‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 9 sur 52 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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ai vu aucune bête à laine } mais il n’est pas douteux que, sur les plateaux élevés, les moutons ne trouvassent une bonne nourriture. Avec des capitaux bien peu considérables, on deviendrait, dans ce canton, propne taire d’un territoire immense, et sans doute l’on ménagerait à. sa postérité 1 etablissement le plus îiclie.

Parmi les oiseaux qui se trouvent dans les bois , il en est un que je désirais beaucoup avoir : c’est la superbe espèce de liocco , connue des Brésiliens sous le nom de mutiun ; mais il faut que cette gallinacée soit déjà devenue fort rare , car je n’ai pu en obtenir un seul individu dans le cours de mes voyages. J’eus cependant le plaisir de voir chez le commandant d’Alto dos Bois un mutiun qui , apprivoisé , vivait dans sa basse-cour. Ses mouvemens étaient lents ^ il paiaissait fort craintif, et, quoique très-gros, il cédait la place à la moindre poule qui venait lui disputer sa nourriture b On me raconta à Villa do Fanado qu’un mutüm

i Voici la description que j’ai faite de ce mutüm. Il pouvait avoir la grosseur d’une pintade , et une longueur d environ trois pieds, de l’extrémité du bec jusqu’à celle de la queue. Tout le corps était noir, à l’exception du ventre qui était blanc depuis le derrière des cuisses jusqu’au croupion. La tète était ronde et plus large que le cou. Elle portait une bu ppc de plumes très - fines , longues de plus d’un pouce , et recourbées à leur extrémité : ces plumes étaient ordinairement couchées ; mais quand l’oiseau s’animait , elles se redressaient et produisaient l’effet le plus agréable. Les yeux étaient entièrement noirs et le cou long. Le bec pouvait avoir un pouce ; il était d’un rouge orangé

ATI BRESIL.

male avait donné, dans les environs de cette ville un exemple remarquable d’amour pour sa femelle. Les deux oiseaux avaient été élevés chez un colon; la femelle fut tuée par accident; le mâle cessa alors de prendre delà nourriture, et il se laissa mourir de faim.

Après avoir quitté Alto dos Bois , je descendis dans la vallée que domine l’aldea; puis, remontant la côte opposée , je me trouvai à l’entrée d’un plateau immense. Là, j’apercevais encore le village; et de loin , ses bons liabitans et moi, nous nous finies des signes avec la main et le chapeau , pour nous dire un dernier adieu. En général , presque partout où je m’arrêtais , mes hôtes se plaçaient , après mon départ, dans un endroit où ils pouvaient me découvrir sur le chemin , et au moment où nous devions cesser de nous voir , nous nous saluions encore pour la dernière fois.

dans sa moitié inférieure , et noir dans le reste de sa longueur; la mandibule supérieure était courbée, et elle recouvrait l’autre. La queue se composait de plumes parfaitement droites, dont quelques-unes plus courtes que les autres ; elle pouvait avoir la longueur de la moitié du corps et la largeur-d’environ quatre doigts; l’oiseau la tenait ordinairement dans une position oblique, et, lorsqu’il marchait, elle touchait la terre. Les ailes étaient en partie coupées dans l’individu que j’ai vu; ainsi , je ne saurais les décrire avec exactitude ; mais on me dit qu’elles se croisaient par-dessus la queue. Les jambes étaient nues et écailleuses. L’ongle de derrière ne portait point à terre. D’après le prince de Neuwied et M. Spix , il faut rapporter le mutûm au crax alec — tor, L.

Le plateau sur lequel on monte, après être sorti cl’ Alto dos Bois , s’étend jusqu’à une lieue de Villa do Bom Successo, à peu près dans la direction du N.-N.-E. ; il est parallèle au cours du Fanado , et a plus de sept lieues de longueur. La végétation y présente des nuances très - variées. On 11’y rencontre aucune habitation ; on n’y aperçoit aucun ruisseau 5 mais on y voit quelques marais d’où s’exhale une odeur tués - malsaine , et qui doivent leur origine à de petites sources dont les eaux n’ont point d’écoulement. Depuis que j’étais au Brésil, je n’avais vu nulle part un chemin aussi large et aussi uni que celui qui traverse ce vaste plateau ; deux voitures y passent aisément de front, et ailleurs il est souvent fort rare qu’il puisse en passer une seule.

Comme il m’eût été impossible d’aller en un seul jour d’Alto dos Bois à Villa do Fanado , qui en est à huit lieues et demie , je quittai le chemin à environ deux lieues et demie de l’aldea , et descendant du plateau dans un fond, j’allai demander l’hospitalité à la fazenda d’ Antonio d’Espirito Santo. Pendant que j’analysais des plantes , mon couteau, qui était auprès de moi, disparut, et mes soupçons tombèrent sur un jeune Indien que le commandant d’Alto dos Bois m’avait donné pour guide. Mon muletier dit à ce jeune homme que le lendemain nous retournerions à l’aldea , et que tous ceux qui étaient avec moi seraient interrogés par le commandant. Cette menace effraya l’Indien, et l’instant d’après, mon couteau se retrouva dans un endroit où j’avais déjà fait auparavant d inutiles recherches. Le bon Macum avait appris à lire, à

écrire, à compter • mais toute cette science ne l’avait point corrigé du vice favori de sa nation.

