TOME II. OT
Très-souvent les curràes sont placés à quelque distance des fazendas. A l’époque où les vaches et les jumens mettent bas , les vachers vont s’établir auprès de ces parcs , dans une cabane qu’on appelle retiro , et qu’on peut comparer aux chalets de la Suisse et aux barons de l’Auvergne. La plupart du temps les vachers n’emportent avec eux aucune provision ; ils vivent de lait frais , de lait caillé mélangé avec du miel , et de plusieurs espèces de fruits sauvages , qui se succèdent à peu près pendant toute la saison de la nourriture des veaux et des poulains. Ces fruits sont plusieurs espèces cTaraticû ( ationa ) , le guâbiroba (psidium) x , plusieurs sortes cI’araçÂ. Çpsidium ) , le jabuticaba ( fruit qui pousse sur le tronc d’une myrtée 2), plusieurs espèces de murici (malpi-
troisième Relation, elles sont plus vraies pour les environs de S. Joao d’El Rey et pour le canton de Rio Grande , canton de la comarca du Rio das Mortes où l’on élève beaucoup de bêtes à cornes, et qui a été confondu d’une manière étrange avec la province de Rio Grande do Sul.
1 Peut-être prononce-t-on gabiroba ; mais il faut certainement dire guabiroba , car on trouve le mot guabiro dans le Tesoro de la lengoa Guarani comme désignant un fruit connu.
a Le jabuticabeira , arbre qui rapporte les jabuticabas , a été appelé myrtus caulijlora dans le docte et intéressant ouvrage de M. Mai tins ; mais je soupçonne que plusieurs espèces voisines ont été comprises sous la dénomination de jabuticabeira. On a vu (vol. I, p. 270) qu’il y avait à Itabira de Mato dentro des jabuticabeircis à fruits noirs et à fruits jaunes , et, si ma mémoire est fidèle, il est une espèce que l’on désigne sous le nom de jabuticabeira branca , ou du moins dont le fruit s’appellerait jabuticaba branca. J’ai
AU BRÉSIL. 3s3
ghiée) , le giqui, le humbü (spondias tuberosa , Arr. ex Mart.), le genipapo (genipa americcina, L.), le bority (palmier, mauritia vinifera , Mart.), le mangaba (apocynée, hancornia speciosci, Gom.), deux espèces de goyaves, plusieurs sortes de bacopafj (sapotée), le guab.ir.qba ( palmier, cocos olcracea , Mart.), le pitomba ( sapindus edulis , Saint -Hil. Jus. Camb.), le mutamba ( guazuma ulmifolia , Aug. de Saint- Hil. ), le mabmelada , FakdaiÀ (palmier), le cagaitfira ( myr tus djsenterica, Mart.), plusieurs sortes cTingas (légumineuses) , le jatoba 1 (légumineuse) , le borulé2 (urticée) b
à peine besoin de dire que le nom du fruit dont il est ici question n’est point jabuticabo , comme on l’a écrit dans une savante relation où l’o a peut-être été, au reste , substitué à Va final par une simple faute d’impression. C’est peut-être aussi à l’imprimeur qu’il faut s’en prendre , si , dans une liste de fruits brésiliens imprimée dans le même ouvrage , on trouve araras pour araça ( psidium ) , cambunca pour cambucâ f gur michamo pour grumichama ( myr tus brasiliensis). Dans ma seconde Relation, je donnerai quelques détails sur les jabu ticabas et les mangabas.
1 Comme je l’ai dit dans le premier volume de cet ouvrage , le savant M. Martius rapporte le jatoba à Vhymenœa courbant , L. ; mais je serais tenté de soupçonner que le jatoba du Sertâo n’est pas celui des bois vierges.
2 Borulea campes tris , N. Les fleurs de ce genre sont monoïques. Les mâles sont éparses sur l’involucre. La femelle , qui est unique, se trouve placée dans l’involucre même. Le fruit est un faux -drupe à peu près gros comme une petite cerise et d’une couleur vermillon ou, peut-être, pour être exact, d’un vermillon un peu jaunâtre.
