‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 5 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

COMPARAISON DE LA VÉGÉTATION DES BOIS VIERGES AVEC CELLE DES CAMPOS. — VOYAGE DE PENHA A ALTO DOS BOIS.

Idée de la végétation de la partie orientale du termo de Minas Novas. Description des carrascos . Taboleiros ; chapadas. Causes de la différence de la végétation des forêts et de celle des campos. — Fazenda d’ Itacarambi. — Brûlement des carrascos. — Village de Æ. Joâo ; sa situation; son église; ses maisons; ses habitans; culture des environs; mauvaises mœurs. —Végétation et aspect du pays entre S. Joâo et la fazenda de Jozé Caetano de Mello. — Cette fazenda. De l’anthropophagie des Botocudos. — Rivière à! Itamarandiba. —Végétation du plateau appelé Chapada do Mato de Mandrü. — Village de Capellinha ; son origine; sa situation; ses maisons; ses habitans; culture des environs. — Composée particulière aux côtes pierreuses. — Fazenda d’ Antào Soares. Hospitalité. Mot touchant.

Le pays élevé qui s’étend de Penha à 1 aldea d Alto dos Bois ou aux environs , et celui très-voisin que je parcourus plus tard entre le village de Piedüde et la jdzenda d 'As Gangoras , présentent un aspect et une nature de végétation qui furent entièrement nouveaux pour moi. Là on ne voit point de hautes montagnes terminées par des crêtes ou des pics aigus, separees par des vallées étroites et profondes, et revetues de forêts majestueuses. On n’y voit pas non plus de terrains

■ mm

ni: , ,

simplement ondulés et couverts d’herbes et de sousarbrisseaux. Ce sont des mornes peu élevés, séparés par des vallons, et dont le sommet présente une espèce de petite plaine x. Dans le pays, on donne à ces sommets singuliers le nom de taboleiros , qui signifie plateau2, et on les appelle chapadas , quand ils ont une plus grande étendue. Des espèces de forêts naines , appelées carras cos couronnent ces plateaux, et sont composées d’arbrisseaux à tiges et à rameaux grêles, hauts de trois à cinq pieds , en général rapprochés les uns des autres. Les plantes caractéristiques des carras cos sont une composée 3, deux hyptis 4, le petit palmier à feuilles sessiles appelé vulgairement sandaia ou sandaiba, enfin surtout une mimose dont les tiges sont légèrement épineuses, les feuilles d’une délicatesse extrême, et les fleurs disposées en épis ( mimosa dumetorum, Àug. de Saint-Hil.). Sur la pente des mornes, la végétation n’est plus aussi grêle j elle s’élève constamment , et offre des arbres tortueux et rabougris , plus ou moins écartés les uns des autres. Enfin, dans les fonds où coulent les ruisseaux, les plantes acquièrent encore plus de vigueur 5 il y croît de véritables bois vierges, et c’est là que les cultivateurs ont leurs habitations.

1 II existe aussi dans ce pays des collines arrondies , ou qui du moins paraissent telles, lorsqu’on les voit de loin.

À proprement parler, taboleiro veut dirè une planche garnie d’un rebord.

4 Une d’elles porte le n° 122/p

On pourrait croire que la terre des plateaux, ne produisant que des plantes maigres, est d’une nature pierreuse ou sablonneuse ; mais il n’en est pas ainsi. Elle m’a paru bonne; elle est d une couleur îouge, et ressemble à celle qui , dans les environs de Villa do Principe , fut autrefois couverte de forêts. 11 faut donc nécessairement admettre deux causes pour expliquer la différence des bois vierges et des campos ’. La première est la nature du sol , qui , quand il est fertile, donne naissance à des bois, mais qui, devenant en certains endroits pierreux, sablonneux ou ferrugineux, ne produit plus que des arbrisseaux ou des sous - arbrisseaux, comme j’en eus des exemples sensibles à Itambé et au Morro Pellado. Dans ce cas , les campos ont peu d’étendue , la végétation est en général plus variée, et elle présente moins de plantes caractéristiques. La seconde cause de la disparition des forêts est une différence dans la surface du sol et le défaut d’humidité. Quand les mornes sont fort élevés et terminés par des crêtes , lorsqu’ils sont séparés par des vallées étroites et profondes , ils s abritent réciproquement , et l’effort des vents ne s y

