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Tout ce qui précède prouve au reste que si les Sertanejos ne commettent plus de grands crimes , et que si, en les énervant , la chaleur du climat a adouci leurs mœurs , ils ont réellement peu gagné du côté de la civilisation. L’atonie qui succède à l’agitation de la fièvre n’est pas de la santé. Le peuple du Désert est actuellement bon, hospitalier, compatissant, pacifique, mais ces vertus ne sont chez lui que le résultat du tempérament, et il s’y abandonne sans effort et comme par instinct. Étrangers aux idées élevées et aux combinaisons généreuses , presque etrangers meme a l'exercice des facultés intellectuelles % les Sertanejos mènent une vie animale et ne sortent guère de leur apathie que pour se plonger dans les voluptés les plus grossières 2. Une instruction solide, religieuse et mo-
* Je pourrais citer de bonnes gens chez lesquelles je fis halte, et qui , à toutes mes questions , ne répondirent guère que ces seules paroles : He conforme , c’est selon.
3 Pour montrer que le portrait que je fais ici n’a rien d’exagéré, je ne crois pouvoir mieux faire que de citer deux voyageurs qui ont montré une grande modération , et un sentiment trop rare des convenances. « Partout on nous fit, « dans le Sertâo , disent Spix et Martius , une réception « aussi amicale que dans le reste du pays des Mines; mais « combien les liabitans de ces lieux déserts nous parurent « différens des hommes qui, à Villa Rica et ailleurs, nous « avaient montré tant de politesse et de sociabilité!... Le Seru tanejo est un enfant de la nature , sans instruction , comme u sans besoins ,... qui n’a de respect ni pour lui-même, ni « pour ceux qui l’entourent,... et quia perdu la délicatesse
raie, pourrait seule les tirer de cette espèce d’ hébétement, élever leur âme et les rendre à la dignité d’homme. Mais dans Fétat actuel des choses , une telle instruction ne pourrait guère leur être communiquée que par le clergé. Or, on a vu ailleurs combien peu le clergé des Mines en général s’occupait de l’instruction des fidèles; et il est facile de sentir que l’on doit attendre moins de zèle encore de quelques ecclésiastiques disséminés dans un pays désert où ils sont éloignés de toute surveillance , où ils n’ont aucun décorum à garder, où enfin il est difficile que les exemples des laïques ne réagissent pas sur la conduite des pasteurs. Malgré les réglemens, un curé du Sertâo que je pourrais citer refusait de placer un desservant dans une succursale éloignée de plus de dix lieues du chef- lieu de la paroisse, et permettait seulement aux habitans d’entretenir un chapelain à leurs frais, mais pourvu que celui -ci ne confessât qu’en danger de mort. Le curé lui -même venait entendre ses ouailles dans le temps de Pâques ; mais chaque fidèle qui se présentait était obligé, quelque fût son âge, de donner une pataque ; et lorsque, dans le courant de l’année, on appelait le pasteur pour confesser un malade, il ne faisait pas payer son voyage moins de 4ooo reis (^5 fr.). Dans
« du sens moral ; cependant il est bon , compatissant, désin- « téressé, ami de la paix... Le manque d’occupations intel- « lectuelles le porte au jeu et à l’amour physique , et il se « montre insatiable de cette volupté à laquelle l’excite son
« tempérament et la chaleur du climat . La jalousie est
« presque la seule passion qui le conduise à des crimes. »
une autre succursale que je pourrais citer encore, la simonie était poussée beaucoup plus loin. Lorsque les fidèles voulaient avoir la messe, il fallait qu’ils la fissent célébrer à leurs frais ; cependant le pasteur se réservait la confession pascale qui se payait une pataque; mais comme le chef-lieu de la paroisse était éloigné de vingt-deux lieues de la succursale, le curé ne se donnait pas. même la peine de faire le voyage-, il déléguait un autre prêtre pour le remplacer et partageait avec lui les bénéfices \ A l’ombre de ces abus, j’ai vu une grossière incrédulité se glisser jusque dans le Désert-, si l’on n’y prend garde, elle achèvera d’abrutir des hommes qui ont un si grand besoin de morale et de civilisation, et ils finiront par tomber dans un état pire que celui des Indiens1 2. Mais puisqu’une instruction solide serait
1 Un écrivain allemand a fait un portrait affreux , et peut - être trop vrai , des prêtres de la partie occidentale et déserte de la province des Mines. Je m’abstiendrai de citer ce portrait; j’en ai dit assez pour prouver combien il est important que les supérieurs ecclésiastiques bien intentionnés jettent enfin un regard sur un peuple qui a si grand besoin d’instruction et de bons exemples. Ainsi que je le dirai dans ma troisième Relation, j’ai été témoin , en passant à Goyaz, du bien infini qu’avait produit dans cette province un ecclésiastique étranger qui , à l’amabilité , réunissait des vertus que l’on n’était point accoutumé à voir chez les prêtres du pays.
