‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 18 sur 52 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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saut d’une loi qui donne dix années de la vie de ces sauvages à ceux qui les prennent chez eux pour les civiliser , des muletiers se rendaient sui les boids du Jiquitinhonlia 5 pour une hache , poui du sucie , poui un peu d’eau-de-vie, on décidait les parens à se séparer de leurs fils , et l’on promettait de ramener ces derniers quand ils seraient instruits de notre religion et sauraient travailler. Ces malheureux en fans étaient conduits hors de leur patrie par leurs barbares acheteurs , et on les revendait dans les dilFérens villages du canton pour quinze à vingt mille reis \ Alors s’était répété au Brésil ce qui arrive sur la côte d’Afrique : tenté par le prix que les Portugais mettaient aux enfans, les capitaines 1 2 Botocudos s’étaient fait la guerre pour avoir des enfans à vendre 3. Cependant Juliâo , en repienant le commandement de la 7 e division , tacha de teiminei les querelles qui s’étaient élevées à ce sujet entre différées chefs \ plusieurs troupes de Botocudos vinrent le visiter à S. Miguel ; le capitaine Joaliima s’y est établi

1 On lit dans un ouvrage imprimé en 1822 qu’il y avait 6 à 700 Botocudos dispersés à Villa do Fanado, Chapada ,

S. Domingos.

3 J’emploie ici, et je continuerai à employer le mot de capitaine pour désigner les chefs Botocudos , parce que c est celui dont se servent les Portugais -Brésiliens qui vivent au milieu d’eux.

3 Une loi à peu près analogue cà celle que je viens de rappeler ici avait été rendue pour les enfans des Hottentots pai le gouvernement hollandais, et elle eut aussi les conséquences les plus funestes.

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avec sa tribu , et il y a bâti une petite maison à la manière des Portugais pour lui et pour sa famille.

Comme la plupart des Portugais établis sur les bords du Jiquitinlionha n’ont point d’esclaves, ils emploient lesBotocudos, cpii, pour la rétribution la plus légère, pour un peu de nourriture, pour quelques vêtemens grossiers , rendent déjà beaucoup de services. Ces Indiens portent des fardeaux, puisent de l’eau à la rivière, vont chercher du bois , etc. Lors de mon voyage , un seul d’entre eux, appelé George, avait défriché un petit champ ^ mais tous paraissaient disposés à travailler la terre, et pour leur en inspirer le désir, Juliào avait profité de leur goût pour le sucre. « Nous ne pouvons, leur disait-il en ma présence , avoir de ces cannes à sucre que nous aimons tant, si nous n’en plantons point. Je fais venir des haches de Bahia } je vous en donnerai à tous *, nous défricherons la terre ; nous planterons des cannes -, je ferai construire un moulin , et nous mangerons du sucre. » A ce langage , les Botocudos tressaillaient de joie et montraient par leurs gestes qu’ils étaient prêts à travailler.

Jusqu’à l’époque de mon voyage , le gouvernement n’avait rien fait pour la colonie naissante , et souvent Juliào s’était vu obligé d’éluder des ordres absurdes ou dangereux donnés par des supérieurs qui n’avaient aucune connaissance des localités. Tout ce que Juliào distribuait aux Botocudos , c’est à ses frais qu’il l’achetait. Quelquefois, à la vérité, ils le dédommageaient par leur travail ^ mais il n’avait pas toujours besoin de leurs services , et néanmoins il leur donnait dans tous les

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temps des haricots et du maïs. Ils savaient l’heure de ses repas, et le capitaine Joahima venait presque toujours y prendre part avec quelques-uns de ses gens.

Les énormes morceaux de bois que les Botocudos portent aux oreilles et à la lèvre inférieure , sont le signe caractéristique qui les distingue des autres Indiens. Tous ceux qui portent ces bizarres ornemens parlent le même langage , et ont à peu près les mêmes coutumes ; mais ils ne forment point un corps de peuple uni par un gouvernement commun. La nation est divisée en tribus ploies), qui ont chacune un chef entièrement indépendant , et qui comprennent environ cinquante à cent hommes d armes , sans compter les femmes et les enfans.

La dignité des chefs ou capitaines de tribus n’est point héréditaire 1 * on les choisit parmi les plus braves , et souvent, après la mort d’un capitaine, un des membres de la tribu n’attend point qu’on l’élise ; il se proclame lui-même chef de la troupe. Les capitaines ont un pouvoir absolu , mais les rapports très - bornés des individus entre eux laissent aux chefs peu d’occasions d’exercer leur autorité. Ils n’ont guère autre chose à faire que de diriger les marches, de conduire leurs hommes à la guerre, et d’apaiser les différends qui s’élèvent presque uniquement à l’occasion des femmes.

1 On a imprimé en Allemagne, d’après de faux renseignemens , que les Botocudos avaient un roi ; mais il serait inutile de s’étendre sur cette erreur, qui a déjà été relevée par M. le prince de Neuwied.

A la guerre , les capitaines sont distingués par une manière particulière de peindre leur corps ; mais d’ailleurs ils ne portent aucune marque de dignité, et paraissent parmi leurs sujets comme au milieu de leurs égaux.

Les Portugais ont donné différens noms aux Botocudos1 5 mais celui-ci, qui doit son origine à la ressemblance de leurs ornemens avec la bonde de nos poinçons ( hotoque ou batoque. Voyez Mor. , Die. y i ) est aujourd’hui généralement adopté dans les diverses provinces que j’ai parcourues. Quant aux Rotocudos eux-mèmes, ils se donnent aussi diffère ns noms-, mais il en est un , celui de Crecmun qui se retrouve avec quelques modifications sur les bords du Jiquitinhonha

et ceux du Rio Doce \

1 Les noms d’ Aimurés , Aimborés , Ambourcs , Imburés , Penachans , ne sont, je crois, plus en usage; mais j’ai encore entendu dire Tapuyo. 3VÏ. le prince de Neuwied a aussi retrouvé , sur la côte septentrionale , les noms d ' Aimorés et de Ghenns ou Gerens. D’après les récits de ce savant voyageur, il paraît également que le mot de Tapuyas ne s’est point perdu sur le littoral ; mais ce nom paraît appartenir moins aux Botocudos en particulier qu’à la sous -race dont ils font partie. Quant au nom d ''Arari queM. d’Eschwege ( Journ I, p. 88) dit être celui que les Rotocudos portaient originairement, je ne l’ai entendu prononcer par personne ; cependant Casai dit que le Rio P vélo y l’un des affluens du Rio Doce, traverse les terres des Ararys , et il n’est pas invraisemblable que ces Ararys soient des Botocudos, ou du moins des Tapuyas.