3 Quelques-uns de ces noms indiquent seulement, je crois,
Les parcs auxquels 011 donne, comme je l’ai dit, le nom de currdl , sont faits avec de gros pieux de bois brut qui s’élèvent d’environ trois ou quatre pieds audessus du sol , et sont fort rapprochés les uns des autres. Ils sont ordinairement divisés en trois ou quatfe compartimens, l’un pour les vaches, un autre destiné aux jumens et aux poulains, un troisième , plus petit, réservé pour les poulains seulement ; souvent enfin un quatrième où l’on enferme les vaches peu apprivoisées qui ont de la peine à se laisser traire.
Si le Sertâo est, sous beaucoup de rapports , un pays très-favorable à l’éducation des bêtes à cornes, il faut convenir cependant qu’elles y sont exposées à un fléau qui souvent leur est très-préjudiciable 5 ce fléau , c’est la sécheresse.
Lors de mon voyage , on se plaignait que , depuis plusieurs années, il était mort par cette cause un grand nombre de bestiaux -, il paraît qu’on en perdit beaucoup en 1817, et pendant l’année 18 14, qui avait
l’arbre qui porte le fruit; ainsi, l’on doit dire, si je ne me trompe , coco de bonty y coco d cindciici. Je serais porte a penser que d’autres noms désignent tout a la fois le fruit et le végétal qui le portent. Peut-être, dans quelques cas , n’y a-t-il de nom que pour le fruit, parce qu’on s’inquiète peu de la plante qui le produit. Quoi qu’il en soit , mamelada et cagaiteira sont de tous les noms cités les seuls portugais. Aracâ et araticü sont certainement guaranis. Je soupçonne que mutamba et pitomba ont une origine africaine. Quant aux autres noms, ils 11e peuvent guère être qu’indiens, mais je ne saurais dire à quel idiome ils appartiennent.
été bien plus sèch e encore que i S 1 7 , des milliers de bêtes à cornes furent enlevées à leurs propriétaires. Il existe à Formigas quelques puits qui conservent de beau durant toutes les saisons ; on en trouve aussi quelques-uns sur la route de Bahia; mais, d’après ce qu’on m’a dit, il n’y en a plus dans le reste du Sertâo. Il est inconcevable cependant que l’on néglige une ressource qui pourrait empêcher des pertes si considérables ; mais il y a des habitans qui aiment mieux aller chercher de l’eau à une lieue 1 * 3 que de se donner la peine de creuser un puits. Non -seulement la sécheresse de 1814 fit périr beaucoup de bestiaux , mais encore elle occasiona une famine. Les hommes se nourrissaient de miel et de fruits sauvages , et , aussi imprévoyans que les Indiens , ils abattaient les arbres pour avoir leurs fruits.
Les propriétaires de bêtes à cornes ont aussi beaucoup à se plaindre des tatous. Ces petits quadrupèdes creusent la terre de tous les côtés 5 leurs trous , cachés sous l’herbe, ne sont point aperçus des bestiaux, et ces derniers s’y cassent les jambes.
Les bêtes à cornes ont dans le Sertâo un ennemi bien plus cruel encore, ce sont les chauves-souris. Elles sucent le sang du bétail, l’épuisent et le font périr. Ces animaux ont été la cause de la ruine et de l’abandon d’un grand nombre de fazendas %
1 II est à croire qu’ils n’ont pas besoin de prendre une
telle peine dans le temps des pluies.
3 J’ai souvent reconnu sur mes mulets les morsures des
C’est principalement pour la province de Bahia que se vendent les bestiaux. Ceux qui conduisent les troupeaux de bœufs jusque dans cette province ont coutume de les faire marcher une journée , et de les laisser paître le lendemain. Lors de mon voyage, un bœuf se vendait 3,ooo reis(i8 fr. y5 c.) dans les environs du village de Pedras dos Angicos, et probablement le prix ne s’élevait pas beaucoup plus haut dans tout le reste du Désert.
