‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 47 sur 52 · tome · texte numérisé non relu

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long - temps accoutumé aux gîtes les plus tristes.

Après avoir quitté Buraco, je suivis pendant longtemps la vallée très-large où cette fazenda est située. La vallée offrait un mélange de catingas et de campos également presque dépouillés de verdure. Tout était desséché par l’ardeur du soleil , et , pendant la journée entière , je ne trouvai qu’une seule plante que je ne possédasse pas encore. Dans la vallée dont je viens de parler, la chaleur fut presque aussi forte que sur les bords du S. Francisco , et j’en soutins d autant plus que, depuis plusieurs jours, j’endurais un mal de dents qui m’avait privé plus d’une fois du sommeil et qui

augmentait l’irritation de mes nerfs.

Étant sorti de la vallée , je passai successivement les deux petites rivières de S. Lamberto et de Trairas , dont la première , qui reçoit les eaux de la seconde, va se jeter dans le Jaquitahy ou Jequetahy , l’un des affluens du S. Francisco. Enfin , après avoir fait trois lieues depuis Buraco , j’arrivai à un retiro, celui de Boa Vista , qui n’était qu’une misérable cabane , et où je fus reçu par une négresse décré-

pite.

Ayant écrit mon journal, je voulus herboriser autour de la chaumière , et je me rendis avec mes gens à un

endroit où Ton avait fait du salpêtre. En un instant nous fûmes couverts de puces, de bichos dos pés (la puce pénétrante ) et de carrapatos 1 de toutes les

* Je ne crois pas qu’il faille écrire carabatos , comme on l’a fait en Allemagne. C’est par erreur que, dans le premier

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tailles ; il faut que la poussière dont la terre était couverte fût remplie de ces diverses sortes d’insectes plus malfaisans les uns que les autres.

Je couchai sur mes malles } mais toute la nuit ma vieille hôtesse ne fit qu’aller, venir, parler seule, éplucher du maïs, attiser son feu, m’étouffer de fumée et m’empécher de dormir. M. Mawe se plaint de ce que, sur la route de Rio de Janeiro à Tijuco , on l’avait fait coucher sur un matelas où l’on avait mis des axes d épis parmi la paille de maïs. M. Mawe n’avait pas voyagé dans les déserts du Brésil.

A cinq lieues du retiro de Boa Vista, je fis halte à la Fazendci do JS 6 g ro , 1 habitation la plus importante que j’eusse vue depuis Coraçâo de Jésus. Elle appartenait à un mulâtre qui me reçut très-bien, me fit servir à souper et à déjeûner, ne voulut rien recevoir pour ma dépense , et m’accompagna le jour de mon départ pendant une partie du chemin. J’observai que cet homme , quoique dans une position sociale assez élevée , refusait de prendre ses repas avec moi et avec mon domestique ; tant il est vrai que les gens de couleur, quelle que soit leur aisance , restent toujours avec les blancs dans une très-grande humilité \

A une petite distance de la Fazenda do Negro, je passai un ruisseau qu’on appelle Jaganipan 2, et

\ olume de cet ouvrage, on a imprimé carapatos avec un seul r. Les carrapatos appartiennent au genre ixodes de Latreille.

1 Je ne prétends parler ici que de la province des Mines. a Je n’oserais garantir la parfaite exactitude de ce nom.

qui sépare la paroisse d’Itacambira de celle de Barra.

Au - delà de l’habitation do Negro , je passa, devant une couple de misérables chaumières ou 1 on ne put pas même m’indiquer le chemin de Sucurui, le Peu le plus voisin. Gens heureux, qui n ont jamais perdu de vue le toit sous lequel ils sont nés, m ecnaisje dans le découragement que me causait ce voyage du Serlâo , si fatigant et si peu profitable ! De telles gens, au resteront bien rares dans la province des Mines; car, jusqu’alors, j’y avais vu peu d hommes qui ne l’eussent parcourue , tant l’esprit aventureux des Mineiros les excite à changer de place, et a courir après un mieux imaginaiie !

Après avoir fait cinq lieues, je parvins cependant a Sucuriû , qui n’est qu’un pauvre retira. Ce chalet es éloigné de cinq ou six lieues de l’habitation dont .1 dépend, celle de Catonio, qui a plus de huit lieues de longueur Les terres de ce canton ne sont pas mauvaises, et cependant on n’y voit presque point de culture. Dans l’intérieur du Désert, les denrees ne trou-

. On sent que l’extrême étendue des fazendas doit mettre le plus grand obstacle à un accroissement de population , et être considérée comme un véritable malheur. es co Ions étrangers ne peuvent s’établir dans le Sertào orienta , puisque, si je ne me trompe , les vastes solitudes de celle contrée ont déjà toutes des propriétaires. Le gouvernemen lui-même a favorisé la réunion d’immenses terrains entre les mains d’un petit nombre de personnes ; car, selon d Ls vve«e, les sesmarias que l’on accorde pour l’educat.on des bes-

vent aucun débouché ; et ceux memes qui ont des sucreries n’en vendent guère les produits qu’à leurs voisins.