- Ce nom de Crecmun est employé dans les chansons dont je donnerai la traduction plus bas, et qui sont chantées par

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Les Botocudos habitent une immense étendue de pays , mais ils ne sont probablement pas aussi nombreux quon le croit généralement -, la terreur qu’ils inspirent les a multipliés, et comme ils mènent une vie errante, on a souvent fait plusieurs tribus de la même troupe qui s’était transportée d’un lieu dans un autre. Le commandant Juliào avait été à même de voir toutes les tribus qui habitent les bords du Jiquitinhonha , ou du moins il avait vu la plupart d’entre elles ; il s’était entretenu avec leurs capitaines, et il estimait à environ deux mille individus la population indienne qui avoisine le fleuve b

Comme les autres Indiens, les Botocudos ont les cuisses et les jambes menues , les pieds petits , la poitrine et les épaules larges, le cou fort court, le nez épaté, les yeux divergens, l’os des joues très -élevé.

les Botocudos de la 7 e division. Le respectable M. Mar— lière, Français chargé, en 1824, de la direction des Indiens, a trouvé le mot Crcicmun en usage chez les tribus de la partie méridionale du Rio Doee. Cependant d’autres Boto— endos du même pays porteut , suivant cet officier, le nom de Pejaurum. Il a aussi trouvé celui de Nacnenûc à la 7e division.

1 Tout ce que je dirai des Botocudos dans ce chapitre et le suivant est le résultat de ce que j’ai observé moi-même, et des renseignemens que j’ai recueillis sur les lieux. Mais je n’ai prétendu peindre que les Botocudos de Minas Novas , et il ne serait point étonnant que d’autres tribus eussent (jes usages différons , puisqu’il 11’existe réellement pas de lien commun, entre toutes celles qui composent l’ensemble de la nation.

Cependant on remarque entre ces sauvages et les autres peuplades quelques-unes de ces ditïërences qui , dans la meme race, font reconnaître les diverses nations. Ainsi , les épaules et la poit rine des Botocudos ont peutêtre plus de largeur que celles des autres Indiens de la province des Mines ; leur tête est peut-être moins ronde et leur cou plus court. Ils se distinguent surtout par une physionomie plus ouverte et par un air de gai té qui bientôt réconcilie avec leur laideur. Ce qui prouve qu’ils sont portés à la joie, c’est que les rides qui naissent du rire sont chez eux très -prononcées. Attachant sans doute à des jambes menues une idée de beauté, ils serrent avec des liens celles de leurs enfans % et la plus grande injure que l’on puisse leur faire, c est de leur dire qu’ils ont de grosses jambes et de grands yeux.

J’ai dit que les Botocudos des deux sexes étaient nus. U faut cependant que ces sauvages ne soient pas absolument étrangers au sentiment de la pudeur 5 car le plus souvent les hommes cachent leur nudité, quoique d’une manière fort imparfaite, avec une foliole de palmier.

Pour faire les espèces de tablettes qu’ils mettent à leurs oreilles et à leur lèvre inférieure, les Botocudos emploient le bois des jeunes bnnigudos . Ces arbres, dans leur langue , s’appellent emburé, mot d’où l’on a emprunté un des noms qui ont été donnés à la 11a-

1 Comme on l’a vu, on m’avait dit à Passanha que celle coutume de serrer les jambes des enfans avait pour but de les rendre plus agiles. Je ne sais trop si cette explication est bien vraie.

tion. C’est quand les enfans commencent à grandir qu’on leur perce la lèvre et les oreilles. On y introduit d’abord un morceau de bois de petite dimension ; mais , quand la plaie est bien cicatrisée , on substitue au premier morceau de bois un autre morceau plus grand, et, comme je l’ai dit, ceux des hommes atteignent jusqu’à trois pouces de diamètre. Le bondon ou disque passé dans la lèvre n’en change point la direction, tant qu’il n’a pas plus d’un pouce de diamètre; mais ensuite il entraîne cette partie et prend avec elle une situation horizontale. Par un effort musculaire, l’individu qui porte le bondon peut encore relever assez sa lèvre pour lui donner une position oblique ; mais il 11e saurait plus l’appliquer contre ses dents , et encore ne la redresserait-il pas, si elle 11’était aidée par le morceau de bois lui-même sur lequel elle s’appuie. Le disque ôté, la lèvre reste pendante jusqu’au bas du menton , comme on l’a déjà vu par l’exemple du capitaine Joahima.

C’est avec du rocou que les Botocudos se peignent en rouge, et avec le fruit du genipajer qu’ils se peignent en noir. Les femmes et les jeunes gens paraissent se plaire surtout à se barbouiller le corps. Les uns n’ont que des mouches, d’autres des plaques irrégulières, d’autres des bandes qui s’étendent en différons sens-, enfin j’en ai vu quelques-uns qui avaient peint de rocou toute la partie supérieure de leur visage jusqu’au milieu des joues.

La prononciation des Botocudos est encore plus barbare que celle des autres nations indiennes. Ne pou-

vant faire usage de la lèvre inférieure , ils parlent encore davantage de la gorge et du nez -, ils ont beaucoup de mots aspirés qui semblent sortir avec effort du fond de leur gosier, et qui, au milieu d’un nasillement guttural extrêmement monotone, produisent des éclats de voix qui surprennent lorsqu’on n’y est pas accoutumé.

Quelques-unes des langues indiennes , dont on trouvera le vocabulaire dans cet ouvrage , ont entre elles des rapports qui indiquent une source commune ; mais celle des Botocudos diffère entièrement de ces idiomes ; ce qui, avec l’usage des morceaux de bois que ces sauvages placent dans leurs oreilles et dans leur lèvre, tendrait à prouver qu’ils ont une origine particulière. Au reste, malgré les difficultés que présente la langue tics Botocudos , il n’est à S. Miguel presque personne qui n’en sache quelques mots, et il s’y trouve même des jeunes gens qui imitent parfaitement toutes les intonations nasales et gutturales de ces sauvages ; aussi, pendant mon séjour sur les bords du Jiquitinlionha, ne me fut-il pas difficile de trouver des interprètes.