2 Comme on le verra dans ma troisième Relation, et comme je l’ai déjà dit dans Y Introduction à V Histoire des Plantes , etc. , il est dans la province de Goyaz des descendans de Portugais qui , réfugiés dans les déserts, y perdent jusqu aux
le seul remède au mai-, puisque ce remède ne peut venir que du clergé, et que, dans l’état actuel des choses, on ne peut guère l’attendre de lui, il est clair que c’est dans le clergé qu’il faudrait , avec prudence , chercher à introduire quelque réforme. Suivant le conseil si utile qui a été donné par un magistrat de Rio de Janeiro , il faudrait d’abord diviser des évêchés plus grands que bien des royaumes 1 5 il faudrait ensuite qu’une coupable parcimonie n’empêchât point le gouvernement de multiplier les paroisses 3 -, il faudrait ôter aux curés la nomination des desservans -, donner plus de science au clergé, et , comme je l’ai dit , exiger des
élémens de la civilisation; les idées religieuses, l’habitude de contracter des unions légitimes , la connaissance de la monnaie et l’usage du sel.
1 M. l’abbé Pizarro dit que le deuxième évêque de Marianna , Joaquim Borges de Figueiroa , et le troisième , Bar— iboîomeu Manoel Menées dos Reis , mangèrent à Lisbonne les revenus de leurs évêcbés. Il est facile de sentir qu’un tort aussi grave ne devait pas peu contribuer à augmenter le relâchement ; mais de tels abus ne sauraient se renouveler aujourd’hui.
3 « Au commencement de la découverte, dit un écrivain « estimable , la dîme fut accordée à la couronne du Portu-
« gai, qui se chargea de soutenir le clergé; . et peut-être
« les paroisses ne sont -elles pas divisées autant qu’elles le « devraient, parce que l’érection d’une paroisse nouvelle « coûte quelque chose au trésor public. » Comment peut-on laisser subsister dans leur intégrité des paroisses qui , comme celles de Salgado , Barra, Itacambira , Morrinhos, ont jusqu’à 40, /|5 , 80 et même 100 lieues de longueur ?
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3io VOYAGE
pasteurs qu’ils cathéchisassent les enfans et fissent le dimanche des instructions aux fidèles rassemblés b
Une telle réforme serait d’autant plus désirable que, si les Sertanejos croupissent dans l’ignorance , ce sont les circonstances où ils se trouvent qu’il faut en accuser , et non un défaut naturel d’intelligence. Il est surprenant que des hommes qui vivent si loin des villes et qui communiquent si peu les uns avec les autres , aient conservé tant de politesse et un langage aussi pur3. Quelques mois de leçons suffisent très -souvent pour enseigner aux enfans la lecture et l’écriture, et , malgré le peu de modèles que les gens de ce pays ont sous les yeux et l’absence totale de ressources pour apprendre quoi ce soit, quelques-uns montrent une industrie et un goût pour les arts mécaniques qui mériteraient des encouragemens.