Après Sucuriu , le pays devient plus inégal , les plateaux sont moins larges, les pentes plus sensibles et les vallées plus grandes. D’ailleurs la végétation ne change point encore; les sommets offrent toujours des campas, les pentes et les fonds des catingas.

Entre Sucuriu et Catonio, je passai la petite rivière de Jaquitahy ou Jequetahy, qui, comme je l’ai dit , se jette dans le Rio de S. Francisco, et qui est navigable dans la saison des pluies.

La fazenda de Catonio, où je fis halte, dépend de la juridiction directe de Villa do Principe et de la paroisse de S . Antonio de Curvello, qui s’étend sur les deux rives du Rio das Velhas , et qui , comme Contendas, Barra et Formigas, appartient à l’archevêché de Bahia. Une étendue de terrain très -considérable forme, ainsi qu’on l’a vu, l’habitation de Catonio, et la maison répondait autrefois à l’importance du domaine. Cependant le propriétaire eut le malheur

tiaux sont communément de neuf legoas carrées. Si cet écrivain est exact en ce point , il est clair qu’il ne faut pas étendre à toute la province des Mines ce que j’ai dit des sesmanas de ce pays (vol. I, p. a38), qu’elles n’étaient que d’une demi — lieue de longueur. — D’après la manière dont mon article sur les sesmarias (1. c.) est rédigé , on pourrait croire que ce mot n’est en usage que dans les Mines; mais il n’en est réellement pas ainsi.

d’être assassiné par un de ses nègres-, et, comme il devait au trésor public, l’administration fit mettre le séquestre sur la fazenda ; dès-lors les bâtimens cessèrent d’être entretenus, et actuellement ils tombent en ruine. Ceci confirme ce que j’ai dit ailleurs des graves inconvéniens qu’ont eus les séquestres dans la province des Mines.

Comme je l’ai déjà fait observer, il existait a cette époque de l’année (septembre), dans le voisinage des habitations , des terrains où le feu avait été mis récemment, et de tous les côtés on apercevait de la fumée qui s’élevait dans le lointain. Pendant que j’étais à Catonio , je vis le feu consumer un pâturage sur le sommet d’un morne. C’était le soir -, et comme les touffes d’herbe étaient sans doute écartées les unes des autres, on aurait dit de loin une illumination telle qu’on en fait dans nos cités.

Il plut pendant la nuit que je passai à Catonio , et le soir du lendemain il y eut encore de la pluie. L’eau tombait en larges gouttes et séchait presque à 1 instant. Nous entrions dans la saison des pluies $ mais les premières ont généralement peu de durée.

Le cours des rivières indiquait assez que nous avions monté depuis plusieurs jours , et j’observai qu autour de Catonio il y avait un peu moins de sécheresse. Audelà de cette habitation , je continuai à trouver la campagne un peu plus fraîche , et je vis un plus grand nombre de ruisseaux. Alors j’approchais des montagnes et de la limite du Sertâo.

Nous n’étions pas extrêmement loin de Catonio,

quand nous commençâmes à apercevoir cette portion de la grande chaîne (Serra do Espinhaço, Eschw.), près de laquelle est situé le village de Curmatahy \ Vers le soir, nous passâmes le ruisseau du même nom, et bientôt nous arrivâmes au village.

Curmatahy, situé à vingt- deux lieues de S. Antonio de Curvello , n’est qu’une succursale qui dépend de cette paroisse, et qui, pour le civil, ressortit de la justice de Villa do Principe. Environ trente et quelques maisons bâties sur un plan légèrement incliné , presque au pied de la Serra de Curmatahy, composent le village. Toutes n’ont que le rez-de-chaussée; mais la plupart, assez jolies, sont couvertes en tuiles, et chacune possède un jardin entouré de murs enterre, au-dessus desquels on voit s’élever des bananiers et des orangers. De tous les villages où j’avais

1 Si je voulais me conformer à la prononciation , j’écrirais Grumatahy ; mais comme j’ai adopté, pour le poisson curmatân, l’orthographe de M. Pizarro , je dois écrire Cur — matahy, puisquil s’agit d’indiquer un lieu dont le 110m ne peut être qu’un composé de celui du poisson curmatân et du mot ï ou hy ; curmatahy , rivière des curmatàns. M. Pizarro n’est donc point d’accord avec lui -même quand il écrit d’un côté Corimatahy, et de l’autre curmatân. On ne pourrait pas objecter que Corimatahy ne vient peut-être pas de curmatân ; car, ainsi que je l’ai dit, on prononce également, dans le Sertao, grumatan et grumatahy. J’ai aussi pour moi l’autorité de Casai , qui écrit également Curmatahy , en indiquant le Rio Curmatahy comme l’un des affluens du S. Francisco.