Je ne voulus pas quitter S. Miguel sans avoir un court vocabulaire de la langue des Botocudos. Je disais des mots portugais à un nègre. du commandant qui avait appris l’idiome des sauvages ; je faisais répéter les traductions du nègre à un Botocudo de la troupe de Jan-oé g et j’écrivais ensuite. Après avoir mis sur le pa-

1 Celte troupe, comme on le verra , n’avait encore eu que

pier les mots qui m’avaient été dictés en langage botocudoy je les lisais à l’Indien de Jan-oé, en me faisant montrer par lui les objets que représentaient ces mots-, quand il ne me comprenait pas bien , je me faisais répéter les mêmes mots par le nègre de Juliâo , et, après cela, je corrigeais ce que j’avais écrit. Au reste, il est encore moins aisé de peindre par des lettres la langue des Botocudos que celles des autres nations indiennes, car ces sauvages ont plus de sons mixtes; ainsi il est souvent difficile de distinguer s’ils ont prononcé un a ou un o , un e ou un i, et ils ont des consonnes qui participent presque également du b et de Ym, du 5 et du /, de 17 et de Yn, etc. Les Botocudos ont des mots composés et mettent l’adjectif après le substantif. Vocabulaire de la langue des Botocudos.- — Lieu, soleil ; tarit (1 r participe du son je P/). — Tête ; créa (prononcez comme le mot français crêne). — Nez; kizitn. — Bouche; h impma. — Dents ; kejune (Ve final ne se fait guère plus sentir que notre e muet). — -Cheveux ; kringke. — Bras ; ziporoke (i e presque muet).- — Mains ; pôjëc. — Doigts ; pokelinggnate. — Paume de la main ; poli (7 nasal). — Cuisses ; oîtiaki (Fo se fait à peine sentir). — Jambes; maruki (l’r participe du son de 17). — Pied ; macniaki. — Lune ; taruchicha. — Genoux ; kaklifi (je ne puis dire si ce mot est singulier ou pluriel; le premier i est long et

peu de rapports avec les blancs. — Bans le moi Jan-oe , 1 n ne se lie pas avec l’o. Je trouve aussi dans mes notes le meme individu désigné par le nom de Jucuihé (1 h aspire;.

accentué). — La nuque du cou 5 nocniafi (la dernière syllabe se prononce à peine). — Lecythis ; tchicôrd.

— Eau -, manhà (premier a fermé). — Feu ; chimpëki.

— Dormir -, kukujune (le dernier e se fait peu sentir).

— Laver-, manhakejo . — Manger-, noncut. — Flèche $ mazike ( Y a est nasal ; le s participe du ] ; Y e final est presque muet). — Arc 5 nëme. - — Frère-, jipard (le j participe du z). — Mère -, japû. - — Femme-, hocôt. — - Nuit; taratatû. — Pierre; kratû. — Oiseau; bacdn.

— Fleuve; manhanpacajü (eau grande). — Ruisseau; manhanhihi (eau petite; h aspiré). — Terre; nâka ( le dernier a participe du son de Y e et se fait peu entendre). — Mourir; cuëni. — Chien; h inc on. — Maïs; jitnirun.- — Joli; herëhë. — Beaucoup-, eruhü. — Petit ; hihi. — Leur hutte, telle qu’ils la font dans les bois ; kijeme \

Les Botocudos paraissent avoir quelque idée vague de l’immortalité; mais ils sont probablement étrangers à celle d’un être suprême , ou du moins elle se confond » dans leur esprit avec l’idée du soleil \ Ce qu’il y a de bien certain , c’est que , songeant uniquement à leurs

1 J’ai encore employé ici l’orthographe portugaise , en y ajoutant la lettre h et l’accent circonflexe des Français.

3 Leur langue même porte à le conclure, puisqu’ils n’ont qu’un mot pour désigner Dieu et le soleil. On peut voir aussi, au chapitre X, ce qui m’a été dit à ce sujet par le soldat Raimundo Ferreira de Souza. D’après ce que m’a raconté M. le capitaine Jozé Caetano de Mello , les Botocudos ont une sorte de reconnaissance particulière pour la lune, parce qu’elle protège leurs marches nocturnes.

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besoins physiques , ils ne s’occupent point de la Divinité , et qu’ils n’ont absolument aucun culte. A la vérité ils ne montrent point d’éloignement pour la religion chrétienne , ils laissent baptiser leurs enfans , et quand ils assistent aux repas des Portugais , ils joignent les mains et font le signe de la croix comme eux-, mais il est trop évident que ces marques extérieures d’adhésion à un culte qu’ils ne sauraient connaître, ne sont que le résultat d’une imitation grossière. A la sollicitation du commandant , l’administration a décidé qu’il y aurait à S. Miguel un curé ou chapelain , auquel il serait payé annuellement deux cent mille reis. Cette somme, en y joignant le produit d’un peu de culture , serait bien suflisante pour entretenir un prêtre d’une manière décente 5 mais, lors de mon voyage , il 11e s’était pas encore trouvé un ecclésiastique qui voulût aller catéchiser les Botocudos , et les instituteurs de ces infortunés étaient les habitans corrompus du hameau de S. Miguel.

On assure que, lorsque les Botocudos n’avaient point encore eu de communication avec les Portugais, ils étaient anthropophages , et l’on m’a cité, à l’appui de cette assertion, les deux faits que je vais rapporter. Deux nègres fugitifs s’étaient retirés à peu de distance de Tocoyos, sur le bord d’un ruisseau, près duquel habitait une troupe de Botocudos, et ils s’étaient mis à cultiver la terre. Dans les commencemens , ils vécurent en bonne intelligence avec leurs voisins ; mais les Botocudos finirent par les attaquer, et prirent l’un d’eux. L’autre échappa aux sauvages et s’enfuit à Tocoyos, où

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il raconta ce qui s’était passé. On lui donna quelques hommes pour tâcher de sauver son compagnon -, mais , arrivés au lieu où le nègre avait été pris, ceux-ci ne trouvèrent que ses ossemens amoncelés. Voici le second fait. Lorsque le commandant Juliâo vint se fixer à S. Miguel, il se joignit à lui une troupe d’indiens, appelés MachaculiSy dont je parlerai plus tard, et quiÿ comme les Maialis, les Macunis, etc., cherchaient parmi les Portugais un asile contre les Botocudos. Ces derniers, s’étant rapprochés des blancs, s’adressèrent un jour à Juliâo , et lui demandèrent la permission de tuer et de manger les enfans des Machaculis, qui, disaient-ils, étaient fort gras. À ces faits, je n’ai à opposer , je l’avoue, que les dénégations de Firmiano, que j’ai déjà citées, et l’ancienne haine des Portugais contre les Botocudos, haine que l’on peut soupçonner d’avoir été la source de plus d’une calomnie h Quoi qu’il en soit, si jamais les Botocudos du Jiquitinhonha ont été réellement anthropophages, il ne paraît pas qu’on ait aucun reproche à leur faire à cet égard , à présent qu’ils ont tant de rapports avec les hommes de notre race. Us n’auraient pas, au reste , un grand mé-

1 Comment , par exemple , ne pas regarder comme une calomnie le récit que fait l’estimable et laborieux Southey, probablement d’après le témoignage de quelque Portugais? « Quand un prisonnier, dit l’iiistorien du Brésil , tombe entre « les mains des Botocudos , ils sucent le sang de leur vie- « lime encore vivante , pour commencer l’abominable fête « dans laquelle sa chair doit être dévorée. » ( History of Braz. , III , p. 807 et 808.)

Hml

rite à 11e point manger aujourd’hui de chair humaine ; car, à moins de se dévorer entre eux, qui pourraientils manger , puisqu’ils vivent en bonne intelligence avec les Portugais , et qu’ils n’oseraient attaquer le petit nombre d’indiens que les blancs, dont ils connaissent à présent la force , ont pris sous leur protection *?