Dans le Sertâo comme dans les autres parties de la
1 Le respectable Antonio do Deslerro , évêque de Rio de
Janeiro, avait ordonné, en qu’avant la messe parois¬
siale on fit une lecture instructive d’une demi-heure; la même chose a été plus d’une fois recommandée par D. Jozé Joaquim Justiano de Mascarenlias Gastello Branco et par l’évêque actuel; mais les pasteurs ont trop souvent négligé d’exécuter les ordres de ces prélats.
2 Je n’étais dans le Sertao que depuis treize jours lorsque j’écrivais ceci; mais je ne me rappelle pas qu’aucune observation l’ait démenti depuis. Ce que je dis sur l'intelligence des Sertanejos , leur facilité pour apprendre , le goût de plusieurs d’entre eux pour les arts mécaniques , m’a été communiqué par un fonctionnaire qui habitait le pays, sans y être né, et qui peut-être est l’homme le plus éclairé et le plus spirituel que j’y aie rencontré, M. le curé de Contendas.
AU BRÉSIL. 3n
province des Mines, on ne cultive la terre que dans les lieux où elle a produit des bois. Cependant les fazendas de ce pays n’ont point nécessairement une existence éphémère, comme celles des Gerues y caries plateaux produiront toujours d’excellentes herbes pour nourrir les bestiaux, et l’on ne voit ni la fougeie, ni le ccipiiu gordura s’emparer des terrains défrichés. A la vérité , la terre est susceptible de se fatiguer , et quand elle a rapporté un certain nombre de fois , elle ne donne plus autant ; mais si alors on la laisse reposer une douzaine d’années , et qu on laisse aux ccipoeircts le temps de s’élever et de devenir ccipoeirôes , le sol recommence à produire avec la vigueur qu il avait eue d’abord. Au reste, les habitans de l’intérieur du Sertâo 11e plantent guère que pour leur consommation. Un végétal qu’ils cultivent beaucoup, et que l’on ne voit point dans les alentours de Villa Rica , c’est le manioc. A la farine de ble de Turquie , les Sertanejos préfèrent celle de la racine de manioc , parce qu’ils pensent generalement que la piemieie est trop échauffante pour ceux qui habitent un pays aussi brûlant que le leur-, ils assurent que le maïs occasionne chez eux des maladies de peau , telles que la gale , la lèpre et l’éléphantiasis , et ceux meme qui ont du maïs en abondance ne l’emploient que pour la nourrituie des mulets , des cochons et des poules *.
1 Les notes qui m’ont servi à tracer ce tableau du Sertâo , ont été successivement recueillies en differens endroits de la vaste contrée que je cherche à faire connaître. Je place le contenu de ces notes dans un tableau general, parce qu elle»
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On assure qu’il existe de l’or en plusieurs endroits du Sertâo , mais on ne F extrait nulle part-?.
Le salpêtre est, pour ce pays, une richesse beaucoup plus réelle. Cette substance se trouve dans une grande partie du Désert , et il est permis indistinctement à tous les particuliers de fouiller des terres salpêtrées quelque part que ce soit. J’ai entendu un riche fazendeiro se plaindre de ce qu’on privait ainsi les colons d’une des productions de leur sol , et de ce qu’on exposait leurs propriétés à des dégradations. A la vérité , ajoutait le même fazendeiro , la loi veut que ceux qui fouillent des terrains salpêtrés indemnisent les colons du tort qu’ils leur causent $ mais comme ceux qui s’occupent de ce travail sur les propriétés d’autrui sont presque toujours des gens pauvres , l’indemnité se paie très-rarement. Il existe dans tous les environs du village de Coraçâo de Jésus un grand
sont présentées dans le journal de mon voyage d’une manière générale , et qu’elles ne sont contredites ni par mes souvenirs ni par d’autres notes subséquentes.