» Comme je le dirai ailleurs, on appelle proprement tout ce qui n’est pas bois vierge , capoeira, capoeirâo, capâo , catinga, carras qucino. , carrasco; mais .c, , pour ne nas multiplier les distinctions , je comprends sous le. nom de campas les campos véritables et les carrascos, que l'on peut aussi considérer comme appartenant aux pays découverts , et qui forment la transition des campos propremen dits à une végétation plus élevee .

fiÉftjhjCâ

fait point sentir. Les ruisseaux , toujours multipliés c ans ces terrains montagneux , contribuent à y développer la végétation , que favorisent encore les débris des troncs et des rameaux sans cesse accumulés et réduits en terreau. Au contraire, lorsque les mornes sont séparés par des vallées peu profondes , qu’ils offrent a leur sommet de vastes plaines , que rien n’y arrête les vents, que la terre n’y est rafraîchie par aucun ruisseau, il ne serait pas possible que la végétation y eut une grande vigueur, quelle que fût la bonté naturelle du sol. Ce qui prouve la vérité de cette assertion , c est que, sur les flancs des mornes terminés par des taboleiros ou par des chapadas, les plantes comme je l’ai dit, acquièrent plus de force à mesuré que l’on approche de la vallée ; c’est que , si une montagne couverte de carrascos offre sur ses pentes quelque enfoncement où l’humidité puisse se conserver, et où les végétaux soient à l’abri des vents, on y trouve toujours des bois , et ceux-ci montrent d’autant plus de vigueur que les gorges sont plus profondes. 1

J’ ai dit tout à l’heure que la végétation était plus variée lorsque les campas étaient uniquement dus à des changemens dans la nature du sol qui, de fertile, devient ferrugineux , pierreux ou sablonneux. Cependant on observe aussi de la variété sur les chapadas qui se composent de bonne terre; et l’on peut être poité à penser que des différences d’exposition et même quelques nuances dans la nature du sol en sont les causes principales. Il est pourtant , il faut l’avouer, d’autres

AU BRÉSIL. a5

causes qu’on ne saurait découvrir; car j’ai vu des modifications dans la nature des végétaux avec la même exposition et un terrain qui me paraissait aussi être toujours le même, tandis qu’ ailleurs des différences de sol assez sensibles ne produisaient pas le plus léger changement dans la végétation.

Je mis deux jours pour me rendre du village de Penlia à celui de S. Joâo , et, comme mes marches étaient en général de trois à quatre lieues portugaises, je présume qu’il peut y en avoir sept à huit de l’un à l’autre de ces deux villages.

Jusqu’à \zfazenda d’ Itacarambi % où je fis halte le premier jour, je traversai trois plateaux principaux, et je 11e vis guère que deux habitations , dont la première , située à une lieue de Penha , possède un moulin à sucre.

Dans plusieurs endroits, je remarquai, au milieu des plateaux, un grand nombre de tiges dépourvues de feuilles et à demi brûlées. A la suite des longues sécheresses, vers le mois de juillet ou celui d’août, on met le feu aux carrciscos, et les nouvelles pousses qui naissent de la souche des arbrisseaux brûlés procurent au bétail une bonne nourriture. Cependant on élève, dans ce pays, très -peu de bêtes à cornes, et les campagnes immenses que l’on découvre de tous cotés restent presque inutiles. On donne pour raison de cette rareté du bétail , la cherté du sel , dont il ne saurait se

* Des mots itâ, pierre, et carambuL , petite et jolie. (Y* Tes. de la long, guar .)

mmar

Ti

passer, et les vols faciles auxquels il est exposé, erranl

à l’abandon , loin de la demeure des propriétaires. La suppression de l’impôt sur le sel fera disparaître en partie la première de ces deux causes, et, avec le temps, un accroissement de population, permettant de garderies bêtes à cornes, rendra les larcins plus difficiles.

