuriu; sa situation; ses maisons ; occupations des habitans. — Machine à séparer le coton de ses graines. — Plantes usuelles. Observations sur la matière médicale des Brésiliens.
Villa do Fanado % capitale du termo de Minas Noyas , est administrée par un juiz de fora. La paroisse dont cette ville est le chef- lieu comprend, comme on Fa vu , les villages de Penha et de S. Joâo , éloi—
1 L’auteur des Mcmorias historicas dit que Villa do Fa— nado est situé par le 17e degré de lat. , et que l’on y compte a5o maisons. Il ajoute que cette ville est éloignée de 63 1. au N. -E. de Marianna, 60 N.-E. de Sahara, 36N.-N.-E. de Villa do Principe; enfin que les revenus de sa camara s’élèvent à 5oo mille reis qui se dépensent pour réducation des en Ta ns exposés , la réparation des ponts , etc. Suivant les mathématiciens cités par d’Eschwege (Bras. Neue TVclt. , II, P* 1 / d)j c’est par le 1 n° 1 [\ lfër qu’est située Villa do Fanado.
gnés d’environ 20 lieues; mais, d’un autre côté , elle confine avec celle de Chapada, bourg qui n’est pas à plus de trois lieues de Villa do Fanado. On compte environ i5o lieues de cette ville à Rio de Janeiro % et un peu moins jusqu’à Bahia 1 2 ; mais comme, pour se rendre à la capitale , il faut traverser un pays toujours montueux, les caravanes ne mettent pas moins d’un mois à faire ce dernier voyage , tandis qu’elles n’emploient guère plus de vingt jours pour arriver à Bahia , en allant par terre.
Le territoire où est située aujourd’hui Villa do Fanado fut découvert, en 1727, par Sebàstiao Leme do Pràdo, qui , avec d’autres paulistes , sortit de Rio Mctnso , près Tijuco , afin de se rendre au Rio Piauhy , dont on vantait beaucoup les richesses. Il passa l’Arassuahy et 1 Itamarandiba, se dirigea vers le nord, et arriva au Rio do Fanado. Ayant suivi les bords de cette rivière, il rencontra un ruisseau qui s’y jette ; il y trouva beaucoup d’or , et , pour ce motif, il donna à ce ruisseau le nom de Boni Suc ces s o (bon succès). Sebastiâo Leme avait promis à D. Lourenço de Almeidà , qui alors gouvernait Minas Geraes , de lui faire part du résultat de ses recherches, afin que celui-ci pût comprendre dans son gouvernement les mines que l’on décou-
1 i35 1. , suivant M. Pizarro.
2 L’auteur des Memorias liistoricas dit qu’il y a plus de 200 1. de Bahia à S. Domingos , village situé à 28 l. N. -L- de Villa do Fanado. Il est difficile de 11e pas croire qu’il y ail ici quelque erreur.