1 M. Martius dit ( Reis p. 5io) que les Sertanejos s’occupent quelquefois de la recherche de For qui se présente cà et là, et même des diamans; mais ce savant n’a sans doute voulu parler que de l’entrée du Désert dans la direction de S. Domingos et dans le voisinage de l’Itacambirucü. On sait en effet qu’en 1707 on donna avis au gouvernement de Bahia de l’existence de mines d’or dans le district d’Itacambira (Piz.) ; on sait aussi qu’il existe des diamans dans la rivière d’Itacambirueü et dans la Serra de S. Antonio qui en est peu éloigné.
nombre de grottes d’où Ton extrait des terres salpê- Irées. Les alentours du village de Formigas ont aussi fourni beaucoup de salpêtre-, mais actuellement les salpêtrières de ce canton sont presque épuisées. On reproche au reste à ceux qui tirent lés terres salpêtrées des grottes oii elles se trouvent, d’avoir mis fin euxmêmes à ce genre de production , en ne rejetant jamais dans les cavernes les terres qu’ils en ont extraites.
Je profitai de mon séjour à Formigas pour aller voir une grotte d’où l’on tirait du salpêtre, probablement la seule du pays qui, à cette époque, fournissait encore cette substance. Après avoir traversé, dans un espace d’environ une lieue, des catingas absolument semblables à celles de la 7e division, j’arrivai à une maisonnette appelée Lagoinha , dont le maître était le propriétaire de la caverne. On me fit monter dans un de ces chars à bœufs en usage dans le pays, et bientôt j’arrivai à des rochers qui sont disposés par couches horizontales, et forment une espèce de muraille perpendiculaire au sol. Tout-à-fait au-dessous de ces rochers, est l’entrée de la caverne. Avant que les hommes eussent commencé à y travailler, elle avait déjà été creusée par la nature dans un espace d’environ trente pas de longueur sur huit ou dix de large. Lors de mon voyage , il y avait trois ans que l’on tirait des terres saîpetrees de cette caverne, et elle se prolongeait très-avant sous le roc , en formant diverses sinuosités. Je pénétrai jusqu’à l’endroit où étaient parvenus les travailleurs , marchant presque toujours courbé, et allant quelquefois à quatre pattes. Le rocher sert de voûte à cette galerie -, partout
la terre est très- fortement salpêtrée ; mais d’ailleurs je ne vis rien qui me parut digne d’attention. La posture qu’on est obligé de prendre dans la caverne ne permet pas qu’on tire la terre dans ces grandes sébiles appelées bateas , qui sont en usage dans le pays. On se sert donc de chariots extrêmement petits , qui ressemblent à des jouets d’enfans,et qui sont faits sur le modèle des grands chars à bœufs. Ce qui me parut très-digne de remarque , c’est que les fils du propriétaire de la grotte travaillaient eux-mêmes à l’extraction du salpêtre. Les plus âgés fouillaient la terre et conduisaient le char à bœufs destiné à la transporter; les plus jeunes prenaient cette terre dans des sébiles et la chargeaient dans le char. Les travailleurs se plaignaient beaucoup d’une petite mouche qui les incommodait extrêmement. La caverne était aussi, à ce qu’il paraît , l’asile d’une quantité considérable de très-grandes chauve-souris; mais comme on venait de leur faire la chasse, je n’en aperçus aucune.
