‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 19 sur 52 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

prochée des Portugais. Cette troupe avait été , à ce quil paraît , prévenue contre les blancs par d’autres Botocudos qui vivent dans les environs du Rio Pardo, et auxquels le vieux capitâo mor Gonçalves, commandant du pays appelé la Conquista 1 , n’avait cessé de faire une guerre acharnée. Ce qui prouve au reste que Jan-oé n’était pas fort dangereux, c’est qu’un faible détachement, placé au Salto , suffisait pour

le contenir, et l’on verra bientôt que, quand je qui l-

* J’ai déjà parlé , dans le premier volume de cet ouvrage, du vieux Gonçalves et de la Conquista. Voici ce que dit M. le prince de Neuwied de Joao Gonçalves da Costa : « C’était un vieillard de quatre- vingt -six ans, encore actif « et robuste ; il l’emportait en vivacité d’esprit sur beaucoup « de jeunes gens. On reconnaissait sans peine qu’il avait dû, « dans un âge moins avancé , être doué de beaucoup de vi-

« gueur, de courage et de hardiesse . A l’âge de seize ans,

« il suivit son penchant qui le portait à visiter les pays loin- « tains. Il abandonna le Portugal, sa patrie, et vint s’éta- « blir au milieu des montagnes sauvages du Sertâo de la « capitainerie de Bahia , où un vaste champ de travail s’ou- « vrit à son ardeur pour plusieurs années. Il combattit avec «c beaucoup de résolution et de persévérance les Patachos, les « Gamacans et les Botocudos. Il parcourut , avec des dépenses « considérables et les efforts les plus soutenus , des forêts « antiques, navigua le premier sur plusieurs fleuves, tels « que le Rio Pardo , le Rio das Contas , le Rio dos Ilheos , et « Une partie du Rio Grande de Belmonte , trouva leurs em- « bouchures dans la mer, et même leurs communications « entre eux. Sur le Rio Pardo , il soutint plusieurs combats u contre les Botocudos..., . Quand il commença son établisse-

tai Ja 7e division , ce capitaine indien était déjà devenu l’ami des Portugais. Ainsi , la navigation du Jiquitinhonha était parfaitement libre, et elle ne saurait manquer d’avoir sur le pays la plus heureuse influence, puisqu’elle facilitera les communications des habitans avec Bahia , qu’elle ouvrira un débouché à leurs cotons , quelle leur fournira les moyens d’avoir du sel et par conséquent d’élever des bestiaux, enfin, qu’elle leur procurera, comme je l’ai déjà dit, à des prix beau-

« ment dans le Sertâo , les forêts étaient remplies de bêtes « féroces. Dans le premier mois, il tua vingt — quatre ja— « guars , et tous les autres mois un certain nombre qui « allait toujours en diminuant; de sorte qu’enfin il put « essayer de créer un curral pour le bétail sauvage, ce qui « eût d’abord été absolument inexécutable , à cause des

« animaux dévastateurs . Il ouvrit dans les forêts plu-

« sieurs routes; celle qui mène par Tamburil aux frontières « de Minas Geraes est la plus considérable. Elle lui a coûté « beaucoup de temps, et a exigé de très -grosses avances, o que le gouvernement ne lui a pas encore remboursées. >» {Ployage trad. Eyriès , III, p. 196, 197 et 198.) L’histoire du Brésil est remplie des noms d’hommes doués d’un courage presque surnaturel , qui s’enfoncèrent dans des solitudes entièrcment inconnues , en bravant tous les dangers. Le souvenir de ces hommes ne s’est point encore entièrement effacé de la mémoire des Brésiliens de l’intérieur, et, puisque l’on Veut au Brésil avoir une noblesse, il me semble, que c’est à des noms aussi remarquables qu’il faudrait la rattacher. Mais à Rio de Janeiro on ne connaît guère que Rio de Janeiro , et l’on méprise un peu trop tout ce qui n’est pas Rio de Janeiro.

coup plus modérés, toutes les marchandises de fabrication européenne \

Le Jiquitinhonha n’est pas au reste le seul moyen de communication que les habitants de S. Miguel aient avec la mer. Lors de la création de la 7e division, Juliâo reçut l’ordre de s’entendre avec Y ouvidor de la comarca 2 , pour ouvrir par terre un chemin à peu près parallèle au fleuve. L 'ouvidor fournit une garde d’indiens qui rendit peu de services , et le chemin fut fait presque tout entier jusqu’à Belmonte, par les soldats de la division. On le négligea pendant la captivité de Juliâo -, mais, tandis que j’étais à S. Miguel, une partie du détachement était employée aie réparer et à le nettoyer 3.