Ce que les Botocudos ont véritablement gagné depuis que des relations continuelles se sont établies entre eux et les Portugais, c’est de ne plus avoir le meme penchant pour le larcin. Autrefois ils s’emparaient sans façon de tout ce qui était à leur convenance 3 -, mais actuellement ils ne prennent plus 5 ils se contentent d’obséder parleurs demandes importunes.

M. le prince de Nemvied pense que les Botocudos de Belmonte sont anthropophages ; mais je 11e sais trop s’il appuie cette opinion sur des preuves bien convaincantes , et lui -meme en atténue la force par les passages suivans : « Le singe, dit-il, est ranimai que les Botocudos mangent le « plus volontiers ; or, comme par sa structure et son sque— u lette il ressemble beaucoup à un homme , il est possible u que les Européens qui trouvèrent les restes du repas de ces •« sauvages les aient, par méprise, accusés d’aimer surtout

« à se nourrir de chair humaine . Des membres de singes

<t desséchés ressemblent beaucoup à ceux d’un homme , et 9 peuvent être confondus avec eux. Il en fut peut-être ainsi « de la chair que Vespuce trouva dans les cabanes des sauvages. » ( Ployage trad. Eyrics ; lï, p. 254 et 286.)

Ce que j’écris ici m’a été dit sur les lieux. Cependant on trouvera dans le chapitre suivant un ou deux faits qui tendraient à contredire cette assertion.

Us sont très -affectueux pour les blancs, les caressent , les serrent dans leurs bras; mais ils les tourmentent pour obtenir quelque chose d’eux.

Il s’en faut bien que la civilisation des Botocudos du Jiquitinhonha soit aussi avancée que celle des Malalis, des Macunis , etc. Comme je l’ai dit, les premiers ne se sont point encore accoutumés à travailler la terre ; ils vivent de la chasse et de la pêche, des racines et des fruits qu’ils trouvent dans les bois ou sur les montagnes.

Chaque capitaine de Botocudos s’attribue une certaine étendue de forêts pour y chasser et y cueillir des fruits. Il ne souffre point que des individus appartenant à d’autres tribus paraissent sur son domaine, et, dans le temps de la maturité des fruits, il envoie des hommes sur ses frontières , pour observer si elles ne sont point passées par ses voisins b

Quand ces sauvages vont à la chasse , c’est le capitaine qui partage le gibier. Celui qui en tue quelque pièce n’en reçoit que la plus petite portion, et lorsque l’animal est maigre , il n’y a aucune part. Le capitaine abandonne à sa troupe le gibier qu’il a tué, et n’y touche jamais. Quant aux oiseaux, ils sont réservés pour les femmes. Il y a en général beaucoup d’union

1 Un des morceaux les plus intéressans de l’ouvrage de M. le prince de Neuwied, est le récit d’un combat qui eut lieu en 1816 parmi les Botocudos de Belmonte , à l’occasion d’un empiétement qu’une tribu s’était permis sur le territoire d’une autre tribu voisine. ( Voyage Bres. Trcuh Eyr. ; Il , p. i85. )

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entre les membres de la meme troupe, et, s’il s’élève quelquefois des disputes entre eux , ce n’est jamais pour le partage des animaux tués , mais seulement , comme je l’ai déjà dit, à l’occasion des femmes.

Le temps de la sécheresse est pour les Botocudos l’époque la plus heureuse de l’année, parce que c’est celle de la maturité des sapucaias' et des cocos, dont ils sont très - friands. Alors ils s’éloignent du Jiquitinhonha -, ils se répandent dans les bois pour trouver des sapucaias y et sur les montagnes pour cueillir des cocos. Le commandant Juliâo se plaignait devant moi au capitaine Joahima de ce qu’il ne prenait plus de poissons. Apparemment, répondit ce dernier, qu’ils s’en sont allés aussi pour chercher des cocos.

Il paraît, au reste, qu’il faut attribuer à la grande quantité de sapucaias et de cocos que les Botocudos ont mangés pendant la saison froide, les maladies dont presque tous sont atteints au commencement des pluies. A cette époque , la plupart d’entre eux perdent leurs cheveux , et leur peau tombe par écaille.

D’ailleurs ils ne prennent aucune précaution pour leur santé. Couverts de sueur, ils se jettent dans l’eau froide, et ils s’exposent à toutes les intempéries des saison» : aussi ont-ils très-souvent des rhumes et des ca-

* Tel est le nom que l’on donne au Brésil aux amandes d’un lecfthis ou quatelé commun dans certaines forêts, mais qui , je crois, ne se trouve qu’au nord de Rio de Janeiro. Le goût des sapucaias rappellerait peut-être celui de la châtaigne, mais il est plus délicat. L’arbre qui produit ce fruit est un des plus beaux des forêts du Brésil.

AU BRÉSIL. . l6l

tarrhes. Quant aux maladies vénériennes, ils ne les connaissaient point avant de communiquer avec les Portugais, et il paraît qu’elles sont encore très -peu répandues parmi eux. Les seuls remèdes qu’ils emploient sont de se baigner, et de se frotter avec une herbe qui fait lever sur le corps des vésicules remplies d’eau. Cette plante, qui appai tient a la famille des euphorbiaccea, est appelée ccijîscuzçcio par les Portugais, et par les Botocudos : la piqûre des poils qui la couvrent est plus brûlante que celle de notre ortie ».

L’usage prématuré des plaisirs de l’amour et le peu de soin que ces sauvages prennent de leur santé , les vieillissent avant le temps , et il est très - rare d’en rencontrer qui aient atteint un âge avancé ; mais la mort ne leur inspire point de crainte.

Les Botocudos ont un grand soin de leurs pareils lorsqu’ils sont malades , et ils les pleurent quand ils les ont perdus.

Ils enterrent leurs morts les bras pliés sur la poitrine , et les cuisses pliées sur le ventre; et pomme ils donnent aux fosses très -peu de profondeur, les genoux sortent presque toujours hors de la terre, lorsqu’elle commence à s’affaisser. Autour de la fosse , ils plantent quatre bâtons d’égale longueur, et ceux-ci en soutiennent d’autres transversaux , sur lesquels ils ai rangent des feuilles de palmier, ce qui forme une espèce de petit dais. S’imaginant que l’âme du défunt

1 Peut-être est-ce ierti.

On \eira de quelle maniéré ils guérissent leurs blessures. tome ii.

l6s voyage

vient errer près de sa fosse, ils ont soin, pour lui rendre cette promenade plus agréable , de nettoyer les alentours du dais qu’ils ont élevé, et ils y attachent des plumes d’oiseaux et du poil des bêtes sauvages auxquelles ils font la guerre. Cependant il paraît que , s’ils regrettent vivement leurs proches , ils ne les regrettent pas long - temps , et ils sont loin d’avoir , pour les ossemens de leurs pères, ce respect qui distinguait les sauvages de l’Amérique septentrionale \ Je fis fouiller quelques fosses pour en tirer des crânes, et les Botocudos virent avec la plus grande indifférence emporter des têtes qui avaient appartenu à des hommes de leur nation, et peut-être à des parens ou à des connaissances 2.