Il serait à désirer que quelque géologiste visitât avec soin les grottes du Désert. Il y trouverait probablement des ossemens fossiles, car on m’avait donné à Villa do Fanado une dent de mastodonte, qui est actuellement au muséum de Paris, et qu’on m’avait dit avoir été trouvée dans un terrain salpêtre du Sertâo. Je ne sais trop même si l’on ne me parla pas d’ ossemens gigantesques découverts dans cette contrée \
1 Depuis que ce chapitre a été écrit , je vois , par l’ouvrage de MM. Spix et Martius , qu’ils ont rempli le vœu que je
Après être sorti de la caverne , je retournai à la maison de celui à qui elle appartenait , et là je vis la manière dont se fabrique le salpêtre. On commence par déposer les terres salpêtrées dans de grands troncs
formais. Los géologues ne liront probablement pas sans intérêt la description que ces savons ont donnée de la caverne voisine de Formigas que Ton a appelée Lapa Grande , et où ils ont trouvé des ossemens de tapirs, de coatis, d’onces et de megalonyx. Il paraîtrait, au reste, que le Lapa Grande n’était plus exploitée quand elle fut visitée par MM. Spix et Marlius. — Avant ces voyageurs, Casai, dans sa Corografia Brazilica , imprimée en 1817, avait déjà parlé des ossemens fossiles trouvés en grand nombre dans plusieurs provinces du Brésil. Il dit qu’à la fin du siècle dernier on découvrit , dans le termo de la ville du Rio das Contas , une carcasse qui , quoique endommagée, occupait un espace de plus de trente pas ; que les col es avaient une palme et demie de large; que les jambes étaient de la grandeur d’un homme de moyenne stature ; qu’une dent molaire , sans ses racines, pesait quatre livres, et qu’il fallut toutes les forces de quatre hommes pour détacher la mâchoire inférieure (voyez Cor., I, p. 78). — On lit aussi dans le dernier ouvrage de M. d’Eschwege, que , visitant les grottes de Bem V^ista, entre Formiga et Bambuhy , vers 1 entree du Seitao , dans la comarca de S. Joào d’El Rey, il y trouva un fragment d’os fossile qui vraisemblablement avait appartenu au bras d’un homme. Le même écrivain ajoute que, sans parler des fossiles , on voit , à la surface même des grottes , beaucoup d’ossemens épars d’hommes et d’animaux , et que lui en particulier trouva un crâne humain. (Bras. Neue Tf^elt, I, p. 37.)
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d’arbres, et à travers ces terres on fait filtrer de l’eau. Les troncs sont appuyés aux deux extrémités sur des pièces de bois dont l’une est un peu plus basse que l’autre, ce qui facilite l’écoulement de l’eau. Celle-ci, chargée de salpêtre , passe par un trou pratiqué à la partie inférieure des troncs d’arbres, et s’écoule dans des troncs beaucoup moins grands que les premiers. D’un autre côté, on dépose aussi des cendres dans des troncs creusés, et l’on fait également filtrer de beau au travers. Cette eau prend une teinte obscure , on en mêle une petite quantité avec l’eau saîpêtrée , et il se forme un nuage qui se précipite. Tant que cette espèce de précipitation a lieu, on continue le mélange 5 mais on l’interrompt aussitôt que le nuage cesse de se précipiter. Alors on met l’eau saîpêtrée sur des fourneaux, et on la fait évaporer jusqu’au point de cristallisation* Parvenue à ce point , on la tire des fourneaux ^ on la passe à travers une chausse, et on la dépose dans des eristallisoirs qui sont encore des troncs évidés. La cristallisation s’opère d’un jour à l’autre ; cependant comme les eristallisoirs présentent peu de surface, on est obligé de faire cristalliser en plusieurs fois l’eau qu’on y a versée. Les premiers cristaux enlevés , on en laisse d’autres se former à leur place, et l’on continue ainsi jusqu’à ce que toute la cristallisation soit opérée. Pour achever le travail , on lave les cristaux , et l’on obtient un salpêtre blanc comme la neige et d’une bonne qualité.
Quand on veut expédier le salpêtre, on le met dans des sacs de cuir brut , qui forment un carré long et qui
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sont aplatis. Cette marchandise se transporte à Rio de Janeiro et à Villa Rica , villes qui possèdent chacune mie fabrique de poudre établie par le gouvernement. C’est , dans la capitale , l’administration elle-même qui fixe le prix du salpêtre , et très - vraisemblablement il en est de même à Villa Rica \ A l’époque de mon voyage, les habitans de Corciçdo de Jésus se plaignaient beaucoup de la modicité du prix de cet article, modicité qui sans doute avait pour cause la paix générale nouvellement conclue2.