1 Le Jiquitinhonha a encore l’avantage d’être une rivière très -poissonneuse. Les espèces qu’on y pêche, sont celles connues dans le pays sous les noms de piabanha , piampara , dourado, suruby, traira , perpitinga } roncador et bagre. On trouve aussi dans la rivière de S. Miguel une espèce d’écrevisse ou crevette bonne .à manger ( camarao ). C’est sans doute cette écrevisse dont parle M. le prince de Neuwied ( V oyage trad. Eyr II, p. i37) , et qu’il dit être d’une grosse taille et d’une couleur orange - brunâtre rayée de noir. On la prend, ajoute le même auteur, dans les nasses que l’on a coutume de tendre dans la partie inférieure du Jiquitinhonha ou de Rio de Belmonte.

2 Probablement de Porto Seguro.

3 On a écrit, d’après des renseignemens pris sans doute à Villa do Fanado, que plusieurs liabitans du termo de Minas Novas avaient essayé d’ouvrir une route le long du fleuve

AU BRÉSIL. jSï

Les détails qui précèdent prouvent déjà combien sont grands les avantages qu’assurerait un établissement formé sur les bords du Jiquitinhonha 5 et cependant il en est d’autres que je n’ai point encore fait connaître. Depuis S. Miguel jusqu’à l’Océan , le pays est couvert de forêts vierges, qui fourniraient du bois pour toute espèce de construction. La terre est excellente , et produit abondamment le coton, le maïs, le riz , les haricots et les légumes. Le maïs y rend deux cents pour un *, l’espace que l’on ensemencerait avec un alqueire de maïs 1 donne cent vingt arrobes de coton , et trois arrobes et demi de ce coton rend un arrobe , quand il est dépouillé de ses graines 2. La

jusqu’au Salto; mais que celte route n’était presque plus fréquentée à cause du voisinage de hordes dangereuses d’indiens sauvages. Ce que je dis ici rectifiera ce qu’il peut y avoir d’inexact dans ces assertions. — M. le prince de Neuwied parle peu avantageusement du chemin des bords du Jiqui— tinhonha ; mais l’époque de son voyage me paraît coïncider avec celle de la captivité de Juliao.

1 J’ai déjà fait observer que Y alqueire n’était pas le même dans toutes les possessions portugaises , mais que M. de Freycinet évaluait celui de Rio de Janeiro à 4° litres. J’ajouterai que, suivant d’Eschwege {Bras. Neue Tf^elt., I, p. 10) , V alqueire (et non algueira) de Villa Rica équivaut à 2 metze de Cassel ; or, Kruse dans son Comptorist évalue 17 metze à 23 spints de Hambourg, et le spint a 332 pouces cubes de France. Quant à la livre de Rio de Janeiro , M. de Freycinet l’évalue à o kil. 46°8o.

3 C’est à S. Miguel que j’ai recueilli les renseignemens

canne à sucre réussit également bien. On a aussi commencé à planter du café, et l’on est fort content du succès. Dans beaucoup d’autres parties de la province, les propriétaires ne trouvent aucun avantage à cultiver plus de maïs qu’il n’est nécessaire pour la consommation de leur maison -, et , quoique d’une valeur plus grande, le sucre et le café ne sauraient non plus être exportés fort loin , lorsqu’il faut employer pour cela des mulets. À S. Miguel, le cultivateur peut embarquer toutes ses denrées sur la rivière-, et si, lorsqu’on aura trouvé un mode d’assolement propre à cette contrée, on est obligé de remplacer les cotonniers par des grains , on trouvera de ceux-ci un débit facile et avantageux à Bahia, ville où ils sont toujours chers, et dont les alentours ne produisent avec abondance que du sucre et du coton.

En jetant les yeux sur le Jiquitinhonha, les rêves que j’avais formés dans ma première jeunesse après la lecture de S. John de Crèvecœur1, se représentèrent à mon imagination. Je me voyais possesseur de quelques lieues de terrain sur les bords du Jiquitinhonha. J’arrive avec un domestique fidèle et quelques esclaves. On construit à la hâte un abri semblable à celui des Botocudos , pour y passer la première nuit. On est privé d’abord

que je donne ici; mais on sent qu’il doit y avoir quelques différences depuis ce village jusqu’à la mer. Au reste , on verra qu’à quelque distance du hameau , ces différences sont en plus.