chauves-souris aux traces du sang qui avait coulé. Le Brésil n’est pas, au reste, le seul pays où les mulets sont exposés aux attaques des chéiroptères. «Dans les llanos de l’Amé— « rique espagnole , dit M. de Humboldt , des chauves-souris « monstrueuses se cramponnent comme des vampires sur le « dos des mulets; elles sucent leur sang et leur occasionnent « des plaies purulentes où s’établissent les hippobosques , « les moustiques et une foule d’autres insectes à aiguillon.» Il faut ajouter encore que ce ne sont pas uniquement les animaux qu’attaquent les chauves-souris; elles sucent également le sang des hommes pendant leur sommeil. On a , je le sais, révoqué en doute ce dernier fait; mais, tout récemment encore , il vient d’être confirmé par un célèbre navigateur. « Les hommes eux-mêmes, dit le savant M. de Frey- « cinet , les enfans surtout, ne sont pas toujours à l’abri des « attaques nocturnes de ces êtres difformes et malfaisans, et « c’est au gros orteil qu’ils s’attachent. » Je n’ai point, il est vrai, entendu parler de cette préférence des chauves-souris pour l’orteil; mais comme les Brésiliens dorment généralement les pieds nus avec un caleçon ou un pantalon , il est facile de concevoir que les chéiroptères suceurs de sang doivent fréquemment s’attacher à leurs pieds.
Ce n'est pas seulement de l’éducation des bêtes à cornes que s’occupent les Sertanejos-, ils font encore un grand nombre d’élèves de chevaux. Les fazendas les plus importantes possèdent de cent cinquante à deux cents jumens, et les étalons sont dans la proportion d’un pour environ vingt-cinq à trente femelles ( lotej . Lorsque celles - ci entrent en chaleur, chaque étalon se forme lui - même une espèce de sérail , et l’on donne le nom de pasteur des jumens au chef de chacun de ces troupeaux. Un pasteur ne souffre point qu’un autre étalon aille sur ses brisées. L’on assure généralement aussi que jamais un étalon ne couvre pour la première fois les jumens nées de lui, et qu’en les mordant il les oblige à s’éloigner -, mais , ajoute -t- on, lorsqu’une jument a déjà mis bas, son père l’admet sans difficulté dans le troupeau dont il est le pasteur. En général , les jumens mettent bas depuis la fin d’aout jusqu’au mois de janvier, et elles entrent en chaleur huit ou quinze jours après être devenues mères. Pendant toute la saison de la monte, qui dure environ cinq mois, les étalons conservent leurs troupeaux réunis : quand l’époque de la monte est entièrement passée, le troupeau se sépare ordinairement ; cependant quelquefois il reste réuni toute l’année. On ne fait travailler ni les jumens , ni les étalons , et ils paissent en liberté dans la campagne.
L’éducation des chevaux demande plus de soins que celle des bêtes à cornes. Tous les trois jours on amène les poulains au currdl > pour examiner l’état de la cicatrice ombilicale. Comme les chevaux sont plus déli-
cats que le bétail , les vachers vont chaque jour les visiter dans les bois , pour examiner s’ils n’ont pas quelques blessures , pour accoutumer les jeunes bétes à la vue de l’homme et pour les apprivoiser. Ainsi élevés , les poulains se laissent approcher sans peine, quand on veut commencer à les monter ; et presque toujours on peut les prendre sans être obligé de recourir au lacet.On commence ordinairement à faire travailler les chevaux à l’âge de deux ans à deux ans et demi. Lors de mon voyage, un bon cheval de cet âge ne se vendait à F ormi ga s que 10,000 reis (62 fr. 5o c.) , et probablement le prix n’était pas plus élevé dans tout le reste duSertâo.