Ce qui rend très - précieux les terrains salpêtrés du Sertâo, c’est qu’ils remplacent, pour le bétail, le sel
qu’on est forcé de lui donner dans les autres parties de
* Dans l’intérieur de la province des Mines , il est une foule de gens qui fabriquent de la poudre en contrebande; et, par des mesures mal combinées , le gouvernement semble encourager encore cette contrebande dangereuse. Voici du moins comment s’exprime à cet égard M. le baron d’Eschwege, qui, si je ne me trompe, était inspecteur de la fabrique de poudre de Villa Rica : « Le roi s’est réservé le monopole de « la poudre; il la paie 3oo reis la livre à ceux qui la fait briquent à Villa Rica, et il la revend 320 reis (2 fr.). La « poudre de contrebande , qui est aussi bonne que celle du ,, roi , se vend pour un prix moitié moindre et est fort re- « cherchée , tandis que la poudre royale , amoncelée dans « les magasins, perd de sa qualité, et représente un capital « qui ne rapporte rien. » {Bras. Neuc iV elt, I, p. 4°-)
2 Suivant d’Eschwege, en 1816, le salpêtre des grottes de Bem Vista se vendait, à Rio de Janeiro, 4800 reis l’arrobe. {Bras. Neuc TVelt , I , p. 87.)
la province des Mines et dans celle de S. Paul \ A cet avantage, ce pays joint encore , comme on Fa déjà vu , celui de posséder des pâturages immenses -, aussi les bêtes à cornes et les chevaux peuvent-ils être considérées comme sa principale richesse.
Les vaches du Sertâo ont des mamelles extrêmement petites ; d’ailleurs elles appartiennent à une très -belle race, et sont remarquables surtout par la grandeur de leurs cornes. On en élève une variété qui est absolument dépourvue de cet ornement : ces vaches sans cornes portent le nom de mochas .
Dans ce pays, comme dans le reste de la province, les bestiaux passent toute l’année dans les champs j on ne les fait point garder, et tel colon n’a que deux esclaves , qui possède plusieurs milliers de vaches. Pour reconnaître les bestiaux qui lui appartiennent, chaque propriétaire les marque avec un fer rouge. On attend pour faire cette opération que l’animal ait atteint l’âge de trois ans , et l’on prétend qu’avant cet âge elle serait nuisible. Ce qui, au reste, rend facile le soin des vachers ( yaqueiros ), c’est que les bêtes à cornes adoptent un endroit fixe pour s’y reposer, et elles choisissent toujours le bord des marais et les lieux humides. Dans la saison de la sécheresse, le bétail se réfugie au fond des bois 5 mais vers le mois de septembre on met le feu aux pâturages , un gazon fin se montre bientôt, et alors les vaches, sortant de leur retraite , vont brouter l’herbe nouvelle2.
1 V. YIntrod. à V Hist . des Plantes les plus remarq. , etc.
2 II s’en faut que ce soit uniquement dans le Sertào que
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A S. Eloi, qui n’est au plus qu’à dix lieues de la limite du Sertâo, et probablement dans tout le canton où est située cette belle fazenda , les vaches commencent à donner des veaux dès l’âge de deux ou trois ans -, elles entrent en chaleur dans les mois de janvier ou de février, elles mettent bas depuis septembre jusqu’en janvier , et elles ne donnent guère qu’une chopine de lait par jour $ la plupart d’entre elles ne portent que tous les deux ans, et l’on estime qu’il n’y a à peu près que le tiers des vaches d’un troupeau qui produisent chaque année. Ailleurs, ces animaux commencent à mettre bas vers la fin d’août. Dans les environs de Formigas, où il existe des catingas, et probablement partout où se rencontrent des bois de cette nature , les vaches sont moins souvent stériles qu’à S. Eloi , et elles donnent environ deux bouteilles de lait par jour.