passé depuis le commencement de mon voyage dans le Sertâo, Curmataliy est le seul où j’aie vu des jardins, et les végétaux qui y sont plantés donnent à ce lieu un air de fraîcheur que n’ont ni Contendas, ni Coraçâo de Jésus, etc. Mais il faut convenir que les habitans de Curmatahy sont très-favorisés sous le rapport des eaux } car il s’échappe de la montagne plusieurs ruisseaux qui coulent autour du village, y entretiennent un peu de fraîcheur et procurent le moyen de faire des irrigations. L’église, construite dans la partie la plus basse du village, est isolée, comme cela a lieu ordinairement. Quoique peu nombreuses, les maisons forment cependant plusieurs rues, parce que l’enclos qui est joint à chaque demeure en augmente sensiblement l’espace.

Je passai une journée à Curmatahy, afin de laisser reposer mes mulets, et je profitai de ce séjour pour aller herboriser auprès d’une cascade qui tombe de la montagne à quelque distance du village. L’eau, peu abondante alors, s’écoulait en nappe sur de larges rochers, et, par intervalles, elle formait de petites chutes. Ailleurs, il faisait une chaleur excessive*, mais, sur les bords de la cascade , j’éprouvais une fraîcheur agréable, j’avais le plaisir de voir quelques fleurs, et je pouvais contempler la verdure des mélastomées et de quelques autres arbrisseaux qui croissent dans les fentes des rochers. J’aurais voulu passer la journée entière dans ce lieu si différent des tristes catingas ; mais enfin l’heure du repas me força de le quitter, et je me mis en chemin pour retourner à la maison du corn-

mandant, qui m’avait accordé l’hospitalité à mon arrivée dans le village.

Voyant de loin Ja cascade, j’y étais parvenu sans suivre de chemin , et je crus que je pourrais retourner de meme à Curmatahy ; mais bientôt j’arrivai à des catingas tellement épineuses, que, pour n’être pas déchiré, j’étais obligé de faire continuellement des détours, et enfin je perdis la direction du village. La chaleur était insupportable; il était déjà tard, et je n’avais pris qu’une tasse de café avant de sortir de la maison : je me sentais exténué. En retournant vers la serra , que je n avais point cessé d’apercevoir, j’aurais à la vérité découvert Curmatahy ; mais je pouvais ensuite me désorienter, comme j’avais déjà fait la première fois. Le village n’est qu’un point; tout autour sont de vastes solitudes, et déjà j’entrevoyais la possibilité de mourir d’inanition au milieu de ces déserts. Cependant, après avoir erré pendant long-temps, j’eus le bonheur d’arriver à un sentier peu fréquenté, et alors mes craintes se dissipèrent : le sentier devait nécessairement me conduire à quelque habitation, et je pouvais espérer que là on m’indiquerait les moyens de retrouver mon gîte. Je suivis donc le chemin que le hasard m’avait si heureusement offert, et, au bout d’une demi -heure, je fus très-agréablement surpris d’arriver au village.

Le lendemain on me servit fort tard à déjeuner, et il était près de midi quand je quittai Curmatahy pour entrer dans le District des Diamans. Nous montâmes la serra par un chemin assez raide, et, parvenus à

une certaine hauteur, nous découvrîmes , en regardant derrière nous, une immense étendue de campos inhabités. Alors je saluai pour la dernière fois cette terre où j’avais essuyé tant de fatigues, mais où l’on m’avait reçu avec l’hospitalité la plus touchante.

A une lieue de Curmatahy, nous trouvâmes dans la montagne une maison assez jolie. Là était jadis une garde destinée à empêcher la contrebande des diamans; mais cette garde avait été retirée, et la maison était restée déserte. Cependant, après environ une heure et demie de chemin, nous cessâmes de monter, et nous arrivâmes à un plateau où le chemin traverse des pâturages bordés à droite et à gauche par des masses inégales de rochers amoncelés, entre lesquels

croissent quelques arbrisseaux.

Ayant fait encore une demi-lieue, je m’aperçus que j’avais oublié quelque chose dans un endroit où je m’étais arrêté pour herboriser. Je retournai sur mes pas, accompagné de Prégent, et je laissai Silva marcher en avant avec les bêtes de somme. Comme on m’avait assuré à Curmatahy qu’il était impossible de s égarer dans le chemin que je suivais, je mettais sans cesse pied à terre pour recueillir les plantes qui croissent en abondance sur ces montagnes. Étant entré dans un bois, nous y fûmes surpris par la nuit*, mais il faisait un brillant clair de lune, et nous n’avions aucune peine à nous conduire. Cependant le temps se couvrit } des éclairs commencèrent à sillonner 1 horizon , et le tonnerre se fit entendre. Bientôt la pluie tomba pai torrens*, les coups de tonnerre se succédaient presque

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