Les jumens qui vivent au milieu des catingas du Rio de S. Francisco donnent une marque d’instinct qui mérite d’être citée. Elles creusent la terre avec leurs pieds ; elles mettent ainsi des racines à découvert 5 elles les arrachent ensuite avec leurs dents , et elles en font leur nourriture1. Moi-même j’ai eu sous les yeux dans le Sertâo un exemple de l’espèce d’intelligence que le besoin de se soustraire à la faim peut inspirer aux animaux. J’ai vu un bœuf s’approcher d’une plantation de ricin, courber avec sa bouche une tige qui était
1 Dans les llcinof de l’Amérique espagnole , les mulets donnent une preuve d’instinct à peu près analogue. « Un “ végétal de forme sphérique et portant de nombreuses canne- « lures , le Jiieloccictus y dit AL de Humboldt, renferme, sous « son enveloppe hérissée , une moelle très-aqueuse. Le mulet , «al aide de ses pieds de devant , écarté les piquans, appro—
« che ses lèvres avec précaution , et se hasarde à boire le suc « rafraîchissant. »
parvenue à la hauteur prodigieuse d’environ pieds , et la faire glisser entre ses dents pour arriver au sommet de la plante, qui seul portait des feuilles.
Une maladie pédiculaire atteint assez communément les chevaux dans la province des Mines en général, et surtout dans le Sertâo. D’innombrables pous s’attachent à ces animaux, et font tomber leurs poils, lorsqu’on n’emploie pas à temps les remèdes nécessaires. Un de ceux dont on fait usage est le tabac pilé avec de l’eau-de-vie de sucre et de l’huile de ricin. Pendant deux jours on frotte lexbeval malade avec cette espèce d’onguent-, les insectes meurent, et ensuite on lave l’animal avec de l’eau de savon. Les pous qui attaquent les chevaux sont de deux sortes , les uns plus grands , qu’on appelle simplement piolhos ,, et les autres , plus petits , qui portent le nom de muquims, et qui , se glissant sous l’épiderme, font tomber les poils \
On ne doit pas s’étonner si , vivant dans un pays brûlant ou les chevaux ont fort peu de valeur, les Sertanejos ne vont point à pied. Le cultivateur le plus pauvre monte à cheval pour faire la moindre course , et il lie sort jamais sans avoir un fusil. Ce n’est point par la nécessité de se défendre que les Sertanejos res-
1 C’est à S. Miguel de Mato dentro que l’on m’a donné ce renseignement sur la distinction des pous des chevaux, mais j ignore si les deux espèces sont connues dans toute la province. Au reste, sj les piolhos ne font point tomber les poils, ce que je ne puis dire avec certitude , il est bien clair que les muquims existent dans le Serlâo , puisque la maladie pédiculaire y fait tomber les poils des chevaux.
tent ainsi toujours armés , mais pour tuer le gibier qu’ils peuvent rencontrer dans leurs vastes déserts \
Les habitans du Sertâo vont beaucoup à la chasse des bêtes sauvages , et principalement des cerfs , dont ils emploient, comme je Fai dit, la peau pour se couvrir. Il y a, dans ce pays, des chasseurs qui vivent une partie de l’année à peu près de la même manière que les Indiens. Ils quittent leur maison , n’emportant avec eux que leur fusil , de la poudre , du plomb et du sel ; ils s’enfoncent dans les bois, se nourrissent du gibier qu’ils tuent, et ne reviennent quelquefois qu’au bout de plusieurs mois , chargés de la peau des quadrupèdes qu’ils ont privés de la vie.
L’espèce de chasse à Faffut dont j’ai parlé ailleurs 3 , est fort en usage dans ce pays. J’ai connu un propriétaire aisé de Salgado qui aimait beaucoup cette chasse. Il savait dans quels endroits les bêtes fauves venaient boire pendant la nuit ou manger des fruits sauvages. U faisait attacher un hamac dans quelque
1 Outre leur fusil , les Sertanejos , comme beaucoup d’autres Mineiros, portent encore à leur ceinture, ou dans une de leurs bottes , un grand couteau sans charnière {jaca ) , qui leur est indispensable pour couper le cuir, les lianes, etc. C’est sans doute cet usage qui a fait dire que les Brésiliens étaient ordinairement armés d’un stylet. Peut-être aussi at-on pris pour un stylet la petite ép ée(espadim) que les hommes d’une certaine classe portent à Rio de Janeiro comme un ornement, et qui, je crois, n’a jamais ete tiree contre personne.
