‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 26 sur 52 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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pagnon. Ce pauvre Firmiano avait tout le caractère des hommes de sa race. Comme les enfans, il imitait ce qu’il voyait faire ; comme eux il avait des caprices , et voulait être servi dès qu’il avait parlé 5 sans cesse il demandait du sucre , et il boudait lorsqu’on lui en avait refusé. Quand mon domestique Prégent restait par-derrière, il trouvait un très -grand plaisir à le faire galoper. Le jour de mon arrivée à Chapada, il se mit à trotter devant nous, et, quand il fut hors de notre vue , il se cacha dans des broussailles pour nous faire peur ensuite lorsque nous passâmes.

Je fus obligé de rester deux jours à Chapada , parce qu’on n’avait pu trouver mes mulets, qui avaient été lâchés dans la campagne. En quelques endroits iî existe des pâturages enclos ; mais , dans beaucoup d’autres , il 11’y en a point , et l’on est obligé de laisser les mulets paître en liberté. Ordinairement ils s’éloignent peu de l’endroit où on les a conduits , et quelquefois je les ai vus revenir d’eux-mêmes vers nous pour recevoir leur ration ordinaire de maïs ; mais lorsqu’il y a dans la troupe une bête qui n’est pas encore accoutumée à aller avec les autres , il est assez ordinaire quelle s’écarte , et elle est presque toujours suivie par quelques-uns de ses nouveaux compagnons.

J’arrivai enfin à Villa do Fanado, après avoir voyagé dans un espace de 1 3 lieues sur le territoire de quatre paroisses. Il faut que jadis ce canton reculé fût bien abondant en or , pour qu’on y ait fondé un aussi grand nombre de villages sur une étendue de terrain si peu

considérable. Cependant, depuis que l’agriculture a remplacé dans ce pays les recherches des mineurs , tout a dû nécessairement y prendre une face nouvelle. La culture des terres établit une égalité de fortune qui ne saurait être le résultat du travail aventureux des mineurs. Il n’y a pas dans le termo de Minas Novas autant de particuliers riches que dans beaucoup d’autres parties de la province -, mais aussi il y existe moins de misère. On n’y voit point , comme autour de Villa Rica, des villages presque abandonnés et des fazendas qui tombent en ruines. Les colons y sont habillés d’étoffes assez grossières ; mais ils 11e portent pas de vêtemens en lambeaux , et comme les toiles de coton sont ici à bon marché, et qu’un grand nombre d’habitans en fabriquent dans leur propre maison , les nègres euxmêmes sont mieux vêtus qu’ ailleurs h Cependant, il faut le dire, un obstacle s’oppose à l’aisance des habitans de cette contrée 5 c’est l’usage où l’on est de tout vendre à crédit. Les chevaux, les esclaves s’achètent à plusieurs années de terme; le vendeur qui court des chances ne veut se défaire de sa denrée qu’à des prix qui en surpassent la valeur réelle-, l’acheteur se laisse séduire par de trompeuses espérances ; empressé de posséder, il songe peu à l’avenir , et il accorde sâns peine le prix qu’on lui demande-, mais souvent l’esclave ou les bestiaux meurent avant que le nouveau propriétaire en

1 Tout ceci est surtout applicable aux parties du termo de Minas Novas qui avoisinent le plus le chef- lieu. On veria que le Sertâo a d’autres habitudes.

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ait retiré quelque profit, et il est obligé d’abandonner ce qu’il possède , quand le moment de payer arrive. Dans chaque village il existe ordinairement un homme riche, qui vend ainsi à crédit des marchandises à tous ses voisins , et qui les met par là dans une entière dépendance. L’acheteur peu aisé n’ose rien refuser à celui qui est, pour ainsi dire, devenu l’arbitre du sort de sa famille, et cette domination est d’autant plus fâcheuseque celui qui l’exerce est trop souvent un aventurier sans éducation, qui s’est enrichi par des moyens honteux.