Pendant une partie de l’année, les vachers se bornent à aller de temps en temps dans les pâturages , et à examiner s’il ne manque pas quelque bête, et s’il y en a de malades ou de blessées. A l’époque où les vaches donnent leurs veaux , les soins des vachers deviennent plus nécessaires, et c’est tous les jours qu’ils visitent le troupeau. Aussitôt que les veaux sont nés, 011 les amène à la fazenda, on les attache à des pieux dans de grands parcs appelés curràl ( plur. curraes ) , et l’on met de Fherbe devant eux. Chaque soir, les
Pon mette le feu aux pâturages. Ceux qui ont été ainsi récemment incendiés, portent le nom d e queimadas. (Voyez ce qui en a déjà été dit au chap. XI de ce volume.)
vaches reviennent d’elles - mêmes à la fazenda pour donner à tëter à leurs veaux-, on détache ceux-ci, quand ils ont pris le lait de leurs mères , et on enferme les vaches à leur tour. Les veaux , quoique libres, s’éloignent peu* et le lendemain on les rattache sans peine $ alors on rend la liberté aux vaches , mais ce n’est qu’ après avoir tiré leur lait * réservant un pis pour les veaux qui, de cette manière, tettent deux fois par jour. On a l’attention d’examiner l’état de la cicatrice ombilicale de ces derniers, parce qu’il y naît trèssouvent des vers qui pourraient causer la mort de l’animal-, et l’on fait périr ces insectes avec du mercure doux. Le vacher caresse beaucoup les veaux 5 il les accoutume à ses soins, les apprivoise, et ce n’est que quand ces jeunes quadrupèdes mangent sans crainte l’herbe qui leur est présentée, qu’on les laisse aller dans la campagne. Lorsque ensuite le vacher va visiter son troupeau, les veaux le reconnaissent, et quelques années plus tard on n’a aucune peine à prendre ces animaux, soit pour les vendre, soit pour les châtrer.
En général , on n’aime point à confier l’emploi de vacher à des esclaves , parce que ceux qui le remplissent vivent le plus souvent loin des yeux du maître. Les vachers sont assez ordinairement les enfans du propriétaire lui -même, ou bien des hommes libres auxquels on abandonne le tiers du produit des troupeaux. On se plaint généralement du peu de fidélité de ceux qui sont chargés des soins du bétail.
C’est toujours à cheval que les vachers vont dans la campagne, et comme ils sont sans cesse obligés de tra-
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verser des bois remplis d’épines, ils ont un costume particulier qui a aussi été adopté, pour les jours ouvrables, par la plupart des cultivateurs du Sertào. Le vêtement complet se fait avec du cuir de cerf ( veado ) tanné des deux côtés ; et c’est celui de l’espèce appelée mateiro qu’on emploie ordinairement , parce qu’aucune autre espèce n’a la peau aussi forte. Une veste ronde, un pantalon auquel tiennent les souliers, un petit chapeau, et enfin une sorte de cuirasse appelée guardapeitOy composent l’habillement du vacher. Le guardapeito est percé, à l’une des deux extrémités, d’un large trou à travers duquel on passe la tête; cette pièce se trouve ainsi appuyée sur les épaules ; elle couvre toute la partie antérieure du corps, et on la fixe autour de celui-ci à l’aide d’une ou deux courroies qui, cousues d’un côté, viennent de l’autre retrouver un bouton, en passant derrière le dos. Souvent, pour économiser le cuir, on ne met pas de fond au pantalon , et c’est la selle qui seule garantit le caleçon. Le chapeau est fait de cuir de boeuf et ordinairement recouvert d’un cuir de cerf; rond et très-bas , il prend la forme de la tête , et l’on donne peu de largeur à ses bords , pour qu’ils ne soient pas rencontrés par les branches des arbres \
1 M. le prince de Neuwied , à qui l’on doit des détails intéressans sur l’éducation du bétail dans le Sertao de Bahia , dit que, dans les Minas Geraes , les fazcndas sont entourées de fosses et de baies, et que les vachers n’y portent pas de vetemens de cuir. Ces assertions sont, comme l’on voit, tout-à-fait inexactes pour le Sertao de Minas; mais, ainsi que ] aurai occasion de le dire dans ma deuxième ou