3 Voyez plus haut le chapitre V de ce volume.
arbr| voisin, et là il attendait le gibier pour le tuer *.
Il existe dans le Sertào un grand arbre de la famille des légumineuses qu’on appelle tamburi1 2 3. Ses feuilles ailées ont des folioles arrondies, et son bois est trèspropre à faire des planches. Cet arbre porte des légumes réniformes , noirs , longs de plus de deux pouces, larges de plus d’un pouce et ondulés sur les bords. Les chasseurs construisent de petites cahuttes dans le voisinage des tamburis ; ils s’y cachent, et, comme les cerfs sont très-friands du fruit de cet arbre , on tue un grand nombre de ces animaux , quand ils viennent chercher leur nourriture favorite.
On a adopté dans le Sertâo une manière assez singulière de chasser les espèces de cerfs qui vivent dans les çampos. On se met à quatre pattes, et souvent même les chasseurs quittent leurs habits pour effrayer moins ces
1 Comme on l’a déjà vu par l’exemple du curé de Villa do Principe , et comme on le verra bientôt par celui du curé de Contendas, les blancs, dans la province des Mines, se livrent à la cbasse aussi bien que les mulâtres; et il en est probablement de même dans toutes les parties du Brésil. On a dit à la vérité qu’à Rio de Janeiro les seuls hommes de couleur s’occupaient de cet exercice, et que les blancs en général croiraient en s’y livrant s’assimiler aux nègres ; mais il n’en est réellement pas ainsi. Les blancs de Rio de Janeiro chassent sans aucune honte, et j’ai moi -même accompagné à la chasse un homme qui était le frère du propriétaire ou co-propriétaire lui-même d’une des plus belles habitations de la pro¬
vince.
3 Peut-être est-il mieux d’écrire tamboril.
animaux et les approcher de plus près. Il m’avait été assuré que , pour mieux tromper les cerfs , ceux qui les chassent à quatre pattes tenaient à la main une branche de verdure ; mais cette circonstance est entièrement fabuleuse.
Les Sertanejos ont toujours chez eux beaucoup de peaux de bêtes sauvages, par exemple, de singes, de chevreuils , de jaguars , et sur les bords du Rio de S. Francisco , ainsi que d’autres rivières , celles de deux espèces de loutres \ Chaque fazendeiro tanne luimême les peaux des vaches et des bœufs dont il mange la chair et celles des animaux qu’il tue à la chasse. Auprès de la plupart des habitations, on voit des cuirs de bœuf attachés entre quatre grands pieux , de manière à former un peu la poche. Ces cuirs servent à l’opération du tannage et s’appellent b an gués. Lorsqu’on veut tanner des peaux, en enlevant leurs poils, on les fait tremper pendant environ six jours dans un bangué où l’on a mis de l’eau et de la cendre , et chaque jour on a soin de les remuer et de les manipuler. Cette première opération fait tomber les poils. Quand elle est achevée , on lave les peaux dans une eau courante pour ôter toute la cendre , et on les laisse tremper pendant vingt- quatre heures. On les reporte ensuite dans les b an gués , où on les arrange de la manière suivante. On y met d’abord une peau , puis un lit d’écorce qui est resté dans l’eau pendant un certain temps , puis une deuxième peau, puis un lit d’écorce, et