vrirait^ mais d’autres paulistes s’opposèrent à F accomplissement de cette promesse. Ce fut à Vasco Feu mandes Cesau de Mewezes , capitaine général de Bahia , que Ton donna avis des découvertes qui venaient d’être faites $ et dans le même temps un certain docteur Migüel Honorato prit possession du pays au nom de l’archevêque de Bahia, pour ce qui regardait la juridiction ecclésiastique. Les terres voisines du Bom Successo et du Fanado furent partagées 5 des chercheurs d’or accoururent de toutes parts, et l’on fonda un village , près des deux ruisseaux aurifères , sous le nom d ' Ârraial de S. Pedro do Fanado. Voulant rendre plus solide son autorité dans le pays nouvellement peuplé , le gouverneur de Bahia y envoya un colonel pour le gouverner, et donna à Sebastiâo Leme le titre de guarda mûr. Afin d’épargner aux habitans des nouvelles mines la peine de transporter leur or à Jacobina, dans la province de Bahia , on fonda dans le pays même un hôtel destiné pour la fonte de l’or en poudre , et l’on forma une compagnie de dragons , chargée d’empêcher la contrebande. La population augmentant, Yarraial de S. Pedro do Fanado fut érigé en ville le 2 octobre 1780, sous le nom de Filla de N. S. do Bom Suc cesso das Minas Novas do Arassuahj ; mais l’ancien nom prévalut toujours dans le pays , et encore aujourd’hui la capitale de Minas Novas n’est guère connue que sous le nom de Villa do Fanado \ La ville nouvelle et son termo furent soumis à la juridiction de Youvidor
' C’est, je crois, à tort que Pizarro réunit les deux noms et
du Serro do Frio , mais seulement pour tout ce qui concerne le contentieux -, et , en 17 4^ , on les réunit entièrement à la province de Bahia. Cependant ce dernier arrangement ne fut pas de très- longue durée ; par un décret de x 7 , les Minas Novas lurent détachées
sans retour de la province de Bahia , et on les incorpora entièrement à celle de Minas Geraes (V . ce qui a été dit plus haut , vol. 11 , chap. 1) h
Villa do Bom Successo s’étend, par une pente douce , sur un morne qui, à son extrémité, s’élève presque à pic au-dessus du Fanado. La plus longue des rues est celle par laquelle on arrive quand on vient d’Ailto dos Bois ; elle est aussi extrêmement large , et , à chacun de ses deux bouts , est une église , construite entre les deux rangs de maisons. A l’extrémité la plus basse de cette rue se trouve en outre un groupe de maisons traversé par des rues assez courtes, et tennine
écrit quelquelois V illci do Boni Successo do Fcuicido. 11 faut , ou pailla do Bom Successo , ou V dla do Fanado.
1 Cette esquisse historique est tirée de Pizarro , dont j ai eiu devoir préférer le récit aux traditions un peu différentes que j’avais recueillies dans le pays. Suivant ces traditions , le, s paulistes trouvèrent beaucoup d’or dans un ruisseau qu ils appelèrent Rio do Bom Successo , et bâtirent auprès une ville à laquelle #s donnèrent le même nom qu’au ruisseau. Ils* furent ensuite moins heureux dans les recherches qu ils fiient dans un autre ruisseau voisin qu’ils nommèrent en conséquence Rio do Falhado (ruisseau de la diminution ) , et de ce mot falhado on a fait fanado, nom qui est resté a la capitale de Minas Novas.
par deux autres plus longues, qui, Tune à droite, l’autre à gauche, s’étendent, en divergeant, sur la croupe du morne- de sorte que, quand on regarde la ville sur le morne opposé de l’autre côté du ruisseau , on voit qu’elle a absolument la forme d’un i grec (Y).
Plusieurs des rues ont été pavées dans toute leur largeur , et d’autres seulement au bas des maisons. Ce sont en général les particuliers qui se chargent du pavage • mais la camara contribue aussi à cette dépense.
Les maisons sont petites. Elles n’ont qu’un rez-de-
chaussée , et toutes sont couvertes en tuiles. Lors de
mon passage , on venait de les blanchir en l’honneur du couronnement , dont 011 devait bientôt célébrer la fête. Suivant la coutume, presque toutes ont un petit jardin planté de bananiers et d’orangers disposés sans ordre • et , vu des mornes voisins , ce mélange de murailles fraîchement blanchies et de masses de verdure produisait, à l’époque de mon voyage, un effet trèsagréable. Les fenêtres des maisons sont écartées les unes des autres, petites et à peu près carrées. O11 ne voit de carreaux de vitre à aucune d’elles ; mais la plupart ont pour jalousies des nattes très -fines faites de bambous.