Il ne faut pas croire , au reste , que l’usage d’accorder de longs crédits soit particulier au termo de Minas Novas. Parmi les premiers habitans de la province des Mines, il dut y avoir un grand nombre d’aventuriers sans fortune. Lors de la découverte , For était si commun dans les environs de Villa Rica et ailleurs , qu’avec un travail facile on était assure de pouvoir s’enrichir en peu de temps. Les mineurs qui avaient déjà travaillé et qui possédaient quelque chose, ne devaient donc faire aucune difficulté de vendre à des termes trèséloignés aux nouveaux venus ou à ceux que quelques circonstances avaient rendus moins heureux, sachant bien que les débiteurs ne pouvaient rien faire perdre à leurs créanciers. Telle est probablement l’origine des longs termes que 1 on accorde aux acheteurs dans la province des Mines. Cependant il n’est pas impossible qne le discrédit dans lequel était tombé , lors de mon voyage, le papier-monnaie appelé bilhetes à'estracçâo real , ait amené un changement favorable. Le peu de confiance qu’on avait dans les billets , et la crainte

d’être un jour forcé de les recevoir, faisait qu’à Tijuco, Villa do Principe, etc,, on vendait déjà beaucoup moins à crédit , et il est à espérer que l’on aura fini par renoncer à l’ancienne habitude.

Pendant que j’étais absent de Villa do Fanado , on y avait, comme à Villa do Principe , célébré la fête du couronnement du roi1. On avait élevé un théâtre, fait des costumes, joué des opéras et donné des tournois ( cavalhadas ). Chacun, suivant ses moyens, avait contribué aux dépenses, et il n’en avait pas coûté un denier à l’administration. Les paroles et la musique des opéras avaient été composées dans la ville même ; mais en ce pays il n’est point extraordinaire de trouver des compositeurs de musique -, et le moindre village a les

1 La reine Marie îre mourut le 16 mars 1816; mais le roi Jean VI ne fut couronné à Rio de Janeiro que beau-r coup plus tard. On a dit, prétend un voyageur, que le roi ne voulut point être couronné jusqu’à ce que les prêtres eussent déclaré que sa mère était sortie du purgatoire. « Sur ce tt point, ajoute le même voyageur, les ecclésiastiques ne fu- « rent malheureusement point d’accord ; car ceux de la cha- « pelle royale assurèrent que la princesse jouissait de la béa- « titude céleste, tandis que ceux de la Candelaria soutinrent « chaudement qu’elle n’était point encore purifiée. » Je n’ai jamais entendu parler de telles extravagances , et je ne conçois pas que l’on ait pu s’amuser à les imprimer. Celui à qui le public en est redevable n’était cependant dépourvu ni de sens , ni d’esprit; mais comme il était sourd , m’a-t-on dit , et qu’il ne savait point le portugais, il aurait dû se défier davantage de ce qu’il croyait entendre.

siens qui s’exercent principalement sur des messes et sur des hymnes pour les fêtes solennelles et celles des patrons.

Sous le nom de danber on m’avait beaucoup vanté une certaine résine purgative -, mais on ne m’avait pas fait connaître à quel végétal elle était due. Pendant que j’étais à Villa do Fanado je crus découvrir ce petit secret. Une dame de cette ville , qui s’occupait de médecine domestique, me cita une plante très -connue dans le pays, et dont les racines, assure-t-on, fournissent une substance résineuse et purgative aussi efficace que le mercure pour la guérison des maladies vénériennes. Comme cette dame ajouta que la plante portait le nom de dambré, je ne doutai pas que ce ne fût elle qui fournissait ce mystérieux danber, dont on m’avait tant fait l’éloge. La meme dame m’envoya un pied de dambré muni de ses racines-, il n’avait malheureusement ni fleurs ni fruits-, cependant je crus reconnaître que la plante appartenait à la famille des rubiacées. La racine est grosse comme le petit doigt , elle a l’odeur de l’ anthoxanthum odoratnm , et son goût est celui de la même plante avec un mélange d’amertume. Les tiges grêles qu’elle produit sont ordinairement droites; mais elles tombent sur la terre quand elles s’élèvent à plus de deux ou trois pieds. Peut-être , au reste , le dambré est- il identique avec la rubiacée que l’on appelle ailleurs raiz de frade, et que je considère comme un chiococca. On voit que j’ai aussi eu à me plaindre de cette espèce de fatalité qui, comme le dit M. de Humboldt, semble s’opposer à ce que les voya-

geurs puissent reconnaître avec certitude les végétaux les plus utiles , tandis qu’ils accumulent dans les herbiers une foule d’espèces qui ne servent qu’à alimenter la curiosité des botanistes.

Après avoir passé quatre*jours à Villa do Fanado, je partis de cette ville le 8 juillet 1817. Le juiz de fora ' m’avait encore reçu dans sa maison , et j’avais été comblé par lui et par son ami Sâo Payo de nouvelles marques d’attention et d’amitié. J’étais attendri en me séparant de ces deux hommes recommandables 5 en général , il m’était impossible de m’accoutumer à l’idée de ne plus revoir ceux qui m’avaient si bien accueilli 5 et où n’étais -je pas reçu de la manière la pljis aimable î

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