* Lettres d'un cultivateur américain.

de toutes les commodités de la vie -, mais le désir d’en jouir bientôt anime au travail. Une partie des esclaves est employée à couper des arbres , là où Ton doit planter du maïs et du coton pour l’année suivante -, l’autre à construire une cabane. Peu à peu les bois disparaissent autour de ma demeure , et le soleil échauffe de ses rayons une terre sur laquelle il n avait pas brille depuis des siècles. Je fais venir des bestiaux-, j’introduis un système d’agriculture raisonnable-, je construis un moulin à sucre, un moulin a scie, et j ai des pirogues qui vont porter mes récoltes à Belmonte. Bientôt ma cabane se change en une demeure agréable -, j’y joins un potager , et je me fais un jardin anglais , en perçant des sentiers dans la foret. Une portion de bois plusieurs fois brûlée me procure de gras pâturages -, mes bestiaux, bien soignés, me donnent des fromages et du beurre ; de nombreuses volailles et toutes les espèces d’animaux domestiques animent les alentours de mon habitation. J’introduis des lois dans ma petite république ; mes nègres sont bien nourris , bien habillés -, de petites récompenses les attachent au travail ; des soins, desmarques d’intérètleur rendent leur sort plus supportable et leur font chérir leur maître. Tous sont mariés , et ils finissent par regarder commeTeur patrie celle de leurs enfans , et la maison de leur maître comme la leur. Je n’oublie pas non plus les Indiens. Je commence parles attirer autour de ma demeure par de petits présens. Ils sont surs de recevoir des vivres toutes les fois qu’ils rendront le plus léger service. Je les forme peu à peu au travail ; ils sentent bientôt l’avan-

tage de cultiver la terre 5 ils se fixent auprès de mon habitation, deviennent des voisins utiles, et je complète leur civilisation en les rendant chrétiens. Ce Botocudo, naguère anthropophage, vient dans mon humble chapelle prier pour ses ennemis, et sa fille connaît enfin la pudeur.

L’auteur s’embarque sur le Jiquitinhonha. — Bords de cette rivière ; son cours ; établissemens nouveaux. — Ilha do Pcio. — Seri'a de i5’. Simâo. — Lac fameux, appelé Lagoa do Pao Dourado ; itinéraires des paulistes. — L’auteur se rencontre avec la troupe de Tujicarama. — Apparition de quelques Indiens de la tribu de Jan-oé.-— Arrivée à la Vigie. On se retrouve avec la troupe de Tujicarama. — Le commandant envoie chercher la troupe de Jan-oé; son arrivée; réconciliation touchante ; effet de l’eau-de-vie. — Demande d’un enfant faite à Jan-oé. Il amène sa fdle au commandant. Portrait de cette jeune Indienne.

— Plaintes en chansons. — • On se rembarque ; chagrin de la jeune Indienne ; idées contradictoires de l’auteur au sujet de cette enfant.

— On s’arrête pour passer la nuit. Travaux du chemin. Bords du Jiquitinhonha jusqu’au Salto Grande. — Désespoir de la jeune Indienne; la vue des bois lui rend sa gaîté. — Retour à la Vigie. L’Indienne rendue à ses parens. — Un jeune Botocudo s’attache à l’auteur. — Liane, aliment favori des Botocudos. — Blessures, punition de l’adultère. — Huttes des Machaculis. — Trait de probité des Botocudos.

Je témoignai au commandant Juliào îe désir de naviguer sur le Jiquitinhonha, et il satisfit ce désir avec l’extrême complaisance qu’il n’avait cessé d’avoir pour moi, depuis que j’étais arrivé chez lui. Nous saluâmes le hameau d’un coup de fusil , et nous partîmes munis de toutes les provisions qui étaient nécessaires pour

YOYAGE

plusieurs jours de voyage. L’immense pirogue que nous montions s’appelait Juillet Rica ; elle avait été construite à S. Miguel, et était creusée dans un tronc d’arbre dont on avait enlevé l’écorce. Nous étions conduits par six hommes dont quatre se tenaient à la protie et deux à la poupe, et qui tous restaient debout, se servant tantôt de rames et tantôt de perches, suivant les besoins de notre navigation. Je vais décrire d’abord le fleuve et le pays qu’il traverse, tels qu’ils s’offrirent à moi pendant les huit lieues portugaises que nous parcourûmes le premier jour de notre voyage.