Le village de S. Joâo est , comme celui de Penlia , une succursale de la paroisse de Villa do Fanado. Il se compose d’une soixantaine de maisons*, et est bâti sur la partie la plus basse d’une colline que termine un vaste plateau, et qui elle -même est entourée par d’autres collines couvertes de carras cos. L’église est grande, bien entretenue, et s’élève au milieu d’une place irrégulière et à peu près elliptique , qui s’étend sur un plan incliné. Les maisons qui, pour la plupart, entourent la place , ont été construites récemment et sont, suivant l’usage, basses, petites et couvertes en tuiles. Chacune d’elles a un jardin environné de murs bâtis en bois et en terre , comme le sont ceux des maisons. Outre -celles d’entre ces dernières qui forment la place , il y en a encore quelques groupes

1 Pizarro ne lui en donne que quinze ; mais les renseignemens qu’il a mis à profit datent sans doute de l’origine du village, dont l’église fut bâtie, dit-il, en 1765, sous l’invocation de saint Jean - Baptiste. Au reste, la différence qui se trouve entre ses indications et les miennes, tant pour Penlia que pour S. Joâo, montre une augmentation très - rapide , même en supposant que ce fût en 1766 qu’il y avait dix -huit maisons â Penha, et en 1765 qu’il y en avait quinze h S. Joâo.

épars çà et là , mais ce ne sont en général que de misérables chaumières. Partout ailleurs, les maisons sont construites avec une terre rouge ou brune d une nuance plus ou moins foncée : autour de S. Joâo, la terre est d’un gris cendré , et les maisons , comme les murs d’enclos , ont toutes cette couleur qui , si elle se maiie aux teintes jaunâtres des carrascos , contraste en même temps d’une manière peu agréable avec la belle verdure des bananiers plantés dans les jardins. Au-dessous du village , coule un très- petit ruisseau ou 1 on pêche, outre la petite espèce appelée lambari , un poisson beaucoup plus grand, le piabcinhci , qui atteint jusqu’à deux pieds et demi de longueur.

Je vis, à S. Joâo, encore moins de monde qu’àPenha. Des colons, qui habitent les parties boisées des alentours , sont les propriétaires de ce village presque tout entier, et ils n’y viennent que le dimanche, pour entendre la messe. Us cultivent principalement le mais, le riz et les haricots, et ils trouvent le débit de leurs denrées soit dans le District des Diamans, soit à Villa do Fanado. Vers Itacarambi , on commence à s’occuper de la culture des cotonniers. Il y a aussi , dans ce canton, quelques sucreries-, mais là, comme en plusieurs autres endroits, on s était degoute de plantei la canne à sucre , depuis que des sécheresses , qui avaient eu lieu trois ans avant l’époque de mon voyage , avaient fait périr un grand nombre de plantations de

ce genre.

A S. Joâo, comme à Penha, je trouvai moins de politesse que n’en montrent les habitans des pailles de

la province que j’avais parcourues jusqu’alors. D’uu autre côté je pouvais, sans être dérangé, me livrer à mes occupations, car on ne s’arrêtait point pour me voir travailler-, mais je ne puis guère attribuer ce défaut de curiosité qu’à l’insouciance et à l’apathie.

Un colon des environs de S. Joâo, chez lequel je m’arrêtai, avait pour esclave une mulâtresse qui, sans être mariée, était devenue mère de plusieurs enfans. L’un d’eux avait pour père le maître lui-même; les autres appartenaient à d’autres pères et étaient les esclaves du maître. Tout cela vivait ensemble, et de telles mœurs sont tellement générales, qu’elles n’étonnent personne.

Je récoltai dans ce pays une très -grande quantité de plantes , et ce qui prouve combien la végétation y est variée, c’est qu’une herborisation d’un quart d heure que je fis autour de S. Joâo me procura dix espèces que je ne possédais point encore.

Pour arriver à la fazenda de Jozé Caetano de Mello , qui est éloignée de deux lieues et demie du village de S. Joâo, je traversai deux vastes plateaux couverts de carrascos. La pente du morne que termine 3e premier de ces plateaux était couverte d’arbres rabougris, tortueux , écartés les uns des autres , et entre ces arbres se trouvaient des graminées à feuilles raides et des sous- arbrisseaux : ensemble qui présentait absolument le même aspect que les anciens taillis de nos terrains maigres de la Sologne , lorsqu’un propriétaire négligent y a laissé paître des bestiaux. J’eus en-

core l’occasion de remarquer ailleurs une végétation absolument semblable.