Jusqu’à l’endroit où j’avais quitté le grand chemin pour me rendre à la fazenda d’ Antonio d’Espirito Santo, le plateau ne m’avait offert que la végétation ordinaire des chapadas. Plus loin, les carrciscos Las et serrés disparurent, et ils firent place à des arbrisseaux rabougris , tortueux , hauts de cinq à huit pieds , plus ou moins écartés les uns des autres , et entremêles d’herbes assez élevées et de sous -arbrisseaux. Je 11e décrirai pas les nuances nombreuses de végétation , qui, comme je l’ai déjà dit , s’offrirent successivement à mes regards 5 cependant je ne puis m’empêcher de faire connaître celle que j’observai en me rapprochant de Villa do Fanado. Là croît principalement l’espèce de mimose que j’ai appelée mimosa dumetorum ; mais cette plante atteint dans cet endroit jusqu’à la hauteur d’un homme. Ses tiges délicates, serrées les unes contre les autres , forment des masses élégantes au milieu desquelles d’autres arbustes répandent une agréable variété 5 et, de loin en loin, s’élèvent audessus de ces masses des arbres à tronc gros et tortueux , qui contrastent avec les rameaux et les tiges menues des mimoses. Le chemin où ne croît pas la plus petite graminée, et qui est toujours large, uni et parfaitement beau , décrit de temps en temps des sinuosités, et l’on pourrait se croire dans un jardin anglais tenu avec un soin extrême. Cette partie de la route doit être délicieuse, quand les mimoses sont couvertes d’épis couleur de rose, et les cassia, de grappes

d’un jaune doré*, mais malheureusement, à l’époque de mon voyage, on n’était déjà plus dans la saison des fleurs.

Dans les cavrascos dont je viens de parler, je revis une espèce de nid que j’avais observée/ pour la première fois sur la chapada de Santa Cruz, près d’Itacarambi, et qui me semble mériter une mention particulière. Ces nids étaient suspendus aux branches des arbres , et formés de morceaux de bois entrelacés , gros comme le tuyau d’une plume. Ils pouvaient avoir un pied à un pied et demi de diamètre , et il n’était pas très- rare d’en trouver qui atteignissent jusqu’à environ trois pieds de longueur. L’entrée était latérale*, l’axe présentait un vide fort étroit, et le fond seulement, garni de brins d’herbes, de duvet et d’autres matières molles , formait le véritable nid, égal en grandeur à celui d’un moineau. Il me fut impossible de bien distinguer l’oiseau qui construit ce nid remarquable ; mais il ne me parut pas être plus gros qu’une grive.

A environ une lieue de Villa do Fanado, je commençai à descendre par une pente très -rapide ; puis , descendant encore , mais par des pentes plus douces , je passai successivement sur une suite de petits plateaux plus bas les uns que les autres. Lorsque l’on commence à descendre, la terre, toujours rouge comme elle l’avait été auparavant , devient en même temps pierreuse ; elle paraît extrêmement sèche, et la végétation change entièrement de face. Là des arbrisseaux hauts de 6 à ïo pieds ont des tiges droites, assez menues et rameuses dès la base ; ils sont rapprochés les uns des autres ; leurs

branches se confondent, et leur ensemble présente absolument l’aspect des taillis de nos forets ( carrasquei nos. Y. le chapitre précédent). Parmi ces arbrisseaux, un seul offrait alors des fleurs , celui appelé Jlor de toda gente dont les corolles blanches embaumaient l’air de leur doux parfum. D’ailleurs, entre tous ces arbustes, on ne voyait à cette époque que des feuilles mortes et quelques graminées desséchées.

Entre Alto dos Bois et Villa do Fanado, je passai sur les terres d’une fazenda , qui a douze lieues de longueur* celle de José Caetano de Mello en a vingt de circonférence, et en général des domaines aussi vastes ne sont pas fort rares dans ce pays. Plus d’une fois le premier qui a voulu former quelque etablissement est monté, m’a -t- on dit , sur une colline *, il s’est écrié : Toute la terre que je découvre m’appartient} et ces propriétés gigantesques ont été, en quelque sorte , consacrées par le temps et le consentement tacite des voisins 2.

3 J’ai déjà eu occasion de dire quelques mots à ce sujet dans le premier volume de cet ouvrage. « Les plus petites des fazendas où l’on élève les bestiaux , dit un écrivain allemand, comprennent neuf legoas carrées , et il en est qui se composent de vingt à cinquante , et même cent milles carres d’Allemagne ( quadratmeilen ) , telle que celle de Pompeo. » Je n’oserais garantir la parfaite exactitude des évaluations indiquées ici ; cependant cette citation est empruntée à un homme qui a été à même de bien connaître plusieurs parties de la province des Mines.

VILLA DO FANADO. — CHAPADA. — SÜCURIÜ. — MATIERE MÉDICALE

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