Sur ses deux rives , le Jiquitinhonha est bordé par d’immenses bois vierges qui s’avancent jusqu’à son lit. La végétation n’a point partout une égale vigueur ; mais partout les arbres présentent la verdure la plus fraîche. Dans les terres les moins bonnes, on distingue les troncs grisâtres des grands végétaux 5 dans les terrains fertiles, d’immenses lianes s’étendent d’un arbre à l’autre, tombent en nappe sur leurs branchages, cachent leur tronc, et ne laissent voir, dans de vastes intervalles, qu’une masse de verdure que l’on croirait appartenir au meme végétal , si des nuances dans la couleur du feuillage ne détruisaient cette illusion. Au milieu de tant de végétaux , on regrette de voir si peu de fleurs -, cependant, de loin en loin , quelques convolvulacées couvrent de leurs corolles blanches, jaunes ou rouges, les arbrisseaux qui les avoisinent, et forment ainsi sur les bords du fleuve des berceaux élégans.

Jamais le fleuve n’est encaissé entre des terrains à pic; mais presque toujours le rivage s’élève en pentes plus

ou moins douces , pour former des collines et quelquefois des montagnes. Souvent ce premier plan a peu de hauteur -, mais de petites montagnes se montrent sur un autre plan, et quelquefois leur sommet offre une croupe arrondie, couronnée de verdure et soutenue par des rochers noirâtres et à pic : 011 croirait voir ces forteresses qui avaient été construites, dans des temps reculés, sur le bord de nos fleuves d Europe, et dont les créneaux sont revêtus aujourd’hui de ronces et de fougères.

Le fleuve présente quelquefois une nappe d eau parfaitement unie \ plus souvent des rocs arrondis d une couleur obscure s’élèvent du milieu de ses eaux, et, de temps en temps, ils rendent sa navigation difficile. On est obligé de faire glisser les pirogues sur des rochers, et, en certains endroits , il faut qu elles passent par un canal qui serait trop étroit pour toute autre espèce d’embarcation. Néanmoins, dans 1 etendue de nvieie quertious parcourûmes le premier jour de notre voyage , une pirogue solide ne court jamais le risque de chavirer, et, dans aucun cas, la navigation 11e saurait être dangereuse. En effet, là ouïe fleuve est profond, ses eaux coulent avec lenteur , et lorsqu elles passent sui des rochers , elles ont à peine deux ou trois pieds. O11 sent au reste que dans la saison des pluies , la navigation doit être bien plus facile.

Jusqu’au lieu où nous limes halte, nous comptâmes vingt- cinq colons nouvellement établis. Dans les endroits où ils s’étaient fixés , on voyait sur les bords du fleuve, une plantation entourée de bois vierges \ la mai-

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sonnette du propriétaire grossièrement construite', s’élevait au milieu de la plantation , et souvent des vaches paissaient aux alentours. Quelques colons n’avaient fait autre chose qu’abattre le bois là où ils devaient planter du coton, et ils attendaient la fin de la saison sèche, pour mettre le feu aux arbres. D’autres n’avaient point encore eu le temps de se construire une maison , et s’étaient formé des cahuttes avec des bâtons enfoncés obliquement dans la terre, réunis à leur sommet comme les chevrons d’un toit, et couverts de feuilles de palmier.

Nous descendîmes chez un de ces colons, et nous vîmes dans une terre vierge des cotonniers qui n’avaient pas plus de six mois , et dont les tiges, hautes de dix pieds , pliaient sous le poids des fruits. Le propriétaire estimait à cent arrobes , avec semences , le produit de sa plantation , et pourtant elle n’avait qu’une étendue de terre que l’on aurait ensemencée avec les trois quarts d’un alqueire de maïs. (V. plus haut, p. 1B1). *

Plusieurs îles s’élèvent au milieu du fleuve. A quatre lieues de S. Miguel, nous passâmes devant l’une d’elles, que l’on nomme Ilka do Pâo, à cause d’une montagne qui la domine, et à laquelle on a trouvé de la ressemblance avec la forme d’un pain. C’est de l’autre côté de cette île, sur la rive droite du fleuve, qu’est le petit hameau habité par ces Machaculis, dont j’ai déjà dit quelque chose , et sur lesquels je donnerai plus bas des détails étendus.