Ou 11e bâtit point à Villa do Fanado comme dans les parties de la province que j’avais parcourues jusqu’alors. Il 11’entre dans la construction des maisons que quelques pièces de bois principales, destinées à soutenir les toits. Les murs sont faits avec des parallélipipèdes, que l’on compose de terre glaise battue avec de l’herbe et que l’on met sécher au soleil. Ces parai-
AU BRÉSIL. w
lélipipèdes, dont j’ai déjà eu occasion de parler (Y. vol. i, p. 119) , portent le nom â'adobcs ou adobos; ceux que j’ai mesurés avaient trois palmes et trois doigts de longueur sur une palme de largeur-, on les unit entre eux avec de la terre fraîche. Toutes les maisons de Villa do Fanado ne sont cependant pas bâties avec des ado b es; quelques-unes sont construites en pisé ( taipa ). Comme en Europe, on a, pour ce genre de construction, des planches placées de champ, et entre lesquelles on met autant de distance que l’on veut donner d’épaisseur au mur que l’on se propose d’élever. On remplit l’intervalle de terre, et on continue le travail, en exhaussant les planches à mesure que le mur prend plus de hauteur.
Outre les deux églises dont j’ai déjà parlé , il y en a encore deux autres dans la capitale de Minas Novas. Je ne vis que celle de la confrérie des mulâtres , qui est très-propre et bien éclairée.
À Villa do Fanado, comme à Villa do Principe et beaucoup d’autres lieux, il existe une confrérie du tiersordre de S. François 5 mais les frères ne portent l’habit qu’aux fêtes solennelles et quand iis vont a confesse.
On fait à Villa do Fanado des couvertures de coton , dont une partie s’expédie pour Rio de Janeiro. Je ne vis , d’ailleurs, dans la capitale de Minas Novas, d’autres boutiques que des tavernes presque dégarnies, où l’on débite , avec la cachaça, quelques comestibles et un peu de mercerie.
La population de Villa do Fanado s’élève a environ 2,000 mille âmes et ne saurait manquer d’éprouver une augmentation rapide. Dans tout le pays, les mariages
sont extrêmement féconds ; rien n’est pins commun que de trouver des femmes qui ont douze à quinze enfans , ou même davantage, et F on m’a assuré qu’il y avait à Villa do Fanado trois maisons , qui , à elles seules , contenaient cent personnes. Presque tous les habitans de cette ville sont des hommes de couleur , et , pour la plupart , ils s’adonnent à l’agriculture ou exercent des * métiers.
Pour la première fois, depuis Villa do Principe , je vis auprès de la capitale de Minas Novas des traces de lavages; mais aujourd’hui les habitans de ce canton ont entièrement renoncé à la recherche de For.
Tous les mornes qui entourent Villa do Fanado sont couverts de ces carras queinos que j’ai déjà fait connaître1. Parmi les espèces d’arbrisseaux qui les composent, beaucoup perdent leurs feuilles dans le temps dé la sécheresse; mais d’autres les conservent toute l’année. Ces c arr as queinos , pendant les mois de mai , juin et juillet, ne peuvent donc pas avoir l’aspect que nos taillis offrent durant l’hiv'er : ils ressemblent bien mieux à nos jeunes bois, lorsque de nombreuses chenilles ont dépouillé de leur verdure une partie des arbres qui les composent.
Près de la ville, le vallon où coule le Fanado a fort peu de largeur, et les îpornes qui le bordent sont couverts, jusqu’à leur base, de carras queinos. Le ruisseau est assez étroit ; des bancs de sable et une petite
1 On se rappellera que par le mot carrasqaeinos je désigne de grands carrascos qui ressemblent à nos taillis.
AU BRESIL. 7g
île s’élèvent de son lit, et on le passe sur un pont de bois, auquel aboutit un chemin pavé qui descend de la ville.