Cette vertu des indigènes de l’Amérique du nord, il paraît que les blancs la leur ont fait perdre. Voici comment s’exprime à cet égard un voyageur. « Depuis que les tribus « voisines des frontières ont perdu , par l’exemple et par la « fréquentation des blancs, ces nuances primitives qui dis- « tinguent encore les nations des grands lacs; depuis qu’au vec Pappât irrésistible des eaux spiritueuses , on les a con- « duits à la plus honteuse dépravation , ces moeurs , ces traits « distinctifs qui les rendaient jadis respectables aux yeux de « l’observateur, ont entièrement disparu. Ce ne sont plus les « mêmes hommes; ils vendent aujourd hui leurs terres, sans « penser aux cendres de leurs parens , de leurs amis , et se « contentent d’en réserver quelques milliers d’acres , que le « voisinage des blancs , la rareté du gibier, et leur éternel « mépris pour l’industrie et la culture, les forceront d’aban- « donner dans un petit nombre d’années. >» ( V oyage dans la

Haute Vensylvahie , t. I , p. 332 et 333.)

* M. Freyreis, au rapport du prince de Neuwied, a été

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Les filles de ces sauvages se marient long -temps avant 1 âge de puberté- mais on ne leur donne pas comme chez les Macums, des hommes faits pour époux. Deux enfans se conviennent , et on les déclare mariés, j Les noces se célèbrent par des danses et par un repas précédé d’une grande chasse. Un mari peut quitter sa j femme quand il lui plaît , et l’on fait alors la meme fête que pour le mariage. En cas de divorce , les enfans restent avec leur mère tant qu’ils sont en bas âge ; mais, quand ils sont devenus grands, ils rejoignent ïeur père. Les frères et les sœurs, les cousins et cousines ne se marient point entre eux, et, sous ce rapport , les Botocudos se montrent supérieurs à d’autres peuplades indiennes, chez lesquelles, dit- on, les pères ne respectent pas même leurs enfans. Au reste, les Botocudos n’ont pas autant de scrupules pour ce qui regarde la fidélité conjugale. Rien n’est si commun parmi eux que l’adultère -, mais le mari châtie sa femme quand il la surprend avec un autre homme, et, dans un cas semblable, la femme, à son tour, châtie son mari, qui reçoit la punition avec docilité z.

Les femmes des Botocudos vivent dans une trèsgrande dépendance. Quand une tribu voyage, les

témoin de la même insouciance chez des Botocudos qui sont probablement ceux de Belmonte.

1 D’après ce qui m’a été dit sur les lieux , les Botocudos du Jiquitinhonha n’ont qu’une femme à la fois ; mais M. Marlière , directeur général des Indiens , m’a écrit que ceux du Rio Doce admettaient la polygamie. M. le prince de Neuwied dit aussi que les Botocudos du Rio Belmonte sont polygames.

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hommes ne portent que des arcs et des flèches , mais les femmes sont chargées des enfans et des provisions. Ce sont elles qui arrachent les racines, qui cueillent les fruits , qui vont chercher le bois pour faire le feu, qui préparent les alimens et qui construisent les huttes sous lesquelles on se couche. Elles savent faire des pots presque sphériques, semblables à ceux des Macums. Enfin elles font aussi des sacs de filet, et elles tirent leur étoupe du barrigudo et de Yimbimssü On trouve chez les Botocudos une habitude qui , peut-être, ne s’observe chez aucun peuple. Lorsqu’ils font quelque demande , lorsqu’ils sont émus par quelque passion , ils ne parlent plus 5 ils chantent ; mais je ne puis mieux comparer ce chant qu’aux plaintes monotones de nos mendians , entremêlées de grands éclats de voix qui brisent le tympan 1 * 3.

Les Botocudos ont un grand respect pour les vieillards. Iis montrent beaucoup de curiosité pour les choses qu’ils 11e connaissent pas; il les regardent avec plaisir; mais je ne leur ai jamais vu témoigner le plus léger étonnement. Ils ne pardonnent point les injures,

1 Ce dernier arbre croît dans les catingas. Il n’a rien de particulier dans son port; mais son écorce est d’un beau vert-pomme , et peinte de larges veines d’un gris blanchâtre qui s’anastomosent et imitent un réseau à larges mailles. Il n’est pas nécessaire de mouiller l’écorce de Vimbirassû pour en tirer l’étoupe ; mais il faut faire tremper celle du

barrigudo.

3 D’autres fois aussi , ce cbant n’est, comme on le verra, qu’un nasillement sans variation.

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et cherchent à venger celles qne reçoivent eux ou leurs proches. Ils sont gais , hardis et courageux. Ils aiment la guerre, et leurs diverses tribus se la font continuellement. vPour augmenter leurs troupes , les chefs s’enlèvent les uns aux autres des femmes et des enfans , et telle est la cause des divisions qui trop souvent régnent parmi eux.

Comme les autres Indiens, les Botocudos tiennent leurs arcs et leurs flèches de la main droite, dans une position verticale, et ils ont également deux espèces de flèches b Les unes, qu’ils emploient principalement à la chasse, sont terminées par un morceau de bambou très - aigu -, les autres , qui , à leur extrémité , ont un morceau de bois , leur servent surtout à la guerre , et ils les empoisonnent avec le suc de quelques herbes vénéneuses 1 2.

Les Botocudos du Jiquitinhonha ne craignent pas , comme on l’a prétendu, ceux que l’on dit être encore

1 Comme je vis les Botocudos tirer de l’arc , lorsque j’allai visiter leur chétif aldea , je me réserve de parler plus bas de l’habiletc de ces sauvages à lancer des flèches.

2 S’il faut en croire M. le prince de Neuwied , les Botocudos de Behnonte ne connaissent point les flèches empoisonnées. — Je me souviens d’avoir vu un jeune Botocudo inviter un Portugais a lui tirer des flèches. Le Botocudo se plaça, à peu de distance, en face du tireur; il voyait la flèche venir et, faisant un mouvement rapide, il la laissait passer. Quand ce jeu eut duré quelque temps , le sauvage voulait absolument que le Portugais prît sa place; mais on pense bien que ce dernier n’y consentit point.

i66 VOYAGE

antropophages et auxquels les Portugais font la guerre. Les uns et les autres se rencontrent quelquefois , et ils ne cherchent point à se nuire. Les Botocudos des autres parties de la province racontent aux tribus de Minas Novas le mal que leur font les Blancs , et ces dernières en ont conclu qu’il y avait deux espèces de Portugais, les Bons , qu’ils connaissent, et les médians qui habitent les autres divisions.