Avant d’arriver à l’endroit où nous fîmes halte , la rivière traverse une chaîne de montagnes peu élevées ,

que Fou nomme Serra de S. Simâo \ C’est près de cette chaîne qu’un itinéraire des anciens aventuriers paulistes , bien connu dans le pays, place, à ce que f on croit, le fameux lac appelé Lagoa do Pao Dourado (lac du bois doré), où l’on espère encore trouver d’immenses richesses. Le commandant de S. Domingos avait tenté de découvrir ce lac -, guidé par l’itinéraire , il s’était enfoncé dans les forets , et tout ce qu’il avait vu, assurait -il en ma présence, s’était parfaitement accordé avec les renseignemens laissés parles paulistes. Quelque circonstance l’avait, ajoutait -il, empêché de continuer son voyage avant d’en atteindre le but -, mais , malgré son âge avancé , il se proposait de recommencer ses recherches. Le commandant Juliâo et Youvidor de Porto Seguro étaient aussi convenus d’aller ensemble à la recherche du lac dont la découverte fait l’objet de désirs si ardens. Partant l’un de S. Miguel et l’autre des bords de la mer , ils devaient se réunir ensuite. Chacun de son côté suivit l’itinéraire, et crut le trouver parfaitement exact • mais ils s’étaient mal entendus pour l’époque du départ y ils 11e se rencontrèrent point, et chacun d’eux retourna chez lui2.

1 Sans doute un des contreforts de la Serra do Mar.

a C’est sur le territoire de la province de Porto Seguro qu’est situé, dit-on, le fameux V upabussû , ou Grand Lac qui fut découvert par l’aventurier octogénaire Fernando Dias Paes , et que depuis on appela Lagoa Encantada (le lac enchanté) , parce qu’on ne pouvait plus le retrouver. La Serra de S. Simâo doit faire partie de la province de Porto Seguro ou se trouver sur ses limites ; par conséquent , il me paraît très-

Outre Fitinéraire dont je viens de parler, il en existe encore d’autres que l’on attribue également aux paulistes , et qui annoncent de grandes richesses dans quelques-unes des parties du tenno de Minas Novas , habitées par les Botocudos. Un soldat, qui m’accom-

vraisemblable que le Lagoa Dourada dont il est ici question n’est autre chose que l’ancien Vupabussü. Comme on le verra dans ma deuxième Relation, il existe encore un Lagoa Dourada à quelques lieues de S. Joao d’El Rey ; il y en a un autre près du village de Boa Morte , sur la route de Villa Rica à Abaité (Eschwege , Bras. Neue Welt., I),et il est assez probable que ces lacs doivent leur nom à des récits merveilleux , semblables à ceux que l’on a faits sur le lac de la Serra de S. Simao. Selon M. le prince de Neuwied , on a aussi placé un Eldorado dans le voisinage d’un lac où se jette le Ta'ipé ; La Condamine parle également d’un Lagoa Dourada ; autrefois on croyait que le S. Francisco tirait sa source d’un lac dont le voisinage était habité par des hommes qui portaient des ornemens d’or; enfin Arrowsmith place sur sa carte un lac appelé Laguna del Dorado, qui, suivant M. de Humboldt ( Tabl. de la Nature ; trad. Eyriès , I), est absolument imaginaire. Ce n’est pas seulement en Amérique que la cupidité a fait courir les hommes après des chimères ; mais il est assez singulier que , dans une si grande partie du Nouveau-Monde, on ait constamment mêlé l’idée d’un lac à celle des richesses imaginaires qui ont fait entreprendre tant d’aventures. Si , comme le dit M. de Humboldt , la fable de 1 ''Eldorado doit son origine à un rocher de schiste micacé qui s’élève d’un petit lac fangeux; c’est bien la , il faut l’avouer, l’emblème des illusions qui trop souvent séduisent et agitent les hommes.