Je logeai à Villa do Fanado , chez le juiz de fora , M. Bernardino Pinheiro Camello , et je reçus toutes les honnêtetés possibles de ce magistrat , sincèrement ami du bien, ainsi que de M. le Dr Sao Payo , qui vivait avec lui. Ce dernier exerçait la profession d’avocat, et avait une grande influence dans l’administration du tenno. C’était un homme jovial, qui cherchait à obliger tout le monde , et qui était extrêmement aimé. Il avait de l’instruction , et, chose étonnante dans un pays si éloigné, il connaissait jusqu’aux moindres détails de la révolution française. Il me rendit une foule de petits services avec une complaisance extrême , me donna un itinéraire , et me procura les renseignemens les plus utiles.
Je partis de Villa do Fanado le 18 mai 1817 5 je tournai mes pas vers la région des catingas , située à l’orient de la ville , et je pris le chemin de la 7e division , où je devais voir des tribus de Botocudos , oui vivent en paix avec les hommes de notre race \
YOYAGE
Me dirigeant vers le village de Chapctda , je passai le ruisseau de Bom Successo, et après avoir traversé des carrasqueinos , j’arrivai sur des terrains pierreux couverts d’arbres à tige tortueuse.
Sur ce chemin , qui est assez difficile , on trouve deux maisons , dont F une s’appelle Bandeira Pequeina et l’autre Bandeira Grande. Les noms de Bandeira et Bandeirinha sont très -communs dans la province des Mines , et voici quelle en est l’origine. Lorsque les aventuriers paulistes allaient à la recherche de l’or, et s’enfoncaient dans les bois pour faire des esclaves parmi les Indiens , ils se réunissaient en troupes plus ou moins nombreuses, commandées par F un d’eux , qu’on appellait capitaine. Ces troupes portaient en portugais le nom de Bandeira 1 , et ce nom a été appliqué aux lieux où elles s’arrêtèrent.
Report.
De Sucuriü à Setuba , environ
Boa Yista da Barra do Calhao , en
viron .
Fazenda de Piauhy .
Quartel de Teixeira .
Inhuma .
Estreito de S. Joâo .
Fazenda de Bom Jardin .
* (Rég ion. des forets vierges . )
S. Miguel da Jiquitinhonha , ou de
la 7e division , environ
Tôt 4L
1 Bandeiras sâo no Brasil e Minas , associaçoes de homens,
Chapada , où j’arrivai bientôt, est situé sur la crête d’un morne allongé, qui s’étend à peu près de l’orient àr occident, et est dominé de tous les côtés par d’autres mornes. Ces derniers semblent former un cercle autour du village; la plupart sont couverts de carras - (jueinos ; mais celui qui s’élève du côté du nord-est, déchiré , bouleversé par les chercheurs d’or, n’offre pas même d’humbles arbrisseaux. Entre ce morne, appelé Batata , et celui sur lequel est bâti le village , coule , à peu près de 1 est à 1 ouest , le ruisseau de Capivarhy
ou Capihary 1 , qui finit par se jeter dans l’Arassuahy.
Sur le milieu de la crête où est bâti Chapada , les maisons sont plus nombreuses; au groupe quelles forment se rattachent deux longues rues qui se dirigent, l’une vers l’est, ‘l’autre vers l’ouest, et le village , dans son ensemble, présente à peu près un triangle, dont deux angles seraient très- aigus.
Au milieu du groupe de maisons qui forme le centre du village , est une place à peu près triangulaire.
que vao pelos sertôes debaixo de um eabeça , descobrir terras mineiras. D’antes chamavao assim os que hiao descobrir In— dios gentios, e conduzi-los, ou cativa-los , resgata-los. (Mo— raes , Die. , I , p. 371.)
1 On prétend , dans le pays , que ce ruisseau doit son nom a la grande quantité de capivaras ou capibaras (cabiais) que les Paulistes trouvèrent sur ses bords, et l’on fait dériver ce nom du mot capwara et du mot portugais afu (ici). Il me parait plus vraisemblable que capwarhy est formé de capibara et du terme indien y’ g (eau), rivière des capivarcis ou cabiais.