Les seuls amusemens des Botocudos sont la danse et la musique. Ils chantent souvent ; mais ils jouent rarement des instrumens. Ceux qui sont en usage parmi eux sont de petites flûtes faites avec des morceaux de Bambous , et une espèce de birimbao qui diffère à peine de celui des nègres , mais qu’ils n’ont sans doute pas emprunté de ceux-ci, car il leur était déjà connu quand Juliâo arriva à S. Miguel. Leurs chansons sont aussi Barbares que leurs mœurs. L’une n’est qu’un catalogue de mots qui n’ont entre eux aucuns rapports. Je vais donner la traduction de trois autres qui, comme on le verra , n’ont pas beaucoup plus de sens. Première. Le soleil se lève ; vieille , mets quelque chose dans ton pot, pour que je puisse manger et que j’aille à la chasse. Deuxième. Botocudos, allons tuer des oiseaux, tuer des cochons, tuer des tapirs, des cerfs, des canards, des zabelés 1 , deshocos, des singes, des macucos % des serpens , des poissons , des trairas des pians

1 Espèce de tinamou, qui sans doute est le tinamus noc — " us .

Grande espèce de tinamou dont j’ai déjà parle vol. J ?

twagus.

(deux espèces de poissons). Troisième. Botocudos, les blancs sont en fureur -, la colère est grande 5 partons vite -, femme, prends la flèche 5 allons tuer des Botocudos.

On voit que ces sauvages , ainsi que les Macunis , n’ont rien dans leur poésie de cette élévation que l’on s’est plu à attribuer aux Américains indigènes. Les Indiens des livres sont des êtres de raison comme certains personnages de nos comédies. Je n’ai vu dans les véritables Indiens que des infortunés , tout entiers au présent, uniquement occupés de leurs besoins physiques, fort inférieurs à nous et dignes par cela même de toute notre compassion \

1 Considérer les nations indiennes comme étant dans l’enfance de la civilisation , c’est une source d’erreurs qui leur seront toujours nuisibles, parce qu’elles empêcheront qu’on ne gouverne ces nations comme elles doivent l’être. Les Américains indigènes , il faut le répéter dans leur propre intérêt , ne sont point susceptibles de cette haute civilisation à laquelle il a été donné à la race caucasique de pouvoir atteindre. Yoici comment s’exprime un voyageur sur les Indiens des Etats- Unis : « On observe parmi eux une indolence qui les empêche « de travailler, et leur inspire le mépris le plus profond pour « la culture; une impatience qui leur fait dédaigner le repos « d’une vie sédentaire et tranquille , et les entraîne dans les « chasses les plus éloignées et les plus fatigantes , ainsi qu’à « la guerre. Us portent sur leur physionomie l’empreinte

« d’un esprit vide ou enclin «à la tristesse . ; ils ont tous

« au même degré l’insouciance et l’imprévoyance pour l’a- « venir, et, malgré l’expérience des disettes annuelles anx- « quelles cette funeste disposition les expose , ils n’en devien- « nenl ni plus sages ni plus prévoyants..., . Se pourrait-il donc

Excepté les serpens, les Botocudos mangent toutes les espèces d’animaux 5 ils ne dédaignent pas même les crapauds et les lézards. Tantôt ils font rôtir leurs viandes, et tantôt ils les font bouillir dans les pots fabriqués par leurs femmes %

« que , différente de celle des autres hommes , leur imaginau tion se refusât invinciblement à la contemplation de l’a— « venir, et que, comme les animaux, ils fussent destinés à u ne composer leur vie que du moment présent? La nature « leur aurait -elle refusé l’étendue de compréhension né— « cessaire pour apercevoir l’utilité des choses nouvelles? Se— « rait - il préordonné que jamais ils ne connaîtront la civi- « lisation et les lois? Cela est très “probable.)) (Voy âge dans la Haute — Pensylvanic , tom. I, p. 8, 9 et 353.)

1 «Les Tapuyas , dit M. de Neuwied , ont appris des « Européens l’usage du sel , et l’en m’a assuré au Brésil que « cet assaisonnement avait beaucoup diminué le nombre des « indigènes. Àzara pense que les Indiens qui n’emploient « pas le sel, y suppléent par d’autres alimeus salés, par « exemple, par le barro ou glaise salée qu’ils mangent abon- « damment. Mais la glaise du Brésil n’a pas le même goût « salin, et je n’ai rencontré, chez les habitans indigènes de « ce pays, aucun mets salé. » 11 est possible que, sur le littoral, il n’existe pas de terrains imprégnés de sel ou de salpêtre ; mais ces terrains , appelés barreiros , ne sont point rares dans la province des Mines, et l’on m’a dit positivement à Passanha , que les Botocudos de ce pays assaisonnaient leurs alimens avec de la terre salpêtrée. - — On m’a aussi assuré à Passanha, que les plantes amères étaient celles que préféraient ces sauvages, et que les Portugais avaient inutilement essayé de manger les mêmes plantes.

AU BRÉSIL. l6g

Comme les Indiens de Passanlia et ceux d’Alto dos Bois , les Botocudos mangent la larve qui se trouve dans les tiges des bambous *, mais il paraît qu’ils ne connaissent point l’usage que font les Malalis de cette larve desséchée. Les Botocudos ont aussi coutume de couper une espèce d’arbre dont le bois est fort tendre ( probablement le ckorisia ventricosa) • le tronc pourrit 5 une certaine mouche y dépose ses œufs , et les sauvages mangent les larves auxquelles ces œufs donnent naissance.

Lorsque j’arrivai à S. Miguel , une partie de la troupe de Joahima avait ete manger des cocos dans les montagnes. Le jour même, j’allai rendre visite à ceux qui étaient restés , et je retournai les voir le surlendemain. J entrai dans la maison du capitaine ou étaient quelques gircios hauts d’un pied à un pied et demi, et où je ne vis d’ailleurs d’autres ustensiles de ménage que quelques poteries. Près de la maison de Joahima , en était un autre qui avait à peine la hauteur d’un homme, et où une famille était entassée. Le reste de la troupe couchait sous une de ces cahuttes que ces sauvages ont coutume de construire dans les forêts. Celle-ci était à peine liante de trois pieds 5 elle n’avait point la forme régulière d’un berceau, et les branchages dont elle était couverte avaient été jetés sans ordre sur les bâtons courbés qui formaient sa charpente.

A mon arrivée à S. Miguel , j’avais témoigné au commandant le désir d’emmener avec moi un jeune Rotocudo. Plusieurs fois il avait fait part de ce désir au capitaine Joahima- mais celui-ci s’était constamment

refusé à le satisfaire. Les Portugais, avait-il dit devant

moi au commandant Juliao, nous ont emmené piesque tous nos enfans-, ils nous avaient promis qu ils reviendraient , et cependant nous ne les revoyons point. Lors de ma seconde visite à la demeure des Botocudos, nous réitérâmes notre demande-, mais le capitaine répéta ses refus en disant que , voulant cultiver la terre , lui et les siens ne pouvaient se passer de leurs fds. Ensuite il ajouta, d’une manière peu décente, qu il y avait chez les blancs assez de femmes pour nous donner des enfans, et que nous n’avions pas besoin de

venir chercher ceux des Botocudos.