AU BRÉSIL. Igt

pagna pendant quelques jours et qui avait vécu parmi ces Indiens , racontait que , dans un des voyages qu'il avait faits avec eux , il avait suivi un des itinéraires des paulistes, et qu’il avait découvert des trésors-, mais il ajoutait que, poursuivi par une tribu ennemie de la sienne, il n’avait pu profiter de ces richesses. Cet homme assurait que, si on lui donnait son congé, il retrouverait aisément le lieu où il avait vu de si grandes choses ; mais je n’aurais conseillé à personne de lui avancer beaucoup d’argent sur la fortune dont il prétendait être si certain. Quoi qu’il en soit, on a en général la plus grande confiance dans les itinéraires des anciens paulistes, qui, je crois, ressemblent un peu aux oracles des sibylles 5 beaucoup de gens les savent par coeur, et c’est , dit -011, en suivant l’un d’eux que l’on a découvert le ruisseau de Très Americanas, naguère si riche en pierres précieuses. Outre le commandant de S. Domingos, j’ai rencontré dans le lermo de Minas Novas quelques hommes qui, avec de petites troupes, s’étaient enfoncés dans les bois pour y découvrir des trésors. Ainsi l’on voit que les habitans de ce pays n’ont point encore renoncé à l’esprit aventureux qui y conduisit leurs pères.

Quoi qu’il en soit, à l’endroit où le Jiquiiinhonha traverse la Serra de S. Simâo , il a plus de profondeur, et semble couler à peine. Les montagnes qui s’avancent presque sur ses bords , sont couvertes d’arbres serres dont le feuillage est d’un vert sombre, et tout le paysage prend une physionomie austère qu il n avait pas eue dans le reste de notre navigation.

Nous fîmes halte sur le bord du fleuve , à un endroit où les hommes occupés à nettoyer le chemin, avaient fait quelques baraques , et nous dormîmes sous ces chétifs abris. Construites pour la plupart avec des bâtons enfoncés obliquement dans la terre et simplement couvertes avec des feuilles de palmier, ces baraques ne pouvaient guère nous garantir du serein ni de la piqûre des moustiques , et cependant nous passâmes une assez bonne nuit.

La journée suivante , nous ne fîmes que six lieues 5 mais nous fûmes bien dédommagés de la brièveté de notre navigation par les événemens dont nous fûmes les témoins et auxquels nous prîmes part.

Nous étant rembarqués , nous aperçûmes, près du lieu où nous avions couché , une fumée assez épaisse qui s’élevait entre les arbres , à peu de distance du fleuve. « Ce sont sans doute les Botocudos de la troupe de Tujicàrâmà, » dirent les conducteurs de notre pirogue, et dans le même instant, nous vîmes paraître sur le bord du fleuve, plusieurs sauvages, hommes et femmes , qui , en reconnaissant le commandant , donnèrent de grandes marques de joie. Ces Indiens s’avancèrent sur des rochers jusque vers le milieu de la rivière, et nous-mêmes nous descendîmes bientôt sur ces rochers. Le capitaine Tujicarâma, car c’était effectivement lui avec une partie de sa troupe, serra le commandant entre ses bras , en le pressant fortement et à plusieurs reprises contre sa poitrine. Quelquesuns des autres Indiens en firent autant, et je fus* également embrassé avec beaucoup de démonstrations de

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joie. Le commandant distribua des couteaux et des colliers , et nous nous rembarquâmes.

La troupe de Tujicarama était, comme celle de Joahima, entièrement familiarisée avec les Portugais. Pour une légère rétribution d’alimens , elle aidait de temps en temps les colons du voisinage, et plusieurs des individus qui la composaient savaient déjà un peii de portugais. Dâns le moment où nous la rencontrâmes, cette troupe venait de travailler chez un cultivateur, et elle avait reçu des épis de maïs pour son salaire. Ce grain avait été placé par les Botocudos dans deux petites pirogues laites par eux-mêmes. Lorsque nous nous séparâmes des Indiens, quatre d’entre eux s’embarquèrent avec le maïs dans leurs pirogues , et les autres se mirent en marche pour se rendre par terre au poste appelé Figia (Vigie), situé à deux lieues de 1 endroit ou nous nous étions arrêtés la veille.

Avant que Juliâo se fût établi à S. Miguel, les Botocudos ne connaissaient point l’usage des pirogues * mais à présent ils savent conduire celles des Portugais. Les hommes de Tujicarama avaient voulu, comme je 1 ai dit, en faire pour eux-mêmes -, mais leur coup d’essai réussit mal. Pour se donner moins de peine , ils avaient creusé leurs canots dans des troncs d’arbres très-petits , dont ils n’avaient pas même ôté l’écorce. Les nouveaux navigateurs nous suivaient de loin, et dans un endroit où le courant , resserre entre deux rochers , coule avec rapidité, nous vîmes les pirogues chavirer avec le maïs et les paquets de flèches dont elles étaient chargées.

Quand nous fûmes sur le point d’arriver à la Vigie ,

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