1 Le lontrci et Variranha des Sertanejos.
ainsi de suite, jusqu’à ce que le banque soit rempli. On renouvelle plusieurs fois les lits d’écorce avant que les peaux soient tannées , ce qui , pour celles des bœufs, n’a souvent pas lieu^avant deux ou trois mois. Cette opération terminée , on lave avec soin les cuirs que l’on a apprêtés , et on les tend. Lorsqu’ils commencent à sécher, on les détend, on les bat, on les tend une seconde fois et on les laisse sécher entièrement. Quand on veut conserver les poils d’un cuir, on le met dans le tan, sans l’avoir fait tremper auparavant dans la lessive alcaline. On n’emploie pas indifféremment pour le tannage la cendre de tous les arbres : on préfère dans le Sertào celle de Yangico légumineuse, du pao pobre (euphorbiacée), de Yembirassuy du fruta de lobo ( solarium lycocarpum , N.1), etc. Dans d’autres parties de la province des Mines que le Désert, on se sert, pour tanner, de l’écorce delà canna fistula ( cathartocarpus brasiliana , Jacq. exMart.), de celle du murici (malpighiée) , de celle du barbatimâo (< acacia adstringens, Mart.). Au lieu de bangués , plusieurs fazendeiros emploient des troncs d’arbres creusés , et ce n’est même qu’à défaut de troncs d’arbres que l’on fait un usage aussi commun des bangués . Au reste, la méthode que je viens d’indiquer n’est pas exactement la même pour tous les colons -, quelques-uns laissent tremper leurs cuirs plus longtemps dans la cendre , d’autres les laissent tremper plus long-temps dans l’eau, etc., etc.
1 Sol. If cocar pum ; parce aculeatum; caule arboreo ; foliis sinuatis ; fructu maximo tomentoso; tomento deciduo.
Les cuirs que l’on n’emploie pas dans le pays meme , se vendent soit pour Minas JNovas , où l’on s’en sert pour faire des sacs à mettre le coton ( bruacas soit pour les autres parties de'y fc ^province , où ils sont employés à faire des chaussures. Ce sont des mulets qui transportent cette marchandise comme toutes les autres. On charge les cuirs sur les côtés de la bête de somme , et l’on a soin d’en mettre à droite et à gauche une quantité égale.
On voit, par tout ce que j’ai dit plus haut, que le Sertâo possède plusieurs articles d’exportations. Cependant ce sont deux simples villages , Formigas et Santa Luzia , près Sahara , qui peuvent être considérés comme les points les plus importans de cette vaste contrée. Ce qui prouve combien peu l’argent circule dans ce pays , c’est l’extrême difficulté que l’on a pour s’y procurer de la monnaie 5 souvent même j’ai été obligé de me passer des choses dont j’avais besoin, parce qu’on ne pouvait trouver de quoi me rendre. Comme on 11e tire point d’or des terres du Sertâo, les billets , dits de bilhetes de -permuta n’y ont aucun cours. O11 n’y compte pas non plus par vintëis d’or, comme dans les parties aurifères de la province, mais par vintêis de vingt reis, ainsique cela se pratique à Rio de Janeiro et dans une foule d’autres endroits.
Un grand nombre de mammifères habitent les vastes solitudes du Sertâo. Mes faibles moyens ne me permettaient pas de former des collections qui occupent lutant de place que celles de quadrupèdes. Ainsi j’ai
été sous ce rapport de peu d’utilité pour l’histoire naturelle \ Cependant je vais donner ici une liste qui est le résultat des renseignemens que j’ai recueillis, et qui, faisant connaître parleurs noms vulgaires les mammifères du Sertâo , facilitera , je l’espère , aux zoologistes les moyens de se les procurer. Ces mammifères sont : les quadrumanes, appelés guaribas ( mjcetes ursinus y Humb. ex Spix), et saoih ( callitrix sciurea , Cuv. ex Spix , et probablement/^ ccÆwv penicella tus, GeofF.); — quatre espèces Fonças, dont la première, onça pintada, est le véritable jaguar ; dont deux autres , tigres et canguçûs , ne sont aussi , à ce que j’ai présumé , que des variétés du felis onça 1 2; enfin dont la quatrième, suçuarana, a été rapportée par le prince de Neuwied et par M. Spix au coguar ( felix concolor , L.); — quatre espèces de chats sauvages (gatos do mato) , qui sont le mourisco vermelho (f. eyra, Az. ex Spix) et le MouRisco preto dont le poil est uni , le pintAdo et le maracaya 3 qui ont le pelage tacheté -, — le guara que l’on compare au loup d’Europe (canis campestris , Neuw. ex Spix); — deux espèces de raposa4, l’une dite do
1 J’ai pourtant déposé à mon arrivée cent vingt-neuf quadrupèdes au muséum de Paris , sans parler de quelques-uns envoyés précédemment.