Du haut des plateaux, mes regards embrassaient une immense étendue de terrain. C’étaient des collines découvertes dont le sommet présentait une croupe arrondie, qui s’élevaient peu les unes au-dessus des autres, et au milieu desquelles s’offraient de loin en

loin quelques bouquets de bois.

Comme je crois l’avoir dit ailleurs, la saison des pluies est celle des insectes. Avant que je soi tisse des forêts vierges , ils étaient déjà fort rares , et quelque soin que j’eusse mis à en chercher , j’en avais à peine trouvé deux douzaines entre Villa do Principe et Rio Vermelho. À l’époque où je traversai les carras cos de Minas Novas, ces animaux devenaient moins communs encore, et les seuls que je visse étaient des tetiapteies à ailes nues et un très-petit nombre de papillons. A l’exception des oiseaux-mouches , et principalement de ceux à gorge couleur d améthyste , j apeicevais egalement fort peu d’oiseaux sur les chapadas . Chasses de ces plateaux par la sécheresse et par les vents, ils se réfugient dans les bois qui bordent les ruisseaux, et qui sont pour eux comme des oasis ou ils trouvent de l’ombrage, de l’eau et une nourriture plus abondante.

Après avoir pris lecture du passe - port qui m avait été donné par le gouverneur de la province , M. Jozé Caetano de Mello, à qui appartenait la fazenda du même nom , me reçut à merveille et me fit toute sorte de politesses. Il était né à Lisbonne, et paraissait avoir reçu une éducation distinguée. Vivant

3o VOYAGE

dans une solitude profonde, et ne voyant point ses voisins, dont la société ne pouvait avoir aucun charme pour un homme instruit , il parut enchanté de causer avec moi.

Le capitaine Jozé Caetano de Mello avait été inspecteur de plusieurs divisions militaires. Il avait suivi le cours du Jiquitinhonha -, il avait été à même d’observer les Botocudos , et il pensait qu’il serait très -facile de les civiliser, autant du moins qu’ils peuvent l’être, en employant les moyens que m’avait déjà indiqués l’adjudant du commandant de Passanha. M. de Mello avait chez lui plusieurs Botocudos qu’il s’était attachés dans le cours de ses voyages. Tous avaient appris plus ou moins de portugais, et ils prenaient part aux travaux de l’habitation. M. de Mello avait observé qu’il était moins difficile d’habituer les femmes que les hommes à une vie laborieuse, parce qu elles y étaient déjà préparées par les soins quelles sont obligées de donner à leurs enfans au sein des forêts. Dans la maison du capitaine avait vécu un Botocudo , qui avait été tiré de ses bois , ayant déjà un certain âge -, ce malheureux était tombé dans un état d’inactivité tel qu’il ne voulait pas même se donner la peine d’enlever les insectes qui couvraient son corps , et enfin il avait péri d’ennui et d’indolence.

M. de Mello partageait l’opinion de tous ses compatriotes sur l’anthropophagie des Botocudos. Il me dit même qu’un de ceux qui vivaient dans sa maison lui avait avoué qu’il avait contribué à dévorer un nègre $ mais, ajouta mon hôte, ce Botocudo ne s’exprimait

AU BRÉSIL. 3i

pas encore assez bien en portugais pour qu on pût savoir de lui si c’est par goût que les hommes de sa nation mangent de la chair humaine , ou si par là ils cherchent à assouvir la haine qu’ils ont contre leurs ennemis. Je rapporte fidèlement le récit de M. de Mello 5 mais je ne dissimulerai pas que l’on pourrait demander s’il est bien certain que ce Botocudo , qui savait mal le portugais , ait voulu dire icellement qu il avait mangé la chair de son semblable, et si, pievenus d’une idée généralement répandue dans le pays , ceux qui l’entouraient n’avaient pas attribue a ses paioles

un sens qu’elles n avaient point.