A cette occasion , les Indiens rappelèrent au commandant qu’ils lui devaient la liberté d’un jeune homme qui était présent. Juliâo , a son retour de Villa Rica, avait rencontré ce jeune homme , que des mule-

rendu à ses compatriotes. Jusqu’ alors j’avais vu les Botocudos mendier avec beaucoup d’instances , en prodiguant les louanges et les caresses -, mais , comme ils mettent fin à toutes ces démonstrations affectueuses aussitôt qu’ils sont satisfaits , et que jamais ils ne semblent remercier après avoir reçu quelque chose, je croyais ces Indiens peu susceptibles de reconnaissance. Je me désabusai, en voyant de quelle manière ils parlaient du jeune homme dont je viens de raconter l’histoire 5 ils entouraient Juliâo, et ils lui témoignaient avec beaucoup de vivacité combien ils étaient sensibles rtà l’important service qu’il leur avait rendu.

Après cette petite scène, l’un d’entre eux adressa la

parole au commandant 5 mais à peine eut-il prononcé quelques mots , que son discours devint un chant monotone, entremêle d'éclats de voix poussés avec force du fond du gosier. Sa tête se tournait brusquement sur son cou ; ses bras se déployaient avec raideur pour se reployer ensuite 3 son corps se balançait sur ses hanches 3 il Rivait l’air d’éprouver une espèce d’inspiration. Le commandant me donna l’explication de la harangue qui venait d’être prononcée d’une manière si étrange. L’orateur s’était plaint de ce que lui et ceux qui , pour travailler, étaient restés auprès du poste, n’avaient pas de quoi manger 3 tandis que leurs amis, qui avaient été chasser et chercher des cocos, trouvaient de la nourriture en abondance. Cette plainte était injuste , carie commandant distribuait continuellement des vivres à ses Botocudos; mais il était impossible de les rassasier \

* Chez notre espèce , la voracité paraît être en raison directe du défaut de civilisation ou de manque d’intelligence. Ce que celle-ci perd, les facultés purement physiques semblent le gagner. « L’appétit vorace des Hottentots se mani— « feste , dit Barrow ( Voyage, vol. I , p. 269) , dans leur 111a- « nière de manger. Ils commencent par couper un animal en « grandes et larges tranches plates; ensuite , les découpant en « spirale de la circonférence au centre, ils en forment ainsi des « lanières de deux ou trois aunes de longueur, et , en un ins-

« tant, toute la bète est coupée en semblables morceaux .

« A peine ces morceaux sont -ils chauds, que, les saisissant « à deux mains , ils en portent un bout à leur bouche, et, dans un instant, une lanière de viande, longue d’une aune, se

Cependant Juliâo pria Joahima de faire danser sa troupe. Celui-ci rassembla ceux qui la composaient, hommes et femmes , et tous formèrent un demi- cercle serré, en appuyant chacun ses deux bras sur le col de ses deux voisins. Alors une vieille femme, accroupie dans la cahutte de branchages , entonna une chanson d’une voix aigre et tremblotante ; la troupe répondit par des sons discordans, en passant, de la manière la plus désagréable , de tons bas aux tons les plus élevés, et en même temps on se mit à sautiller en rond et avec pesanteur, presque sans plier les jambes. Les danseurs qui étaient aux deux extrémités du demi-cercle n’avaient qu’une jambe par terre 5 l’autre était passée par-dessus la hanche du voisin, et ainsi ces deux individus sautaient sur un seul pied. On m’assura que les Botocudos ne connaissaient pas d’autre danse que celle que je viens de décrire ; mais les chants dont ils l’accompagnent sont , dit-on , très-variés.

Quand la danse fut terminée , le commandant engagea les Botocudos à tirer de l’arc, et j’admirai leur extrême dextérité. Leurs flèches sont à peu près de la

«< trouve engloutie. » Dans les campagnes de Rio Grande , 011 , comme on le lira dans ma troisième Relation, l’on mène une vie tout extérieure, j’ai vu des blancs manger de la viancle avec autant de voracité que les Hottentots eux -mêmes. La partie d’Allemagne la moins renommée pour les productions de l’esprit, est celle dont on accuse les habitans d’être les plus grands mangeurs. Enfin chez nous une véritable gloutonnerie n’est guère le partage que de quelques individus stupides ou abrutis.

grandeur d’un nomme , et lancées par eux, elles s’élèvent si haut , qu’on les perd presque de vue. Au reste, il n’est pas étonnant qu’ils soient si habiles à cet exercice. A peine un enfant sait-il marcher , qu’on lui met entre les mains un arc et des flèches proportionnes a sa tadle , et il fait ses premiers essais sur des insectes ; il s’exerce ensuite sur de petits oiseaux, et bientôt il est capable d aller lui - même chercher sa nourriture 5 avant d’être homme , il n’a déjà plus besoin de ses parens , et il se choisit une compagne. Il résulte de tout ceci que l’affection des pères et des enfans ne doit être pour ces sauvages qu’un très-faible lien.

Le surlendemain de mon arrivée à S. Miguel , des coups de fusil que nous entendîmes dans le lointain et qui se mêlaient aux sons d’un cor rustique , nous annoncèrent l’arrivée de quelques pirogues. C’était un grand événement pour le hameau. Les soldats du poste répondirent par d’autres coups de fusil. Le commandant et moi , nous nous rendîmes sur le rivage et nous y trouvâmes la plupart des habitans rassemblés. J’avais quelque espoir de voir arriver M. Récamier, négociant j , e b alois à 13 a h 1 a , et j’éprouvais une émotion que je ne puis décrire, en songeant que ce fleuve qui , dans cette contrée lointaine , allait me réunir à un compatriote , était encore inconnu il n’y avait pas plus de quinze années. Cependant mes espérances s’évanouirent bientôt 5 les pirogues approchèrent du rivage , et l’on reconnut que c’étaient celles d’un cultivateur des environs qui avait été chercher du sel à Bel mon te.

ï74 voyage

Le jour suivant fut signalé par un événement d’une importance bien plus notable. Jusqu’alors le Jiquitinhonha n’avait servi qu’au commerce du sel et du coton. Le frère du commandant arriva avec des marchandises de toute espèce qu’il avait été chercher jusqu’à Bahia , et ainsi il donna un exemple qui , suivi par d’autres , aura sans doute puissamment contribué à la prospérité du pays 5 car les articles d’Europe, transportés sur le fleuve , pourront se vendre à S. Miguel à des prix bien pins modérés qu’à Villa Rica, où ils n’arrivent qu’ après quinze ou vingt jours de voyage par terre.