2 D’après ce que dit Spix , il ne m’est plus guère permis d’en douter.
3 M. le prince de Neuwied rapporte cet animal au felis pardalish., et écrit, conformément à la véritable orthographe guarani , mbarcicaya.
4 Raposa est en portugais le nom du renard.
càmpo et l’autre do mato ( canis azctrœ , Neuw. ex Spix) ; — le cachorro do mato, mots qui signifient le chien des bois ; — le papamel do mato ( felis mel livora, IlL suivant Olfers; mustela barbarci, L. suivant Spix); — deux espèces de coati, celles dites mondé ( nasua solitaria y Neuw. ex Spix), et de bando. — Les espèces de cerfs (veados ) sont au nombre de six, savoir : les mateiros ( cervus rufus, IlL ex Spix), catingueiros (cerv. simplicicomis 111. ex Spix) , campeiros {ce iv. campes tris , F. CuV. ex Spix) , camocicas , galheiros , suçuaparas : les deux dernières espèces sont, dit-on , propres au Sertâo , et les suçuaparas en particulier habitent les bords du Rio de S. Francisco ; le camocica, qui n’a pas plus de deux à deux pieds et demi, est fort rare, et peut-être même son existence mérite - t - elle d’être mieux constatée. Il faut encore ajouter trois espèces de pachydermes ordinaires , Guv. (porcos do mato), savoir : les caitjetus, ou taitetûs (probablement le dicotyles torquatus , Cuv.) , queixàdos verdadeiros et queixàdos tiriricas 1 ; — le moco , petite espèce dont je parlerai ailleurs (cavia rupestris , Neuw.); — le cutia (probablement le dasyprocta agutiy IlL); — ! ouriço-cacheiro , hérisson dont les pointes sont noires et blanches ( hystricc insidiosa, Licht. ex Spix); — quatre espèces de tatous, savoir : cadastra ( dasypus gigas y Cuv.), verdadeiro ( d . novemcinctus , L. ex Spix), péba ( d . gilvipes , 111. ex Spix) et bola ( d . tricinctus. IlL ex Spix); ——les fourmilliers
Je n oserais garantir l’exactitude de ce dernier nom.
appelés tamandua miium et bandeira ( niyrmecophega jubata et tctrcidcictylci ? L.)^ ~~ les eoelhqs, nom que l’on donne en Portugal au lapin ordinaire 1 • — quatre espèces de quadrupèdes amphibies, les pacas (probablement l’une des espèces, ou peut-être les deux espèces appelées par F. Cuvier coelogejiy bru nea et rufc 2), le capivara , le lontra et Fariranha 2 • — le guaxinim (procyon cancrworus. 111. exSpix), petit animal carnivore 5 — le rato d’espinha (rat épineux) , qui a les poils ou du moins une partie d’entre eux rudes et piquans 5 — deux espèces ou probablement deux variétés de p re À (cobaye, Cuv.) , dont une est rougeâtre 5 — plusieurs espèces de rats 5 — deux espèces ou variétés d’ANTA (tapir) , dont une plus petite porte le nom de xuré 3; — deux espèces de sarigue, l’une appelée sarohé, et l’autre, rayée de noir et de blanc, appelée gamba 5 — enfin le jaritataca ( la mouffette, mephitis foeda , 111. ). Ce dernier est un petit quadrupède qui s’introduit dans les fazendas pour manger la volaille, et qui, comme l’on sait, lance une liqueur extrêmement puante. A Boa Vista da Barra do Calhad, un de ces animaux avait lâché la liqueur fétide dans une petite chambre où j’entrai. On avait lavé • on avait
1 Je ne saurais dire si les Sertanejos reconnaissent une seule ou plusieurs espèces de coelhos. Le coelho ou l’un des deux , s’il y en a plus d’un , ne peut être que le tapeti(lepus brasiliensis , L.).
2 Très- probablement deux espèces ou variétés du genre lutra.
J M. Spix considérait le xuré comme une espèce distincte.