Dans le système actuel de l’agriculture brésilienne, les terres de la fazenda de Jozé Caetano de Mello sont peu propres à la culture *, car ce sont, pour la plupart, des chapadas simplement couvertes de carras cos. Pour 16 alqueires de maïs * qu’on avait semés sur cette habitation , on n’en a pas recueilli plus de neuf cents. On doit donc des éloges à M. de Mello, qui, sachant apprécier la nature de son terrain, s’occupait beaucoup de l’éducation des netes a coines et de celle des chevaux. C’est la réellement le meilleur moyen de tirer parti des carrascos et des campos proprement dits du termo de Minas Novas, du moins dans les endroits où la disette d’eau n’y met point obstacle.

En descendant une colline que l’on traverse , après

* L’alqueire de Rio de Janeiro équivaut, selon le savant Freycinet, à /[O litres. ( V oyage Ur. Hist. , p. 261.)

avoir passé la fazendci de Jozé Caetano de Mello, j’observai une nuance de végétation qui m’était encore inconnue. La pente très -raide de cette colline n’offrait que des arbrisseaux • mais ils avaient environ i5 pieds \ leurs tiges droites et menues étaient fort rapprochées les unes des autres 5 enfin leur ensemble pouvait donner l’idée des taillis de nos bonnes terres. C est a ces cciii ciscos d une nature plus vigoureuse qu’on a donné le nom de carrasqueinos % et ce sont eux qui foi ment la piemiere nuance entre les carras— cos proprement dits et les catingas dont je parlerai plus tard. (Voyez le chapitre V.)

Apies etre descendu dune seconde colline sur le sommet de laquelle j’avais retrouvé des carras queinos , j entrai dans des capoeiras , et là j’eus le plaisir de voir a 1 état sauvage la magnifique bignonee qu on cultivait alors a Rio de Janeiro sous le nom de bignonia bellas. Elle serpentait entre les arbnsseaux, et elle les embellissait des larges touffes de ses longues fleurs de couleur orangée2.

A peu près vers cet endroit , les irrégularités du sol perdent leur uniformité, et la végétation présente aussi des changemens plus multipliés. Arrivé à un lieu où l’on découvrait une grande étendue de pays , je vis

Le véritable mot est peut - être carrasqueiros. ( Voyez Mor. , Die. , I. )

2 Le nom de bignonia bellas , s’il n’en existe pas un autre plus ancien , doit être adopté par les botanistes ; car il a été consacré par le savant Sellow et par M. le Prince de Neuwied. ( Voyage Bres trad. Eyr . I, p. 63.)

que les collines basses et à larges plateaux étaient remplacées par des mornes élevés, dont les pentes étaient raides , les sommets étroits, et qui étaient entrecoupés de vallées profondes. D’après l’idée générale que j’ai donnée plus haut de la coïncidence des diverses irrégularités du sol avec telle ou telle sorte de végétation , j’ai à peine besoin de dire que les mornes dont je viens de peindre les formes n’offraient plus de ccutciscos y mais qu’ils étaient couverts de hautes forêts ou de capoeiras.

Après avoir fait trois lieues depuis l’habitation de Jozé Caetano de Mello , l’on trouve la petite fazenda de S. Bartholomeu , située dans une vallée profonde, où Ton descend par un chemin très -difficile.

Bientôt l’on arrive à une autre vallée également profonde, où coule la petite rivière d’ Itamarandiba', qui prend sa source du coté septentrional de la Serra das Esmeraldas 2 , et va se jeter dans l’Arassuahy. L’on pêche, m’a-t-on assuré, dans fîtamarandiba les poissons connus vulgairement sous les noms de lambari , trahira , bagre, piabanha, enfin le pian, espèce grosse comme une perche, qui est remplie d’arêtes , mais d’un goût délicat 3.

* Pour Itamirindiba, des mots indiens itâ , pierre, myri , petit , ndibé, qui remue avec un autre.

2 Cas., Cor. , I,p. 393.

3 J’ai remis au Muséum de Paris plusieurs poissons des rivières du Brésil. Ces poissons seront sans doute décrits dans le savant ouvrage de MM. Cuviçr et Valencienne ( Histoire

Page 1