Le Jiquitinhonha, qui prend sa source à peu de distance de Tijuco, au lieu appelé Pedra Redonda , devient navigable à Tocoyos 1 , village situé à quatrevingt-seize lieues de la mer. De Tocoyos jusqu’à S. Miguel on compte, sur la rivière, environ trente-quatre lieues, et par conséquent on en compte soixante-deux de S. Miguel jusqu’à l’embouchure du fleuve. Entre Tocoyos et S. Miguel, les rochers qui , en certains endroits, s’élèvent du milieu des eaux, rendent la navigation difficile : cependant on n’est nulle part obligé de décharger les pirogues. De S. Miguel à la mer, il faut nécessairement les décharger trois fois 5 à la Cachoeira d’Infemo , qui est à vingt-huit lieues du village 5 au Salto Grande (grande chute), cpii en est à quarante-huit lieues2 , et enfin à la Cachoeirinha ,

1 C’est à tort qu’un voyageur a appelé ce lieu Tocaya , et en a fait la capitale du termo de Minas Novas.

8 Suivant Casai , la Grande -Cascade ou Salto Grande est

qui est située à dix-huit lieues de l’Océan \ A la Cachée ira d’Inferno et à la Cachoeirinha, il suiïit de tirer les marchandises des pirogues2 ; mais, au Saîto Grande, où l’eau tombe à pic d’une hauteur que les habitans estiment être de deux cents palmes, il est clair qu’il faut faire passer les pirogues sur la terre 3. On met huit jours pour arriver de S. Miguel à Belmonte où le fleuve a son embouchure, et dix-huit à vingt jours pour remonter de Belmonte à S. Miguel. L’embou-

occasionée par le passage du Jiquitinhonha à travers la Serra dos Aimorés , qui est une portion de la Serra do Mar ou grande chaîne maritime. D’après cela, il est clair que le territoire compris entre cette chaîne et la Cordillière occidentale, forme un plateau beaucoup plus élevé que le littoral.

1 S’il y a, comme l’avanee Casai (Cor., I, p, 79) , 4 1. du Salto à Cachoeirinha; que d’ailleurs il y en ait zj8 de S. Miguel au Salto, et 18 de Cachoeirinha à l’Océan, il est clair qu’il n’y aurait pas 62 1., mais 70 de S. Miguel à la mer. N’ayant eu aucun moyen de vérifier ces distances , j’ai cru devoir insérer ici la double indication qui m’a été communiquée sur les lieux. J’ai déjà eu occasion de faire observer dans Pizarro une contradiction du même genre, pour une route cependant assez fréquentée, et l’on doit sentir, je le répète, que de long- temps on 11e pourra avoir pour l’intérieur du Brésil des distances mesurées avec exactitude.

2 D’après le récit de M. le prince Max. de Neuwied, il ne doit y avoir à Cachoeirinha que des rapides , et probablement il en est de même à la Cachoeira d’Inferno.

3 II est évident que , quand le pays sera plus civilisé et peuplé davantage , on trouvera des moyens pour faciliter la navigation du Jiquitinhonha.

cintre du Jiquitinhonha à Belmonte forme une espèce de petit port qui n’est accessible qu’aux embarcations -, mais , communiquant avec le Rio Pardo , par l’intermédiaire d’une autre rivière , ou espèce de canal appelé Rio da Salsa , ce fleuve se trouve avoir réellement au moins deux autres embouchures \ La ville de Belmonte près de laquelle le Jiquitinhonha se jette dans la mer, pauvre et habitée en grande partie par des Indiens civilisés , n’offre que peu de ressources 2 } mais ,

1 M. le prince de Nemvied , dit qu’à peu de distance de Canavieiras, un bras du Pxio Pardo, nommé Bio da Salsa se détache de ce fleuve, pour aller joindre le Bio Grande de Belmonte; et ce même Bio Pardo , ajoute le prince , se jette dans la mer par plusieurs branches. Mes renseignemens , malheureusement trop vagues sur ce point de géographie , me font penser que si le Bio Pardo a plusieurs bras, il n’a que deux embouchures navigables.

2 « Belmonte, ditM. le prince de Netnvied, est une petite « ville chétive et en partie ruinée ; elle fut fondée il y a une « soixantaine d’années par les Indiens, dont il n’y reste aujour- « d’hui qu’un petit nombre... Cette ville forme un carré comte posé d’une soixantaine de maisons, et renferme environ six « cents habitans. L’église est située à l’extrémité. Les maisons

« sont des cabanes en terre , fort basses . L’aspect de toutes

« ces huttes , généralement couvertes en chaume , et celui des « rues irrégulières et couvertes d’herbes , font ressembler la « ville à un de nos plus méchans villages. Son seul ornement « consiste dans la quantité de cocotiers qui , sur cette plaine « sablonneuse, entourent de toutes parts les habitations , et, « par la réunion de leurs cimes ondoyantes, forment une es- « pèce de forêt . Ses habitans, qui sont tous pêcheurs, de

delà à Bahia , il n’y a que trente-six lieues, et, lorsque le vent est favorable , on peut faire le voyage en vingtquatre heures , et même dans un temps moins consirable. A l’époque de mon arrivée à S. Miguel, une seule des troupes de Botocudos voisines des bords du Jiquitinlionha, celle de Jan-oé , qui occupait les alentours du Salto Grande , ne s’était point encore rap-

« même que la plupart des campagnards de ce royaume , sont

« très-habiles à conduire une pirogue . On voit encore

“ à Belmonte une race particulière d’indiens chrétiens et « civilisés que l’on nomme Meniens , et qui se donnent à 11 eux — memes le nom de (^cittlcicciiis. Les restes de leur lan— ■ “ gage j quoique extrêmement corrompu, annoncent leur « véritable origine , qu’ils connaissent bien. Jadis ils ha- « bitaient plus haut le long du Rio de Belmonte; les pau- “ listes les en chassèrent, et en massacrèrent un orand « nombre. Ceux qui échapperont se réfugièrent vers le bas « du fleuve, et se fixèrent a 1 endroit ou est aujourd’hui « la ville. Us ont graduellement abandonné leur ancienne « manière de vivre , et n’ont rien conservé des mœurs des « sauvages; les uns se sont mêlés aux nègres, et servent « comme soldats; les autres sont pêcheurs et travaillent à la « terre. Il n’y a plus que quelques vieillards qui compren- « nent encore un petit nombre de mots de leur ancienne « langue. Us sont très -adroits à tous les travaux manuels; « ils fabriquent des chapeaux de paille, des corbeilles, des « filets à pêcher, et des nattes de roseaux (esteiras) si bien « faites , qu’à l’extérieur on ne distingue pas les brins en- « trelacés : ils sont d’ailleurs bons chasseurs , comme tous « les Indiens; mais ils ont depuis long — temps échangé l’arc “ et les flèches contre le fusil. »

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